Itinéraires polaires

31 mars 2021

Reprise dans la chaleur... de mars !

Deux mois plus tard, me revoici sur le blog, auquel je pense encore assez souvent. J'ai achevé ma période de congés en Corse, où j'ai passé un excellent mois de février, avec de superbes spectacles de sable saharien dans le ciel, que l'on peut retrouver sur mon compte Twitter, et dont voici un exemple, avec une belle mer de nuages, le 7 février :

SabcorJe me suis donc régalé de cette belle vue pendant 2 gros mois pour débuter l'année 2021. Mi-mars, il a bien fallu mettre un terme à cette belle période de retour, parfaite pour se rédapter à un monde non-adélien. Le poids du Covid étant heureusement très limite en ce début d'année en Corse, c'était bien détendu de ce côté là.

Néanmoins, rentré à la mi-mars dans mon appartement de Vincennes, j'ai tout de suite repris pied dans la réalité Covid, avec port du masque quotidien et partout, beaucoup plus d'interactions sociales, ne serait-ce qu'au boulot, en dépit du télétravail tout de même largement déployé à Météo-France. C'est cependant moins le cas dans mon service, avec des tâches qui s'y prêtent moins.

J'ai cependant retrouvé avec un grand plaisir mes collègues après quasiment un an et demi, puisque j'avais arrêté de travailler dans cette unité Médias en septembre 2019. L'ambiance y est toujours très sympathique et agréable. Ma seule incertitude concernait le tâches elles-mêmes : aurais-je oublié certaines choses ? Pour l'essentiel, je n'étais certes pas inquiet. Après 8 ans dans ce service, les automatismes sont évidemment bien là, et profonds.

Tout est revenu très vite, et après à peine deux semaines de reprise, j'ai l'impression d'être revenu à mon poste de l'unité Médias depuis des mois ! Ce qui renforce nettement l'impression de parenthèse enchantée, de "long rêve" que constitue l'expérience adélienne. Je me réveille, comme avant, quasiment exactement. Mais je ressens encore les immenses bénéfices de cette belle respiration dont j'ai pu bénéficier en 2020 : je reviens sur mon poste d'avant avec un certain appétit, une envie, qui m'avaient quitté.

En tout cas, niveau météo, il n'a pas fallu attendre longtemps après mon retour pour vivre quelque chose d'exceptionnel : la chaleur précoce de ces derniers jours de mars est inédite, au nord de la France ! Ce mercredi 31 mars 2021, la station de référence de Paris-Montsouris a enregistré une température maximale de 26,0°C ! A l'image d'innombrables autres stations du nord du pays, c'est du jamais vu. Il a également fait localement jusqu'à 27°C en Allemagne, jamais arrivé en mars.

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Carte des températures maximales du 31 mars 2021. Source : infoclimat.fr

De nombreux records avaient déjà été battus hier, et ont été améliorés aujourd'hui.  L'été en mars... Un rêve ? Non : le cauchemar climatique qui prend petit à petit forme. Je n'oublie pas que peu de temps avant mon départ pour DDU, en juillet 2019, Paris-Montsouris avait relevé la température hallucinante, totalement inédite, de 42,6°C, autre facette du cauchemar climatique. Comme le rappelle mon collègue et ami François Jobard, la dernière fois qu'on a battu un record mensuel de froid, à Paris, c'était en... 1956 (février) !

Ce contexte général peu rejouissant, évidemment agrémenté par la flambée Covid de ce début de printemps, donnent à ce retour un goût très mitigé, à des années-lumière de la sérénité adélienne... Mais je ne suis vraiment pas à plaindre, globalement, je prends les jours les uns après les autres, je pense surtout à tous ceux qui sont moins chanceux que moi.

 

 

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30 janvier 2021

La TA70 est morte, vive la TA70 !

Le mois de janvier a vite filé, et il signe la fin de notre TA70, du moins de sa présence effective sur la base, puisqu'on achève le mois avec le départ de la quatrième rotation, R3, qui emporte le dernier de mes co-hivernants. Etrangement, ça a plutôt résonné en moi, ça a accéléré le bouclage de mon rapport de mission, qui avait (trop) traîné jusque là, et je me sens depuis ces derniers jours plus distant de DDU. La page est donc tournée, et je souhaite aux collègues de la TA71 une superbe année, un bel hivernage, qui débutera dans quelques petites semaines maintenant.

Notre TA70 a disparu de son lieu de mission, mais elle est, en revanche, bel et bien vivante, à travers le groupe WhatsApp qui réunit une large majorité de notre groupe, et qui est actif, avec plusieurs messages échangés chaque jour. La TA70 est morte, vive la TA70 ! C'est un beau symbole de voir ce groupe d'échanges bien vivant quelques semaines après notre retour dans "le monde réel".  Je pense que cela continue de traduire la belle cohésion de notre groupe. Bien que nous soyons physiquement séparés (même si certains se sont apparemment déjà vus en petis groupes !), le lien perdure. On n'évacue pas facilement une année aussi riche, difficile de passer rapidement à autre chose.

Chose amusante, en ce début d'année 2021, j'ai aussi un certain nombre d'échanges, par mail cette fois, avec un certain nombre de mes camarades et amis de la TA59, une autre petite communauté encore bien vivante elle aussi, onze ans plus tard ! Comme je l'espérais, avec un peu de recul maintenant, les deux expériences ne se comparent pas : elles s'ajoutent. Je crois déjà avoir eu l'occasion de l'écrire sur ce blog quand j'étais là bas, l'an passé, mais je suis plus riche de ces deux expériences.

