50ème vague de chaleur en France
Elle avait débuté le 19 juin, lors de mon précédent séjour à Cherbourg, et elle a duré jusqu’à ce week-end où elle est, enfin, arrivée à son terme sur les régions méditerranéennes. D’une durée de 16 jours, elle fait partie des plus longues vagues de chaleur que la France ait connue depuis 1947, année du début du recensement de ces événements climatiques par Météo-France. Témoins particulièrement pertinentes du réchauffement du climat hexagonal, on en constate chaque année la multiplication, tandis qu’elles étaient relativement rares au siècle précédent.
Les projections climatiques pour la suite du siècle sont claires à leur sujet : de plus en plus précoce (début juin… voire fin mai ?) ou tardives (en septembre… voire octobre un jour ?), de plus en plus longues, fréquentes et intenses. Tout un programme. En réalité, une autre façon de voir les choses est de prendre conscience qu’à la fin du siècle, certaines d’entre elles dureront tellement longtemps (2-3 mois) qu’on appellera simplement ça.. l’été. Des étés brûlants, sans réel répit de fraîcheur, qui traduiront la bascule dans un climat inconnu de nous aujourd’hui.
En écrivant ces lignes, ça paraît irréel, car si éloigné de ce que nous connaissons, et inquiétant. Pourtant, toutes les recherches scientifiques indiquent sans trop d’ambiguïté que c’est ce qui attend la France dans les prochaines décennies, de façon croissante. Ce que nous vivons dans cet été 2025, qui débute en fanfare dans la chaleur, c’est la bande annonce du film, et encore, purgée des moments les plus brutaux. Des pointes à 50°C dans le nord de la France à la fin du siècle… envisageables. Quand on réalise que cette valeur n’a jamais été mesurée nulle part, de façon rigoureuse et indiscutable, en Europe jusqu’à ce jour…!
En réalité, on ne devrait pas se plaindre des pics de chaleur actuels, aussi inconfortables soient ils, parce qu’ils paraîtront bien doux et cléments aux Français de la fin du XXIème siècle. Sans tomber dans le caricatural et automatique « on vit cette année l’été le plus frais du reste de notre vie », il faut bien prendre conscience de cela, et on n’a sans doute pas fini de mesurer les innombrables conséquences que cela aura sur les vies, humaines et non humaines, le vivant en général. Etant donné que ce mur climatique semble relativement inévitable, autant se préparer, physiquement, psychologiquement, autant que possible.
Le premier pic caniculaire a eu lieu lors de mon précédent séjour à Cherbourg vers le 21 juin, où la Manche avait rejoint d’autres départements en vigilance orange canicule. Ce pic a été suivi d’une séquence orageuse particulièrement intense lors de la journée du 25 juin. J’ai passé tout l’après-midi et la soirée dans la cellule de crise de la sécurité civile du ministère de l’Intérieur ce jour là pour assister les autorités pour le suivi de la situation, pour Météo-France. Un épisode orageux localement violent, notamment dans l’ouest parisien avec des arbres sectionnés par la violence du vent, chose qu’on voit quand même rarement à Paris ! J’ai pu constater cela en allant jouer le 27 au matin avec mon grand ami Romée au tennis à côté de Balard, dans le parc Suzanne Lenglen.
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Souvenir de ce 25 juin brûlant où on a atteint 36,5°C à Paris, après les orages le soir je suis sorti de la cellule de crise et l’atmosphère était moite, tropicale, certes moins chaude qu’en journée, mais tellement humide/lourde. Saisissant. Après ces violents orages qui ont touché de nombreuses régions, les températures ont à peine baissé jusqu’en fin de semaine (mais pas assez pour interrompre la vague de chaleur), mais un nouvel épisode caniculaire, plus étendu, intense et durable s’annonçait déjà pour les jours suivants. Je le surveillais depuis un moment sur les modèles météo, donc je ne peux pas dire que j’étais surpris.
