Itinéraires polaires

18 octobre 2016

Arrivée à Richards Bay, Afrique du Sud

Mardi 11 Octobre

Après une nuit assez pénible car le bateau s'est mis à bouger dans tous les sens, j'ai émergé difficilement vers 5h pour voir les premières lueurs du jour, et parce que je ne me sentais vraiment pas très bien allongé. J'ai donc pu admirer toutes les phases de l'aube, assis dehors mais tout près de la porte, sur la zone qui restait la plus sèche, car des paquets de mer s'abattaient régulièrement ailleurs. En dépit de ma fatigue, j'ai quand même profité du spectacle pendant quasiment une heure. J'ai regardé la carte : nous étions tout près du but !

lever11oct

lever11oct2

Et en effet, vers 7h30, dans une mer bien agitée, avec des paquets de mer qui s'écrasaient souvent à tribord, on a enfin aperçu la côte africaine ! Le bateau filait avec un vent portant (qui soufflait à 30-40 noeuds apparents) et surfait sur les vagues, régulièrement à plus de 15 noeuds, avec des pointes à 17-18 noeuds, sensation toujours agréable !

envueNotre trajectoire ce mardi matin, en approche de la côte sud-africaine, le terme du voyage tout proche !

afrique1Premier aperçu de la côte sud-africaine

Nous avons effectué le changement d'heure habituel qui marque l'arrivée dans un nouveau pays, comme nous l'avions fait en abordant Madagascar. Puis a débuté la lente phase d'approche du port, ralentie par le vent qui a faibli, pendant que nous longions déjà les côtes sud-africaines, à une quarantaine de milles au nord de Richards Bay. Il était cependant certain maintenant que nous toucherions au but à la mi-journée, ce qui constituait un soulagement certain pour nous tous : le contre-la-montre était couronné de succès !

afrique2

afrique4Une épave de cargo, semble-t-il, près de la côte

afrique5Un sémaphore, premier témoin du retour vers la civilisation

afrique6

afrique7

Malgré une fatigue marquée mêlée à une certaine excitation liée à l'arrivée proche, nous avons pas mal profité de ces toutes dernières heures en mer en restant dehors à observer le spectacle marin. Arrivés vers midi à l'entrée du port, nous avons affalé la grand voile, mettant ainsi un terme à la traversée, avant de rentrer doucement au moteur dans le chenal du port, pour atteindre finalement le Zululand Yacht Club (ZYC) sous un soleil de plomb et une chaleur plus connue depuis des semaines (plus de 30°C, avec un bon taux d'humidité).

onrangeOn range, la traversée est finie ! Il est temps de rentrer au port...

portfinLe port se profile, visible au tout dernier moment en face du chenal, la présence humaine est très discrète côté Océan...

entrepfCa y est on passe une digue, c'est l'entrée officielle dans le port

Nous avons appelé les autorités pour engager les formalités d'immigration, et nous sommes allés nous amarrer un ponton qui nous a été assigné. Au bout de plusieurs heures et sans nouvelle des douanes, nous avons décidé de mettre le pied à terre et d'aller boire un verre au bar de la Marina, puis d'y dîner au petit restaurant, ce qui nous changeait du bord. C'était assez sympa de revoir un bar, d'autres gens, une autre ambiance.

arrivezycLa marina se profile au loin !

capecheOh ! Un pêcheur !

zycArrivée au Zululand Yacht Club, il n'y a plus qu'à trouver une place

Pendant que nous y étions, vers 19h, un bon coup de vent s'est levé, ce qui a apporté une réponse définitive à la question de la marge météo dont nous disposions réellement : nous étions arrivés à Richards Bay 6 à 7 heures plus tôt. Ce timing correspondait à la plus pessimiste des prévisions que nous avions consultées avant de partir avec une arrivée du coup de vent de sud que nous redoutions dès le mardi en soirée. Tous nos efforts pour maximiser notre vitesse durant toute la traversée se trouvaient ainsi justifiés, ces heures là, nous les avions arrachées durant ces 5 jours de mer, dès notre départ aussi rapide que possible le jeudi 6.

Tombant tous les trois de fatigue, nous sommes rentrés au bateau et, peu après 20h, avons commencé, enfin une longue nuit réparatrice…  Ce qui conclut ainsi le récit de cette grande traversée, où nous avons connu tant de conditions différentes, changeant régulièrement. Je raconterai dans un prochain billet les quelques jours à la marina de Richards Bay et le retour.

Posté par fgourand à 22:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]


17 octobre 2016

Contre-la-montre

Lundi 10 Octobre

J'ai peu dormi, avec le bruit des deux moteurs déjà, qui ont été progressivement coupés à mesure que le vent correspondant au passage du front s'est brutalement levé, entre 3 et 4 h. D'un coup, Bluenote s'est mis à beaucoup bouger et à taper parfois assez violemment sur l'eau, ce qui rendait le sommeil impossible, et même allongé, je ne me sentais pas très bien. J'entendais des pas au dessus de ma couchette, Georges et Paul qui devaient être en train de faire des réglages pour adapter le bateau au coup de vent que nous traversions.

matin10octLes lueurs du matin de ce 10 Octobre

 J'ai appris plus tard qu'un mousqueton de l'écoute de foc s'était inopinément détaché pendant que les éléments se déchaînaient (et dans le noir de la fin de nuit…), et que cela avait demandé une certaine lutte à Georges pour reprendre la situation en main.  J'ai réussi à trouver la force et motivation d'émerger peu après le lever de soleil (non visible semble-t-il) pour retrouver les deux équipiers qui finissaient de s'affairer sur les réglages du bateau. Avec un vent qui était bien revenu, les conditions étaient bonnes pour avancer sans les moteurs, autour de 10 noeuds, ce que nous avons fait toute la matinée. En revanche, la mer était bien formée et le bateau gitait pas mal, tapait parfois violemment sur certaines vagues, je me sentais un peu moins bien.