Personnellement, ce début d'année est assez paisible : après une dizaine de jours à Quiberon pour Noël, que nous avons pu passer en famille là bas pour la première fois tous ensemble, et un jour de l'an où j'ai pu voir quelques amis historiques à Paris, je suis revenu à Penta, au village, où ces périodes de crise sanitaire sont tout de même beaucoup plus faciles à supporter. Je me régale des beaux paysages, notamment au lever de soleil, dont je donne quelques exemples joints à ce billet, je fais de l'entretien de mon matériel météo, que j'ai en partie rénové, et je travaille souvent au jardin, où je m'emploie à nettoyer des recoins peu entretenus ces dernières années, tout au fond, en bas.

A ce stade, deux mois exactement après être rentré en métropole, j'ai pleinement digéré l'expérience adélienne, je crois, et je ne serai pas mécontent, dans quelques semaines, de retrouver le chemin du travail, même si cela signifie aussi le fait de devoir rentrer vers Paris... Mais vraiment, je n'ai pas à me plaindre, comparé aux difficultés que traversent certains dans cette période difficile...

D'un point de vue météorologique, notons que la journée de ce vendredi 29 janvier 2021 fut particulière, puisque j'ai relevé une température maximale de 20,3°C à ma station météorologique du village. C'est un nouveau record de douceur pour un mois de janvier, depuis que j'ai installé la station en 2004, battant les 20,1°C relevés le 11 janvier 2015. La sensation de douceur était vraiment particulière, j'ai pu couper le chauffage et j'ai gagné quelques degrés dans la maison en aérant simplement au maximum !

C'est une ambiance bien différente de celle de DDU. Je garde quand même un oeil sur les conditions là bas, grâce à la station que j'y ai installée pour Infoclilmat, et aussi la webcam qui envoie quelques images par jour, le tout étant accessible par ce lien : https://www.infoclimat.fr/observations-meteo/temps-reel/dumont-d-urville-terre-adelie/00DDU.html  La douceur a atteint un niveau remarquable, sans être record, en ce mois de janvier adélien, avec 7,0°C le 19 janvier, valeur pas atteinte tous les ans, nous qui avions plafonné à 5,0°C l'été dernier... 

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06 décembre 2020

Atterrissage

Nous voici le dimanche 6 décembre 2020. Cela fait exactement une semaine que je suis rentré en France. Et c'était il y a exactement un an que nous arrivions à Dumont d'Urville pour cette belle aventure. Le 6 décembre rejoint ainsi le 18 décembre au panthéon des dates de mon histoire personnelle : une arrivée pour un hivernage en Antarctique reste un événement rare. Le décalage est naturellement immense avec ce que nous avons vécu il y a 1 an. Encore plus, pour ceux qui, comme moi, sont déjà rentrés en métropole.

C'est une drôle de semaine que je viens de vivre. Dimanche soir dernier, 29 novembre, j'ai finalement atterri à l'aéroport de Bastia-Poretta, ce qui a mis fin à un bien long voyage, qui a duré près de 48 heures, après le départ de l'Astrolabe samedi matin, heure d'Hobart. Une première fin du voyage a eu lieu à Roissy, dimanche 29 vers 13h, quand notre groupe d'hivernants voyageurs s'est séparé, avec beaucoup moins d'émotions que lors de notre véritable séparation au séjour de DDU, le jeudi 19 après déjeuner, entre les partants et les restants. La lassitude du long voyage était sans doute passée par là, la fatigue aussi, bien sûr.

J'ai choisi de rentrer directement en Corse pour y trouver l'espace, le calme, les plus adaptés à une réacclimatation efficace. Je suis arrivé au bout de la fatigue dimanche vers 22h dans cette chère maison du village de Penta. Depuis je m'y repose, et je digère l'année si riche qui vient de passer. Cela amortit grandement le choc du retour aussi rapide, dans ce monde masqué, qu est assez brutal, sans surprise. Les 48 premières heures ont été un peu confuses à cause de cela, et du décalage horaire bien sûr, dont il a bien fallu 3-4 jours pour me remettre véritablement.

J'ai la chance d'être ici devant cette vue qui m'émerveille depuis toujours, et j'ai passé cette semaine un temps certain à contempler les cieux qui n'ont pas été avares de beaux tableaux, dont je propose un petit échantillon joint à ce billet. Je me suis doucement remis à faire quelques travaux d'entretien du jardin, qui en a bien besoin, et je me reconnecte petit à petit à l'actualité, brûlante, de la France de cette fin 2020, parce que j'ai besoin de comprendre ce qui se passe dans ce monde tourmenté.

Quant à DDU, eh bien, cela s'est imposé comme une évidence ces derniers jours : j'ai besoin de couper, de m'en détacher, de ne plus trop y penser. Cela se fait assez naturellement, mais tant qu'un certain nombre d'entre nous, de notre TA70, se trouve encore sur place, j'y pense un peu chaque jour, à ce qu'ils vivent, de certainement bien différent du reste de l'année. Je pense à la petite dizaine qui se prépare à son tour à quitter DDU, et à monter sur l'Astrolabe qui fait à nouveau route vers la base en ce moment, dans quelques jours.

De façon plus pratique, il faut que je rédige mon rapport de fin de mission, une synthèse de mon activité professionnelle de cette année 2020, en tant que chef de station météo : c'est mon objectif prioritaire de la semaine qui démarre. Cela va m'obliger à me replonger dans tous ces souvenirs, sous un angle certes professionnel, mais professionnel et personnel sont tellement liés lors d'un hivernage, ce n'est pas pour rien qu'on considère que l'on ne prend pas de congés pendant un an, et que tout est rattrapé au retour, pendant environ 3 mois.

