Itinéraires polaires

D'un cercle polaire à l'autre...

16 août 2008

Deuxième quinzaine d'août

... les choses sérieuses vont commencer. Il était temps, peut être est-ce seulement maintenant que je commence à réaliser que je vais vraiment partir dans 3 mois et demi. Concrètement, je vide progressivement ma chambre pour quitter ma colocation à la fin du mois, revenant chez papa et maman pour les semaines qui resteront. L'occasion de réaliser que, finalement, j'étais pas là depuis si longtemps, que j'étais pas si mal ici, dans cet appartement qui me laissera un bon souvenir.

Il est également déjà temps de réfléchir sérieusement à ce que je vais mettre dans les malles que je dois expédier début septembre, c'est là une activité pénible parce que je pense, sans doute naïvement, que je ne vais manquer de rien là bas... Ce voyage, cette perspective irréelle commence à prendre forme. Je vois naturellement cela comme l'aboutissement de tout un parcours sans savoir comment on vit un aboutissement. Comment préparer quelque chose qui est, d'une certaine façon, déjà réussi ? Enfin, je ne peux totalement exclure que je me trompe lourdement sur ce sujet, et qu'en définitive mon séjour antarctique se passe moins bien que prévu, même si j'y crois peu. Je n'en attends rien de particulier, du moins rien de plus que ce que je suis censé y trouver : un environnement exceptionnel à beaucoup d'égards, une aventure humaine peu banale.

Petit intermède avec une photo que j'ai prise d'avion fin juillet en survolant les Alpes, parce qu'un billet non illustré est vraiment trop triste, et que la montagne ne doit pas avoir un aspect si différent en cette mi-août, avec la jolie trace d'un glacier en recul manifeste...


Mais revenons à cette deuxième quinzaine d'août, focalisons nous sur cet élément plus contextuel que le voyage lui-même, même si l'évolution de ma vision de ce voyage est naturellement quelque chose dont je veux garder une trace. Lundi prochain, dans deux jours seulement, ma remplaçante, fraîchement sortie de l'Ecole Nationale de la Météo (comme moi il y a un an, donc) arrive. Symboliquement, je passe donc en quelque sorte le témoin lundi, une autre amarre se détache. J'aime ces symboles, dont l'accumulation est un si bon révélateur de ce qui change. Parce que je l'ai souhaité, ma vie est donc en train d'évoluer sensiblement, et faute de savoir vraiment sur quel pied je veux danser, je continue à enchaîner les passes avec un objectif encore assez brumeux à mes yeux. Cette absence de but me trouble, car un bon petit élève comme moi n'a toujours fonctionné qu'avec des buts simples et bien définis.

Mais peut être est-ce cela la vie, en tout cas ma vie (difficile de parler à la place des autres), une errance plus ou moins dirigée par des envies plus ou moins longues. En tout cas, je vois tellement de choses, de domaines intéressants à explorer, qu'en définitive, et bien qu'elle me trouble, j'aime cette errance. J'aime bien ce mouvement sans but, tant qu'il y aura des choses à apprendre, à construire, à transmettre, je pense que je pourrai croire au bonheur. Et heureusement il y en a et il y en aura toujours. C'est quand même déstabilisant, avouons le : une scolarité longue durée au cours de laquelle on apprend à répondre à des problèmes bien délimités dans des domaines bien délimités, et ensuite le grand saut dans la vraie vie où les domaines et les problèmes se retrouvent en quantité illimitée !

Sans doute aurais-je pu rester écolier/lycéen/étudiant toute ma vie, exécutant par là un plan simple qui m'a toujours apporté beaucoup de satisfactions. Un plan que d'autres, mes aînés, avaient choisi pour moi et toute une génération. Mais ce plan ne dure et ne doit durer qu'un temps, l'éducation nous apportant beaucoup d'outils pour, théoriquement, résoudre pas mal de problèmes dans un certain nombre de domaines. Le plan de cette nouvelle vie d'adulte, dont je ne remets décidément pas : pas de plan ! En Occident, on est libre de réussir ou de rater sa vie tout seul comme un grand ! Alors, faute d'avoir trouvé un plan, je passe les jours en essayant de faire ce qui me plaît, en essayant de faire un peu de bien autour de moi.

Pas de plan : comme quand je commence à rédiger un billet tel que celui-ci, ça part sans grande conviction, sans avoir grand chose à dire, et finalement le cheminement de ma pensée m'amène quelque part, de façon inattendue. En l'absence de plan, toute décision est évidemment plus difficile à prendre, on est totalement responsable de soi-même, mais responsable pour quoi au juste ? Je n'ai toujours pas la réponse à cette question, le grand mystère de la vie est là, en l'absence d'un Etre Supérieur dont l'existence me paraît seulement plausible, on ne sait pas pourquoi on est là, et quoi faire dans cette vie. Surtout quand un Etat, une société ou un ordre religieux ne se charge pas de définir cela à notre place... Bon vent à tous les aventuriers et chercheurs de la Vie ! Particulièrement à ceux qui ne trouvent pas de réponses toutes faites. Ma route me mène vers les pôles, où il n'existe pas de réponse toute faite, où la (sur-)vie est un défi quotidien, formidablement aidé par les facilités modernes.

Deuxième quinzaine d'août, l'été entre en phase terminale, gros soulagement pour moi, il n'y a pas eu de canicule en France, du moins dans le Nord du pays, si l'on excepte quelques jours bien chauds et difficilement supportables, on s'en est globalement bien tiré de ce côté là. Je pense que j'ai fait le plein de chaleur en vue des mois antarctiques à venir. De toutes façons, beaucoup de choses se jouent plus dans la tête que dans le corps. Deuxième quinzaine d'août, c'est là bas l'équivalent de notre deuxième quinzaine de février, l'hiver s'approche de son terme, les jours rallongent vite et le soleil se montre de plus en plus, je pense à nos prédécesseurs actuellement sur place qui sortent ainsi de l'obscurité, encore un beau symbole que nous offre, dans sa version la plus spectaculaire, la Nature sous les hautes latitudes.

