Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Itinéraires polaires

Publicité
Itinéraires polaires
Publicité
Archives
Publicité
Publicité
7 juillet 2026

La canicule de juin 2026

Voici quelques notes que j'ai prises un peu au fil de l'eau lors de la canicule de juin 2026, qui a été exceptionnelle en intensité, quasiment aussi sévère à l'échelle nationale que celle d'août 2003... J'écris ces lignes introductives au moment où l'on entre dans la troisième canicule de l'été, début juillet, c'est complètement fou, on est déjà en train vivre un "été du futur" comme on les attendait plutôt au milieu du siècle. A priori, je dis bien a priori, moins de records historiques menacés ces prochains jours, mais un air très chaud et durable sur tout le pays... Je suis revenu me rafraîchir quelques jours à Cherbourg avant de retourner dans la fournaise parisienne, courage à toutes et tous, êtres vivants...

 

Samedi 20 Juin 2026 (JOUR 3)

 

3ème jour de cette seconde canicule de l’été. J’ai travaillé à Météo-France ces derniers jours et bien vu le phénomène, hélas, s’amplifier au fil des jours sur les modèles météo. Depuis hier, soit le deuxième jour, on évoque un épisode majeur, d’une sévérité comparable à celle, record jusqu’à ce jour, d’août 2003, qui a marqué les esprits.

 

Depuis plusieurs semaines, j’ai programmé mon premier séjour estival à Cherbourg du 20 au 25 juin, une période très agréable avec les journées les plus longues de l’année, les premières chaleurs sur le pays, permettant d’aller respirer près de la Manche et de goûter à une eau de mer encore bien fraîche. En plus l’assemblée générale de ma petite copropriété a lieu le 24 et il est important que j’y sois présent cette année. J’ecris donc ces lignes depuis mon train Paris-Cherbourg, comme prévu depuis longtemps.

 

Ce que je n’avais évidemment pas prévu depuis longtemps, c’est le contexte de ce séjour avec cette canicule qui pourrait faire tomber de nombreux records sur toute la France. Mes collègues de Météo-France vont sortir la toute première vigilance rouge canicule de l’année, et probablement une des plus étendues jamais observées, puisqu’on parle d’une majeure partie de la France….

 

J’ai quitté mon appartement de Vincennes où je vis volets fermés la majeure partie du temps depuis quelques jours avec 27-28°C ce matin, après avoir aéré toute la nuit, comme les précédentes. Je suis bien sûr ravi de me diriger vers Cherbourg, mais je ne suis pas serein : je sais bien que cette situation est hors norme et que la chaleur perturbe les transports. Je m’attends donc à avoir des problèmes sur mes trajets. D’ailleurs, au moment où je tape ces lettres, mon train vient de s’arrêter inopinément…

 

20 minutes de retard annoncés…Et je reprends mon écriture 3 heures plus tard puisque c’est effectivement le temps qu’a duré cet arrêt à Bueil (Article sur l'incident). Par chance, la climatisation de la rame est restée efficace tout du long, pendant que la température extérieure passait de 30 à 33°C… Ce ne fut donc pas inconfortable. Un défaut électrique sur la ligne un peu plus loin a été évoqué, avec passage d’un train de reconnaissance, puis un transbordement de passagers d’un train en panne non climatisé à un autre train, bref, arrêtés près de 3 heures, heureusement dans cette petite gare de Bueil, on pouvait sortir se dégourdir les pattes, au chaud.

 

Depuis hier et la certitude qu’on va vivre un événement climatologique exceptionnel, j’ai pleinement conscience de la gravité de ces journées et d’entrer dans une période historique, dont tout le monde se rappellera sans doute à un moment. Je m’attendais donc éventuellement à connaître des perturbations dès ce premier trajet vers Cherbourg… Ca n’a pas manqué, même si on ne nous a pas dit si ce défaut d’alimentation électrique était lié à la chaleur, certes importante, mais pas extreme à cet endroit aujourd’hui…

 

En tout cas, je m’attends à des prochains jours très différents de « d’habitude » avec de nombreuses perturbations. Un temps j’ai pu croire que mon retour prévu le 25 pourrait se faire dans des conditions un peu moins caniculaires, mais il est acquis qu’on va rester dedans jusqu’à vendredi, au moins. Les scénarios météo divergent franchement pour la suite, en espérant naturellement un rafraîchissement le plus rapide possible.

 

Bref, c’est pleinement conscient de vivre une sorte d’aventure ces jours ci, tant à cause du simple fait de me déplacer au milieu des différentes difficultés que de traverser un événement climatique hors norme que je vais normalement bientôt arriver à Cherbourg, où on le voit sur la carte des températures du jour l’ambiance est restée bien plus fraîche et surtout nuageuse que sur la majeure partie des régions…

 

C’est drôle parce que c’est toujours un plaisir de faire ce trajet dans ce sens vers ce lieu que j’ai choisi il y a quelques années et auquel je suis maintenant attaché, mais avec cet important retard je dois dire que, d’une certaine façons, le plaisir est encore plus fort cette fois, d’autant que j’y vais dans ce contexte caniculaire, dans mon « refuge ». Le refuge qui va être mis à l’épreuve aussi ces prochains jours, le record historique de chaleur voisin de 35°C pourrait tomber, en ma présence…. ! Je développerai sûrement ce point ces prochains jours.

 

Me voici donc arrivé à Cherbourg entre brume et soleil avec un petit 20°C bien sympathique et attendu à la sortie du train. Arrivé à mon appartement, ambiance assez chaude car il y a eu quelques journées assez chaudes ces derniers temps ici (et la canicule de fin mai…) et je n’ai pas fermé volets et rideaux : 26°C. Première mission, rafraîchir au maximum tout ça ! Besoin de me reposer après des nuits assez courtes ces derniers jours..

 

 

Dimanche 21 Juin 2026 (JOUR 4)

 

Soulagement d’être ici à Cherbourg. Matinée bien fraiche (autour de 17°C souvent) qui m’a permis d’aérer complètement l’appartement pour faire tomber à 20°C dedans. Un peu de brume qui fait cache cache avec le soleil pour tempérer ça, qui a fini par se dissiper en fin de matinée, et à 13h il fait encore 19°C à mon thermomètre !

 

J’ai décidé de sortir faire un tour en vélo et d’aller me baigner. Je suis donc parti dans l’après-midi, il faisait 22-23°C dans mon quartier, mais quand je suis arrivé vers la plage c’était même 19-20°C vers 17h ! La baignade fut excellente dans une eau déjà à 18°C… !

 

Je suis rentré tranquillement à mon appartement dont j’avais fermé les volets ouest pour garder un peu de fraicheur : il y faisait 24°C, tandis que mon appartement de Vincennes atteignait les 31°C… Après une bonne aération le soir, j’ai réussi à faire descendre à 22 l’intérieur.

 

Je garde un oeil attentif sur tout ce qui se passe sur le pays, la chaleur est montée d’un cran comme annoncé depuis plusieurs jours avec les 40°C souvent atteints et dépassés dans le Sud-Ouest…

 

 

Lundi 22 Juin 2026 (JOUR 5)

 

Réveil dans une atmosphère encore assez fraiche avec 18°C dehors. Je sais que la fraicheur ne va pas durer car les prévisions sont claires quant à une hausse sensible des températures ici aussi. Première tâche de la journée : aller acheter un vélo, depuis le temps que j’y pense, c’est donc chose faite en matinée. Dans mon trajet retour depuis le Décathlon de Tollevast jusqu’à chez moi je sens l’atmosphère qui se réchauffe déjà à 25-26°C…

 

Il y a un bon petit vent de nord-est qui modére la chaleur mais elle progresse inexorablement en cours de journée, je finis par sortir dans l’après-midi avec le nouveau vélo pour son premier vrai trajet : un aller-retour à la plage de Collignon. Une petite vingtaine de minutes, en y allant tranquille, un peu freiné par le vent de face je suis donc bien content de la perspective d’aller me baigner dans une eau fraîche, assez agitée par ce vent soutenu.

 

Je prends ainsi un bon bain dans une eau à 18°C, mais, à la différence de la veille, l’air est plus chaud puisque je relève 23°C au bord de l’eau dans l’air. Ca reste encore raisonnable par rapport à ce qui nous attend les prochains jours… A 16h, mes collègues de Météo-France ont ajouté le département de la Manche à la vigilance rouge, qui totalise ainsi 54 départements pour ce mardi, un nombre jamais vu qui témoigne de l’ampleur de cette canicule…

 

 

Quand j’ai décidé de revenir ici il y a un mois, je ne pensais vraiment pas vivre ça, surtout quasiment un an jour pour jour après la vigilance orange canicule que j’avais vécue en 2025 à Cherbourg… En tout cas la vigilance rouge entre en vigueur ici demain mardi à 12h, car les températures vont encore monter d’un bon cran. En effet, tous les records historiques de chaleur devraient être battus, si ce n’est pas demain, ce sera les jours suivants, jusqu’à jeudi, sur un plateau exceptionnellement chaud…

 

J’observe que la ligne de train Paris-Cherbourg a été bien perturbée cet après-midi après un « dérangement d’aiguillage » ce qui a parfois engendré 2 heures de retard sur certains trains, tandis que la veille tout avait l’air d’avoir fonctionné normalement. Etant donné qu’il est acquis que je vais rentrer en fin de semaine dans un Paris en canicule, je suis ça de près…

 

L’évolution des prévisions météo que je suis naturellement d’encore plus près que d’habitude indiquent une fin de canicule en Bretagne ou sur le Cotentin dans la journée de vendredi, tandis que ce serait plutôt entre samedi et dimanche à Paris, selon les scénarios plus ou moins optimistes, j’aurai donc bien droit à mon retour dans mon appartement de Vincennes surchauffé (encore 1°C de gagnés aujourdhui, quasi 32°C ce soir…) Alors certes je ne suis pas là pour aérer « à la fraîche » le matin quand il fait 26-27°C dehors, mais quand même, depuis 2018 que je suis dans cet appartement et que j’ai ce thermomètre connecté, ça n’est jamais monté si haut…

 

Oh ! Pendant que j’écris ces lignes, à 20h45, le ciel se couvre (provisoirement !) et là il fait relativement frais avec 21°C, c’est quand même un autre monde ici en terme de fraîcheur, bien content de mon choix d’il y a 4 ans…

 

 

Mardi 23 Juin 2026 (JOUR 6)

 

Réveil dans une atmosphère chaude cette fois puisque les thermomètres affichent déjà 24°C à 7h du matin, avec un ciel bleu délavé. La température intérieure de mon appartement a été stable autour de 25-26°C toute la nuit, comme ce matin. A ma grande surprise car non prévu par les meilleurs et plus fins modèles météo, une petite brise marine fait baisser la température à 22-23°C jusqu’à 9h30 environ. Mais vers 9h45 le vent de sud-est reprend brutalement et la hausse de température inexorable de la journée est lancée !