georgesman10

traj10La trajectoire suivie se rapprochant nettement de la trajectoire théorique

tabloLe tableau de bord de Bluenote, qui filait bien à 10 noeuds ce matin là

Malgré cela, le moral était plutôt meilleur avec ce bateau qui filait bien, malgré les mouvements, et la perspective, à 240 milles de l'arrivée, d'une arrivée mardi. Par contre, il ne fallait pas être trop pressé mardi (le lendemain), parce que ces bonnes conditions de vent de sud suite au front allaient cesser, ce qui ne manqua pas de se produire juste après le déjeuner, et qui provoqua alors une relance d'un des deux moteurs, puis rapidement des deux, pour continuer à avancer. Nous avons ainsi fait tout l'après-midi et la soirée avec les deux moteurs.

gpmane

Je me suis pas mal reposé durant l'après-midi avec une grosse sieste qui était nécessaire, car la fatigue était bien là et avait tendance à s'accumuler. Le soir, j'étais plutôt d'attaque pour mon très probable dernier quart de nuit, dont j'ai bien profité avec ces conditions calmes, pour admirer la Lune, les étoiles, profiter d'être dans une de ces très belles périodes sur Bluenote. Vu l'allure maintenue par les 2 moteurs, autour de 7-8 noeuds, il devenait certain que l'arrivée se fasse mardi, et le moral était donc très bon. Je me demandais quand est ce que je referais mon prochain quart de nuit… 

couch10octg

 

Dernier coucher de soleil en mer sur l'Afrique, maintenant proche...

couch10oct

En fin de quart, le vent a basculé au nord et s'est levé comme nous l'attendions. Je suis allé réveiller Georges qui me relevait et nous avons hissé la grand voile pour reprendre de l'allure, et les moteurs ont été rapidement coupés, je suis parti me coucher assez heureux de la perspective de l'arrivée et de cette dernière nuit en mer.

Posté par fgourand à 23:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 octobre 2016

Journée bien contrastée

Dimanche 9 Octobre

Au réveil peu avant le lever du jour (j'étais bien réglé après quelques jours…), j'ai tout de suite depuis ma couchette senti la sensation de vitesse, le bateau glissait sur l'eau, pas de doute : les conditions espérées étaient bien là, le vent avait bien forci. En sortant je vois que nous avons bien incurvé notre trajectoire pour garder un bon angle au vent pendant la nuit, plongeant vers le sud, dans une mer assez agitée.

traj9octLa trajectoire de Bluenote le 9 octobre, prise un peu plus tard dans l'après-midi

 Bien évidemment, cette trajectoire qui plongeait vers le sud ne nous faisait pas vraiment faire une route directe, il fallait donc corriger ça et empanner. Georges s'est réveillé de lui-même vers 6h et nous avons effectué la manoeuvre tous les trois de bon matin, pour redresser le cap. Le soleil commençait à faire de timides apparitions, alors que, pour la première fois depuis un moment, il n'y avait pas eu de lever de soleil visible avec la grisaille.

pogeorgmaManoeuvre de bon matin, à 6h

solnu9oct

Un fois l'empannage effectué, le bateau filait à belle allure, surfant sur les vagues et atteignant souvent des pointes à 15-17 noeuds ! On sentait que c'était vraiment fait pour ce genre de conditions : vent portant, environ 15-20 noeuds apparent, le gennaker que nous avions laissé toute la nuit pour profiter du vent donnait sa pleine mesure. La matinée fut assez grisante avec une moyenne de 12-13 noeuds je dirais, avec ces pointes à 15-17, on glissait vraiment sur l'eau, avec une belle sensation de vitesse, et un sentiment très sympathique de rattraper le retard qui avait pu être pris plus tôt. Le vent s'est même un peu emballé, et nous avons ainsi du retirer le gennaker vers 11h.

genarouleLe gennaker est roulé

oizpecheUne nuée d'oiseaux qui pêchent, soudainement, notre allure élevée ne nous a pas permis de profiter du banc de poisson...

Juste après cela, après avoir identifié les horaires de passage de satellites au dessus de la zone, nous nous sommes connectés avec l'Iridium pour télécharger de précieux fichiers de modèle météo (l'américain GFS) pour avoir des prévisions plus actualisées. Il nous fallait notamment une bonne visibilité sur la fin de la traversée, puisque nous commencions à en approcher avec : 1) un passage de front pour la journée du lundi 10, puis 2) la menace du second front de la nuit du mardi 11 au mercredi 12.

Après plusieurs tentatives, nous avons enfin pu récupérer à l'heure du déjeuner le précieux fichier, qui a précisé le scénario attendu : 1) nous devions croiser le front avec une levée assez brutale du vent de sud à son passage (et certainement de la mer associée…) la nuit suivante ou peut être dans la matinée de lundi. 2) entre la nuit suivante et la journée de mardi, un vent de nord/nord-est se renforçant sur la zone devait nous permettre de rentrer à Richards Bay, avant l'arrivée d'un second front assez costaud, peut être en cours de nuit de mardi à mercredi.

ptmetGeorges et Paul font le point météo, analyse de l'évolution prévue et de la route envisagée

Ces informations étaient plutôt rassurantes quant à la fin de notre traversée, dont nous avions accompli à midi la moitié de distance. Les conditions s'annonçaient donc très changeantes pour les dernières 48h, avec déjà un net affaiblissement du vent en vue, qui n'a pas manqué de se produire.

 

En début d'après-midi, comme prévu par les fichiers météo du départ, le vent a terriblement molli, on a décidé de remettre le gennaker pour avoir un maximum de voile, mais entre le début et la fin de la manœuvre, le vent et l'état de la mer sont retombés de façon impressionnante, je ne pensais pas que ça pouvait se calmer aussi rapidement !! Nous avons donc abandonné le gennaker aussi vite que nous l'avions hissé à nouveau, retour au foc ! Et dès 14h30, le moteur ronronnait à nouveau pour nous assurer un train suffisant autour de 7 noeuds.  Heureusement que nous avions bien avancé jusqu'au déjeuner ! Georges a profité de cette nette accalmie pour faire preuve d'un autre de ses talents : il a préparé du pain, car nous avions épuisé nos stocks malgaches.