Ici en France, il est bientôt temps de se tourner vers la rentrée, cette rentrée à laquelle je pense encore alors qu'elle ne me concerne plus en rien. Mais ainsi sont écrites les choses ici, gravées dans le marbre, la société vit à un rythme scolaire immuable qui n'a, dans l'absolu, rien d'évident. Est-ce que ça sert à quelque chose de tout remettre en question ? Je l'ignore, c'est juste le cheminement de ma pensée. Pourquoi toutes ces normes de société alors que l'Etre humain a tant de diversité, de richesses souvent étouffées par la norme ? Je l'ignore. Pourquoi me voir comme une exception, une bizarrerie, alors que je n'ai fait que suivre le chemin qui me paraissait le plus cohérent jusqu'ici ? Je l'ignore. Décidément, avec le temps qui passe je deviens de plus en plus adepte de Zarathoustra. Pour aller où ?

Allons ! Ne soyons pas défaitistes, je me pose toujours autant de questions, mais j'affine petit à petit des esquisses de réponses, sans lesquelles je ne serais pas là, sur le point de partir pour ce qui reste une petite aventure polaire. Parfois, il faut savoir être patient, je tends à l'être un peu plus en vieillissant, mais j'ai du mal, ça bout encore en moi. Je m'aperçois qu'au travers des titres de mes billets récents je multiplie les références temporelles. Comme beaucoup, c'est l'angoisse du temps qui passe, la flèche dirigée vers un avenir à peine esquissé. Cela dit, on y est presque, le compte à rebours symbolique des 100jours est proche, encore une petite semaine... A bientôt !

Posté par fgourand à 21:04 - Pensées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 août 2008

Bon vent à la Chine et aux JO !

Image Hosted by ImageShack.us

Quelques heures après la spectaculaire cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, place au sport, aux rêves et aux idéaux qu'il véhicule. Comme beaucoup, j'ai toujours suivi avec une intensité assez particulières les JO qui sont une fabuleuse concentration de plein de choses qui me plaisent : des athlètes de tous gabarits, de toutes origines, des sports de toutes natures. Un concentré incroyable dans le temps d'autant d'exploits sportifs majeurs qui marquent, bien souvent, leur époque. Pour un amateur d'extrême comme moi, c'est une sorte de point d'orgue à côté duquel il serait difficile de passer !

Bien sûr il est impossible de faire un billet sur ce sujet en occultant l'aspect politique très présent autour de ces jeux. Il me semble qu'il a été, fort heureusement, largement mis en avant ces dernières semaines, voire ces derniers mois. Il y a des vrais problèmes de liberté d'expression dans le régime autoritaire chinois, et on a eu de multiples occasions de s'en convaincre avec tout le tapage médiatique qui a été réalisé autour de ce thème dernièrement. Mais je pense sincèrement que ce temps politique est maintenant révolu, place au sport, au moins pendant 15 jours, on aura le temps de reparler politique ensuite.

Et puis, il y a franchement quelque chose qui m'énerve de plus en plus dans cette histoire. C'est tout simplement qu'on occulte pas mal, en stigmatisant le côté pour le moins très autoritaire du régime chinois, les énormes progrès qui ont été réalisé, même dans ce domaine, toutes ces années. Alors bien sûr ça reste une question majeure et le niveau de liberté d'expression dans le pays est inacceptable pour nos critères européens démocratiques. Mais je pense qu'il y a une réelle évolution, que la Chine marche malgré tout, en dépit de ses difficultés actuelles en la matière, dans le "bon" sens, le sens de l'Histoire.

Celui qui fait que, grâce à Internet notamment, le monde n'a jamais été aussi ouvert, et que cette ouverture signe de facto la mort programmée des régimes autoritaires, à terme. Ceux ci vont être forcés de s'adapter, et donc de s'assouplir, d'une façon ou d'une autre. J'ai toujours été convaincu que c'est l'éducation qui améliorerait le monde, et Internet, c'est de l'éducation potentielle, et de plus en plus réelle. C'est une opportunité historique sans précédent qui rend, à mon avis, des actions spectaculaires, et en un sens courageuses, comme celles des Reporters Sans Frontières, quasiment insignifiantes. La révolution numérique est déjà en marche, même en Chine où il y a un nombre incroyable d'internautes, et même en dépit des restrictions actuelles de navigation sur la Toile. Restrictions qui sont, comme chacun le sait, techniquement contournables, puisque ce que l'Homme sait faire, il sait le défaire, particulièrement dans le domaine informatique où la prolifération de talents plus ou moins bienfaisants (créateurs de virus) est impressionnante.

Bref, en dépit des rapports sur l'état alarmant des droits de l'Homme en Chine, je n'arrive pas à être pessimiste sur cette question les concernant. La question du Tibet est épineuse, mais je pense qu'elle prendra elle aussi une meilleure tournure quand le régime chinois, inéluctablement, s'assouplira. Ca ne justifie naturellement pas qu'on reste les bras croisés en attendant que cela se passe, on a le droit de vouloir le meilleur de ce que la démocratie nous a apportés pour tous les peuples du monde. Le réclamer est même presqu'un devoir. Mais à un moment donné, il faut aussi voir que la Chine est vraiment en marche, enfin à ce qu'il me semble, et que des gesticulations extrêmes de notre part peuvent être contreproductives. Comme dans beaucoup de domaines, il est dangereux de vouloir trop en faire. Là, je pense que tout le monde a compris. Le Chinois est légitimement fier de son pays, de la mutation profonde accomplie ces dernières décennies, inutile de le braquer en se montrant trop ostensiblement en donneurs de leçon...