 

Pour l’anecdote en refermant ma fenêtre à ce moment là pour garder un semblant de « fraîcheur » dans l’appart j’ai sectionné le fil de mon capteur de température extérieure, car le fil s’est coincé cette fois pile là où il ne fallait pas sous la fenêtre, la poisse, le jour où je voulais observer la température extérieure, un geste que j’ai fait des centaines de fois avant sur cette fenêtre, sans faire attention à ce point spécifique il est vrai… La vie est joueuse parfois…

 

Heureusement il y a les deux stations automatiques que j’ai installées depuis l’été dernier qui fonctionnent ! Drôle de coïncidence que je me retrouve quand même à Cherbourg le jour où le record historique de chaleur de la ville va tomber, j’avoue que ça me réjouit en tant que passionné de vivre quelque chose d’exceptionnel, même si ça m’afflige aussi pour ce que ça traduit de l’’avancement du réchauffement climatique… En tout cas à 10h, fenêtres fermées, 25,7°C dans l’appart ici…

 

Comme prévu ça a bien chauffé vers l’heure du déjeuner et le maximum a été atteint sur mes deux stations de Cherbourg en début d’après-midi : d’abord sur le port avec 34,2°C, et une demi heure plus tard dans le jardin des voisins avec 36,3°C. D’autres stations amateurs un peu plus loin à l’est ont relevé 36°C, voire un peu plus pour l’une d’entre elles : on peut donc dire qu’il a fait 36°C à Cherbourg, c’est historique.  Le record est en tout cas confirmé, pulvérisé à l’aéroport de Cherbourg, à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville avec 37,0°C !! Valeur dingue, car sur le plateau où se trouve l’aéroport, on n’avait jamais dépassé les 33,7°C et c’était en juillet 2006, on y fait des mesures depuis les années 50…

 

Dans l’après-midi, après la levée de la brise qui a bien rafraîchi le centre de Cherbourg vers 26-28°C, j’ai pris mon vélo et suis retourné me baigner à la plage de Collignon, dans une eau qui avait pris 1°C depuis hier, à 19°C ! Un long bain parfait pour se détendre de la chaleur, alors que la plage était bondée comme dans les grandes journées d’été. En rentrant chez moi j’ai constaté que l’on approchait les 28°C dans l’appartement, mais heureusement ce soir la brise de mer rentre à nouveau et il fait 21-22°C dehors, ce qui permet de baisser la température dedans, rien à dire le climatiseur cherbourgeois se défend bien face à ce dôme de chaleur historique !

 

Températures maximales du 23 juin 2026

 

Je garde toujours un oeil quotidien sur la ligne de train Paris-Caen-Cherbourg et malgré la chaleur historique en Normandie ce jour (40,8°C à Caen, nouveau record historique aussi), les trains ont semble t il circulé quasi normalement, légers retards de précaution je dirais, mais pas de gros incidents, la suite demain… Au moment de me coucher c’est redescendu à 25°C dedans !

 

 

Mercredi 24 Juin 2026 (JOUR 7)

 

Réveil après une nuit correcte ici avec 26°C dans l’appartement, journée assez clémente en vue ici car de la brise marine est prévue toute la journée, on baigne donc dans une moiteur humide mais j’ai pu rafraichir d’1 degré en matinée en ouvrant à fond. Soleil de plomb, brise faible, l’ombre on est bien mais j’ai quand même tenté une petite sortie courses/balade sur le port vers l’heure du déjeuner, ça cognait bien au soleil, très peu d’air et très peu de monde dehors vu le temps radieux.

 

Côté température ça n’a pas dépassé les 25°C sur le port avec cette petite brise, plutôt 29°C à ma station de ville, le plus souvent autour de 26-27, ambiance un peu humide type la Corse en été, en bord de mer. D’ailleurs il y avait un peu de brume de chaleur visible sur la rade, pas banal comme ambiance ! Pas un nuage de la journée mais finalement une ambiance tempérée efficacement par la brise.

 

A Paris, en revanche, la chaleur est montée d’un cran avec la barre des 40°C qui a été franchie, dépassant ainsi le maximum atteint lors de la canicule de 2003. Les 72 heures qui débutent dans la capitale vont être particulièrement pénibles avec des niveaux diurnes et nocturnes de température assez dingue, il fait 33°C ce soir dans mon appartement de Vincennes où je dois être dans 24h, ça fait pas vraiment envie c’est sûr…

 

Sinon cet après-midi je suis ressorti pour aller assister à l’assemblée générale de ma copropriété ici, la raison principale de mon séjour ici ! Je ne pensais vraiment pas quand j’ai bloqué les dates me retrouver au coeur d’une canicule historique, principalement en mode « réfugié climatique »… Pas de bain de mer aujourd’hui. Je profite de la dernière nuit fraiche à venir ici, en aérant bien ce soir je redescends à 25-26°C dans mon appartement après une pointe à 28°C assez humide cet après-midi…

 

Notons qu’à l’échelle nationale cette journée est la plus chaude jamais mesurée en France, dépassant de peu celle d’hier, qui a effacé des tablettes les journées les plus chaudes de juillet 2019 et août 2003, l’histoire climatique de notre pays se réécrit ces jours ci… La fin de la canicule semble heureusement se confirmer dimanche, il faut encore tenir…A Quiberon ma station a enregistré 39°C, une autre même approché les 40°C, c’est dingue !

 

Côté trains sur la ligne Paris-Cherbourg j’ai vu quelques perturbations ce matin, puis en fin de journée là, avec une période à peu près normale en milieu de journée, pas mal de petits retards au final, mais rien de bloquant, je croise fort les doigts pour mon trajet de demain car, de façon assez historique, il est prévu plus de 40°C sur l’intégralité du trajet entre Caen et Paris (voire 41-42), chose inédite et totalement historique sur cette ligne, donc a priori toutes les conditions climatiques en terme de chaleur sont réunies pour créer des problèmes, je partirai donc avec 2,5 litres d’eau…

 

Jeudi 25 Juin 2026 (JOUR 8)

 

Réveil après une nuit correcte dans un appartement agréablement tiède autour de 25°C, en laissant un petit courant d’air. Réveillé toutefois un bon moment en pleine nuit, pas serein sur mon trajet du jour à venir, sur la perspective de retrouver un Paris surchauffé comme jamais (ce matin, la sonde de température de ma chambre vincennoise indique 33,3°C), me demandant si ma vieille petite clim monobloc fera l’affaire, avec en toile de fond une proche qui va mal en ce moment.

 

En tout cas, au petit matin, la fraicheur cherbourgeoise est encore bien là puisqu’il fait 19°C, tandis que je vois sans aucune surprise qu’il fait 10 degrés de plus au lever du jour en zone urbaine de Paris : on l’attendait depuis quelques jours, il est tombé, le record historique de la nuit la plus chaude à Paris, qui datait d’août 2003, a été battu de près d’un degré avec 26,4°C de température minimale ! Et la nuit qui vient s’annonce aussi chaude, voire un peu plus, ça va être quelque chose…

 

Matinée repos puis rangement de l’appartement, j’ai déjeuné tôt et suis allé me baigner entre 12h30 et 13h à la plage de Collignon, il faisait autour de 26-28°C dans Cherbourg, ambiance toujours un peu lourde/humide. Pour la première fois du séjour, je me suis baigné pile à marée basse, dans une eau bien rafraîchissante puisque je l’ai mesurée à 18°C ! Je suis resté une grosse vingtaine de minutes jusqu’à avoir presque froid, quasiment sans nager, exprès. Je crois qu’en rédigeant ces lignes depuis mon train, 4 heures plus tard, je sens encore un peu la sensation fraiche qui persiste.

 

En quittant Cherbourg, le soleil brillait et il faisait 31°C à ma station du jardin voisin, comme à la gare, avec un ressenti bien lourd. Je suis monté dans mon train où la clim marchait et marche toujours bien, je croise les doigts pour que cela tienne jusqu’à l’arrivée sans incident de circulation. Et c’est bien ce qui s’est passé, la clim a fonctionné à 26°C dans ma rame jusqu’à Mantes la Jolie, très agréable donc, on s’est arrêté comme prévu à cette gare, puis en repartant la clim n’était plus la même, 30-31°C mesurés par mes soins dans la rame. Peut être était ce pour amortir le choc thermique à venir en sortant du train à Paris ?

 

Enfin, globalement aucun retard, clim très correcte, bravo la SNCF dans ces conditions extrêmes… D’ailleurs fait rarement vu pour ma part sur ce train, il était à peine à moitié plein, en semaine à cette heure là je n’ai jamais vu ça… Probablement que la chaleur extrême a découragé des voyageurs.

 

Arrivé à Vincennes dans mon appartement surchauffé comme attendu et prévu, j’ai mis en route mon bloc clim et je vais le réserver à le seule pièce où je vais dormir cette nuit, pour limiter le volume. J’ai retrouvé la sensation de four en sortant du train à Saint Lazare, mais je dois dire que j’ai ressenti et ressens sans doute encore ce soir un peu l’effet bénéfique de ma baignade fraîche de midi. Peu de temps après mon départ, cet après-midi, la température est sensiblement montée à Cherbourg et ma station chez les voisins a atteint 37,0°C, soit le pic de cette canicule là bas, et c’est resté très chaud jusqu’en soirée puisqu’il fait encore 30°C à 21h, de très loin l’après-midi la plus chaude de la semaine, dépassant mardi où ça avait bien baissé après le pic…

 

Températures maximales du 25 juin 2026

 

Vendredi 26 Juin 2026 (JOUR 9)

 

Réveil dans mon salon climatisé de Vincennes, pas trop mal puisque j’ai réussi à descendre à 27°C dans cette petite pièce, 6°C de moins que dans le reste de l’appartement. J’ai échappé à la nuit la plus chaude, de loin, à Cherbourg, de cette canicule, puisqu’il y a eu un pic de chaleur nocturne avec 30°C à 23h, avant un passage orageux qui a apporté un peu de pluie, temporairement, et une baisse de température pas très franche, pas moins de 22-23°C de la nuit, pas si frais donc !

 

J’ai repris le travail ce jour, dans nos locaux assez modernes et correctement rafraîchis. Je mesure la chance qui est la mienne de bénéficier de telles conditions de travail...

 

 

Samedi 4 Juillet 2026

 

La canicule s’est achevée il y a quasiment une semaine, formellement lundi 29 au matin, en région parisienne en tout cas, avec la sortie de la vigilance Orange canicule. La semaine qui vient de s’écouler a été bénéfique et apprécié de tous, au moins de ceux qui ont survécu car le bilan des victimes est très provisoire (Plus de 2000 morts). La température a bien pu baisser dans les logements : dans mon appartement vincennois qui a connu un nouveau record à 34,0°C le samedi 27 juin au soir, à l’issue d’une nouvelle bien trop chaude journée, la température est retombée vers 25°C après une aération intense les nuits plus fraîches de la semaine passée…

 

Il fallait bien en profiter et se rafraîchir car la canicule repart de plus belle dans les prochains jours, d’abord sur le sud du pays, mais il est probable que ça remonte vers le nord en cours de semaine à venir… De mon coté, après une semaine bien remplie à Météo France, je me rends à nouveau à Cherbourg pour passer quelques jours probablement agréables… avant un retour donc vraisemblablement dans la canicule à Paris, la troisième de l’année, avant la mi-juillet, c’est incroyable, triste et un peu effrayant de voir notre climat changer si vite.