Pic caniculaire
La possibilité d’approcher les 40°C à Paris semblait réelle. Impossible de fuir à Cherbourg, trop d’obligations au boulot. Ma petite clim mobile était prête… Après un week-end du 28-29 juin chaud mais encore sans excès (à peine plus de 30°C !), la température a bondi le 30 juin à 36,3°C à la station voisine de chez moi de la Porte de Vincennes, et jusqu’à 39,3°C mardi 1er juillet ! La nuit du 30 au 1er a été vraiment chaude avec une minimale de 25,0°C tout rond sur cette station représentative des rues de l’est parisien (et l’ouest vincennois !) Bien évidemment, grâce à ma clim, retranché dans le canapé lit de mon salon, j’ai pu dormir à peu près correctement, « au frais ».
Je fais toujours en sorte d’avoir une utilisation raisonnée de cette petite clim, pas tant pour la consommation électrique que ça induit, que la culpabilité d’envoyer davantage d’air chaud dans la fournaise extérieure, aggravant le problème contre lequel je lutte, certes de façon minime, mais tout de même. De toutes façons, à ces températures (on approchait les 31°C dans mon appartement vincennois), je n’arrive pas à me reposer sans, et j’avais besoin de travailler le lendemain.
Ce que je ne savais pas, en me couchant dans mon salon légèrement rafraîchi par la clim, c’est que je devrais retourner le lendemain matin, mardi 1er juillet, dans la cellule de crise du ministère de l’intérieur, au COGIC, pour faire un briefing météo à 4 ministres, à commencer par le premier d’entre eux : François Bayrou ! En effet, ces lundi 30 juin et mardi 1er juillet, la 50ème vague de chaleur a atteint son paroxysme avec une température moyenne de 28,2°C à l’échelle nationale (moyenne des températures minimales et maximales d’une trentaine de villes régulièrement réparties sur le territoire hexagonal). 16 départements avaient été placés en vigilance rouge canicule, notamment l’Ile de France. Au niveau rouge, avec Paris en ligne de mire, l’événement climatique avait ainsi acquis une dimension politique.
Je me suis donc retrouvé au ministère à 10h, arrivant sur place dans un niveau de chaleur encore supportable, en train de préparer un petit briefing météo, à la demande des autorités de la sécurité civile. Ce fut assez impressionnant de voir toute la mise en place pour l’arrivée des 4 ministres (Bayrou, Pannier-Runacher, Retailleau, Vautrin), avec le passage de l’équipe de sécurité du premier ministre, qui vérifie les lieux, notamment. Pas mal de journalistes aussi, bien sûr, car il s’agissait avant tout d’une séquence de communication pour le gouvernement. Je crois m’en être pas mal tiré quand j’ai été invité à briefer Bayrou, maîtrisant parfaitement la situation que je vivais, dans ma chair et au boulot, depuis plusieurs jours…
La nuit du 1er au 2 a été extrêmement chaude, on partait d’une journée à 39 degrés, et la température a bien évidemment eu du mal à baisser dans la nuit, il a fait jusqu’à 5h du matin plus chaud que la nuit précédente, jusqu’à ce qu’un air moins chaud finisse par gagner l’agglomération parisienne en fin de nuit. Avec ma clim, nuit correcte à nouveau bien sûr, mais je sais que pour beaucoup qui n’en ont pas elle a été dure…La journée qui a suivi fut un peu moins chaude, mais avec 33-34°C à Paris on ne peut pas dire qu’on ait pu se rafraîchir… La délivrance est vraiment venue en soirée avec un air venu de la Manche et la mer du Nord beaucoup plus frais !