C'est d'ailleurs ce point qui m'a toujours gêné, d'une façon plus générale, dans la question de l'ingérence dans les affaires d'un pays étranger. Au nom de quoi distribuons nous les bons et les mauvais points aux peuples du monde entier ? Sommes nous à ce point supérieurs, meilleurs ? On dit qu'il faut parfois commencer à balayer devant sa porte, et j'ai tendance à penser ainsi. Bien qu'il soit donc difficile de penser pour un étranger, à la place d'un étranger à la culture aussi différente de la nôtre qu'un Chinois, on peut cependant raisonnablement penser que la liberté d'expression est le gage d'une meilleure société pour toutes ses composantes. Après, tout réside dans la manière de le faire comprendre à nos amis étrangers, et c'est là que bien souvent je ne suis pas convaincu de l'opportunité de la manière forte, surtout quand finalement le sens de l'Histoire, en l'occurrence, est un courant autrement plus puissant.

Le droit aux peuples de se déterminer eux-mêmes... Oui mais si le peuple est opprimé, ne peut pas se déterminer lui-même ? J'ai tendance à penser, peut être naïvement, que la force d'un peuple est toujours supérieure, que si un peuple a une volonté profonde de se débarrasser d'un régime, il trouve un moyen de le faire. Les Chinois d'aujourd'hui ne s'estiment probablement pas si mécontents que cela de leur régime, après tout, c'est bien eux que cela concerne au premier chef non ? Ils mesurent certainement bien mieux que nous ces progrès qui leur paraissent gigantesques quand leurs insuffisances nous semblent insupportables. Dialoguons avec eux pour les accompagner vers plus de démocratie, Internet les y emportera de toutes façons.

Au vu de tout cela, fallait il donner les JO à la Chine ? Il y a quelques semaines encore j'aurais dit évidemment non. Pour le principe, pour ne pas cautionner ce qu'il s'y passe d'inacceptable à nos yeux légitimement exigeants de démocrates occidentaux. Mais trop c'est trop,on a réussi à nous faire passer dans l'opinion, qu'on l'aie voulu ou non, une image terrible de la Chine qui est, me semble-t-il, en décalage trop important avec la réalité qu'ILS vivent eux. Finalement, je pense que c'est un coup de pouce et un encouragement salutaires que de reconnaître à la Chine la place qu'ils occupent dans le monde en leur confiant l'organisation d'un élément d'une telle ampleur. Je ne suis pas naïf au point de croire que cela profitera de quelque façon que ce soit au sort des prisonniers politiques à court terme, mais au moins le peuple chinois verra là un signe fort positif du monde qu'il saura lui rendre à un moment ou un autre.

Ainsi, de façon rare et presqu'inattendue, je soutiens la position de notre Président sur ce point, enfin quand je dis la position, la dernière en date, puisqu'il y a eu beaucoup d'hésitations sur le sujet. Les comparaisons avec Hitler, les JO de Moscou, etc, me paraissent déplacées parce que se référant à un autre temps tellement différent du nôtre globalisé... Enfin, pour conclure cette note obstinément positive sur le sujet, je dirais que je suis aujourd'hui beaucoup plus curieux de la Chine que je ne l'étais avant ce grand coup de projecteur. Quand j'imagine cette masse impressionnante d'humains (plus de 20% de l'humanité), leur culture (pluri-)millénaire, ma curiosité naturelle reprend le dessus et j'ai une envie réelle d'aller voir de quoi il retourne sur place, d'essayer de comprendre en quoi ces gens sont si différents de nous, pourquoi ils voient les choses telles qu'ils les voient, comment ils comptent s'associer à nous pour les grands défis énergétiques et environnementaux du futur proche.... J'ai l'impression que les JO m'ont ouvert une petite porte personnelle sur la Chine, porte qui était bien fermée jusque là...

Que la fête commence !

Posté par fgourand à 01:51 - Actualité - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 août 2008

Hobart, jeudi 4 Décembre 2008

Un billet rapide pour annoncer que la date fixée du départ du bateau l'Astrolabe du port d'Hobart, en Tasmanie, est fixée au jeudi 4 Décembre 2008 au soir. Compte tenu des contraintes techniques, un éventuel report de cette date est possible (ça s'est déjà vu), sachant que c'est le seul moyen de transport disponible. Mais, a priori, ça me ferait un départ de France le 1er ou le 2 Décembre, affaire à suivre donc !

Quelques infos sur ce bateau sur le site de l'institut polaire. Arrivée prévue le 11-12 Décembre en Antarctique, après une croisière potentiellement sympathique dans les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants...

Posté par fgourand à 21:04 - Découverte - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 août 2008

Mi-temps

Ca y est, on y est. J'ai appris il y a environ 4 mois que je partais pour de bon en Antarctique, et mon départ est toujours prévu dans 4 mois, début décembre, sans que la date définitive m'ait été communiquée à l'heure où j'écris ces lignes. Evidemment, une certaine excitation monte, je commence à vider mon sympathique appartement parisien. C'est, d'une certaine façon, le début de la fin (de l'attente), mon état de sédentaire parisien est en train de se fissurer, je ressens l'attrait des froides rafales antarctiques de ma chambre parisienne surchauffée avec la chaleur de ces derniers jours (jusqu'à 30°C dans la pièce !).

Il est donc venu le temps de commencer à se mettre en mouvement, de penser à ces choses auxquelles je vais certainement repenser des dizaines de fois ces prochaines semaines, d'imaginer plein de choses qui, pour certaines, ne se réaliseront pas, de penser déjà à la valeur de ce(-ux) qu'on va quitter, d'avoir envie de plus fréquenter ce(-ux) qu'on va quitter... En attendant, comme je le sous-entendais assez fortement dans mon dernier billet, je me suis remis les mains dans le cambouis à faire de l'informatique, à revenir à mes premières amours, j'avais oublié le plaisir pervers qu'on pouvait ressentir à passer 2 heures à débugger quelque chose qui ne fonctionne pas, les soirées UNIX sont donc de retour, pour mon plus grand bonheur. Il faut dire que je me suis assigné quelques menues tâches à accomplir en la matière avant mon départ, afin que la machine puisse, autant que faire se peut, me remplacer dans un maximum d'actes quotidiens. Il me faut déjà m'assurer que je puisse continuer à observer l'activité de mon petit réseau de stations météo à distance, ce qui demande un peu de travail...