 

Comme tout le monde s’est déjà bien rendu compte lors de la canicule de juin que notre pays n’était absolument pas prêt à affronter ces nouvelles conditions, je me demande avec une certaine inquiétude comment nous allons collectivement affronter cette nouvelle épreuve climatique, et si je ne serai pas condamné à un certain moment à renommer ce blog : « Chronique de l’effondrement ». Car faute d’une adaptation rapide maintenant, et peut être même avec, je ne vois pas comment on échappera à ce destin peu enviable. Si ça peut nous « rassurer », nous ne serons probablement pas les seuls, en France…

 

Ce qui me marque sinon, à l’issue de cette canicule, c’est à quel point la climatisation des logements s’est imposé à quasiment tout le monde comme une évidence. Même auprès de gens qui y étaient opposés pour de bonnes raisons : étant donné notre inadaptation actuelle, il paraît difficile de s’en passer sans prendre des risques pour sa santé ou tout simplement pour essayer d’aller travailler dans de bonnes conditions en période caniculaire. Néanmoins, je rejoins totalement les discours sensés qui précisent que ça ne peut être qu’une solution parmi tout un éventail d’autres solutions, bien plus profondes, qui agissent sur les causes structurelles de notre problème climatique.

Publicité
12 juin 2026

L'incroyable canicule de mai 2026

Je crois que j'arrive maintenant à bien l'assumer : je n'écris plus sur ce blog que pour commenter l'inexorable et bien trop rapide progression du réchauffement climatique dans notre beau pays de France. C'est un sujet que je trouve toujours aussi passionnant à étudier scientifiquement qu'angoissant et pénible à vivre en tant qu'être vivant.

Je pourrais faire un copier coller de l'article complet écrit par mes collègues climatologues sur le sujet, dont j'extrais simplement cette carte de records battus ci dessus. Je préfère donc renvoyer les éventuels lecteurs qui liraient ces lignes à l'article en question : https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/meteo-episode-de-chaleur-precoce-remarquable-et-durable

 

Cela se devine un peu déjà visuellement sur cette carte mais c'est surtout une moitié ouest, jusqu'au Nord-Ouest qui ont été concernés cette fois, jusqu'en Ile de France. L'axe d'air le plus chaud sous le fameux dôme de chaleur se trouvait en effet sur ces régions la plupart du temps.

 

On parle d'épisode de chaleur à l'échelle nationale et non de vague de chaleur car la température moyenne quotidienne de 25,3°C n'a pas été atteinte sur les 30 stations de référence réparties sur l'hexagone, à cause de la "fraîcheur" relative des régions de l'est. Pour autant, sur les régions où on a battu ces records, c'est bien une vague de chaleur qui a été vécue, parfois marquée même selon les standards du plein été, en mai ! Je pense notamment à la Bretagne et au Cotentin...

 

Cet épisode est absolument historique en raison des centaines de records battus pour un mois de mai, parfois avec un écart de plusieurs degrés par rapport à l'historique connu, parfois battus plusieurs jours de suite. Il l'est aussi parce qu'en conséquence, la première vigilance canicule jaune puis orange a eu déclenchée en mai, depuis que le dispositif existe (2004).

Image

Je n'étais pas naïf au point de penser qu'on serait longtemps tranquille du côté des canicules en mai, avec l'allongement de la durée de l'été lié au réchauffement climatique, mais je ne pensais probablement pas vivre cela aussi vite, dès l'année 2026.

 

Le jeudi 28 mai, jour de mes 47 ans, que j'ai fêtés dans la fraîcheur très relative de Corse, on a relevé des niveaux records de température pour un mois de mai en France, la palme revenant, parmi les stations de référence, aux 37,8°C d'Angoulême-La Couronne, en Charente. Jusque là, on n'avait jamais observé plus de 37,0°C, et c'était en Corse, en mai en France.

 

Qui dit canicule dit nuits également chaudes bien sûr, et comme on le voit sur la carte de vigilance ci dessus, Paris et la petite couronne ont été concernées par la canicule, avec des niveaux records de chaleur nocturne pour un mois de mai. A la station de référence de Paris-Montsouris, on a relevé 8 jours de suite, du 23 au 30 mai inclus, des températures maximales supérieures ou égales à 32°C.

 

Ce que je trouve incroyable avec cette série de jours chauds à Paris, c'est qu'il n'existe que peu de précédents historiques d'une telle série de températures élevées dans la capitale, et la dernière fois que c'est arrivé, c'était durant la canicule d'août 2003 ! Bon à l'époque la série avait duré non pas 8 mais 11 jours et avec des valeurs bien plus chaudes qu'en mai 2026. Mais quand même ! 

 

Ces fortes chaleurs sans répit représentent le pire scénario pour chauffer de façon régulière, constante, implacable, les logements parisiens trop souvent inadaptés à la chaleur : dans mon appartement de Vincennes, la température intérieure est passée de 22,8°C samedi 23 au matin à 31,5°C samedi 30 au soir

 

Après vérification : le capteur Netatmo de température interne, qui n'a jamais bougé de ma table de nuit depuis mon arrivée ici en 2018, a ainsi battu un record absolu de température ! Autrement dit, même en prenant en compte les canicules du plein été depuis 2018, il n'a jamais fait aussi chaud dans ma chambre, en mai ! Je n'aurais jamais cru ça possible....

 

Comme je bénéficie de conditions de vie privilégiées, j'ai pu éviter ce pic de chaleur dans mon appartement en partant mercredi 27, alors qu'il ne faisait "que" 28-29°C, avec mon départ pour la Corse qui était prévu depuis plusieurs mois. Si j'étais resté, le recours à ma clim mobile aurait été inévitable pour dormir, et peut être qu'en couplant cela avec des aérations matinales, cela aurait un peu fait baisser la température qui n'aurait pas atteint ce record de 31,5°C mais quand même... Oui car, quand je mets la clim c'est principalement pour dormir.

 

En tout cas, cette forte chaleur remarquablement longue à Paris a offert un cas intéressant d'étude comparative avec Cherbourg. Lors de mes passages de l'année passée sur place, j'ai prospecté puis remis en état une station météo que j'ai trouvée sur le toit de l'école de voile de Cherbourg, au niveau du port Chantereyne. Les relevés sont disponibles en direct sur Infoclimat depuis début mars 2026 sur le lien suivant : https://www.infoclimat.fr/observations-meteo/temps-reel/cherbourg-port-chantereyne/STATIC0464.html

Cela permet ainsi de disposer de relevés météo de qualité au niveau du port de la ville, alors que la station Météo France la plus proche mesurant les paramètres de température et de pluviométrie se trouve à une dizaine de kilomètres à l'est de la ville sur l'aéroport de Maupertus/Gonneville. Et je peux témoigner qu'il y a souvent quelques degrés d'écart entre les deux emplacements, et donc que la station du port de Cherbourg comble un trou météorologique !

 

On voit sur le graphique ci dessus les températures minimales et maximales relevées par la station du port, la vigilance canicule orange a été déclenchée le mardi 26 mai sur la Manche, notamment en raison de la hausse des températures nocturnes. En effet, la maximale a déjà dépassé (tout juste) les 30°C dès lundi 25, mais la nuit suivante a été particulièrement chaude avec une minimale de 21,5°C, soit 5°C de plus que la nuit précédente !

 

Je ne vais pas tout recopier mais voici les valeurs relevées lors de cet épisode exceptionnel de chaleur pour Cherbourg aussi avec 3 jours consécutifs où on a dépassé les 30°C ! Et quasiment 3 nuits de suite au dessus de 20°C (19,7°C au plus "frais" certes mercredi 27 matin). L'épisode s'est achevé jeudi 28 mai puisque dès vendredi 29 on a perdu quasiment 10 degrés sur les maximales. L'épisode a été logiquement moins long et moins intense qu'à Paris, mais cela représente bien une canicule pour le Cotentin !

Températures minimales et maximales quotidiennes à Cherbourg et à Paris - porte de Vincennes fin mai 2026

Je n'étais pas dans mon appartement de Cherbourg, mais nul doute que dans ces conditions j'y aurais eu bien chaud du 26 au 28 mai aussi, mais 3 jours seulement, à comparer à la série beaucoup plus longue à Vincennes... Cela n'a donc logiquement rien à voir, avec la proximité de la mer encore bien fraîche en mai (autour de 15°C pendant cette canicule).

 

Il ne fait guère de doute qu'à Cherbourg un tel niveau de chaleur n'a jamais été observé en mai précédemment, la station voisine de l'aéroport qui a des mesures depuis les années 50 a d'ailleurs pulvérisé son ancien record pour mois de mai de plus de 3°C atteignant 31,9°C le 26 et 31,5°C le 28 ! Ce qui permet au passage d'apprécier la proximité de l'eau fraîche sur le port de Cherbourg où il a fait légèrement moins chaud ces deux jours là (surtout le 28, près de 3°C !), l'aéroport étant un peu plus dans les terres...

 

Pour dézoomer un peu et montrer le caractère exceptionnel de cette vague de chaleur dans le Nord-Ouest, je cite l'article de Météo France : à Brest, on a dépassé les 30°C pendant 4 jours consécutifs, ce qui n'était jusqu'à présent arrivé que deux fois en 80 ans de mesures, en août 1955 et juin 1976 !

 

Je conclus donc cet article en insistant sur le fait que j'ai été choqué par cet épisode de chaleur précoce qui redéfinit notre climat et, forcément, notre environnement qui doit composer avec ces situations nouvelles, le saut dans l'inconnu que constitue ce nouveau climat continue, hélas sans surprise... Je crains de réécrire sur ce blog prochainement avec les canicules déjà entrevues pour la fin de ce mois de juin dans les modèles météo, courage à tous !

7 juillet 2025

50ème vague de chaleur en France

Elle avait débuté le 19 juin, lors de mon précédent séjour à Cherbourg, et elle a duré jusqu’à ce week-end où elle est, enfin, arrivée à son terme sur les régions méditerranéennes. D’une durée de 16 jours, elle fait partie des plus longues vagues de chaleur que la France ait connue depuis 1947, année du début du recensement de ces événements climatiques par Météo-France. Témoins particulièrement pertinentes du réchauffement du climat hexagonal, on en constate chaque année la multiplication, tandis qu’elles étaient relativement rares au siècle précédent.

 

Les projections climatiques pour la suite du siècle sont claires à leur sujet : de plus en plus précoce (début juin… voire fin mai ?) ou tardives (en septembre… voire octobre un jour ?), de plus en plus longues, fréquentes et intenses. Tout un programme. En réalité, une autre façon de voir les choses est de prendre conscience qu’à la fin du siècle, certaines d’entre elles dureront tellement longtemps (2-3 mois) qu’on appellera simplement ça.. l’été. Des étés brûlants, sans réel répit de fraîcheur, qui traduiront la bascule dans un climat inconnu de nous aujourd’hui.

 

En écrivant ces lignes, ça paraît irréel, car si éloigné de ce que nous connaissons, et inquiétant. Pourtant, toutes les recherches scientifiques indiquent sans trop d’ambiguïté que c’est ce qui attend la France dans les prochaines décennies, de façon croissante. Ce que nous vivons dans cet été 2025, qui débute en fanfare dans la chaleur, c’est la bande annonce du film, et encore, purgée des moments les plus brutaux. Des pointes à 50°C dans le nord de la France à la fin du siècle… envisageables. Quand on réalise que cette valeur n’a jamais été mesurée nulle part, de façon rigoureuse et indiscutable, en Europe jusqu’à ce jour…!

 

En réalité, on ne devrait pas se plaindre des pics de chaleur actuels, aussi inconfortables soient ils, parce qu’ils paraîtront bien doux et cléments aux Français de la fin du XXIème siècle. Sans tomber dans le caricatural et automatique « on vit cette année l’été le plus frais du reste de notre vie », il faut bien prendre conscience de cela, et on n’a sans doute pas fini de mesurer les innombrables conséquences que cela aura sur les vies, humaines et non humaines, le vivant en général. Etant donné que ce mur climatique semble relativement inévitable, autant se préparer, physiquement, psychologiquement, autant que possible.