J'ai eu le plaisir de reparler au téléphone à la plupart de mes amis durant cette semaine, on espère se revoir prochainement, mais dans ce contexte Covid un peu incertain, il est difficile de faire des prévisions. J'espère aussi passer la période de Noël en famille, à Quiberon. A suivre... 

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26 novembre 2020

Fin de la traversée et arrivée à Hobart

 

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Nous voici donc arrivés à Hobart depuis hier mercredi en fin de journée, sous un soleil radieux et par une température estivale de 25°C, un air incroyablement chaud quand on revient d'hivernage en Antarctique.

Je souhaiterais commencer par remercier tous ceux qui ont envoyé des messages ou commenté les billets précédents, cela a été un plaisir de partager cette seconde expérience adélienne avec l'extérieur, toujours aussi riche, et dense. J'aime autant écrire pour pouvoir me replonger moi-même dans cette ambiance dans le futur, que partager cela avec le plus grand nombre. 

Nécessairement, la fréquence des billets, et probablement leur intérêt, comparativement à la période adélienne, vont décroiître maintenant. Comme en 2010, lors de mon premier retour. Mais comme en 2010, je ne suis pas à l'abri d'une prochaine aventure probablement digne d'intérêt et donc, de partage, même si cela doit prendre encore quelques années.

Je termine par un récit de ces derniers jours. Suite à mon message de blog forcément envoyé un peu dans l'urgence après l'annonce de notre départ légèrement anticipé, je suis allé terminer de ranger et nettoyer ma chambre, puis j'ai rejoint tout le monde au séjour. Tous les hivernants de notre TA70 y étaient rassemblés, et les au-revoir entre nous, les 11 partants, et les 13 restants, ont été émouvants, chaleureux. Avec la perspective joyeuse de nous revoir sous d'autres latitudes, chose sur laquelle j'ai tenté d'insister auprès de ceux que nous avons quitté.

J'ai pris le dernier hélicoptère de passagers avec Régis, Malik et Pascal (chef centrale) pour un très court vol jusqu'à l'Astrolabe à 2km environ au nord-est de la base, puis à bord nous avons regardé depuis le bateau le petit groupe d'une dizaine d'hivernants qui était venu nous voir depuis la piste du Lion, au plus proche du navire.

Ensuite, j'ai dîné à bord jeudi puis suis vite remonté sur le pont en haut pour voir DDU lentement mais sûrement s'éloigner de nous par une belle soirée et de superbes lumières. Emotion particulière, bien sûr, probablement moins forte que la première fois il y a 11 ans, mais bien présente.


Première journée bien tranquille et esthétique dans le pack vendredi avec beaucoup de glace et quelques animaux, pack dont nous sommes sortis samedi matin, et le bateau a nettement accéléré ensuite, et récupéré la houle du large. Les premières heures ont été compliquées pour nombre d'entre nous avec le bateau qui s'est assez brusquement mis à bouger.

Pour ma part j'avais accumulé pas mal de fatigue pendant la période intense de passation et entre hier après-midi et ce matin, excepté les repas, et quelques courts passages dehors pour m'aérer, je n'ai fait que dormir. Le dimanche, je me sentais plus reposé, avec un bateau qui bougeait très raisonnablement.

La traversée se déroulait dans des conditions agréables, dès que je me sentais assez bien et en forme, je montais sur la passerelle, pour voir les infos météo justement, discuter avec l'équipage très sympathique de l'Astrolabe. Il y a notamment un jeune marin "compatriote" corse, Thomas, avec qui j'ai pas mal discuté, et qui envie mon retour dans l'île dans quelques jours, tandis qu'il reste en mission encore pour de longs mois.

C'était la raison de notre départ légèrement anticipé : nous sommes effectivement passés à l'île australienne de Macquarie sous un temps écossais, plafond bas et crachin tôt lundi matin, vers 5h, mais on a assez bien vu la toute petite base australienne. Nous nous sommes arrêtés à 500m de la côte et les australiens sont venus avec 2 zodiacs nous déposer leur malade. Ce dernier n'avait pas l'air en si mauvaise forme,  il est monté saluer le commandant sur la passerelle où je me trouvais juste après. Par la suite du voyage, j'ai pu discuter un peu avec lui, il était notamment observateur météo sur l'île, avec des lâchers de ballons réguliers comme à DDU. En ce moment, ils sont 19 sur la petite base.

Même si nous n'avons pas très bien vu l'île à cause de la couche de nuages bas, nous avons eu un aperçu en longeant la côte orientale, et surtout en stationnant moins d'une heure au large de la base, située sur un isthme au nord de l'île, nous avons plutôt bien vu leurs installations. Ceux qui connaissent bien les îles australes (Crozet, Kerguelen surtout) y ont reconnu un paysage et une ambiance brumeuse caractéristiques, ce fut le cas de Régis.

Après 3 jours de mer, retrouver une terre fait tout de même un drôle d'effet, revoir du vert aussi, à défaut d'arbres, qui ne poussent pas sous ce climat rude et venteux. Nous ne nous sommes pas attardés sur place, car la fin de notre traversée était intimement liée à l'arrivée d'une grosse dépression sur notre trajet, avec des creux de 10m envisagés pour la journée de jeudi, soit aujourd-hui, au large de Hobart. Il nous fallait donc à tout prix arriver avant ces conditions qui eurent été fort désagréables.

L'Astrolabe a donc rapidement quitté Macquarie, qui disparaissait au sud dès 6h du matin lundi, cap nord-ouest vers Hobart en ligne droite et à 14-15 noeuds, soit à pleine vitesse. Sans incident, il y avait de bonnes chances d'arriver avant la tempête. C'est exactement ce qui s'est passé, avec des conditions un peu houleuses, mais pas plus de 4-5m au plus haut surtout mardi et mercredi matin, une houle de travers qui a fait rouler le bateau, renversant parfois quelques affaires mal arrimées, mais sans excès.