C'est vraiment un sacré changement d'ambiance à bord quand le moteur fonctionne, son ronronnement régulier berce d'une façon plus régulière que la houle capricieuse du coin. C'est rassurant de pouvoir compter dessus pour avancer dans des conditions météo aussi défavorables, mais c'est aussi une négation, en quelque sorte, de la nature même du voilier… En cours d'après-midi, nous avons croisé un cargo de 220m, baptisé Francesco Corredo je crois, à 2 milles environ, qui filait vers Colombo (Sri Lanka), toutes ces informations étant fournies par le radar AIS.

cargofrancesco

Une journée toute en contraste donc, qui s'est achevé bien tranquillement, alors que des nuages se présentaient à l'horizon ouest, annonçant le front du lendemain. Au coucher de soleil, invisible, une barre nuageuse traversait une large partie de l'horizon et nous a concerné.avec une accélération très temporaire du vent, qui est retombé aussitôt après. 

findjour9oct

georpaulman

barrenu

En soirée, la situation était un peu décourageante car les deux moteurs tournaient, en l'absence totale de vent, et probablement avec un peu de courant défavorable, tous les éléments étaient contre nous, et on nous avancions à peine à 6 noeuds… Il nous restait 325 milles en direct jusqu'à l'arrivée, soit 54 heures de navigation à cette allure, on consommait pas mal d'essence, ce qui nous mettait dangereusement à portée du coup de vent de la nuit de mardi à mercredi, c'était donc un peu la course contre la montre qui continuait avec cette avance reperdue. Nous espérions un vent plus favorable, au moins pour la journée de mardi, avec une importante incertitude météo pour lundi… Les conditions lors de mon quart de nuit furent incroyablement monotones avec une nuit quasiment sans vent, mer calme, ambiance très humide dehors (tout était mouillé, sans pluie), et les deux moteurs du bateau qui ne faisaient avancer qu'à 5-6 noeuds…

Posté par fgourand à 23:23 - Commentaires [1] - Permalien [#]

15 octobre 2016

Calme, trop calme ?

Samedi 8 Octobre

Après une nuit tranquille et plutôt réparatrice, malgré le grondement, assez fort et continu, du moteur qui ne nous a pas quitté, je me suis levé pour voir le lever de soleil. Toujours un joli spectacle, auquel j'essaie d'assister quand je peux ! 

lev8oct1

lev8oct2

Passée la satisfaction d'admirer le spectacle matinal, place à une certaine inquiétude : nous n'avancions toujours pas, ce samedi matin, le moteur nous permettant juste de tenir un petit 5 noeuds, très en deçà de la vitesse calculée pour notre traversée. On a donc ajusté les voiles (lâchage du ris, mise en place du gennaker) pour prendre le peu de vent qu'il y avait, et notre allure a légèrement progressé ainsi, nous avons fait du 6-7 noeuds toute la matinée.

gvgenna

Cette faible vitesse avait au moins un avantage : celui de nous permettre d'utiliser le désalinisateur d'eau pour remplir nos bouteilles d'eau, ainsi que les cuves d'eau douce. Au meilleur de sa forme, il permet de produire 60 litres par heure, ce qui n'est pas négligeable du tout ! Nous avons donc pu refaire le plein.

abordLe Mac sur le carré, à bord, où j'ai rédigé ces lignes, ce samedi 8

Dans la matinée, Georges nous a dit "il faut se reposer aujourd'hui". En effet, au vu des conditions calmes, et alors que nos modèles météo prévoyaient un renforcement du vent pour la fin de journée et la nuit suivante, il fallait se mettre dans les meilleures conditions physiques pour, si nécessaire, faire les manœuvres de voile nécessaire même en pleine nuit pour optimiser notre allure. Samedi mi-journée, notre avance avait totalement fondu, nous étions simplement dans les temps calculés pour une arrivée mardi en fin de journée à Richards Bay… La course contre la montre continuait un peu, car si nous n'arrivions pas à destination avant le coup de vent de la nuit de mardi à mercredi, il faudrait peut être se replier sur Maputo (Mozambique), un peu plus au nord, hypothèse que nous avions envisagée…

couch8octCoucher de soleil du samedi 8, sous le gennaker

couch8oct2

L'après-midi fut bien tranquille avec une impression de vent qui reprenait légèrement mais nous ne pouvions avancer sans moteur, qui nous permettait de tenir une allure correcte (autour de 7-8 noeuds), la mer était encore belle et dans ces conditions, la traversée était bien agréable. On s'est bien reposé comme prévu pour la nuit, et le vent ayant forci comme prévu, on a pu enfin couper le moteur à 18h30. Après dîner, mon quart de soirée fut assez agréable avec une mer qui restait peu agitée et un bateau qui filait bien avec ses voiles autour de 10 noeuds. Pas un bateau en vue sur le radar…

Posté par fgourand à 15:09 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Accalmie, Madagascar s'éloigne...

Vendredi 7 Octobre

trajerraLa trajectoire très irrégulière de Bluenote lors de la nuit du 6 au 7, suivie d'une route heureusement plus directe...

En émergeant de ma couchette vendredi matin, je sentais bien que les conditions étaient moins mauvaises que pendant la nuit, j'ai donc pu faire surface et même avaler quelque chose au petit déjeuner. Une belle vue sur la côte malgache à une vingtaine de milles s'offrait à nous, le temps était superbe et nous avancions plutôt bien. 

cotemalfin

Alors que je reprenais des forces et que je commençais à mieux me sentir, le vent tomba et il fallut repartir au moteur, qui nous a permis d'avancer une mer belle jusqu'en début d'après-midi. Les conditions étaient tellement bonnes, que nous avons dégusté un bon déjeuner préparé par Georges (qui sait décidément tout faire) à l'arrière, dehors, avec la pointe méridionale de Madagascar, le Cap Sainte-Marie comme décor de choix. En fin de matinée, nous avons encore aperçu des baleines, au loin.

cetaloinBaleine au loin !

capstemarieLe cap Sainte-Marie, pointe méridionale de Madagascar, à gauche, la côte repart doucement vers le Nord...