 

Le premier pic caniculaire a eu lieu lors de mon précédent séjour à Cherbourg vers le 21 juin, où la Manche avait rejoint d’autres départements en vigilance orange canicule. Ce pic a été suivi d’une séquence orageuse particulièrement intense lors de la journée du 25 juin. J’ai passé tout l’après-midi et la soirée dans la cellule de crise de la sécurité civile du ministère de l’Intérieur ce jour là pour assister les autorités pour le suivi de la situation, pour Météo-France. Un épisode orageux localement violent, notamment dans l’ouest parisien avec des arbres sectionnés par la violence du vent, chose qu’on voit quand même rarement à Paris ! J’ai pu constater cela en allant jouer le 27 au matin avec mon grand ami Romée au tennis à côté de Balard, dans le parc Suzanne Lenglen.

 

 

Souvenir de ce 25 juin brûlant où on a atteint 36,5°C à Paris, après les orages le soir je suis sorti de la cellule de crise et l’atmosphère était moite, tropicale, certes moins chaude qu’en journée, mais tellement humide/lourde. Saisissant. Après ces violents orages qui ont touché de nombreuses régions, les températures ont à peine baissé jusqu’en fin de semaine (mais pas assez pour interrompre la vague de chaleur), mais un nouvel épisode caniculaire, plus étendu, intense et durable s’annonçait déjà pour les jours suivants. Je le surveillais depuis un moment sur les modèles météo, donc je ne peux pas dire que j’étais surpris.

 

Pic caniculaire

 

La possibilité d’approcher les 40°C à Paris semblait réelle. Impossible de fuir à Cherbourg, trop d’obligations au boulot. Ma petite clim mobile était prête… Après un week-end du 28-29 juin chaud mais encore sans excès (à peine plus de 30°C !), la température a bondi le 30 juin à 36,3°C à la station voisine de chez moi de la Porte de Vincennes, et jusqu’à 39,3°C mardi 1er juillet ! La nuit du 30 au 1er a été vraiment chaude avec une minimale de 25,0°C tout rond sur cette station représentative des rues de l’est parisien (et l’ouest vincennois !) Bien évidemment, grâce à ma clim, retranché dans le canapé lit de mon salon, j’ai pu dormir à peu près correctement, « au frais ».

 

Je fais toujours en sorte d’avoir une utilisation raisonnée de cette petite clim, pas tant pour la consommation électrique que ça induit, que la culpabilité d’envoyer davantage d’air chaud dans la fournaise extérieure, aggravant le problème contre lequel je lutte, certes de façon minime, mais tout de même. De toutes façons, à ces températures (on approchait les 31°C dans mon appartement vincennois), je n’arrive pas à me reposer sans, et j’avais besoin de travailler le lendemain.

 

Ce que je ne savais pas, en me couchant dans mon salon légèrement rafraîchi par la clim, c’est que je devrais retourner le lendemain matin, mardi 1er juillet, dans la cellule de crise du ministère de l’intérieur, au COGIC, pour faire un briefing météo à 4 ministres, à commencer par le premier d’entre eux :  François Bayrou ! En effet, ces lundi 30 juin et mardi 1er juillet, la 50ème vague de chaleur a atteint son paroxysme avec une température moyenne de 28,2°C à l’échelle nationale (moyenne des températures minimales et maximales d’une trentaine de villes régulièrement réparties sur le territoire hexagonal). 16 départements avaient été placés en vigilance rouge canicule, notamment l’Ile de France. Au niveau rouge, avec Paris en ligne de mire, l’événement climatique avait ainsi acquis une dimension politique.

 

 

Je me suis donc retrouvé au ministère à 10h, arrivant sur place dans un niveau de chaleur encore supportable, en train de préparer un petit briefing météo, à la demande des autorités de la sécurité civile. Ce fut assez impressionnant de voir toute la mise en place pour l’arrivée des 4 ministres (Bayrou, Pannier-Runacher, Retailleau, Vautrin), avec le passage de l’équipe de sécurité du premier ministre, qui vérifie les lieux, notamment. Pas mal de journalistes aussi, bien sûr, car il s’agissait avant tout d’une séquence de communication pour le gouvernement. Je crois m’en être pas mal tiré quand j’ai été invité à briefer Bayrou, maîtrisant parfaitement la situation que je vivais, dans ma chair et au boulot, depuis plusieurs jours…

 

La nuit du 1er au 2 a été extrêmement chaude, on partait d’une journée à 39 degrés, et la température a bien évidemment eu du mal à baisser dans la nuit, il a fait jusqu’à 5h du matin plus chaud que la nuit précédente, jusqu’à ce qu’un air moins chaud finisse par gagner l’agglomération parisienne en fin de nuit. Avec ma clim, nuit correcte à nouveau bien sûr, mais je sais que pour beaucoup qui n’en ont pas elle a été dure…La journée qui a suivi fut un peu moins chaude, mais avec 33-34°C à Paris on ne peut pas dire qu’on ait pu se rafraîchir… La délivrance est vraiment venue en soirée avec un air venu de la Manche et la mer du Nord beaucoup plus frais !

 

Juste avant cette nouvelle canicule, j’avais décidé de retourner à Cherbourg dès que possible, à savoir le 3 au matin, pour respirer au mieux après ces quelques journées trop chaudes. Parce que même si la température a effectivement bien baissé le 3 et le 4 (26-28 degrés au max), ce changement de temps sans pluie n’a pas permis de rafraîchir sensiblement les bâtiments surchauffés par les jours précédents (il faisait encore 29 quand je suis parti le 3 au matin à l’intérieur…)

 

J’avais deux autres raisons d’aller passer 48 heures dans le Cotentin : tout d’abord, la météo du 3 et 4 s’annonçait ensoleillée et tempérée, idéale donc en cette saison ! Par ailleurs, j’avais envie depuis l’an passé de faire la promenade en bateau qui ne se déroule que les jeudis soir de juillet et d’août, quand la météo le permet ! On était le 3 juillet, il faisait très beau et calme, ça se présentait donc très bien ! Je suis ainsi arrivé à Cherbourg le 3 à midi, accueilli par les 20 degrés habituels de l’été local. La Manche avait échappé cette fois a la vigilance canicule, mais il avait fait jusqu’à 31-32 degrés le 30 juin tout de même, et 27 degrés le lendemain. Mon appartement était ainsi assez chaud quand je suis arrivé (près de 26 degrés), mais en ouvrant les fenêtres j’ai rapidement pu le rafraîchir.

 

Promenade en mer

 

J’avais acheté mon ticket en même temps que mes billets de train quelques jours plus tôt, je me suis donc présenté sur le quai du pont tournant à 18h30. La promenade a été conforme à mes attentes, j’espérais peut être aller un peu plus loin jusqu’à la pointe de la Hague, mais on s’est arrêté un peu avant, à Port Racine. 3 heures en mer sur le bateau « L’Adèle » que je connaissais déjà pour ses balades dans la rade, une quarantaine de passagers je dirais, et une guide/conférencière plutôt âgée mais dynamique, qui connaissait très bien son sujet et l’histoire cette côte du nord-ouest cotentinois.

 

 

Une côté variée entre l’agglomération cherbourgeoise bien sûr, puis Urville-Nacqueville, les falaises de Landemer, Omonville la Rogue, et enfin Port Racine, avec les installations du centre de tri de déchets nucléaires de la Hague qui dominent le plateau, drôle de contraste.

 

 

J’aime beaucoup le contraste entre la mer et ces champs cultivés tout proches, le côte sauvage de cette pointe bien mis en évidence lors de cette promenade On a fait un arrêt prolongé à Port Racine où on nous a gentiment servi un verre de cidre et un gâteau, pour une petite pause gouter, à 20h.

 

 

Puis retour vers Cherbourg avec une lumière toujours plus couchante, sur une mer toujours bien peu agitée, même si par endroits on traverse des zones de fort courant où ça bouge un petit peu plus (vers Omonville, de mémoire). Quelques maisons proches de la mer dans des hameaux ou petits bourgs qui font assez envie je dois dire, même si je m’interroge sur leur espérance de vie face à un océan qui monte…

 

 

Arrivé peu avant le couchant dans le port de Cherbourg, j’ai regardé le coucher de soleil en descendant du bateau, pour bien finir la journée ! Une belle balade à faire si l’occasion se présente en tout cas, réalisée ce 3 juillet dans de très bonnes conditions.

 

Le vendredi 4, je me suis principalement reposé, vraiment, sans autre but que celui d’aller regoûter l’eau de mer dans l’après-midi. Je suis donc reparti sur la plage de Collignon où je suis arrivé vers 16h, à la marée haute. J’ai fait un très bon bain dans une eau mesurée à 19°C, bien plus chaude que lors de mon bain précédent deux semaines plus tôt (16,5°C à Collignon, voir article précédent !). La vague de chaleur, même atténuée ici, est passée par là…

 

 

Ce qui m’a frappé en venant, c’est l’herbe jaunie à pas mal d’endroits par la chaleur, et le relatif manque de pluie du mois. Juin 2025 a été le mois de juin le plus chaud depuis le début des relevés à l’aéroport de Cherbourg, sur le plateau voisin. Après le pic que j’ai vécu lors de mon précédent séjour en juin, relaté plus tôt dans ce blog, il y a eu un nouveau pic de chaleur à plus de 31-32°C le 30 juin et 27°C le 1er juillet.

 

 

J’ai terminé mon séjour samedi 5 sous les nuages, juste avant le retour de la pluie. La 50ème vague de chaleur recensée en France depuis 1947 était ainsi passée, en attendant la prochaine, si possible pas trop vite, un répit semble se dessiner pour ce début juillet, avec de vraies pluies tout à fait nécessaires en contexte de sécheresse sur le nord du pays !

24 juin 2025

Vigilance ORANGE Canicule dans la Manche

L’été revient et c’est donc l’occasion pour moi de recommencer à écrire sur ce blog toujours aussi peu actif, il est vrai. Mon post de l’été dernier parlait de mon refuge climatique, la transition est ainsi toute faite puisque j’ai eu l’occasion de vivre ces derniers jours une vigilance canicule de niveau orange sur le département de la Manche. Une vraie curiosité et une sorte de premier test grandeur nature pour le refuge. Le plus drôle, c’est que je n’avais même pas décidé de venir exprès cette fois : j’étais venu début mai et j’avais décidé pratiquement dès lors de revenir à cette date, étant disponible au boulot.

 

 

Je suis ainsi arrivé mercredi 18 au soir, j’ai pris le train en sortant de ma vacation en journée à Météo-France, alors que la chaleur s’installait tranquillement à Paris (près de 30°C ce jour là). C’est toujours un plaisir de prendre ce train à la gare Saint Lazare, pour arriver un peu plus de 3 heures plus tard à Cherbourg. Il faisait 19°C ce soir là.

 

 

Le jeudi 19, la chaleur est montée d’un cran sur tout le pays, avec l’arrivée de conditions très chaudes sur un bonne partie de l’ouest du pays. On a d’ailleurs atteint 30,7°C à Quiberon cet après-midi là. A Cherbourg, après une nuit normalement fraîche, la température s’est nettement radoucie en matinée, et la chaleur est restée modérée l’après-midi avec une maximale de 25 degrés, grâce à un vent de nord-est maritime qui a bien modéré cette poussée chaude. Grand soleil et ciel limpide comme on le voit sur la photo de la montagne du Roule ci-dessus.