Et cette journée de mercredi, forcément spéciale avec la terre que l'on guette au nord, puis dont on aperçoit un trait fin sur l'horizon, avant de voir lentement se dévoiler le relief côtier heure après heure tout l'après-midi. L'odeur qui change, avec quelques parfums terrestres,  l'air qui se réchauffe nettement : déjà doux avec 17°C au petit matin, on a dépassé les 20°C l'après-midi, pour atteindre 25°C en remontant le chenal vers Hobart, un vent chaud des plus surprenants pour nos corps habitués au froid.

Les premiers arbres, les premières maisons, un "nouveau" monde dont l'irruption garde un côté étonnant au premier abord, bien que si prévisible. On se réhabitue vite, ce jeudi, tout cela me paraît un retour à la normale. On se sent bien avec le bateau à quai, sans houle, avec un léger mal de terre qui se dissipe heureusement. Techniquement, nous sommes descendus ce matin une seule minute à quai pour voir la police maritime tasmanienne, montrer nos passeports, masqués, bien sûr, sauf pendant la vérification d'identité.

Les masques sont obligatoires sur le bateau depuis ce jeudi, ça change peu et beaucoup de chose. Sans surprise, ce n'est pas très agréable, mais on s'y fera, évidemment. Nous voici dans ce fameux "monde masqué" que je redoutais un peu. Nous avons deux jours de récupération sur le bateau, où l'équipage va également pouvoir un peu souffler, grâce à notre arrivée un peu en avance sur le calendrier, d'environ 2 jours. Samedi matin, ce sera le convoi vers l'aéroport pour le retour en métropole dimanche, un an et un jour après avoir quitté ce même aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Nous n'aurons ainsi vu Hobart que depuis le bateau, ce qui reste un peu frustrant, même si on s'y attendait.

Je pense aux 13 hivernants de notre TA70 encore dans cet environnement unique, j'espère qu'ils vivent encore de beaux moments, même si je ne les envie pas de nous avoir vus partir et de rester, largement minoritaires, dans l'environnement chamboulé de la campagne d'été. La longue parenthèse enchantée de cet hivernage se referme donc pour moi, et DDU me semble déjà assez loin dans le temps, mais tellement rempli de bons souvenirs... A bientôt et encore merci de m'avoir lu cette année !

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19 novembre 2020

Au revoir DDU !

« En Antarctique, pas de pronostic » nous rappelle-t-on depuis le début de l’aventure. Cela s’est encore vérifié cette fois puisqu’on nous assurait encore hier soir que nous n’embarquerions que vendredi sur le bateau, mais suite à une potentielle demande d’assistance sanitaire à l’île australienne de Macquarie, l’Astrolabe doit avancer son départ, et nous embarquons donc dès ce jeudi après-midi.

Je ne suis donc plus en mesure de lire mes mails pour les 7-8 prochains jours, car le voyage en mer sera forcément un peu plus long si nous passons par l’île australienne, où nous devions également passer avec l’Aurora en venant l’an passé. Néanmoins, la marge devrait nous permettre de prendre notre avion à Hobart le 29, pour une arrivée en France le 30.

J’ai bien terminé la passation avec les collègues météo de la TA71, avec le sentiment du travail accompli. Un dernier lâcher de ballon hier matin (avec un peu de vent, typique du lieu !) pour dire au revoir à tous, pour remercier également tous les lecteurs de mon blog.  Cela fut à nouveau un plaisir de partager quelques tranches de vie avec le plus grand nombre. Les sentiments sont partagés, forcément, mais je suis prêt à partir, dans ma tête, je crois. On verra comment tout cela se présentera pendant et après le voyage retour, où je vais commencer à digérer tout cela.

Une magnifique seconde expérience en tout cas, à bientôt sur le blog, mais probablement dans un peu plus longtemps, sous d’autres latitudes !

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16 novembre 2020

Rush de la passation

Depuis l’arrivée de nos successeurs de la TA71 sur la base samedi après-midi, comme je m’y attendais, on a brutalement basculé dans un autre monde. Ce soir, je me suis assis à la même table que Pascal notre plombier, et on s’est fait la réflexion qu’on avait le sentiment de ne pas s’être vus depuis une dizaine de jours, tant les 48 dernières heures ont été riches, et pour chacun d’entre nous, quasi exclusivement occupées avec nos successeurs pour les passations de consignes. 

Au séjour, pour les repas à 65, il y a une agitation et un bruit qui nous paraissent encore réels, assez incroyables par rapport au calme, la quiétude de ces 8 derniers mois à 24. Pour être franc, ce n’est pas réellement agréable. Cela dit, les collègues météo que je vois du matin au soir sont évidemment enthousiastes, motivés, et c’est un plaisir de leur transmettre les consignes et l’expérience accumulée durant l’année. Les journées sont incroyablement denses et je les termine avec les cordes vocales bien fatiguées. 

Les opérations logistiques de déchargement de l’Astrolabe se poursuivent, et ce dernier utilise ses capacités de brise glace pour forcer progressivement le passage vers la base, plus précisément la piste du Lion qui est le quai naturel de chargement/déchargement de la base. Arrivé samedi à 7km de DDU, il était pointé hier dimanche soir à 4,5km, et lundi soir on le voit à environ 2km, brisant une glace de 75cm d’épaisseur environ, celle qui s’était reformée suite à notre spectaculaire débâcle du mois de septembre. On le voit donc de mieux en mieux sur mes photos zoomées jour après jour. Le but étant de l’amener jusqu’à la limite de notre ancienne banquise dans le chenal du Lion, qui est mesurée à 1m50 d’épaisseur environ, et qui permettrait du déchargement en véhicule, impossible sur une glace de 75cm considérée trop fragile.