J'ai à nouveau été frappé par le fort contraste entre les périodes dures, pénibles, où je me sens mal et suis incapable de faire autre chose que de rester allongé, et ces belles périodes de calme où, à part le point négatif que constitue la faible vitesse du bateau, tout est si agréable. Je suppose qu'on ne peut de toutes façons pas avoir l'un sans l'autre, qui font autant partie de l'expérience. J'ai donc passé un bel après-midi, bien agréable, sous le très beau temps, nous avons pu couper le moteur et avancer plus vite, autour de 8-9 noeuds, avec un peu de vent favorable, et le Cap Sainte-Marie s'éloignait lentement derrière nous… Dans l'après-midi, nouvelle apparition de cétacés près de nous.

capstemarie2Les heures passent et Madagascar s'éloigne petit à petit derrière nous...

couch7octCoucher de soleil de ce vendredi 7 plein Ouest, dans notre direction...

Après une petite sieste de fin d'après-midi, j'étais d'attaque pour un dîner assez léger, puis pour reprendre mon quart de 21h-minuit, qui s'est très bien passé, avec une mer toujours bien belle, aucun bateau en vue, seul inconvénient : le vent qui nous avait un peu porté dans l'après-midi est tombé, il a donc fallu rallumer un des deux moteurs pour avancer, (trop) tranquillement, à 5 noeuds environ, ce qui a bien grignoté notre légère avance sur le planning...

Posté par fgourand à 14:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 octobre 2016

Départ pour la grande traversée

Jeudi 6 Octobre

lev6octCiel limpide au lever du jour, vers 5h45

contedechaLes conteneurs déchargés toute la nuit juste à côté de Bluenote

Après une nuit moyennement tranquille, en raison du va et vient des engins qui déchargeaient le cargo à quai juste à côté de nous ("bip bip bip"… intermittents), nous nous sommes levés tôt, bien déterminés à partir dans la journée. Martial nous a appelé très tôt pour savoir si nous confirmions le départ dans la journée, ce qui a permis de lancer les opérations, franchement il y avait un peu un doute jusque là sur la vitesse à laquelle tout cela se débloquerait… Le bateau était prêt, pleins faits (eau et diesel), la route établie.  A cette heure là, il restait encore une inconnue : le prix de notre stationnement au port.

vuebmadRetour en ville jeudi matin, avec une vue enfin bien ensoleillée sur la baie !

Pour cela, il fallait quitter tous les 3 le bateau pour aller tenter de négocier un prix raisonnable avec le directeur du port, qui parlait un anglais pas facile à comprendre. Le premier prix annoncé à Georges à notre arrivée, tarif cargo sans doute, était de 3 600 000 Ariary, plus de 1000 Euros ! Georges leur a expliqué que même à St Tropez on ne paie pas ce prix là pour 3 jours, surtout pour un tel niveau de service… Quand nous sommes revenus dans le bureau du directeur du port, il nous a expliqué qu'il n'avait pu nous obtenir qu'une ristourne de 50%, que tout se décidait chez les directeurs financiers, à Londres… Donc : 1 783 000 Ariary à payer, environ 500 Euros !

vueruefdophUne des rues principales de la ville, bien active ce matin

A ce moment là, on pourrait penser qu'il suffirait de sortir une carte et de régler la note pour partir, eh bien pas du tout. Il nous a fallu aller récupérer cette somme en cash à la BNI Madagascar, en ville, où nous ne pensions pas retourner (avec un autre taxi), et pour cela, retirer à un distributeur automatique qui fonctionnait (2 sur 3 HS ce matin là), sachant qu'on ne pouvait pas retirer plus de 200 000 Ar d'un seul coup. J'avais pas mal d'Euros en poche, j'ai pu les changer et apporter mes 750 000 Ar de contribution pour une sacrée liasse de billets (160 billets de 10 000, 35 de 5000…)

pilebillets2

On peut dire que nous avons en quelque sorte passé une bonne partie de la matinée de jeudi à la banque pour réunir la somme entre les distributeurs (il a fallu faire 2 banques pour en trouver un fonctionnel), le change et finalement verser sur le compte de la société du port la somme correspondante : victoire ! Nous détenions le reçu cher payé, et nous étions libre de partir ! Retour à midi au bateau pour un dernier déjeuner. 

dernvuemadVue sur la terre malgache en regagnant le port et le bateau

dernvuemad2Une autre vue, un peu plus près du port

zebusDes zébus au bord de la route

vueporteho22Une vue sur le port d'Ehoala, Bluenote reste caché derrière le cargo et le quai

entreportgardeL'entrée du port toujours bien gardée : il nous faut attendre une navette pour faire les 300m qui nous séparent de Bluenote, à 10km/h

vubebarLa vue est très agréable juste à côté de l'entrée, avec des barques de pêcheurs

A 14h, deux lamaneurs sont venus nous aider à détacher les amarres et nous sommes sortis du port pour la plus grande traversée de mon voyage, environ 5 jours prévus, évidemment à ajuster selon la météo, qui pouvait nous donner une arrivée théorique mardi 11 à Richards Bay, si tout se passait bien.

bluehodepartIl est temps de remonter pour la dernière fois sur Bluenote, le départ est imminent !

faussebaiegalAu revoir à la fausse baie des galions !

paulgeorgesmanoeuvrePaul à la barre à la sortie du chenal du port

libaloinVue sur la plage de Libanona, de l'autre côté de la baie

J'ai bien profité de la vue alors que nous nous éloignions de Fort Dauphin vers l'Ouest, ce qui a dévoilé la côte méridionale malgache que j'avais une certaine hâte de découvrir.  Ce joli spectacle s'est poursuivi jusqu'au coucher de soleil, alors que les conditions se dégradaient en mer : de plus en plus agitée, houle face à notre progression, vent défavorable, on savait que ce n'était pas idéal, mais on se disait qu'on pourrait quand même gagner un peu de temps sur notre parcours en partant dès jeudi. En réalité, la navigation a été assez pénible ce jeudi soir : le bateau tapait beaucoup, sur les vagues qui le soulevaient, le vent de face nous obligeait à tirer des bords, ce qui a duré une bonne partie de la nuit.