 

 

A 16h, la carte de vigilance de Météo-France affiche une quinzaine de départements en vigilance orange canicule pour la journée du lendemain vendredi 20. Je le pressentais un peu, mais le département de la Manche, le plus au nord de tous, est concerné. Il va sans dire que je scute avec attention les détails de cette poussée caniculaire depuis plusieurs jours, et j’ai remarqué depuis un moment que la Manche se trouve pile dans l’axe d’air le plus chaud, ce qui annonce, même pour le Cotentin et son climatiseur maritime naturel, un pic de chaleur assez sévère. La bonne nouvelle, c’est que je sais qu’il y en a pour moins de 48 heures, les prévisions étant formelles. On passe ainsi en vigilance orange pour un pic de chaleur marqué. Jeudi après-midi, je m’en vais donc acheter un petit ventilateur, chose qui ne m’avait paru utile jusqu’ici !

 

Le soir, la chaleur monte un peu dans mon appartement, en restant à un niveau correct, soit 24°C. Je me couche assez curieux de voir ce que vont donner les deux jours suivants, sachant que les prévisions indiquent qu’on devrait dépasser les 30°C, et même plus samedi, les deux jours !

 

 

Montée en puissance de la chaleur

 

Vendredi 20 matin, on se lève dans une atmosphère déjà très douce, la température a peu baissé et il fait 20°C au petit matin. Le ciel d’abord nuageux aux premières heures du jour se dégage nettement en matinée et la température monte alors inexorablement en fin de matinée, il fait autour de 28-29°C à l’heure du déjeuner, on sent qu’on entre dans l’air chaud. Le seuil de forte chaleur (30°C) est ensuite atteint en début d’après-midi, ce qui engendre le dépassement des 25°C dans mon appartement : le ventilateur entre en marche pour la première fois, dans des conditions encore agréables.

 

Ce temps chaud et ensoleillé m’a naturellement semblé propice à la baignade, j’ai donc choisi d’aller à une plage que je n’avais pas encore testée : la plage d’Urville-Nacqueville, à l’ouest de Cherbourg, sur la route de la pointe de la Hague. J’ai donc pris le bus dans l’après-midi, quittant les 29°C du centre-ville pour arriver là bas sous une influence maritime appréciable avec 23°C à ma sortie du bus, et même 21,5°C sur la plage quelques minutes plus tard !

 

 

Je me suis baigné dans une eau à la température étonnamment chaude, que j’ai mesurée à 18,5°C assez loin du bord pour nager (elle était même proche de 20°C près du bord peu profond !). C’était donc très agréable, facile de rentrer dedans et comme sur la plupart de ces plages, même fréquentées par une chaude journée, j’étais bien tranquille dans l’eau, comme sur la plage ! A la suite de mon bain, j’ai marché vers l’est jusqu’à la plage suivante de Querqueville, me rapprochant de Cherbourg, avant de reprendre le bus. Arrivé vers la plage de Querqueville, la fraîcheur était même plus sensible encore, avec une orientation de la plage optimale pour le vent dominant du jour : 19°C dans l’air avec cette brise parfaite ! Sur le trajet, j’ai revu cette alternance qui me fascine entre les champs cultivés et la mer, la plage, si proches !

 

 

Retour à Cherbourg dans une chaleur plus modérée qu’en début d’après-midi avec ce vent de nord-est qui s’était renforcé depuis, avec 25-26°C. En soirée, néanmoins, le mal était fait, le refuge climatique se trouvait ainsi touché par la chaleur puisque j’ai mesuré 27°C dans l’appartement. Et la pire journée s’annonçait pour le lendemain… A la faveur d’un rafraîchissement sensible en début de nuit, j’ai pu faire baisser un petit peu la chaleur du refuge, mais j’ai tout de même passé la nuit avec le ventilateur, ce qui s’est avéré très confortable.

 

Samedi 21, c’est le paroxysme de ce pic de chaleur. Comme prévu, la nuit a été très douce, avec pas moins de 22°C environ dans la nuit. Au matin, il fait 26°C dans l’appartement et 25°C dehors dès 7h. La température commence à grimper bien trop vite mais le ciel se couvre vers 10h, et va le rester jusqu’en début d’après-midi. Ainsi, la température est stabilisée autour de 26°C, une chaleur légèrement lourde mais évidemment supportable, surtout sans soleil. Quelques gouttes vont tomber vers l’heure du déjeuner, mouillant à peine et temporairement le sol, ce qui va surtout avoir pour effet de faire monter l’humidité et la sensation de lourdeur pour la suite de la journée !

 

 

Le soleil fait son retour en début d’après-midi, d’abord timide, puis complet au fil des heures, et la température augmente à nouveau rapidement. Je décide alors d’aller me baigner dans la plage la plus proche, que je connais déjà bien, de Collignon, juste à l’est de la ville. Arrivé vers 16h il fait déjà 30°C avec un vent du sud-est sensible. J’ai fait deux bons bains de mer d’une vingtaine de minutes chacun dans une eau étonnamment froide par rapport à la veille : 16,5°C ! Fraîcheur garantie doublé d’un effet glaçant en s’introduisant dans l’eau ! J’ai trouvé la sensation néanmoins très agréable au bout de quelques minutes de nage. C’était particulier de se dresser en sortant le haut du corps sous un vent de plus en plus chaud : vers 17h30 il faisait ainsi plus de 32°C sur la plage, au dessus de l’eau ! Pas trop de monde comme on le voit là où je me suis baigné, à l’extérieur de la digue, il y en avait bien plus côté intérieur de la digue bien sûr…

 

Rentré dans mon appartement en fin d’après-midi, il faisait entre 28 et 29 degrés, malgré mes volets fermés côté soleil, vive le ventilateur. A partir de ce moment là, je savais que j’étais tout près de la fin de cette courte canicule manchoise, et la délivrance ne s’est pas fait attendre trop longtemps : peu après 20h, des rafales de vent du sud-ouest ont rapidement apporté de l’air moins chaud, et on a perdu 5 degrés en une vingtaine de minutes. Je suis sorti à ce moment là pour voir l’ambiance au centre-ville un soir de Fête de la Musique : beaucoup de monde dans les rues, des groupes qui jouaient un peu partout dans les ruelles du centre, sur les places, très sympa. Je suis allé faire un tour sur le port pour voir le coucher de soleil, alors qu’une vraie fraîcheur tombait : plus que 20°C à 22h avec un petit vent persistant, très agréable !

 

 

J’ai passé une dernière nuit de samedi à dimanche très agréable avec le retour de la fraîcheur habituelle du lieu en été, qui a rapidement chassé l’air chaud de mon appartement. Fin de la vigilance orange canicule ! Petit bilan ça passe quand même beaucoup mieux dans le Cotentin, évidemment. Le pic de chaleur est moins important qu’à Paris (où il fait 35,3°C contre 33,5°C samedi à Cherbourg) et surtout plus bref, la nuit de samedi à dimanche ayant été chaude et pénible à Paris… Ainsi, il est important de nuancer la portée de ce refuge climatique : il n’exclut pas la chaleur, même forte, mais il en atténue l’'ampleur et surtout la durée, ce qui a un effet considérable en terme de confort.

 

J’ai surpris samedi quelques conversations entre passants qui parlaient de cette chaleur bien sûr, loin d’être banale pour le lieu, surtout en juin ! Il y a certes eu quelques précédents dans les années récentes (2019 notamment) mais à ces niveaux là on se trouvait pas loin des records. La pointe de la Hague a d’ailleurs battu son record pour un mois de juin samedi avec 31,7°C, et depuis 1921 il n’y a eu que 3 jours plus chauds là bas, tous mois confondus ! A l’aéroport de Cherbourg-Gonneville, avec 31,2°C on n’était pas très loin du record de juin 2019… Ces niveaux de chaleurs existaient mais étaient rares au siècle précédent, et même sur ce Cotentin océanique la chaleur se fait chaque année un peu plus de place…

 

En tout cas cet été démarre avec une « belle » vague de chaleur, qui faiblit certes un peu depuis 2 jours, sans disparaître totalement, avec un nouveau gros pic attendu dans quelques jours. Des incendies se déclarent sur le sud du pays bien sûr, mais aussi sur les régions du nord desséchées depuis des semaines, les prévisions saisonnières pointent sans ambiguïté hélas vers un été chaud et sec, c’est parti…

12 août 2024

Le refuge climatique

Je reprends donc ma plume électronique presqu’un an et demi plus tard, au coeur de l’été, cette saison que je redoute chaque année. En effet, c’est au cours de celle-ci qu’on ressent le plus les effets du réchauffement climatique, avec la multiplication des vagues de chaleur, et des orages qui deviennent aussi de plus en plus pluvieux notamment. J’écris ce texte depuis mon refuge climatique, au frais, tandis qu’après une journée caniculaire (avec 37,1°C au plus chaud à la station de Paris-Montsouris) la soirée s’annonce bouillante sur l’agglomération parisienne, dans des appartements souvent surchauffés.

 

Lors de mon dernier article, je faisais un bilan de l’été 2022 qui fut mémorable avec un nombre de jours record de vague de chaleur et une sécheresse incroyable à l’échelle du pays. Sans être aussi exceptionnelle que sur l’ouest du pays, la chaleur fut persistante et pesante à Paris durant l’été, et une idée qui était jusque là dans un coin de ma tête a jailli comme une évidence : il me fallait trouver un lieu où je puisse aller retrouver un peu de fraîcheur, notamment au moment les plus chauds de l’été, en d’autres termes, trouver un refuge climatique ! Avec cette idée bien présente en tête qu’aussi terrible soit cet été 2022, il deviendrait relativement banal dans un futur pas si lointain, le plus tôt je concrétiserais cela, le mieux ce serait.

 

Ma première quête fut donc climatologique, en étudiant les zones les plus fraîches de France en été. Deux possibilités s’offraient alors : le littoral du Nord-Ouest du pays d’une part, ou la montagne, à une certaine altitude, d’autre part. J’ai ensuite considéré quelles étaient les évolutions climatiques prévues dans les prochaines décennies, et le choix fut presque fait : le littoral proche de la Manche est la zone de métropole qui va se réchauffer le moins dans les prochaines décennies. Si l’on ajoute que ce littoral est plus rapidement accessible depuis Paris que la plupart des zones montagneuses du pays, le choix était donc fait.

 

 

J’ai ensuite donc étudié quelques possibilités le long de la Manche, et mon choix a fini par se porter sur une zone que j’avais très envie de découvrir depuis longtemps : le Cotentin. La ville de Cherbourg est accessible en train direct depuis Paris en un peu plus de 3 heures, avec plusieurs aller-retours par jour. C’est un peu plus long comme trajet et à l’écart des zones touristiques de Normandie, mais c’est ainsi plus sauvage en un sens, c’est une pointe, un « bout du monde » comme je les aime. J’y ai effectué mon tout premier séjour de répérage en septembre 2022, en sortant du terrible été…

 

L’endroit m’a tout de suite plu et j’y suis depuis retourné de nombreuses fois avec plaisir, à chaque fois, et à des saisons différentes en 2023 pour voir les lieux aux différentes saisons. En sillonnant la ville à pied en long et en large, je me suis familiarisé avec les lieux, tandis que je scrutais attentivement les annonces de petits appartements disponibles à la vente. Cette quête a finalement abouti à la fin de l’année dernière, tombant enfin sur une annonce dans les prix, les coins de la ville et la configuration que je cherchais. Après avoir contacté l’agent, j’ai visité l’appartement en faisant l’aller-retour depuis Paris sur la journée : les photos ne mentaient pas, j’ai fait une offre le soir même en rentrant, qui a été acceptée ! Un peu plus d’un an après avoir eu cette évidence en tête, j’avais donc la chance d’avoir trouvé mon refuge climatique !