En tout cas, c’est la première fois que j’ai l’occasion d’admirer les capacités de brise glace de l’Astrolabe, qui tente non seulement d’approcher la base, mais en créant un chenal suffisamment large pour pouvoir manoeuvrer sans se retrouver coincé.  Ce soir, il poursuit donc sa progression, qui pourrait bien l’amener demain au point désiré.

Du côté de notre départ, après encore 2 jours de déchargement puis chargement, le bateau sera prêt à repartir, et on envisage pour le moment de nous faire monter à bord jeudi après-midi, pour un départ le lendemain vendredi, voire samedi, cette décision dépendant des conditions météo et de glace envisagées pour le début de notre traversée. 

Je suis très confiant quant à la capacité de nos successeurs de gérer une station météo que nous leur laissons dans de bonnes conditions, et j’essaie donc, en priorité absolue, d’être aussi présent que possible pour les aider à prendre leur envol avec le moins de difficultés possibles. Laura, qui me succède en tant que cheffe météo, a 30 ans, et aucune expérience en prévision opérationnelle, mais elle apprend vite, nos échanges ont été particulièrement riches ce lundi, je vais continuer à lui prodiguer autant de conseils que possibles jusqu’à mon départ.

Je sens déjà que cette période est très spéciale, avec ce mouvement inexorable, et probablement bienvenu pour accepter le départ, de dépossession de notre lieu de travail qui se met nettement en place. Ca n’a vraiment plus rien à voir avec samedi matin, je sens que j’ai déjà moins ma place sur la base. C’est probablement, dans ces conditions, une bonne chose de partir assez rapidement, je n’envie pas ceux de notre TA70 qui vont connaître une passation qui va durer encore plusieurs semaines. D’ailleurs, la fin de mon dernier séjour adélien, durant lequel j’avais connu une passation beaucoup plus longue jusqu’en janvier 2010, fait partie de mes pires souvenirs de l’expérience TA59.

Nous avons formalisé la passation aujourd’hui à l’occasion de notre dernier lâcher de ballon Ozone, qui a été l’occasion de montrer à nos successeurs comment réaliser cette opération assez complexe, qui nécessite surtout d’être minutieux sur un grand nombre de détails. Nous avons repris l’idée de la photo de passation faite avec nos prédécesseurs de la TA69, que nous avions prise à l’occasion du ballon Ozone également. Je propose une photo de cette passation jointe à ce billet. Je propose aussi une photo d’un lâcher de ballon quelques jours plus tôt en noir et blanc, prise par Valentin, pour illustrer notre tableau de mission TA70, encore en cours d’élaboration. C’est l’image de moi de cette mission qui restera sur la base.

Je propose aussi la très belle photo de notre TA70 prise quelques jours plus tôt, le 11 novembre précisément, très belle parce que nous sommes présents les 24 de l’hivernage dessus, chose que nous n’avions pas réussi à faire durant l’hivernage, il manquait hélas toujours une personne sur les autres photos de groupe. Et c’est un très beau symbole de parvenir de le faire une fois l’hivernage achevé, qui traduit à sa façon bien, je crois, l’ambiance globalement bonne qui a demeuré jusqu’au terme de notre mission. Je crois que nous pouvons en être assez fiers.

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14 novembre 2020

Arrivée de l'Astrolabe !

C’est l’événement du jour à DDU, attendu, guetté : l’Astrolabe est arrivé aux environs de la base tôt ce matin, vers 4h, et a pris contact radio avec nous autour de 6h, et nous avons vu arriver les deux hélicoptères à bord sur la base dans la matinée. Il se situe à 7km environ au nord-ouest de la base, au bord de la banquise. Puis, cet après-midi, toute notre TA70 s’est retrouvée au séjour vers 15h, dans l’attente de la série de vols hélicoptères apportant les passagers du bateau, et donc, tous les hivernants de la TA71 !

Nous avons ainsi accueilli nos successeurs entre 15 et 16h, qui ont débarqué au fil des vols de l’hélico. Quelle animation d’un coup, sur la base, où la population est passée de 34 personnes ce matin à 66 ce soir ! La période intense de la passation de consignes vient donc de débuter, avec une équipe d’arrivants en pleine forme, après une belle traversée dans l’ensemble, et surtout très motivée pour se mettre au boulot, ça fait plaisir. Un monde fou au séjour, et ce soir nous sommes donc près de 70 au séjour pour une raclette. Superbe journée parfaitement ensoleillée à nouveau, avec une maximale de -0,4°C, la plus douce depuis le mois de février dernier.

Signalons aussi que dans la nuit de jeudi et vendredi, nous avons connu une brève et intense tempête (la 17ème de l’année) catabatique baptisée Polette, avec un vent moyen qui a atteint 115km/h, 7ème plus forte tempête de l’année, avec une rafale maximale pointée à 156km/h. Cette tempête n’a duré que 4-5 heures et a donc provoqué une débâcle assez limitée de la banquise environnante. 

C’est probablement notre dernière tempête avant le départ, mais ce n’est pas sûr, car les prévisions indiquent qu’on ne sera pas loin de la tempête jeudi, ce qui pourrait conditionner notre départ. A suivre, d’ici là, beaucoup de choses à discuter avec les collègues ! 

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12 novembre 2020

On se fait les malles !