vuecaps

geopeche

cotemal

vuecaps2

vuecotz

cotemal2Les minutes passent et la mer devient plus formée, devant un joli spectacle de la côte vers l'Ouest

cotemal3

coucher6oct

fincouch

Je suis allé rapidement m'allonger après le coucher de soleil, alors que les conditions empiraient encore un peu, et je n'ai pas eu la force de me relever par la suite, pour aller dîner notamment… Dans ces conditions, une seule chose à faire : le dos rond, et attendre que ça passe. Pour la première fois, je n'ai donc pas pu tenir de quart durant cette nuit agitée, heureusement que nous sommes trois et que Paul et Georges ont pu assurer.

Posté par fgourand à 10:45 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 octobre 2016

Casse-tête météo

Mercredi 5 Octobre

Mercredi matin, Georges s'est levé bien tôt, pas rassuré par les perspectives météo. On préfère en général prévoir un peu de marge pour naviguer, en tâchant d'éviter les coups de tabac. Dans le cas précis, il y a une route possible, qui ne laisse pas beaucoup de marge. Nous avons donc passé à nouveau pas mal de temps à étudier les options possibles, assez perplexes car les différents modèles de référence n'indiquaient pas tout à fait les mêmes risques aux mêmes moments.

barpechemDes pêcheurs qui partent vers le large, ce matin là, à côté de notre port

En parlant de risque, il faut garder à l'esprit que, pendant que nous nous inquiétions de ce qui pouvait nous attendre, ce même mercredi, au large, la mer était déchaînée par une tempête, une vraie, qui sévissait sur toute la zone, et dont nous nous étions fort heureusement protégés en faisant cette escale, pas simple dans ses modalités, à Port Ehoala. Quelques précisions sur ce port, d'ailleurs : il n'a que quelques années d'existence (ouverture en 2009), et est lié à l'exploitation minière Rio Tinto QMM (qui exploite l'ilménite, dont on extrait du titane), mais il sert aussi à approvisionner la région, en recevant des cargos. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit ce mercredi, les deux remorqueurs du port sont sortis pour accompagner un cargo qui arrivait.

remorkCette mine ainsi que l'activité portuaire offrent de nombreux emplois aux locaux, qui doivent être parmi les plus rémunérateurs du coin, et d'après ce qu'on a pu en juger, le souci de sécurité est très élevé. Ce mercredi matin, l'activité était très importante sur le port, on commençait à décharger les conteneurs du cargo. Vers 9h, nous avons quitté le bateau et commandé par radio (canal 11) une navette pour nous escorter hors de la zone portuaire. De là, nous sommes allés au bureau du très sympathique Martial, qui nous avait proposé d'y passer pour profiter autant que nécessaire de son accès wifi, bien pratique pour consuter de nombreuses autres cartes météo, et envoyer quelques infos sur ce blog !

Mais ces bureaux du port (dans des algeco voisins) ne sont vraiment pas pensés pour recevoir du public. Grâce au mot de passe fourni par Martial, je me suis connecté sur le réseau local des bureaux… mais impossible d'accéder à Internet pour autant, on est pas dans un cybercafé. Pendant 20 minutes j'ai essayé de déterminer quelle était la configuration du réseau local, et en tâtonnant, avec l'aide du téléphone bien configuré de Martial, j'ai réussi à bien paramétrer le réseau à la main sur mon ordi. Il me manquait alors une information capitale (une adresse de serveur DNS pour les initiés), que Sébastien, fils de notre équipier Paul, mon cousin donc, nous a fourni par téléphone depuis la Réunion, ouf ! Ca marchait !

entresortbatIllustration de la non-adaptation du port : quai beaucoup trop haut et échelle de corde de fortune pour permettre de sortir du bateau !

J'ai tenu à relater cette anecdote qui illustre par cet autre détail l'incongruité de notre présence dans ce lieu absolument pas adapté et habitué à recevoir des gens de l'extérieur, comme nous. D'ailleurs, nous ne savions toujours pas combien nous coûteraient les quelques jours ici au port, les premières estimations à multiples zéros nous ayant quelque peu estomaqués.

routedeserteLa route, quasi déserte et très large pour laisser passer les camions convoyeurs de minerai, qui relie le port à la ville

Ensuite, nous avions décidé d'essayer un des restos du coin qui avait de bonnes notes sur TripAdvisor, nous sommes donc allés au "Local, chez Georges", tiens donc, pour déjeuner. Le cadre était vraiment sympa, et la nourriture appréciable, à un prix très correct (10 Euros/personnes repas complet, tout compris). Redy, notre taxi, a déjeuné avec nous et nous a dévoilé par moments quelques données locales. Il nous a expliqué qu'à cause de l'instabilité politique, le nombre de touristes avait chuté dramatiquement ces dernières années, rendant la vie locale encore plus difficile, et qu'un resto comme "cher Georges" faisait avant bien souvent le plein, alors que nous y avons déjeuné quasiment seuls…

ruefdoUne rue de Fort Dauphin (Tolanaro en malgache) vers la mi-journée

ruefdo2Un peu plus loin, dans la ville...

ruefdo3

taxiptvueNotre taxi, en très bon état pour les standards du coin, devant un joli point de vue sur la baie

vupla

Pendant le déjeuner, nous avons à nouveau beaucoup parlé de la météo à venir, une dépression sur notre trajet nous inquiétait pas mal pour le lundi 10, mais la prévision semblait très incertaine tant les modèles divergeaient, certains scénarios pessimistes nous ayant un peu refroidis (bon coup de tabac). Mais nous étions résolus à partir, si possible, le lendemain jeudi 6, parce que ça pouvait quand même passer dans des conditions raisonnables, et que sur cette zone assez perturbée, une fenêtre parfaite pour la météo doit assez rarement se présenter. Et puis, patienter, pour combien de temps, au juste ?