 

J’ai récupéré les clés l’hiver dernier et je suis depuis venu faire de petits séjours sur place, pour l’équiper un minimum. En ce mois d’août 2024, cependant, c’est la première fois que j’ai décidé d’y venir en raison des prévisions météo. Après une période de travail assez intense pendant les JO de Paris, j’ai pu me libérer quelques jours pour éviter le pic caniculaire actuel en région parisienne. C’est donc avec une excitation particulière que je suis arrivé ici samedi soir, quittant les 29°C parisiens pour 20°C à l’arrivée.

 

Hier dimanche, un pic caniculaire exceptionnel a concerné l’ouest de la France, particulièrement le littoral aquitain où les 40°C ont parfois été dépassés, établissant ça ou là quelques records pour un mois d’août. Le Nord-Ouest du pays a aussi connu un pic : il a fait 31,5°C chez mes parents à Quiberon, parfois 35°C dans l’intérieur de la Bretagne. La pointe du Cotentin a néanmoins bénéficié d’une chaleur atténuée par le vent de nord-est maritime qui a soufflé depuis la Manche : pas plus de 27°C en ville à Cherbourg dans l’après-midi, mais beaucoup moins sur les plages du coin, où je me suis rendu pour un premier bain.

 

 

Je suis allé me baigner pour la première fois sur la plage de Collignon, la plus proche du centre, à l’est de la ville, dans l’après-midi. Il faisait 21-22°C sur le bord de mer avec ce vent marin assez soutenu, sous un soleil généreux. L’eau était vraiment bonne, autour de 20°C je dirais, et j’en ai profité un petit moment. Pendant ce temps, il faisait 33°C à Paris… Il y avait à certains endroits pas mal de monde sur la plage, mais même un dimanche de la première quinzaine d’août, il y avait beaucoup de place sur la plage, comme on le devine sur la photo proposée… Je suis rentré dans mon appartement ravi de ce premier bain manchois.

 

La nuit dernière, de dimanche à lundi, fut chaude selon les standards locaux : le thermomètre placé à ma fenêtre a varié entre 21,9°C au plus « frais » et 25,4°C en fin de nuit, lorsque que le vent a tourné au sud-est, apportant l’air chaud du continent jusqu’à la pointe du Cotentin. A peu près au même moment, la pointe de la Hague, extrémité nord-ouest du Cotentin, a enregistré 26,4°C vers 6h du matin, valeur d’une chaleur peu banale pour cette pointe entourée d’eau rafraîchissante de la Manche (il n’y avait pas fait si chaud depuis le fameux été 2022…) !

 

Ma nuit fut correcte avec une température d’environ 25°C dans l’appartement, sans faire de courant d’air. C’est 3 degrés de moins que la température dans mon appartement de Vincennes, une vraie sensation de détente, du repos pour le corps et l’esprit… Ce matin, le vent a rapidement tourné à l’ouest, vers 10h, et le ciel ensoleillé sur là s’est couvert de nuages bas : on est passé de 25°C à 20-21°C en moins d’une heure, et la température n’a pas dépassé 22°C à Cherbourg pour le reste de la journée, loin des 37°C de Paris

 

 

Ce soir, j’écris donc ces lignes alors que la lumière baisse et que le soleil va bientôt se coucher. J’ai passé une journée agréable et rafraîchissante, pas très ensoleillée dans l’ensemble tout de même, qui m’a fait oublier l’idée même de la canicule, inexistante ici, la chaleur relative d’hier (27°C) étant déjà un lointain souvenir. A 21h30, il fait 18°C dehors et 23°C dans l’appartement à Cherbourg. A comparer aux 34°C dehors et près de 30°C dans l’appartement à Vincennes, sans commentaire. Je dois rentrer demain en région parisienne pour travailler, même s’il fait moins chaud le choc thermique sera bien là à l’arrivée. Mais je serai mieux disposé grâce à l’effet du refuge.

 

J’ai bien conscience d’être très privilégié d’une façon générale dans la vie, et notamment dans le cas qui nous intéresse ici, ayant pu acquérir un petit appartement « au frais ». J’ai voulu le faire parce que je le pouvais bien sûr, mais aussi pour devancer un mouvement qui me semble inexorable dans le siècle à venir : l’exode des régions du sud vers le nord, et notamment le nord-ouest du pays, en été. Les canicules et sécheresse se multiplient au sud, qui devient, au sens strict du terme, moins vivable qu’avant pendant la période la plus chaude de l’année.

 

Dans mon cher village corse de Penta, la température a évolué aujourd’hui entre 26,6°C au plus « frais » de la nuit jusque’à 35,6°C au plus chaud de la journée. Il fait 31°C dans la maison… On disait dans le temps qu’on montait au village depuis la plaine pour y trouver une petite brise rafraîchissante en été, qui était bien souvent présente à l’époque. La brise existe encore, mais l’air qu’elle conduit n’a plus rien de frais. Ces températures autrefois exceptionnelles, tendent à se reproduire chaque été maintenant, à chaque pic. Les restrictions d’eau sont là sur l’est de la Corse cette année encore…

 

Je souhaite à toutes et tous de pouvoir trouver son refuge, faute de pouvoir empêcher la catastrophe climatique, essayons de nous y préparer au mieux, je pense que nous ne sommes vraiment pas prêts et que les chocs seront rudes. Je suis frappé mais pas surpris de voir que ce sujet ne fait pas encore la une des journaux comme il le devrait, les records de chaleur pleuvent de partout dans le monde entier, les incendies géants, les pluies diluviennes… On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Publicité
11 mars 2023

2022 : année de bascule(s) ?

Je me remets donc au clavier pour écrire, bien plus tard que ce que j'imaginais ou supposais lors de mon précédent billet, il y a plus d'un an. Quelques jours après ce dernier billet, j'ai attrapé le Covid, plutôt bénin pour moi sur le moment, mais qui m'a laissé quelques effets indésirables pendant près de 3 mois tout de même, particulièrement celui d'assez mal supporter la luminosité des écrans sur la durée. Pas pratique pour écrire sur ce blog... Fort heureusement, cet  effet principal s'est estompé durant le printemps, et j'ai pu reprendre une activité normale. Mais pas de nouveau billet.

Comme on pouvait le craindre et s'y attendre hélas, l'éléction présidentielle n'a pas permis de mettre le sujet climatique au premier plan de nos préoccupations. A quelques nuances près, on poursuit donc sur cette même trajectoire inquiétante pour notre avenir collectif. Ce sentiment a été renforcé par la situation météorologique tout à fait particulière que nous avons connue lors de la saison chaude 2022 en Europe, et particulièrement en France. La chaleur est arrivée dès la fin du printemps, pour ne plus vraiment nous quitter avant l'automne, donnant l'impression d'un été très long, et chaud. 

Ete2022

On voit sur le graphique ci dessus que les températures ont été quasiment constamment, et souvent nettement, au dessus des normales de saison pendant l'été météorologique (juin-juillet-août). A cette première caractéristique s'est ajoutée une sécheresse spectaculaire qui a fait la une des journaux par ses effets : manque d'eau dans certaines communes ou zones, et gros incendies dans des régions peu habituées, sur la façade Atlantique, jusqu'en Bretagne (Monts d'Arrées).

Ete2022_2

Sur cet autre graphique, on voit que le couple température et pluviomètrie de cet été 2022 le rapproche fortement de celui qui reste une référence en terme d'OVNI climatique récent jusqu'à ce jour : l'été 2003. Chaleur et sécheresse, le cocktail parfait pour déssécher la végétation et les sols superficiels, ainsi qu'un effet croissant avec le temps sur l'état des nappes phréatiques plus profondes. Cet été a été marqué, de façon tristement habituelle maintenant, par des records de température spectaculaires cette fois en Bretagne : le 18 juillet, on a par exemple relevé 40,5°C à Rennes et 39,3°C à Brest ! Ce 18 juillet 2022 a été la journée la plus chaude, tous mois confondus, depuis le début des relevés avec une moyenne des températures maximales de 37,6°C à l'échelle nationale !

J'avoue avoir pensé plusieurs fois pendant l'été à reprendre le clavier pour commenter tout cela. Peut être qu'il y avait un peu de sidération face à la violence de cet été météorologique, de résignation face à notre impuissance collective consentie, peut être que j'attendais de voir si cela pouvait être encore pire par la suite, toujours est-il que je ne l'ai pas fait, et que les semaines et mois se sont succédé. A Paris, l'été a bien sûr été très chaud comme partout, mais aussi très sec, ce qui a heureusement rendu les nuits plus supportables, grâce à des taux d'humidité régulièrement bas. J'arrivais la plupart du temps à faire un petit courant d'air agréable la nuit. A partir de la mi-septembre, j'ai accueilli le retour d'une relative fraîcheur avec soulagement, après un été globalement éprouvant.

Avec tous les sujets sur les 3 vagues de chaleur de l'été, dont 2 longues, un record, la sécheresse et les incendies dans les médias, on peut penser qu'il y a eu une certaine prise de conscience de la gravité de la situation. Sans affirmer comme on a pu l'entendre parfois que "l'été 2022 serait le plus frais du reste de notre vie", mes collègues ont pu établir qu'un été 2022 serait relativement normal d'ici une trentaine d'année, au milieu du siècle. Ce qui signifie donc avec des étés moins chauds et secs, mais aussi, et surtout, des étés plus chauds, et secs, probablement nettement plus chauds pour certains même. Il n'était donc pas incongru de voir en ce terrible été 2022 une sorte de bande-annonce de notre futur climatique à moyen terme, de quelques décennies à peine.

J'ai perçu un léger mais réel changement de ton dans la façon de parler de ces sujets dans les médias, certaines rédactions ont d'ailleurs pris suite à l'été des mesures fortes de formation sur ces sujets de leurs journalistes, ont adopté des chartes, bref, quelque chose a vraiment changé dans ce monde là, si important dans la prise de conscience collective, en cet été 2022. Première bascule, durable et forte, espérons le (l'avenir nous le dira...)

Pour conclure ce volet climatique, l'année 2022 a été, de loin, l'année la plus chaude jamais enregistrée en France depuis 1900. Record qui était jusqu'ici détenu par l'année... 2020. Qui avait elle-même détrônée l'année.... 2018. Qui avait elle-même détrônée l'année.... 2014. Qui avait elle-même détrônée l'année...2011 !

Annee2022

Il faut bien avoir ce graphique en tête, très parlant, de l'évolution des températures en France depuis 1900. Ce qu'on observe maintenant depuis une quarantaine d'années est très net, et sans équivoque avec des conséquences d'ores et déjà très importantes sur notre environnement.

 

D'autres bascules ?

2022 a été également marquée par le retour de la guerre en Europe, en Ukraine. Sans que ce soit une réelle surprise, ce fut un drame dont on ne voit guère l'issue, plus d'un an plus tard. Cela nous a sans doute fait basculer davantage et/ou plus rapidement vers un monde plus sécuritaire pour nous défendre dans un ordre mondial incertain. Mais cela a aussi fait flamber le prix de certaines matières premières, notamment énergétiques, au coeur de nos économies. Déjà mise en place par la forte reprise post Covid de l'économie mondiale, l'inflation a ainsi flambé en 2022 après des décennies de prix plutôt stables sous nos contrées. Le président Macron a annoncé fin août que nous entrions dans "la fin de l'abondance", évoquant lui-même avec lucidité une grande bascule.