Journée spéciale ce 12 novembre 2020 sur la base : on nous a annoncé depuis deux jours que toutes les malles des partants sur la première rotation du bateau R0 doivent être prêtes pour 17h. Certains les ont déjà préparées depuis quelques jours, mais pour la plupart, une dizaine d’entre nous, c’est bouclage de dernière minute dans la journée, avec une activité intense de rangement et nettoyage dans le dortoir ! De mon côté, afin de vérifier le volume qui va voyager avec moi, j’en ai profité également pour faire ma valise, ce qui m’a permis d’ajuster le remplissage des malles, et d’être sûr que ma valise pourra fermer dans quelques jours.

Dans l’après-midi, sur les passerelles, on voyait passer les hivernants, souvent par groupe de 2, portant les malles vers Geophy, où elles étaient souvent pesées, puis étiquetées, et enfin entreposées à l’extérieur, une fois prêtes, en attendant la prise en charge de 17h. Ensuite Martin, campagnard d’été, ainsi que quelques hivernants (Alain, Loïc, Pol) et moi-même au début, nous les avons chargées sur un véhicule, afin de descendre pour les stocker dans le bâtiment AGI en bas de l’île des Pétrels, où elles attendront une prise en charge par le bateau en fin de campagne d’été, dans 3 mois. Nous les reverrons en France dans le courant du mois de mai, voire en juin. La dizaine de partants que nous sommes, ainsi que quelques camarades hivernants partants sur la rotation suivante, sommes ainsi débarrassés de l’essentiel, en volume du moins, de nos affaires personnelles de l’année.

Il fallait donc bien réfléchir à ce qui ne me serait pas nécessaire durant les 6 prochains mois, à ce que je garderais avec moi pendant le voyage. Et comme j’ai fait ma valise, mon sac à dos, pour constater que tout tenait, je suis quasiment prêt à partir dès ce jeudi soir ! Drôle d’ambiance, pour nous qui partons, mais aussi pour ceux d’entre nous qui vont rester quelques semaines de plus, et qui nous voient préparer nos affaires. Notre belle histoire commune ici se termine, c’est le début de la fin. L’Astrolabe n’est pas encore visible depuis la base ce jeudi soir, mais il se rapproche : situé à 64°30’S et 145°40’E, il est à plus de 300km à l’est/nord-est de DDU, il progresse sans trop de problème dans le pack. Nous le verrons ainsi très probablement demain, s’il n’est pas caché derrière un iceberg, mais en raison de la tempête qui s’annonce cette nuit, et qui devrait durer une partie de la journée de demain, nous ne devrions pas forcément voir nos successeurs dans les prochaines 24 heures. Samedi, en revanche, c’est quasi certain…

Ce matin, j’ai lâché mon dernier ballon, avec Julien notre mécanicien de précision/outilleur, demain et samedi c’est au tour de Michel, et ensuite nous serons avec notre relève, ce ne sera donc plus pareil. J’achève ainsi ma dernière vacation seul, comme j’en ai vécu des dizaines d’autres. J’ai aimé ce travail, ces vacations mêlant observation et prévision, à l’ancienne, avec une temporalité particulière, au rythme des saisons polaires si belles et si marquées. La nostalgie l’emporte un peu en ce moment, mais elle n’est pas si triste, je crois, elle est teinte de fierté d’être revenu ici et d’avoir vécu ce second hivernage dans de superbes conditions.

Le tourbillon de la passation va nous emporter dès samedi au plus tard, jusqu’à notre montée sur le bateau, dans environ une semaine, avec peut être un départ le 19-20 ? C’est toujours difficile de savoir précisément, car très dépendant des conditions météo également. La seule véritable contrainte de temps est le vol du 29 novembre sur lequel nous avons une réservation. Normalement, avec environ 5 voire 6 jours de mer, il y a de la marge, mais l’Astrolabe a également ses contraintes, donc nous verrons bien, on ne devrait pas être très loin du 19-20, dans une semaine.

Lundi après-midi, j’ai eu la joie de revoir une hivernante de choix de ma TA59. : Caro, notre médecin, qui est de retour car elle va être, pour la seconde fois, médecin du raid qui part vers Concordia la semaine prochaine. J’attendais sa venue, bien sûr, et je suis ravi de l’avoir vue pendant une grosse demi-heure, pas davantage hélas, car elle venait aussi pour récupérer auprès de Sarah les médicaments que cette dernière lui avait préparés pour la base annexe de Prudhomme, et le raid. J’espère vraiment la revoir, mais elle loge à la base Robert Guillard de Cap Prudhomme, certes proche (5km) mais les aller-retour en véhicule ne se font pas si simplement que cela, du moins pas sans raison professionnelle… En tout cas c’était très drôle et sympa de la revoir ici, à côté de Sarah, deux super médecins de mission en tout cas, j’ai été gâté à chaque fois.

Mardi, belle journée calme et encore du plein soleil : en bordure d’un trou d’ozone encore très vaillant cette année, nous avons mesuré un indice UV de 8,3 au plus fort, certains ont pris de sacrés coups de soleil lors de la sortie du jour, pour voir les phoques ! Les journées sont longues, quand c’est le plein soleil, on mesure quasiment 18h d’ensoleillement : de 3h15 à 21h15 environ, c’est l’été ! Et plus d’obscurité la nuit, bien sûr, à 3-4 semaines à peine du jour polaire, tout juste une légère pénombre vers minuit...