Je suis sur le point, par ailleurs, de renvoyer mes premiers documents à l'IPEV, lançant par là même une autre phase des préparatifs, le temps de l'action succède donc à celui, toujours trop long, de l'attente. Mi-septembre, à Plouzané (à côté de Brest), je vais participer à un séminaire où je vais rencontrer tous mes futurs camarades d'hivernage, avec qui j'aurai le plaisir de passer un an loin de tout. Inutile de préciser qu'il me tarde d'y être. Ensuite, en octobre, il y aura une formation à l'observatoire de Haute-Provence, afin que j'apprenne comment réaliser un sondage atmosphérique d'ozone. Le trou de la couche d'ozone est au dessus de l'Antarctique, et il est crucial, même s'il se porte mieux, de continuer à mesurer précisément son extension. Enfin, j'aurai deux semaines de formation à Toulouse, pour le radiosondage (le lâcher de ballons atmosphérique pour mesurer l'atmosphère sur sa verticale), et l'habilitation électrique.

On voit donc que cet automne sera bien rempli, si l'on ajoute à cela les quelques 2-3 semaines de congés qu'il me reste, je ne suis déjà plus très loin de la fin pour mon poste de marketing météo. Poste assez intéressant ces temps ci car je travaille notamment à tester la nouvelle version du site de Météo-France, qui devrait sortir très prochainement, avec pas mal de nouveautés réellement sympas, et enfin, comme l'a déclaré notre PDG, davantage de prévisions gratuites. Merci la concurrence, il faut bien s'aligner !

Le mois d'août est donc bien enclenché, je commence tout juste à réaliser ce qui va m'attendre là, tout près de moi, temporellement parlant bien sûr. Plus je m'informe sur l'équipement qui nous sera fourni, plus je me dis que je peux être tranquille sur ce que j'ai à apporter, puisqu'on nous fournit l'essentiel, c'est déjà un souci de moins. Concernant les activités proposées (jeux en tous genres, films, livres, salle de sport, bar !), plus j'ai déjà presque peur que tout cela passe trop vite, que je manque de temps sur place. En tout cas, ceci soulève une vraie vague d'enthousiasme en moi, vraiment porteuse au quotidien. Qu'elle me semble loin, la déprime de l'hiver dernier ! Il y a trop de choses à voir et à connaître sur cette planète pour supporter de rester à Paris, loin de la Nature, de l'hiver, d'horizons nouveaux... Je suis né citadin par hasard, la vie nous offre la liberté, quand on a la chance d'avoir été bien formé comme je le fus, de choisir ses propres orientations.

A bientôt, je retourne travailler le petit site que je souhaite mettre en ligne avec les données de mes stations météo, vive le PHP/MySQL et les technologies Open Source ! On termine par une petite illustration pour égayer ce billet, photo prise lors de mon retour d'avion de Corse le mercredi 23 Juillet 2008, direction Est, au premier plan c'est le mont Saint Ange (1210m) qui domine le village de Penta, qu'on aperçoit au centre-gauche de la photo. Au plan suivant, à gauche, c'est le sommet de la Castagniccia, le San Pedrone (1767m) que j'aime tant gravir. Derrière, au fond, ce sont les hauts sommets probablement le Cinto (2710m)...

Image Hosted by ImageShack.us

Vous savez quoi ? Sur Google Earth, on peut voir quasiment la même chose ! On vit quand même, en dépit des drames planétaires, une époque formidable...

Posté par fgourand à 21:55 - Vie quotidienne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 juillet 2008

Rien

Image Hosted by ImageShack.us

Voici un résumé assez concis de ce qui m'attend pour les 6 prochaines semaines, ou plutôt, pour être plus précis, ce que j'ai de prévu. Parce qu'il est évident que je ne vais pas rien faire, d'une certaine façon c'est quelque chose que je ne sais pas faire. Disons que je n'ai aucun déplacement, aucun événement particulier de prévu jusqu'à mi-septembre, uniquement du temps libre, à côté de mes heures de travail (37 heures par semaines, ça laisse du temps).

Toutefois, c'est un état assez déconcertant parce que cela fait très longtemps que j'ai pris l'habitude d'avoir devant moi des échéances significatives à court terme. Là, ce n'est plus le cas, et je le vis très bien. Vraisemblablement parce que le grand départ m'attend maintenant dans à peine plus de 4 mois... Par ailleurs, je vais évidemment combler ce temps en faisant mille petites choses comme voir les amis qui seront présents en août à Paris, préparer de diverses façons le grand voyage, préparer sans doute aussi un petit voyage à l'automne, beaucoup moins loin (Grèce/Crète en ligne de mire), faire des petits développements informatiques très amusants et, je l'espère, utiles à d'autres.

Il ne s'agit donc pas, comme on l'aura compris, d'un rien angoissant, mais d'un rien stimulant par une foule de petits détails. Et puis, quelle liberté de n'avoir rien de noté à son agenda pendant tout ce temps ! J'ai trop souvent l'impression que nous sommes prisonniers du temps, là je me réserve la possibilité de décider de faire un petit quelque chose à la dernière minute, tout le temps, une forme de grand luxe ! Mais ce rien est probablement plus difficile à assumer qu'un agenda surchargé, il nous renvoie en effet à nous-mêmes, force un certain niveau d'introspection qui peut, par moments, se révéler stérile. Il demande un effort supplémentaire pour s'en affranchir, le vide entraînant le vide. Je comprends donc qu'il soit beaucoup plus confortable pour n'importe qui de s'employer à remplir autant que faire se peut son agenda.