Début 2023, il apparaît que la situation se dégrade pour une grande majorité de la population qui voit son pouvoir de vivre/achat sensiblement diminué, mal compensé par les hausses de salaire, tandis qu'une petite minorité engrange des profits records, dans les très grandes entreprises, particulièrement pétrolières et gazières. Pas de fin d'abondance pour tout le monde, en tout cas, bien au contraire. Ce sujet des inégalités croissantes dont on ne voit pas le bout m'inquiète particulièrement pour le futur, s'il n'est pas pris à bras le corps : comment continuer à faire société ? La transition vers une société plus durable et écologique doit embarquer/concerner tout le monde, pas ceux qui en ont les moyens seulement, sinon ça ne marchera pas...

Sans parler d'une crise économique sévère qui couve, on le voit bien, avec une importante nervosité boursière ces derniers mois, et des dettes qui explosent conjointement avec la hausse des taux d'intérêt. Je me suis intéressé un peu plus sérieusement à tous ces sujets l'an passé, pour essayer de mieux comprendre, voire anticiper, le monde qui vient. Tout cela est objectivement inquiétant.

Est-ce un effet d'une forme d'âge ou de maturité, ou simplement la réalité de 2022/2023, mais j'ai eu l'impression très nette, pour la première fois l'an passé, que la partie la plus simple, légère, de mon existence, était définitivement derrière moi. Qu'à partir de maintenant, les choses allaient devenir plus dures. Pas nécessairement de façon brutale et importantes, mais petit à petit : vivre le déclin, tout simplement. Une décroissance souhaitable, mais beaucoup moins si elle est subie, sous forme de restrictions progressives. Il se trouve que ça coïncide avec le fait que j'avance dans la quarantaine, statistiquement au milieu de ma vie, donc, et que je reconnais qu'il est difficile de résister à une forme de nostalgie de la jeunesse. D'autant plus face à des perspectives d'avenir de toutes parts peu réjouissantes.

A titre individuel, je ne suis vraiment pas à plaindre, j'aime mon métier, ma vie globalement, et j'essaie de prendre soin des choses et des gens autour de moi. J'ai bien du mal à me projeter dans le futur, mais j'aurai toujours un point de chute, un refuge, notamment en Corse, même si les étés y deviennent bien chauds hélas. D'autre part, cette époque est passionnante, parce qu'elle est malgré ce triste constat foisonnante d'initiatives pour se préparer malgré tout au choc climatique qui vient, et que je crois que la prise de conscience est réelle et profonde, même si ses effets de masse se font encore désirer. Il y a là quelque chose d'enthousiasmant. J'ai participé au soutien de cette belle entreprise Time For The Planet (https://www.join-time.com/fr) qui est en train de réussir de belles choses, innovantes. 

Le monde change, plutôt vite, et nous allons vers un futur plus écologique, durable, ça ne fait guère de doute. La seule question est de savoir à quelle vitesse y arriverons-nous, avec combien de degrés supplémentaires de réchauffement et donc, quel coût humain...

 

Autre exemple qui me vient en tête : l'intelligence artificielle, avec l'arrivée tonitruante en fin d'année 2022 de ChatGPT, ce nouvel agent conversationnel assez révolutionnaire. En effet, il répond à toutes les questions, sur tous les sujets, et bien souvent avec une pertinence qui n'aurait rien à envier à un être humain, parfois même un humain bien renseigné sur certaines questions. Je ne l'ai pas testé moi-même, mais les très nombreux exemples que j'ai pu consulter sur les réseaux sociaux notamment (Twitter pour moi) sont souvent bluffants. C'est la première fois que je vois une intelligence artificielle de ce niveau. Je ne prétends pas suivre le sujet de près, loin de là, mais c'est cette conjonction d'une irruption grand public/performance intrinsèque qui me semble constituer une bascule en la matière. Les professeurs, par exemple, voient de nombreux devoirs à la maison arriver, qui s'avèrent rédigés par ChatGPT. Souvent meilleurs que des copies médiocres. Cela interroge sur la façon d'exercer leur métier. Et ce n'est qu'un domaine parmi d'autres...

16 janvier 2022

L'irruption volcanique

Avant toute chose, une bonne année 2022 aux éventuels lecteurs de ce blog un peu abandonné. Peut être qu'il le sera un peu moins cette année, car je commence à ressentir un peu plus le besoin d'écrire, pour partager quelques réflexions et témoigner de la marche de ce monde complexe et tourmenté.

Finalement, c'est un événement survenu hier samedi 15 janvier 2022, à 04h10TU (5h10 heure de France) à l'autre bout du monde, qui me donne l'occasion de reprendre ma plume numérique : la violente éruption du volcan Hunga Tonga Hunga Ha’apei dans l'archipel des Tonga, Pacifique Sud. Un événement aussi difficilement prévisible que spectaculaire, que j'ai d'abord découvert sur Twitter hier matin, lors d'une vacation à Météo-France. En effet, les images du satellite météo japonais Himawari qui couvre cette zone sont d'un genre que je n'ai pas souvenir d'avoir déjà vu. On passe en moins d'une heure d'un ciel assez dégagé et d'un temps calme, à un gros "champignon" de 400km de diamètre !

Lors de ma pause déjeuner, après en avoir vu d'autres, souvent moins zoomées, j'ai pris un peu de temps pour créer une petite animation satellite specifique pour garder en mémoire l'événement que j'ai tweetée en répondant à mon collègue et ami Etienne Kapikian :

Ce qui est incroyable, c'est à quel point on visualise bien l'onde de choc émise par la violence de l'éruption, et sa propagation rapide dans toutes les directions autour du site de l'éruption. Une alerte au tsunami a été émise sur tous les rivages du Pacifique, de l'Australie au Japon aux côtes américaines, et le tsunami a été significatif aux îles des Tonga voisines, comme on peut le voir dans le tweet ci-dessous :

A l'heure où j'écris ces lignes, 36h après l'événement, pas de dévastation comparable à des épisodes de tsunamis précédents, et l'éruption s'est produite sur une île inhabitée qui a d'ailleurs partiellement été engloutie depuis. Les communications sont cependant difficiles avec la zone, donc j'espère que les pluies de cendres, voire de cailloux (!) reportées n'ont pas fait trop de dégâts... En tout cas, un épisode vraiment spectaculaire sur nos images satellite si familières, comme je n'en ai pas souvenir.

Vient maintenant le moment de passer de l'éruption volcanique à l'irruption volcanique, pour justifier le titre. Tout d'abord, comme je ne l'avais pas anticipé, dans les heures qui ont suivi, l'onde de choc a traversé des centaines, puis des milliers de kilomètres, et a fait réagir les baromètres d'innombrables (toutes ?) stations météorologiques du monde, incluant les miennes (Penta di Casinca, Corse et Dawson City, Yukon, Canada) ou celles qui me sont chères (Dumont d'Urville, Terre Adélie), comme on peut le voir sur les graphes ci-dessous :

OndeChocHungaTonga

L'irruption soudaine de cet événement planétaire sur les baromètres du monde entier a suivi la vitesse de propagation du son, en gros, dans l'atmosphère, soit environ 1200km/h : sur les trois lieux/stations ci-dessus, elle a d'abord été enregistrée à DDU, en Antarctique, dans le même hémisphère, vers 19h30 locales, soit 9h30TU, donc environ 5h30 après l'éruption.Quelques heures plus tard, c'est sur le baromètre de la station de Dawson City, au Yukon, où elle est passée vers 5h locales, 13hTU, soit près de 9h après l'éruption. Enfin, dans la soirée d'hier, vers 21h locales, soit 20hTU, près de 16h après l'événement, sur mon baromètre de Penta di Casinca, où le saut de pression a été d'environ 1,5hPa, à peu près comme à Dawson ou DDU.

L'irruption barométrique étant très nette, et généralisée, on peut parler d'un (petit, en terme de conséquences) événement météorologique, mais quand on connaît un peu le climat de notre chère Terre, et l'histoire, on sait que l'impact d'éruptions volcaniques peut surtout être d'ordre climatique, en refroidissant, temporairement, la planète ! La question que je me suis ainsi, comme beaucoup, posée, fut donc la suivante : peut-on donc s'attendre à une irruption climatique du volcan des Tonga dans les prochains mois ?

Pour cela, il faut estimer la quantité de dioxyde de soufre (SO2) relâchée par le volcan dans l'atmosphère terrestre, qui peut effectivement avoir un vrai effet rafraîchissant. D'après les premières estimations, les quantités expulsées dans l'atmosphère seraient de l'ordre de 400 kilotonnes de SO2, soit environ 40 fois moins que ce qui avait été relâché dans l'atmosphère lors de l'éruption du Pinatubo, volcan philippin qui, lors de son éruption de 1991, avait provoqué un refroidissement planétaire d'environ 0,5°C durant les quelques années suivantes, avant que cet effet se dissipe totalement, quand toutes les particules étaient retombées au sol.

L'activité volcanique n'étant pas un sujet que je suis, j'ai un peu creusé le sujet, et l'événement d'hier matin n'est en réalité que la poursuite du réveil du volcan qui a eu lieu le 20 décembre 2021 et qui a duré jusqu'au 5 janvier, avant de reprendre le 13 janvier, débouchant sur cette explosion du 15 janvier, qui fut largement  l'événement le plus puissant depuis le réveil du volcan le mois dernier. Comme on le voit, l'éruption n'est peut être pas terminée, et du coup s'il y avait d'autres phases très actives à venir, la quantité de SO2 expulsée pourrait bien augmenter, ce qui pourrait alors, mais seulement alors, avoir un impact climatique global significatif. En attendant, l'île qu'avait formé l'émergence de ce volcan sous marin depuis une dizaine d'année semble maintenant quasiment engloutie, et le volcan est ainsi devenu (provisoirement ?) à nouveau sous marin :

EvolutionsHungaTonga

La réflexion de fond qui s'impose à moi est la suivante : ne peut on espérer que des éruptions volcaniques majeures, à partir de maintenant, pour freiner, stopper temporairement, le réchauffement climatique ? Faut il compter sur des irruptions volcaniques éruptives ? Si on en est là, comme je suis parfois tenté de l'être, ce qu'il n'y a pas grand chose à espérer d'autre, sur le fond... L'année 2021 a été à nouveau marquée d'événements spectaculaires, le pire étant ce record hallucinant au Canada, que j'ai évoqué précédemment sur ce blog, fin juin, avec près de 50°C. 

Il y a 3 jours, le 13 janvier 2022, le record de chaleur de l'hémisphère Sud a été égalé en Australie, avec 50,7°C relevés à Onslow, ce qui égale le record du pays, et de tout l'hémisphère austral, relevé en 1960. Le 14 janvier, lors d'une forte canicule en Amérique du Sud, on a relevé 44,0°C à Florida, ce qui égale le record de chaleur d'Uruguay de 1943. Tandis qu'on avait débuté l'année en fanfare, avec 45,6°C relevés à Sombrero Hovy le 1er janvier, établissant le nouveau record de chaleur du Paraguay. Le réchauffement climatique (et ses manifestations infernales) est donc en pleine forme dans l'été austral en ce début 2022, ce qui n'augure encore une fois rien de bon pour notre été boréal à venir, dans quelques mois... Sauf si l'éruption tongienne (ou une autre) se poursuit de plus belle, limitant la poussée de fièvre... ? Pour cette année, deux/trois dans le meilleur de cas...