georgeschezgeorgesEn arrivant devant "chez Georges" pour déjeuner

En sortant de table, nous sommes allés voir la plage voisine, plage de Libanona, très jolie, mais à peine nous étions nous approchés de la plage qu'un groupe de fillettes est venue nous voir pour nous proposer bracelets, colliers, etc… La grande pauvreté, la misère… Difficile de les repousser, et en même temps, je ne souhaitais rien acheter. Nous avions à faire et nous avons quitté la plage assez vite, mais jusqu'à l'entrée dans le taxi, elles ne nous ont pas quitté d'une semelle. Nous avons quitté ce bel endroit pour aller faire quelques courses (pain, légumes), avant de regagner le port, puis le bateau, en ayant prévenu le port que nous comptions partir le lendemain, la décision était enfin prise !

libanoLa plage de Libanona voisine du restaurant

unevuesansnom

Les derniers modèles météo confirmaient bien que le trajet était raisonnablement faisable, sans danger, avec des phases plus embêtantes (vent contraire, voire pas trop de vent) mais d'autres très convenables. Nous pouvions donc partir, à supposer qu'on ne nous retienne pas au port trop longtemps pour diverses formalités ! La principale inconnue, qui s'est montrée sur tous les modèles, c'est un coup de vent qui doit arriver sur la zone de Richards Bay entre mardi soir et mercredi midi, ce qui ne nous laisse pas vraiment la même marge pour atteindre le port avant cela… On verra bien !

vubee

Posté par fgourand à 10:41 - Commentaires [1] - Permalien [#]

12 octobre 2016

Premier contact avec la terre malgache

De retour dans la civilisation après la dernière traversée, en Afrique du Sud, je vais mettre en ligne petit à petit les récits que j'ai rédigés à peu près au jour le jour. Nous repartons donc quelques jours en arrière...

Mardi 4 Octobre

lev4octPremier matin au port d'Ehoala, un ciel bien contrasté 

Après une nuit bien reposante à quai, réveil assez tôt avec l'interrogation quant à l'avancée des formalités pour nous permettre de bouger. Assez rapidement, Martial, pilote du port d'Ehoala, qui nous avait très gentiment accueilli, est venu s'excuser pour la longue attente et nous a promis qu'un agent d'immigration passerait dans la matinée pour régulariser notre situation. Nous avons donc patienté tranquillement jusqu'à l'arrivée vers 10h30 de Martial et de l'agent. Ce dernier a embarqué nos passeports, nous avons réglé quelques frais, et une heure après le passeport revenait tamponné. Martial parle bien français parce qu'il a fait ses études de pilote à Marseille, je crois que ça lui plaisait bien de voir passer des français.

prematineho

 La vue depuis le bateau vers Fort Dauphin, ce matin là...

Martial nous avait proposé un"taxi sécuritaire" qu'il connaissait pour nous guider dans la ville et nous suivre tout le temps, pour un tarif de 100 000 Ariary (monnaie malgache) par jour. Dit comme ça ça peut faire peur, mais en réalité à 3 500 Ar pour 1 €, ça ne fait que 30 € euros environ, certainement un bon salaire pour ici. Nous avons donc accepté la proposition et après avoir déjeuné, nous avons enfin quitté Bluenote pour poser pied à terre. C'était une drôle d'impression de se retrouver enfin sur ce quai si proche, mais inaccessible jusque là, un grand plaisir en tout cas. Nous avons dû attendre une navette pour nous véhiculer hors du port, car tout est extrêmement réglementé et strict ici, et on voit qu'ils ne plaisantent pas avec la sécurité sur ce site privé. La navette nous a fait sortir de la zone portuaire jusqu'aux bureaux, où Redy, notre taxi, nous attendait, vers 14h.

Il nous a donc conduit en ville, et tout de suite le dépaysement est total, si la Réunion pouvait sembler un peu exotique à certains égards, c'est quand même très proche de la métropole, mais ici c'est un autre monde. Une foule de gens qui marchent le long des rues/routes, d'innombrables petites cases en bois servant soit d'habitation, soit de petits commerces sur des centaines de mètres, avec plein de monde. Il s'agissait donc de mon premier vrai contact avec l'Afrique, ce qui a ressemblé à ce que j'attendais, tout en restant assez saisissant, tellement loin de notre réalité.

vuefdo

Les premières choses à faire étaient d'aller dans un distributeur retirer des Ariary, et acheter une carte SIM locale avec un peu de forfait Internet 3G pour se connecter sur le bateau. La boutique Orange MG dans laquelle nous sommes rentrée ressemblait quand même un peu à celles que nous avons en France, dans un état un peu plus vétuste certes, et surtout avec la présence de gardes, chose que j'ai constatée dans tous les magasins en dur. Pour 36 000 Ar, soit 11 Euros, nous avons acheté une carte SIM avec 1 Go de données.  

Puis nous avons continué un petit tour pour aller au coeur de Fort Dauphin, sur la place principale où on trouve notamment la mairie, mais aussi l'office de tourisme régional, qui nous a reçu et proposé une petite brochure touristique présentant les activités des environs. Nous avons ainsi décidé d'aller voir le musée de Fort Flacourt, site historique du bastion qui défendait la ville, sur le cap correspondant. Nous avons été reçus par la responsable du musée, qui nous a fait, pendant près d'une heure et demie, toute la visite du site, et de l'histoire de cette région du sud-est malgache.  Elle parlait un français assez bon et était assez rigolote, nous avons passé une bonne visite, le lieu a une vue superbe en tout cas, puis dans la partie intérieure nous avons trouvé davantage d'éléments historiques et culturels sur l'île.

museeentr

 Entrée du musée de Fort Flacourt

vufbbe

 Vue sur la baie de Fort Dauphin

canon

 Une autre vue, défendue, sur la baie, c'était un fort après tout !

arcanon

 