Hier 11 novembre, nous avons eu droit à la cérémonie officielle, présidée par Régis, et nos 3 militaires (Sarah, Malik, Loïc) ont donc revêtu leur tenue de cérémonie pour l’occasion, pour la troisième fois de l’année (après le 8 Mai et le 14 Juillet), Régis nous a lu un message ministériel, suivi d’un petit cocktail. Ensuite, après le déjeuner, nous avons ENFIN réussi ce qui paraissait si difficile : faire une photo de mission à 24, tous ensemble ! Les 2 autres photos de mission que nous avons faites depuis notre arrivée, n’avaient pas réussi à atteindre ce nombre. La symbolique est belle, assez forte je crois : en fin de mission, au moment où pour diverses raisons, nous pourrions être le plus lassés les uns des autres, nous arrivons tout de même à nous réunir tous ensemble quelques minutes, le temps de quelques photos. Une bien belle manière d’achever notre histoire commune…

Enfin hier et aujourd’hui, Elian, campagnard d’été expérimenté, a, comme chaque année, rasé les congères aux manettes du Kassbohrer, devant notre bureau météo, Geophy, et le dortoir : en quelques heures, il a donc détruit le travail patient d’accumulation de neige de la Nature de tout l’hiver ! Nous avons donc retrouvé une vue parfaite sur l’horizon depuis ces fenêtres depuis longtemps obstruées par la neige. Sans cette action, le niveau des congères baisserait certes par la fonte estivale, mais elles n’auraient que bien peu de chance de disparaître complètement…

Place à la tempête en tout cas maintenant, notre dernière probablement, je me sens globalement plus léger, plus que jamais prêt pour le départ, avec toutes mes affaires empaquetées ! A bientôt pour l’arrivée de l’Astrolabe !



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08 novembre 2020

Fin de l'hivernage de notre TA70 !

Ca y est, depuis ce samedi 7 à 13h39 précises, avec l’atterrissage d’un avion Basler en provenance de la base italienne Mario Zucchelli, qui a apporté une quinzaine de passagers, notre hivernage, débuté le 24 février, s’est achevé ! Nous nous y étions certes préparé depuis plusieurs jours, cela demeure cependant un moment très spécial, le fait de revoir des gens venus de l’extérieur, d’autres gens, tout simplement ! Une activité très particulière sur la base ce samedi, avec un certain nombre d’entre nous qui sont partis, parfois très tôt le matin, pour le continent voisin, ouvrir la base annexe Robert Guillard de Cap Prudhomme, qui héberge la majorité des arrivants, finaliser la piste d’atterrissage de D10… Nous n’étions qu’une petite dizaine sur 24 pour notre dernier déjeuner d’hivernage.

La dernière soirée d’hivernage a eu lieu vendredi 6 au soir, arrosée par un peu de champagne pour marquer le coup. Une soirée avec un long apéro avant le dîner, plus long que prévu, pour faire durer ce plaisir de partager un dernier bon moment juste entre nous. Un bon repas à base de fromage, suivi d’une projection par Pascal notre chef centrale de quelques vidéos de ses 3 hivernages à Kerguelen.  Un beau souvenir de clôture.

Ce samedi, également un fait météorologique notable : le froid ! Encore très marqué pour la saison avec un minimum à -18,4°C la nuit dernière, valeur atteinte pas si souvent en novembre, une année sur 4 ou 5 seulement, un froid mordant, bien hivernal, renforcé par le vent qui était bien présent en matinée, soufflant autour de 90-100km/h en pointe, chassant beaucoup de neige à nouveau, un ressenti voisin de -30 qui faisait bien peu penser à l’été pourtant proche ici ! En me levant tôt, j’ai commencé par pelleter une demi-heure devant le dortoir, simplement pour rétablir l’accès par les escaliers complètement envahis par la congère. Je ne pensais pas à avoir à pelleter ainsi en novembre, j’aurai ainsi pelleté quasiment jusqu’au bout de mon séjour !

Pour le déjeuner nous étions donc peu nombreux, l’avion était annoncé vers 13h30, je l’ai donc guetté après déjeuner, rejoint par quasiment tous les adéliens restés sur la base, nous l’avons aperçu quelques minutes avant 13h30, puis suivi des yeux jusqu’à l’atterrissage : drôle de moment ! On peut voir sur une des photos proposées les hivernants présents sur base suivre la progression de l’avion, au loin, juste au moment de l’atterrissage à D10. Ensuite nous nous sommes regroupés au séjour pour accueillir les nouveaux arrivants : 4 campagnards d’été que nous connaissons car ils étaient présents lors de la précédente campagne d’été avec nous (2 techniques, et 2 scientifiques), et les 2 ornithologues de la TA71 qui découvrent les lieux. Pour ces gens qui viennent du « monde masqué », testés 5 ou 6 fois négatifs depuis leur départ de France, c’est un grand soulagement d’arriver ici, et de ne pas avoir à porter le masque en permanence, on sent ce qui nous attend, en revanche...

Au dîner hier soir, nous avions l’impression d’être assez nombreux sur la base, alors que nous n’étions que 6 de plus qu’avant. Le BCR, c’est-à-dire Malik et Loïc, bien aidés par François bien sûr, mais aussi Antoine, nous ont régalé de leurs fabuleux burgers pour une 4ème édition de l’année je crois, peut être davantage, nous avons en tout cas terminé en beauté ces repas un peu particuliers, à thème disons, que nous avions instaurés pendant l’hivernage. Je ne me suis pas éternisé après le repas, pour aller faire un probable dernier Skype familial, très sympa, puis me coucher aussi tôt que possible, en prévision de l’arrivée d’un nouveau vol ce dimanche matin.