La situation semble déjà relativement hors de contrôle, les débats autour de l'élection présidentielle à venir en avril ne parlent absolument pas du réchauffement climatique, l'irruption volcanique est peut être la meilleure option disponible, tout de suite, pour cette année. Pas brillant...

29 novembre 2021

1 an après

Cela fait des mois que je n'ai pas pris le temps d'écrire sur ce blog. J'y ai cependant parfois pensé, principalement pour réagir à l'actualité météo tristement riche de cette année 2021. Mais ce blog, que j'associe à l'évasion, au voyage, cadre mal avec la reprise d'une vie "normale", plus banale. Il y a quelques dates qui restent après le voyage en Terre Adélie, les dates de départ, de retour, notamment. Pour mon premier hivernage, c'est notamment le 18 décembre 2008, quand j'ai découvert la Terre Adélie, mais aussi le départ de DDU, le 23 janvier 2010. Pour ce second hivernage, bien sûr le départ, le 28 novembre 2019, mais aussi le retour, avec la date du 19 novembre 2020 où j'ai quitté DDU, puis le retour en métropole il y a tout juste un an, le 29 novembre 2020.

L'écho est particulier car sitôt atterri à Roissy il y a un an, après un court passage par mon appartement de Vincennes, en plein confinement, je suis reparti à Orly pour filer... là où j'écris ces lignes, en Corse bien sûr, ce cher village de Penta di Casinca. Première impression : ça passe globamement vite, un an. Seconde impression : c'était évidemment une année assez différente d'avant, et l'hivernage n'y est cette fois pas pour grand chose. Je parle bien sûr du contexte sanitaire qui a été, sans trop surprise, très présent et parfois pesant toute cette année. On finit d'ailleurs l'année avec une cinquième vague de Covid, fort heureusement pas trop meurtrière, jusqu'ici, grâce à la vaccination massive, mais tout de même, on reste dans cette ambiance.

La Terre Adélie et Dumont d'Urville restent présents dans mon quotidien, je n'y pense pas forcément tous les jours, mais grâce à la station Infoclimat que je contrôle régulièrement, et à la webcam que j'y ai laissée, j'ai bien suivi l'actualité météo de la base. Avec en plus quelques échanges qui ont parsemé l'année avec les collègues de la TA71, et même une petite présentation d'une demi heure que j'ai donnée aux chefs de service de Météo-France, qui m'a permis de me replonger de façon assez exhaustive dans toutes mes archives photos et vidéos, on peut dire que je reste proche de DDU. Je suis encore en contact assez fréquent avec notre DISTA, Régis, et nous évoquons souvent les sujets polaires, la Terre Adélie...

J'ai formé en météorologie polaire les collègues météo de la TA72, qui terminent en ce moment leur quatorzaine stricte en hôtel à Hobart, avant d'embarquer dans quelques jours sur la rotation R1 de l'Astrolabe. Je suis particulièrement en contact avec le technicien exploitant, Emmanuel, qui prendra bien soin de la station Infoclimat. Je suis content de pouvoir conserver ce lien avec les collègues qui partent là bas, en attendant la formation de ceux de la TA73 dans quelques mois, ça me fait toujours rêver, vu d'ici. 

En tout cas, le mois de novembre 2021 a vu un sacré bouleversement du paysage autour de la base, là bas, avec le vêlage massif du glacier de l'Astrolabe, dont un gros bout, à l'extrémité s'est détaché, ce qui devrait permettre de retrouver la vue vers la mer à l'est de la base, que j'avais vue en 2009, mais pas l'an passé, la langue glaciaire s'étendant assez au large, vers le nord-est. Davantage d'informations sur cette page du blog toujours intéressant, tenu par le DISTA : http://terreadelie-antarctique.blogspot.com/2021/11/velage-massif-du-glacier-de-lastrolabe.html

Pour finir, une photo du jour prise depuis le jardin ici à Penta, où j'ai travaillé une partie de la journée avec la vue sur l'île d'Elbe et les côtes italiennes, entre ombre et lumière vers 16h30, avec une clarté remarquable, lors de cette froide journée d'hiver (3,2°C de minimale et 8,1°C de maximale) :

elbe29nov2021

30 juin 2021

49,6°C au Canada !

Une canicule historique, d'une intensité hallucinante, vient de se produire sur le nord-ouest des Etats-Unis et le sud-ouest du Canada. Jusqu'au week-end dernier, le record de chaleur du Canada était de 45,0°C, relevés dans la province de la Saskatchewan le 5 juillet 1937.

La semaine dernière, les modèles de prévision météo indiquaient qu'une forte canicule concernerait dès le week-end ces régions de l'ouest de l'Amérique du Nord, à cause de la présence d'un dôme de chaleur particulièrement massif et bouillant. Ces prévisions très pessimistes, émises presqu'une semaine en avance, se sont malheureusement traduites dans la réalité.

Dimanche 27 juin, le village de Lytton, en Colombie-Britannique, situé à une centaine de km au nord-ouest de Vancouver dans une vallée encaissée, à environ 200m d'altitude, a enregistré 46,6°C, dépassant déjà très nettement l'ancien record du Canada. Lundi 28 juin, la canicule s'est amplifiée et on a enregistré au même endroit 47,9°C, soit une amélioration de près de 3°C de l'ancien record du Canada ! 

C'était déjà hallucinant, à Météo-France nous avons commencé dès lundi à répondre à des demandes d'interviews sur ce sujet brûlant, si je puis dire. Les prévisions indiquaient une possibilite d'améliorer encore ce terrible record dans la journée de mardi. 

Mardi 29 juin 2021, date d'ores et déjà historique, la station météorologique de Lytton, une station de mesure de référence pour la météo canadienne, a mesuré une température maximale de 49,6°C !!

Lytton29juin21

Carte issue de l'excellent site Infoclimat.fr, cliquez pour agrandir

Cela signifie que l'ancien record de tout le Canada, qui datait de juillet 1937, a été battu de 4,6°C ! C'est à proprement parler hallucinant, irréel. 

Bien évidemment, on se focalise sur cette valeur extrême et emblématique, mais toutes les villes du coin ont également battu leur propre record de température, tous mois confondus, également du côté américain, avec par exemple un extraordinaire 46,7°C à Portland, Oregon (ancien record 41,7°C), ou encore une valeur de 43,3°C à Quillayute, dans l'état de Washington, au bord de l'océan Pacifique, où l'ancien record était de 37,2°C en août 1999. Un record battu de 6°C, c'est tout simplement sensationnel.

En réalité, les mots manquent face à l'ampleur d'une catastrophe climatique pareille, car il faut bien nommer les choses, et j'ai osé utiliser dans une interview à bfmtv.com l'adjectif de "biblique" face à la démesure d'un tel phénomène. Un événement qui, dans un climat stable non modifié par nos activités depuis 150 ans, se produirait tous les 5000 ans ou quelque chose comme ça, tellement c'est improbable, qui remonterait ainsi à des temps quasi immémoriaux. 

 

Je n'aime pas trop réagir au jour le jour à l'actualité météorologique sur mon compte Twitter, sur lequel je préfère partager de jolis timelapses de mes webcams, ou des choses plus apaisantes en général, en lien avec la nature ou la météo. Mais difficile, voire coupable, de ne pas réagir à cet événement littéralement incroyable, que je n'aurais pas imaginé connaître de mon vivant. Le record de chaleur de Lytton est ainsi maintenant quasiment au niveau de celui de Phoenix (50,0°C), dans le désert de l'Arizona, 2500km plus au sud...

Sur mon compte Twitter, difficile de résister à une projection un peu égoïste pour notre douce France : jusqu'à présent, j'avais quand même du mal à croire  aux quelques études parues ces dernières années, qui indiquaient qu'on pourrait relever 50°C en France durant ce 21ème siècle. Fin juin 2019, quasiment 2 ans jour pour jour auparavant, la France avait établi son nouveau record de chaleur, avec dans le réseau Météo-France secondaire officiel, une valeur de 46,0°C relevée à Vérargues, dans l'Hérault, qui battait d'environ 2°C l'ancien record de 44,1°C d'août 2003. Déjà, à l'époque, j'avais été marqué par ce saut de quasiment 2 degrés, en réalité bien modeste comparé à ce que l'ouest nord-américain vient de vivre !

Des choses qui paraissaient impossibles deviennent ainsi climatiquement possibles, et je crois maintenant à la possibilité de connaître, peut être 50°C en France de mon vivant. Il est donc urgent d'agir et de changer profondément nos pratiques, bousculer le politique, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas... Comme je le faisais remarquer à ma mère tout à l'heure, il est trop tard pour tout sauver, il y aura des dégâts, importants, des drames. Mais il est toujours temps d'en éviter davantage !

Ajout le 1er juillet 2021 : depuis la rédaction de ce billet il y a 24 heures à peine, un violent incendie s'est déclenché juste à côté du village de Lytton, et le vent a propagé les flammes très rapidement, le village a été évacué, et ce jeudi 1er juillet, une photo prise par les pompiers dans la rue principale permet de constater avant/après : selon le député local, 90% des habitations de cette localité certes modeste (250 habitants) ont été détruits.

Lyttonfeu1erjuillet

Difficile de ne pas y voir une sorte de version de l'apocalypse, l'enfer sur Terre en quelque sorte, avec quelques heures après quasiment 50°C à l'ombre, les flammes qui détruisent un village. "Biblique", je disais un peu plus haut... Une pensée pour ceux qui ont beaucoup perdu dans cette nouvelle catastrophe climatique, clairement aggravée par le réchauffement climatique.

30 juin 2021

Midwinter TA70, an 2

Comme je l'avais également organisé en juin 2010, au retour de mon premier hivernage à DDU avec la TA59, j'ai invité mes camarades de la TA70 à des retrouvailles proches du solstice, durant le week-end du 19-20 juin dans mon beau village corse de Penta di Casinca.

TA70penta

 

L'invitation a encore mieux marché qu'il y a 11 ans, puisque nous étions cette fois plus de la majorité de la mission, soit 14 sur 24 ! Certains auraient voulu mais n'ont pas pu se déplacer, et je salue encore ceux qui, ne pouvant pas prendre de jours au delà du week-end, sont arrivés vendredi soir, pour repartir dès dimanche après le déjeuner. Nous avons envoyé cette photo et un petit mail aux successeurs de la TA71 actuellement sur base pour leur souhaiter une joyeuse Midwinter et une belle seconde partie d'hivernage. 

La forte présence de la mission démontre une fois de plus, s'il en était besoin, que nous avons eu une cohésion assez exceptionnelle, qui nous a permis de passer cette année 2020 dans des conditions aussi bonnes que possible. Les liens sont encore forts entre la plupart d'entre nous, et je pense que, comme avec ma TA59, dont je revois les membres les plus proches certes un peu moins souvent, ils demeureront longtemps. Elle est là, la grande richesse de cette expérience.

Les premiers étaient arrivés le jeudi après-midi, les derniers sont repartis le lundi soir, il m'a bien fallu quelques jours au calme, au village, pour me remettre de l'intensité de nos retrouvailles, qui nous ont, bien évidemment, totalement replongés dans la vie adélienne... J'étais ensuite d'attaque pour reprendre le boulot cette semaine, mais pas vraiment prêt pour l'événement climatique incroyable que nous venons de vivre... que je vais détailler dans le billet suivant !

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>