Ce qui apparaît ainsi comme une contrainte, la constitution d'un agenda bien garni, est en fait une sorte de réflexe vital de civilisation. Peut être que ma capacité à accepter le néant vient de mon penchant certain pour l'ermitage. Car il s'agit bien, répétons le encore d'une autre façon, d'un rien apparent. C'est ce même rien que j'ai vécu pendant une année en Corse, seul dans notre belle maison de Penta, d'octobre 2003 à l'été 2004. J'en garde un souvenir ému, celui d'avoir su apprécier tant de choses incompatibles avec un agenda surchargé, j'ai eu la formidable opportunité de changer totalement ma perception du temps en fixant cette règle d'or dès le départ : rien de prévu. Et j'ai vécu tant de belles choses, à un rythme étrange, irréel sans doute aux yeux de beaucoup, mais bien réel et chargé de sens pour moi.

C'est, dans une moindre mesure bien sûr, le même genre de rien qui m'attend lors de ces prochaines semaines parisiennes, sans que je l'aie, cette fois, réellement désiré d'ailleurs. Mais tant pis ou tant mieux, c'est ainsi ! Je pense qu'on peut tirer une immense richesse de ces changements de rythme de vie, au cours de notre existence. Ce qui m'attend en Antarctique n'est sans doute pas un rien, mais plutôt un peu, quelques activités imposées et programmées dans un périmètre nécessairement limité par le lieu et son implacable isolement. Encore un changement de perspective, de rythme. Me lasserai-je un jour de cela ? Il faudrait que je perde ma curiosité, chose qui me paraît impensable, enfin dans la vie ma petite expérience m'a enseigné qu'on ne pouvait être sûr de rien. Je m'en tiens donc officiellement à cette prudente attitude.

Finalement, il peut jaillir pas mal de choses d'un simple rien, comme on le voit dans ces lignes, pour faire un petit jeu de mot je pourrais également ajouter qu'on voit qu'un rien m'inspire ! C'est tout l'intérêt de ce rien factice, parce que non, vraiment, je n'arrive pas à rien faire. D'ailleurs c'est pour cela que je ne me suis jamais ennuyé, ou que ce soit, même enfermé/immobilisé, l'esprit voyage et continuera, espérons le, bien longtemps à le faire.

On voit donc bien que le plus terrible n'est clairement pas de n'avoir rien de prévu, mais aucune perspective, ce qui est assez différent. Plutôt que de vouloir être, à la Sarkozy (désolé de politiser légèrement le débat à ce stade, mais la comparaison me semble pertinente !), tout le temps dans l'action voire l'hyperaction, sans trop savoir finalement vers quoi on va, il vaut mieux se contenter de moins d'action et chercher à dégager des perspectives, des lignes directrices, des grands axes qui servent, le moment venu, de moteurs. Le parallèle politique m'apparaît pertinent car, en raison de la fréquence trop élevée des échéances électorales, l'homme politique n'a bien souvent pas l'envie de dégager ces perspectives pourtant vitales pour guider la communauté de destins que forme une société. C'est une des raisons pour laquelle un engagement politique ne me semble pas opportun, alors que je me suis parfois posé la question.

Toutefois, et puisque ce billet est parti d'un rien finalement très fécond, tout à fait dans l'esprit de ceux que je chéris, je m'autorise une petite digression politique pour redire toute mon admiration pour Barack Obama. J'ai été fasciné début janvier par ses premiers exploits dans les primaires démocrates, et depuis j'ai suivi de façon plus ou moins distante sa campagne. Au delà des erreurs inévitables, des stratégies purement électoralistes, je suis moi aussi sous le charme de cet homme d'un genre actuellement peu représenté parmi ceux qu'on appelle les "grands de ce monde". Je n'ai pas souvenir d'avoir vu récemment un homme politique qui inspire autant de bonnes choses, qui dégage autant de perspectives avec un talent/charisme certain. Dans un monde souvent désabusé et cynique, l'accession au pouvoir d'un tel symbole aurait certainement des répercussions positives.

Alors je souhaite bonne chance au sénateur Obama pour l'élection de début novembre que je suivrai avec passion, peu de temps avant mon départ. L'implacable réalité ne lui permettra probablement pas de justifier par les faits toutes ses belles paroles, mais nul doute qu'il restera forcément quelque chose, comme remède anti-Bush, on pouvait difficilement trouver meilleur candidat, et ça c'est important !

Puisque le néant faisant l'objet de ce billet m'autorise moult digressions, je quitte Obama pour m'intéresser aux Etats-Unis, un pays qui continue de me fasciner, et qui semble plus que jamais décidé à s'engager dans la bataille écologique avec l'initiative d'Al Gore qui veut produire toute l'électricité américaine à partir d'énergies renouvelables en 10 ans ! Saluons là ce projet probablement aussi ambitieux qu'irréaliste, mais qui a le mérite de dresser des perspectives. On sent qu'on est plus très loin d'un véritable basculement, et les US pourraient montrer une nouvelle fois, à cette occasion, leur formidable capacité d'adaptation et de mutation. On ne pourrait rêver meilleur symbole : le premier pollueur mondial prendrait l'option la plus audacieuse en matière écologique, ce serait un message et un encouragement formidable pour le reste de la planète. Go Al Gore !

Le temps est maintenant venu pour moi de retourner rien faire, d'une autre façon. Ainsi va la vie, demain m'attend un autre rien. Peut être que celui-ci m'inspirera autant que celui du jour, mais il est si agréable de ne pas savoir exactement quelle sera sa nature... Une chose est certaine, soit j'attends l'inspiration, soit je me mets à écrire, et dans ce dernier cas, je passe un vrai bon moment, plus le temps passe et plus j'aime écrire. Je ne sais toujours pas si ça sert vraiment à quelque chose, si ma vie sert vraiment à quelque chose. Dans le doute, je continue. A bientôt, je repars dans le douillet néant.

Posté par fgourand à 22:36 - Vie quotidienne - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 juillet 2008

Liens antarctiques

Ce blog est un peu en vacances, mais tout ceci se fait au gré de l'inspiration, celle-ci étant par nature assez fluctuante.

Ce sont donc les vacances pour certains (plus pour moi), on dispose donc peut être d'un peu plus de temps, ainsi je vous propose des liens vers des sites/blogs d'hivernants actuels à Dumont d'Urville, où je me rendrai dans maintenant 4 mois et quelques...
Amusant d'imaginer que je vais probablement croiser tous ces gens à mon arrivée !