En partant, nous avons signé le livre d'or du musée, où l'on trouvait apparemment des visiteurs anglophones et francophones essentiellement. Il y avait une feuille de statistiques affichée au mur de l'accueil, et on voyait qu'il y avait environ 800 visiteurs par an qui venaient au musée. Dans ces conditions, on peut comprendre que notre guide était la seule personne employée pour cela, pour une des principales activités proposées à Fort Dauphin. Enfin, nous sommes rentrés au bateau à la tombée de la nuit, Redy nous a raccompagné à l'entrée du port.

entreegardee

Entrée du port d'Ehoala

 

Pour accomplir les 200, 300m maximum qui nous séparent en ligne droite de Bluenote, il a fallu qu'un garde de la sécurité du site nous guide par un chemin piéton qui faisait un détour assez invraisemblable jusqu'au bateau (on a dû marcher 1km je pense) ! Il était très sympa, parlait un tout petit peu le français, et nous a demandé si on avait un livre en français ou anglais à lui passer, pour pratiquer la langue, chose que nous avons pu faire.

 

detourport

Notre guide, gardien du site, qui nous a aidé à traverser les zones autorisées, dans un port désert à cette heure...!

Le soir, avec la carte SIM, chargement des modèles météo, situation pas très simple et très changeante sur un parcours Fort Dauphin-Richards Bay de 830 milles, donc bien plus long que les 540 milles je crois de la Réunion à Fort Dauphin, il faut compter 4-5 jours, sur une zone au temps changeant, qui peut être agitée par moments, on a donc passé un moment à étudier tout cela…

Posté par fgourand à 17:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 octobre 2016

Arrivée à Fort Dauphin, Madagascar

A la fin de mon quart, vers minuit, en regagnant ma couchette, je me suis rendu compte que le petit hublot bien fermé à côté de mon matelas n'était pas complètement étanche et que la mer bien agitée avait réussi à (légèrement) en humidifier une partie. Je me suis cependant endormi sur la majeure partie sèche, rassuré par l'amélioration des conditions, et cette petite incursion marine n'a pas progressé pendant la nuit ! Après une fin de nuit qui s'est donc avérée assez calme, qui m'a permis de reprendre quelques heures de sommeil, je me suis réveillé avec les premières lueurs du jour, peu après 6h, et j'ai rapidement émergé pour aller voir la côte malgache et le lever de soleil !

lev3oct

Petite déception en sortant et en retrouvant Paul qui terminait son quart, pas de côte malgache en vue, alors que nous n'étions qu'à une grosse vingtaine de milles au plus proche. Le lever de soleil fut assez sympathique, nous avons ensuite manoeuvré pour remettre de la voilure et augmenter notre allure pour arriver en cours de matinée. La mer était devenue belle, les conditions de navigation étaient bonnes, manquant même un peu de vent, comme prévu cela dit… La grand voile et le foc ne nous auront servi que moins de deux heures. Pendant le petit déjeuner, les côtes malgaches sont enfin apparues, barrant comme attendu une bonne partie de l'horizon : Terre ! L'Afrique…

cotemalgacheprem

A partir de ce moment là, difficile de décrocher les yeux de cette côte sud-est de la grande île, dont les détails se précisaient minute après minute. Soudain , du mouvement dans l'eau, d'abord assez loin, je crois voir un poisson sauter, puis ça se précise : une baleine ! Une autre à côté ! 

baleine1

baleine2

baleine3

 

baleine4

baleine5

Pendant une heure environ, plusieurs baleines ont joué autour de nous, émergeant plusieurs fois, faisant sauter leur queue de nombreuses fois, quel spectacle, avec la côte malgache au fond, en guise de bienvenue. Ce n'était pas Fort Dauphin, mais Fort Baleine que nous rejoignions ! 

blueversmada

 

 

georgespaulgdvoile

cotemalgache

Un peu plus loin, en passant un cap (la pointe Itaperina), on a aperçu des barques de pêcheurs près d'un haut fond qui soulevait de sacrées vagues, premiers contacts humains depuis 3 jours. Le petit cap (cap Antsirabe) où se situe Fort Dauphin se précisait alors devant nous, on commençait à deviner des bâtiments. A sa droite, une baie avec une immense plage de sable, apparemment déserte.

barpeche

barpeche2

blueversfort

geoparbat

vuegeneralebaiefd

fortdomer

fordomerzoom

capfordo

fordobaie

Notre destination était juste un peu au delà de Fort Dauphin, Tolanaro en malgache, dans une petite baie, appelée "Fausse baie des galions" (la véritable semble un peu plus loin d'après la carte) où un port a été récemment aménagé par une compagnie minière, où le consul de France de Fort Dauphin nous avait conseillé d'aller nous amarrer. 

portehoala

antsitaperina

faussebaiegalions

entreeporteho

pechport

En réalité, il n'y a pas de port de plaisance ici, notre présence est à elle seule un peu incongrue en ce lieu assez éloigné. Nous nous sommes approché de ce nouveau port, appelé Port Ehoala, en contactant à la radio les responsables du port. Nous avons du décliner notre identité, le but de notre demande d'arrêt (nous protéger quelques jours de la tempête qui s'annonce sur la zone), et attendre finalement qu'ils dépêchent au bout d'une petite heure deux personnes à bord pour nous guider dans le port. Nous n'étions pas certains à 100% qu'ils nous accepteraient, ce fut donc une bonne chose de faite.

vueporteho

Le port n'est pas du tout adapté aux petits bateaux comme Bluenote, et notre présence ici est assez insolite. Quelques heures après nous avoir aidés à nous amarrer, nous attendions encore l'agent qui est censé venir nous aider à accomplir les formalités pour finalement mettre pied à terre. Le port étant une zone commerciale et non publique, nous ne sommes pas habilités à y mettre pied à terre. Par conséquent, c'est une navette qui devrait venir nous chercher au bateau pour nous permettre d'en sortir, on verra comment tout cela va se mettre en place.