Juste avant cette nouvelle canicule, j’avais décidé de retourner à Cherbourg dès que possible, à savoir le 3 au matin, pour respirer au mieux après ces quelques journées trop chaudes. Parce que même si la température a effectivement bien baissé le 3 et le 4 (26-28 degrés au max), ce changement de temps sans pluie n’a pas permis de rafraîchir sensiblement les bâtiments surchauffés par les jours précédents (il faisait encore 29 quand je suis parti le 3 au matin à l’intérieur…)
J’avais deux autres raisons d’aller passer 48 heures dans le Cotentin : tout d’abord, la météo du 3 et 4 s’annonçait ensoleillée et tempérée, idéale donc en cette saison ! Par ailleurs, j’avais envie depuis l’an passé de faire la promenade en bateau qui ne se déroule que les jeudis soir de juillet et d’août, quand la météo le permet ! On était le 3 juillet, il faisait très beau et calme, ça se présentait donc très bien ! Je suis ainsi arrivé à Cherbourg le 3 à midi, accueilli par les 20 degrés habituels de l’été local. La Manche avait échappé cette fois a la vigilance canicule, mais il avait fait jusqu’à 31-32 degrés le 30 juin tout de même, et 27 degrés le lendemain. Mon appartement était ainsi assez chaud quand je suis arrivé (près de 26 degrés), mais en ouvrant les fenêtres j’ai rapidement pu le rafraîchir.
Promenade en mer
J’avais acheté mon ticket en même temps que mes billets de train quelques jours plus tôt, je me suis donc présenté sur le quai du pont tournant à 18h30. La promenade a été conforme à mes attentes, j’espérais peut être aller un peu plus loin jusqu’à la pointe de la Hague, mais on s’est arrêté un peu avant, à Port Racine. 3 heures en mer sur le bateau « L’Adèle » que je connaissais déjà pour ses balades dans la rade, une quarantaine de passagers je dirais, et une guide/conférencière plutôt âgée mais dynamique, qui connaissait très bien son sujet et l’histoire cette côte du nord-ouest cotentinois.
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Une côté variée entre l’agglomération cherbourgeoise bien sûr, puis Urville-Nacqueville, les falaises de Landemer, Omonville la Rogue, et enfin Port Racine, avec les installations du centre de tri de déchets nucléaires de la Hague qui dominent le plateau, drôle de contraste.
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J’aime beaucoup le contraste entre la mer et ces champs cultivés tout proches, le côte sauvage de cette pointe bien mis en évidence lors de cette promenade On a fait un arrêt prolongé à Port Racine où on nous a gentiment servi un verre de cidre et un gâteau, pour une petite pause gouter, à 20h.
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Puis retour vers Cherbourg avec une lumière toujours plus couchante, sur une mer toujours bien peu agitée, même si par endroits on traverse des zones de fort courant où ça bouge un petit peu plus (vers Omonville, de mémoire). Quelques maisons proches de la mer dans des hameaux ou petits bourgs qui font assez envie je dois dire, même si je m’interroge sur leur espérance de vie face à un océan qui monte…
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Arrivé peu avant le couchant dans le port de Cherbourg, j’ai regardé le coucher de soleil en descendant du bateau, pour bien finir la journée ! Une belle balade à faire si l’occasion se présente en tout cas, réalisée ce 3 juillet dans de très bonnes conditions.
Le vendredi 4, je me suis principalement reposé, vraiment, sans autre but que celui d’aller regoûter l’eau de mer dans l’après-midi. Je suis donc reparti sur la plage de Collignon où je suis arrivé vers 16h, à la marée haute. J’ai fait un très bon bain dans une eau mesurée à 19°C, bien plus chaude que lors de mon bain précédent deux semaines plus tôt (16,5°C à Collignon, voir article précédent !). La vague de chaleur, même atténuée ici, est passée par là…
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Ce qui m’a frappé en venant, c’est l’herbe jaunie à pas mal d’endroits par la chaleur, et le relatif manque de pluie du mois. Juin 2025 a été le mois de juin le plus chaud depuis le début des relevés à l’aéroport de Cherbourg, sur le plateau voisin. Après le pic que j’ai vécu lors de mon précédent séjour en juin, relaté plus tôt dans ce blog, il y a eu un nouveau pic de chaleur à plus de 31-32°C le 30 juin et 27°C le 1er juillet.
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J’ai terminé mon séjour samedi 5 sous les nuages, juste avant le retour de la pluie. La 50ème vague de chaleur recensée en France depuis 1947 était ainsi passée, en attendant la prochaine, si possible pas trop vite, un répit semble se dessiner pour ce début juillet, avec de vraies pluies tout à fait nécessaires en contexte de sécheresse sur le nord du pays !