Luc : http://juradelie.canalblog.com//

Daniel : http://unanenantarctique.blogspot.com/

Charline : http://www.ac-rennes.fr/eedd/enclasse/projets/environnementclimat/accueil.htm

Anne-Mathilde : http://patilda.blogspot.com/

Mathieu : http://www.66s-140e.net/

Denis : http://www.antarctique-beaulieu.fr/

Merci au blog de Luc grâce à qui j'ai tous ces liens ! 6 bloggers sur 24, c'est pas mal, combien serons nous l'année prochaine ? On n'arrête plus le progrès n'est-ce pas !

P.S : j'ai quelques problèmes avec les images de mon blog car mon compte Free est temporairement inaccessible, j'essaie donc de remédier à cela...

Posté par fgourand à 15:30 - Découverte - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 juillet 2008

The Worst Journey in the World

Le pire voyage au monde (en français) : voici le titre du livre que je viens de terminer ce mardi 15 Juillet 2008. J'espère que je n'aurai jamais à intituler l'un de mes écrits de la sorte. Je sors de ce livre (presque !) comme on sort de l'expédition qui y relatée : celle de Robert Falcon Scott en Antarctique de 1910 à 1913, baptisée expédition du Terra Nova, du nom du navire qui en fut le premier support logistique. Ce livre est constitué de 650 pages de récit particulièrement dense, dont la lecture est parfois rendue pénible par la dureté de l'expérience qui y est décrite. C'est évidemment passionnant, tout amateur de récit d'aventures y trouve plus que son compte. J'ai avalé d'une traite en cette fin d'après midi et ce début de soirée les 200 dernières pages, celles qui révèlent, plus que toutes celles qui précèdent, les raisons du demi-succès que fut cette grande expédition.

Pour un météorologue comme moi, le livre est plaisant car il est parsemé d'anecdotes météorologiques, le temps y jouant naturellement un rôle déterminant. On dispose presque, grâce à la méticulosité des membres de l'expédition, de relevés quotidiens, même réalisés dans les pires conditions de détresse physique ou morale. Bien que le sujet soit de nos jours largement mieux connu, pour ne pas dire bien cerné, il est remarquable de penser qu'en 1911 tout cela est quasiment nouveau, déjà de cet unique point de vue l'expédition est très riche en informations. Simpson, le météorologue de la bande, publia d'ailleurs probablement le premier traité sur le climat antarctique peu de temps après, fort de toutes ces observations.

Ce voyage avait été, de toute évidence, particulièrement bien préparé, tout avait été pensé et repensé, et au final le premier hivernage passé sur l'île de Ross s'est relativement bien déroulé, de l'aveu même du rédacteur du pire voyage au monde, Cherry-Garrard, "Grâce au gramophone, au pianola, à la variété de notre alimentation et à quelques études qui nous occupaient le corps et l'esprit, nous avions peu souffert des mois d'obscurité, la première année.". Ca tombe bien, à peu de choses près, c'est ce que je m'attends à trouver en Terre Adélie, à une petite mise à jour technologique près ! Il est clair que je n'ai pu effectuer une lecture totalement neutre de cet ouvrage, m'attendant à trouver des similitudes avec ce qui est décrit dans ce que je vais vivre prochainement...

Ce qui frappe déjà, dans ce livre, c'est la loi implacable des saisons, la nuit qui dure très longtemps l'hiver, au contraire du soleil qui brûle la peau et provoque des ophtalmies l'été. Le blizzard peut souffler en toute saison, néanmoins il est plus redoutable avec les très basses températures hivernales. C'est le vent qui rend les conditions terribles, et il souffle parfois de nombreuses journées d'affilée rendant tout déplacement impossible. Les aurores australes sont évoquées, mais semblent moins marquantes que le vent, à en croire le récit. Il faut dire que l'expédition s'était sans doute, sans forcément le savoir, installée à un des endroits les plus ventés d'Antarctique... En tout cas, la Nature dicte sa loi, et punit impitoyablement toute négligence.

Mais revenons à Scott, qui apprend au début de son voyage, de passage à Melbourne, que le Norvégien Amundsen part également pour l'Antarctique : une course va donc avoir lieu ! Tout le monde connaît l'issue de cette histoire : Amundsen arrivera le premier au Pôle Sud le 14 Décembre 1911, Scott le 17 Janvier 1912. Ce dernier mourra sur le chemin du retour. En y regardant de plus près, il apparaît que l'expédition Scott était sans doute moins bien armée que celle d'Amundsen. Tout d'abord, Scott a pris du retard dès le début et s'est installé plus loin du Pôle que le Norvégien. L'expédition britannique avait de multiples buts scientifiques et il fallait ainsi gérer plusieurs objectifs : celui de la conquête du Pôle, bien que le plus prestigieux, n'en étant qu'un parmi d'autres. Scott a donc dû gérer une équipe plus grande aux tâches plus diversifiées, bien que la conquête du Pôle ait occupé la majeure partie de ses pensées.

Amundsen était si bien préparé que les britanniques du Terra Nova qui le croisent à sa base de la baie des Baleines en février 1911 sont impressionnés, 8 hommes seulement, 116 chiens (!) tout droit venus du Groënland et bien adaptés à la banquise. En comparaison, les chiens de Scott sont moins adaptés, il en a surtout beaucoup moins, et il mise, plutôt à tort, sur des poneys pour convoyer le matériel. Quand on pense que Scott est mort d'épuisement et de faim alors qu'Amundsen lors des 2824km de son aller-retour au Pôle n'aura jamais eu à tracter lui-même le matériel, contrairement aux Anglais... Il me semble qu'il y a, dès ce point, une raison de l'échec de Scott. Songeons également qu'Amundsen est de retour à sa base le jour prévu des mois plus tôt ! Il va sans dire qu'il a certainement bénéficié de quelques circonstances favorables, mais à l'évidence, sur une si longue distance parsemée de telles difficultés, la chance ne suffit pas, la préparation devait être excellente.