Niveau météo, le timing a vraiment été parfait : arrivée sur la zone lundi 3 au matin dans des conditions calmes, assez ensoleillées, le ciel ne s'est couvert qu'à notre entrée dans le port, et une petite demi heure après nous être bien installés, un bel orage est passé sur nous, ce fut la première pluie depuis mon arrivée dans l'Hémisphère Sud il y a 11 jours, qui a bien rincé le bateau complètement salé par les paquets de mer de la veille. En quelques heures à quai, plusieurs averses se sont succédées, le ciel est resté bien gris, avec un peu de vent.

portehorage

Nous sommes restés lundi soir, à bord de Bluenote, où nous étions confinés, en attendant qu'un agent veuille bien se déplacer pour régulariser notre situation, ce qui ne pouvait donc se produire avant le lendemain matin. Ambiance étrange le long de ce quai de port de commerce privé, totalement désert après  17-18h, et dont nous ne pouvions pas bouger. Du côté du ciel, accalmie météo avec même quelques étoiles ce soir après le vent et les averses régulières de la journée. L'espoir était bien là de pouvoir bouger mardi !

Posté par fgourand à 10:18 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Une journée bien agitée

Je me couche peu après minuit, fin de mon quart, et je me réveille parfois en cours de nuit, mais ce dimanche 2 octobre au matin, ce sont les premières lueurs du jour qui m'ont tiré de mon lit, ainsi que l'impression que le bateau surfait sur l'eau. Je suis sorti retrouver Paul, qui terminait son quart vers 6h15, j'ai assisté à un agréable lever de soleil océanique. 

lev2oct

Le bateau filait effectivement à une vitesse encore inconnue lors de cette traversée, souvent autour de 15 noeuds, pointes à 17-18 noeuds, avec de véritables surfs sur certaines vagues, très agréables comme sensation. En revanche, la mer claquait plus fort et cela m'a surpris au début, mais comme pour tout, on a fini par s'y habituer….

En regardant les cartes, j'ai eu confirmation que nous avions bien plus avancé que prévu hier pendant la nuit, on se trouvait à moins de 240 milles de Fort Dauphin, soit 24h de navigation en gros, ce qui nous permettrait une approche lundi matin ! Durant la matinée, Bluenote a continué à filer à un bon rythme, avec des pointes à 15 noeuds, nous avons pris un ris pour contrôler un peu l'allure alors que le vent, comme prévu, ainsi que la mer, se renforçaient sur notre route.

maneouvris

manoeuvris2 

Ce renforcement s'est confirmé en fin de matinée avec une mer qui avait nettement grossi, les paquets de mer tapaient contre le plancher de Bluenote de façon toujours plus fréquente et forte. Le bateau gitait bien et il était difficile de faire autre chose que de rester allongé… à attendre que les conditions se calment, ce qui n'était pas prévu avant la nuit prochaine… Dès le repas de midi, un paquet de mer qui a particulièrement tapé sur le plancher a fait décoller mon verre ! Le point positif, c'était que je m'étais suffisamment amariné pour déjeuner à peu près normalement, je ne me sentais pas très bien, mais c'était supportable, malgré le vacarme et les coups de boutoir. 

Inutile de préciser que dans ces conditions, le repos est assez peu réparateur, on ne peut pas faire grand chose, et la fatigue s'accumule. C'est éprouvant, bien sûr, mais aussi fascinant d'être au coeur des forces de la Nature, qui nous entourent de toutes part. Du côté du vent, rien de vraiment exceptionnel avec du 30-35 noeuds, parfois quelques pointes à 40, mais ça bougeait beaucoup parce que nous avions la houle de nord/nord-est de travers, dans notre route obligatoire vers l'Ouest pour nous rapprocher de Madagascar. Il n'y avait donc rien d'autre à faire que le dos rond…

approchecran

Notre position le dimanche après-midi, avec les vents sur la zone

J'ai essayé de rester allongé le maximum de temps possible dans l'après-midi pour arriver aussi en forme que possible pour mon quart de nuit après dîner. Le dîner lui-même a été encore très agité et mon verre s'est même à nouveau renversé suite à un gros coup de boutoir. Ce qui est "amusant", c'est qu'il n'y en a pas eu tant que cela, mais cela ne m'est arrivé qu'à moi, midi comme soir ! J'ai dîné léger et ai enchaîné sur mon quart, heureusement assez tranquille, pas de bateaux en vue car cette route qui bifurquait davantage vers l'Ouest nous avait manifestement bien écarté de la route des cargos, il fallait néanmoins rester vigilant à l'évolution du vent, qui pouvait encore légèrement se renforcer selon les modèles météo du départ, deux jours et demi plus tôt…

Heureusement, les modèles s'étaient quelque peu décalé de la réalité et l'accalmie prévue un peu plus tard s'est présentée dès mon quart : assez rapidement, vers 22h30, j'ai senti que Bluenote bougeait un peu moins, et surtout le bruit du vent avait faibli, et en quelques minutes, notre allure avait baissé de 9 à 4 noeuds à peine, on n'avançait plus ! Je suis allé prévenir Georges qui a fait quelques manoeuvres de voile pour nous redonner un peu de vitesse et la fin de mon quart fut nettement plus calme.

Naturellement, ces longues périodes d'immobilité forcée sont propices à la réflexion. Dans des conditions désagréables, la fatigue aidant, c'est plutôt une perception un peu négative qui l'emporte, en considérant que le prix physique de ce type de voyage est un peu cher. Mais très vite, les considérations positives suivent : un mode rare de voyage, "comme nos anciens", un  peu comme les explorateurs qui ont découvert tant de terres alors inconnues, qui laisse le temps à une vraie coupure, comme on en a sans doute trop peu de nos jours. On sent le prix, la grandeur du déplacement, on mesure l'immensité de la Terre, et notre rassurante insignifiance, à côté. Le rapport au temps change, faire 10 km prend parfois une heure pendant laquelle rien ne change autour de nous. C'est une chance, vraiment, mais il faut passer par ces moments délicats… Tout l'art du navigateur de plaisance est de savoir les limiter en anticipant les meilleures routes, tenant compte de la météo…

Posté par fgourand à 09:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]