J’ai effectivement commencé mes observations météo à destination de l’avion dès 5h ce matin, soit environ 2h avant son décollage depuis la base Mario Zucchelli, pour lui donner une description des conditions météo à DDU, il faisait encore froid, avec un minimum encore remarquable de -17,2°C la nuit dernière, avec un peu de catabatique et de neige chassée par le vent, heureusement en quantité moindre qu’hier. Prenant connaissance de ces informations, et avec des prévisions optimistes et plus calmes pour le reste de la journée, il a pris la décision de décoller vers 7h heure de DDU, pour un atterrissage ici à 10h40. 4 campagnards d’été supplémentaires arrivent sur la base. 

Tous les regards sont maintenant tournés vers l’Astrolabe, qui a laissé passer la tempête au large, et prend la mer ce dimanche en direction de DDU. Nous l’attendons donc à la fin de la semaine à venir ici, il amènera tous les hivernants restants de la TA71, d’autres campagnards et ça fera instantanément beaucoup de monde sur la base, environ 60 personnes, il sera temps d’entamer la passation avec les collègues météo de relève, et de finir mes bagages !

Jeudi 5, j’ai fait mon probable dernier tour de l’île des Pétrels, tout seul, comme j’ai aimé le faire à plusieurs reprises pendant l’hivernage, à mon rythme, me nourrissant des différents points de vue sur l’île, avec le puissant soleil de novembre, déjà si différent de mon dernier tour similaire, plusieurs semaines auparavant. La banquise était excellente, j’ai approché un phoque qui se reposait, croisé beaucoup de manchots, Empereurs, Adélie, c’était en quelque sorte ma dernière immersion dans ce milieu fabuleux… Quelques photos sont jointes à ce billet.

Un petit point météo sur le froid, j’insiste un peu, remarquable de ce début novembre : nous avons donc connu ce dimanche notre 5ème jour de suite avec une température minimale inférieure à -15°C, c’est rare à DDU en novembre, ça ne s’est produit que 4 fois depuis 1956 ! Etant donné qu’il est assez probable qu’on descende encore sous les -15°C la nuit prochaine, ce sera encore un peu plus remarquable : seulement 3 fois en novembre depuis 1956, la dernière fois début novembre 1986 ! Le froid ne veut pas vraiment nous quitter cette année… Ce qui limite très sensiblement la fonte de la neige et de la banquise autour de nous pour le moment. Mais un changement de temps avec de la douceur, et peut être le dégel, est en vue pour l’arrivée de l’Astrolabe, tout change, décidément,  dans une petite semaine… A bientôt !





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04 novembre 2020

Retour des longues soirées d'été... et du froid !

Même si, après le coup de douceur de la fin octobre, l’ambiance s’est sensiblement refroidie, avec -14°C mardi matin, pas plus de -10°C l'après-midi, l’ambiance très lumineuse commence à sérieusement gagner sur la nuit, qui n’en est plus véritablement une. On bascule ainsi assez rapidement vers le jour polaire, qui sera là dans quelques petites semaines. Cela permet concrètement de limiter la lumière artificielle, de profiter du passage du soleil derrière le continent antarctique en soirée, avec de jolies lumières, auxquelles nous n’étions plus habitués, depuis la dernière campagne d’été. Ce mercredi la température est même descendue jusqu’à -17,7°C au petit matin, une température assez rare en novembre, sans être record : ça faisait par exemple 5 ans qu’on n’était pas descendu sous les -17°C en novembre à DDU.

J’aime vraiment cette alternance hyper contrastée des saisons, la lumière y change tant, chaque jour une nouvelle histoire, ou presque. C’est aussi un peu plus gênant maintenant pour dormir, car nos stores de chambre ne sont pas totalement opaques, et avec une lumière du jour bien présente dès 3h du matin, les réveils un peu précoces sont assez inévitables, quand ce n’est pas le cri des manchots voisins du dortoir. Mais tout ceci fait le charme de cette période, si différente, de ce que nous connaissions il y a deux mois à peine. C’est un aspect que j’aurai forcément plaisir à retrouver, si d’aventure je retourne séjourner dans les régions polaires dans le futur.

Retour des longues soirées d’été, dîner à la lumière du jour, mais retour aussi des attentes qui peuvent être à rallonge de l’arrivée des avions, dépendant de nombreux paramètres. En l’occurrence, le premier avion qui aurait pu, sur le papier, arriver ici dimanche 1er, avait une autre fenêtre pour ce mercredi 4, qui s’est refermée hier soir et on nous annonce maintenant une possible arrivée vendredi 6. Pour une histoire de piste à la base McMurdo qui ne serait pas prête à accueillir l’avion qui amène les passagers en Antarctique, qui doivent ensuite arriver ici. Entre ce genre de souci et les météos parfois changeantes, capricieuses, du continent, l’avion ne semble vraiment pas le moyen le plus sûr, ni forcément le plus rapide, d’atteindre son but !

Nous sommes donc a priori encore en hivernage pour environ 48 heures, dans cette ambiance encore tranquille, assez familiale, sympathique et agréable, qui est globalement la nôtre depuis des mois. Cela permet de continuer à travailler dans une certaine sérénité, j’essaie au maximum d’avancer sur les taches de rédaction pour me libérer du temps pour les derniers jours, surtout avec la présence de l’équipe de relève. Celle-ci se prépare, et a notamment effectué une petite présentation de l’équipe météo à tous les expéditionnaires en partance pour DDU, à Hobart, ils sont prêts à venir prendre notre place, chacun son tour… Le bateau devrait finalement laisser passer une tempête au large de la Tasmanie vendredi puis samedi, et partir dimanche 8 en direction de DDU dans une mer nettement plus calme. L’hivernage joue donc un peu les prolongations, mais la fin reste bien proche ! 



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