Le jour où le Norvégien rentre à la baie des Baleines, le 25 Janvier 1912, n'ayant même pas consommé la totalité de ses vivres, Scott et ses hommes sont à quelques dizaines de kilomètres du Pôle sur le chemin du retour, affaiblis physiquement et psychologiquement. Il est frappant de constater à cet égard le ton particulièrement préoccupé du journal de bord de Scott à cette époque : les hommes souffrent du froid, des engelures, ont faim, en tout cas ils sont bien bien loin de leur camp de base sur la côte ! Le découragement quand ils découvrent le drapeau et la tente laissés par l'équipe norvégienne est profond, on sent Scott vexé d'avoir été battu, assez largement, par son rival. Rival qui a, là aussi, pris une option judicieuse en parcourant ces lieux en décembre, mois où la température est 6 degrés plus chaude en moyenne qu'en janvier... Pure chance ? Pas forcément, un esprit avisé, habitué aux rigueurs polaires (du Nord), pouvait en effet deviner que sous ces très hautes latitudes la température est directement liée à l'intensité solaire, maximale en décembre, et déjà déclinante en janvier...

Les derniers articles du journal de Scott sont évidemment assez poignants, début mars 1912, trois semaines avant de mourir, les 4 survivants sentent que la fin est proche, et doutent de plus en plus de leurs chances d'atteindre la base. Dans la dernière lettre que Scott rédige à l'attention du public, qui sera retrouvée à côté de son corps des mois plus tard, il détaille les causes de son échec liées, selon lui, à une accumulation imprévisible de malchance. La chance sourit certes aux audacieux, mais également à ceux qui sont les mieux préparés, dans ces milieux extrêmes où l'erreur est lourdement sanctionnée. Ce que Scott appelle malchance m'apparaît, dans une large mesure, de la méconnaissance. On sent l'orgueil blessé de Scott qui cherche à se dédouaner le plus possible de son échec. Bien que ce continent antarctique fût au moins aussi nouveau aux yeux des norvégiens que des anglais, le petit surplus de connaissance des milieux polaires des premiers a pu suffire à faire la différence.

Scott écrit : "Je maintiens que nos arrangements pour le retour étaient parfaitement adéquats et que personne au monde n'eût pu s'attendre, à cette époque de l'année, aux températures et surfaces de glace que nous rencontrâmes.". Sans certitude, évidemment, j'ai cependant l'intuition qu'Amundsen en savait un tout petit peu plus sur le sujet, ou tout du moins que son intuition nordique, affûtée auprès des Inuits, l'a grandement aidé. Il n'est naturellement ici nullement question de remettre en cause la bravoure du capitaine Scott et de ses équipiers, qui ont réalisés des exploits prodigieux de volonté, mais ils n'avaient, évidemment contre leur gré, sans doute pas mis toutes les chances de leur côté.

D'ailleurs, il est assez frappant de constater à la fin de la lecture du livre de Cherry-Garrard, qu'il en ressort un récit très riche d'expérience humaines, de sentiments de souffrance, de joie fugace parfois, de relations humaines magnifiées par un contexte hors-norme, là où on s'attendrait sans doute à trouver davantage d'éléments techniques indispensables à la survie. L'expédition norvégienne ne fut peut être pas aussi riche humainement, mais techniquement parlant elle devait être un léger ton au dessus. Mais ce côté presque trop humain rend clairement le livre de Cherry-Garrard très sympathique et agréable à lire, on se met facilement dans la peau de ces explorateurs de l'impossible, de l'inconnu, qui prirent souvent des risques insensés. Il faut de toutes façons une certaine forme d'inconscience ou de Foi inébranlable pour entamer ce genre d'aventure...

Le pire voyage au monde, à proprement parler, n'est pas le voyage au Pôle de Scott mais le voyage de juillet 1911, en pleine nuit polaire, du chef scientifique de l'expédition, Wilson, de Birdie Bowers et de Cherry-Garrard, à destination de Cap Crozier, pour récolter des oeufs de manchots empereurs que l'on soupçonnait de mettre bas à cet endroit en plein hiver. Ce récit, richement relaté dans le livre, est celui d'une aventure de 5-6 semaines dans le noir complet permanent, par des températures comprises entre -40°C et -60°C, au milieu des crevasses et des crêtes de pression glaciaires. Tout simplement ahurissant. Tout cela pour récolter 3 oeufs de manchots empereurs ! Ces hommes étaient guidés par la certitude qu'ils devaient faire avancer la Science par ce biais. Comme si l'on n'avait pu attendre quelques années de plus et les évolutions technologiques inéluctables pour aller chercher ces précieux sésames du vivant... Enfin, c'est ce qui se serait passé si, comme tout l'indiquait, ces trois là étaient morts au cours de leur folle tentative, par exemple le jour où le blizzard se lève en force d'ouragan, balaie leur tente et les contraints à rester trois jours immobiles dans leur sac de couchage par -40°C sous la neige qui s'entasse sur eux en attendant que le vent tombe...

Cette incroyable motivation transparaît très clairement dans une des dernières phrases qu'écrit Cherry-Garrard, à propos de quelques fragments géologiques ramenés de la chaîne de montagnes traversée par l'expédition polaire : "Mais comprend-on que ces échantillons ont permis de dater un continent et vont peut-être élucider toute l'histoire de la vie végétale ?" C'est autant une leçon immense d'enthousiasme face au défi scientique que la manifestation d'une Foi/inconscience dangereuse. Lui en a réchappé et pu vivre longtemps pour relater ces authentiques exploits, mais qu'en est-il des autres qui sont morts en héros certes, mais en morts "évitables" ? Une partie de moi tend à penser que ceux là devaient presque avoir envie de mourir comme cela, pour cela. Après tout, c'est aussi notre liberté que celle de choisir, si ce n'est notre mort, du moins des conditions qui peuvent la favoriser, pour servir un but qui nous paraît noble. Replaçons aussi toutes ces découvertes, ces rivalités anglo-norvégiennes dans le contexte fortement nationaliste qui habite l'Europe de la Belle Epoque, avec toutes les dérives extrêmes, jusque dans le domaine scientifique, que cela comporte.

Pour conclure, un livre captivant, assez difficile à digérer par sa densité je trouve, néanmoins. Ce n'est que bien plus tard, au cours de la première année polaire internationale en 1957-1958 que l'Homme s'est installé au Pôle Sud où se trouve depuis une base américaine habitée à l'année. Elle se nomme évidemment Amundsen-Scott, en hommage aux deux rivaux. Un jour, j'aimerais y aller.

Posté par fgourand à 00:15 - Découverte - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juillet 2008

Pourquoi un blog ?

C'est à l'occasion d'un échange de mails familial que cette question, que je me suis souvent posée, est revenue à la surface. Je l'ai généralement considérée indigne de faire l'objet d'un billet jusqu'ici, mais finalement je vois qu'il peut y avoir, sinon débat, du moins confrontation de plusieurs conceptions de la raison d'écrire quelque chose de public. Il paraît assez clair que lorsqu'on publie sans restriction d'accès un contenu, c'est dans le but de le partager avec un nombre a priori illimité de lecteurs.

En d'autres termes, le but premier d'un blog est probablement de faire de l'audience. Le côté journal intime existe sans doute dans une certaine mesure, selon les thèmes abordés, plus ou moins personnels, mais je pense que cela passe au second plan. Il y a une vraie part de narcissime, une envie de se regarder, de regarder qui on est, à travers ce qu'on essaie de transmettre. Je rapproche tout à fait cela d'une forme particulière d'introspection, que l'on extériorise en quelque sorte.

Si l'on publie afin de partager quelque chose, il est légitime d'en attendre en retour des réactions, réactions qui prennent la forme de commentaires sur un blog. Or, l'expérience montre que beaucoup de blogs ne sont pas (ou peu) commentés. J'inclus évidemment le mien dans cette catégorie. Pourquoi cette absence de commentaires ? J'avoue en avoir été, au tout début, sinon blessé, du moins déçu. Parce que je savais, condition nécessaire, qu'il y avait quand même quelques lecteurs. J'espérais sans doute trop naïvement créer les conditions d'un dialogue à travers ce que j'écrivais sur mon blog.

C'était peut être oublier un peu vite le fait que, si l'on peut être réellement intéressé par le contenu d'un blog, on n'a pas forcément envie de réagir publiquement, d'une part. De ce point de vue, les quelques retours que j'ai eus sur mon blog par oral ont apporté quelque crédit à cette hypothèse. D'autre part, il me semble que beaucoup de gens n'ont pas le réflexe/le temps de réagir, à l'époque de la civilisation du zapping, on consomme de l'information de toute nature, et rapidement on passe à autre chose. Il me semble que cela n'a pas grand chose à voir avec la qualité intrinsèque de l'information, c'est juste une (mauvaise) habitude, dont je me rends tout autant coupable que quiconque.

Je crains aussi, à la lumière de quelques témoignages que j'ai déjà entendus, qu'un certain nombre croient à tort qu'ils n'ont rien à dire. Cela me paraît inconcevable parce que tout être pensant à qui je tiendrais de vive voix les propos tenus sur ce blog aurait, dans une grande majorité des cas, un avis sur le sujet et, par conséquent, quelque chose à répondre. J'essaie précisément de varier les thèmes abordés sur le blog pour tenter de toucher un public éventuel aussi large possible. Parfois, je pars dans des réflexions où je finis par m'égarer et qui n'appellent naturellement pas vraiment de réaction, on se contente ainsi des délires du futur surgelé. Pour résumer, je pense que croire qu'on n'a rien à dire est une erreur, en général. Après, on manque probablement trop souvent de temps pour prendre celui de la réponse, plus précieux car il s'agit d'un échange...

Le danger, quand on se met à réagir, à débattre, le risque, c'est d'être ébranlé dans ses certitudes, c'est un réflexe bien humain de vouloir se raccrocher à un maximum de choses établies comme vraies. C'est donc assez aventureux de s'engager dans la voie du débat, à moins d'y aller avec mauvaise foi. Cela explique peut être une partie de l'absence de réactions. Et je comprends très bien ceux qui ne réagissent pas pour dire simplement "c'est super, continue comme ça" ou encore Tu nages en plein délire, c'est nul !. Le problème, c'est qu'en essayant d'être assez exigeant avec moi-même dans mes écrits, j'oblige plus ou moins volontairement toute personne qui voudrait réagir à l'être également. Et je comprends parfaitement que l'on ne souhaite pas s'imposer cet effort, pour un but d'ailleurs tout à fait incertain...

Néanmoins, il y a une catégorie certainement importante de gens qui, comme moi, se posent beaucoup de questions, et qui auraient bien des choses à partager, je suppose donc qu'une écrasante majorité de ces gens ne connaît pas mon blog, et c'est bien normal, puisqu'il s'agit d'un grain de poussière à l'échelle du web et que cela n'a d'ailleurs pas réellement vocation à changer radicalement de nature de ce point de vue...

L'ambition, beaucoup plus modeste et réaliste, de ce blog, est d'apporter le témoignage d'un jeune homme occidental d'une trentaine d'années sur le monde mystérieux et complexe qui l'entoure, à travers ses expériences, son cheminement intellectuel. Est-ce que cela sert/servira à quelque chose ? Sans doute à quelques proches à mieux me connaître, comme j'apprends aussi à fixer mes propres idées en me contraignant à les formuler aussi clairement que possible. A l'internaute vagabond qui lirait ces lignes, tout ceci apparaîtrait sans doute comme un long monologue parmi tant d'autres, qu'il a toutes les chances d'oublier aussi rapidement qu'il les aurait trouvées. Ce blog me laisse une trace de moi-même, m'inscrit dans le défilé du Temps, me permet de rembobiner le film pour comprendre certains épisodes passés, en bref c'est un journal, un web log. Mon écriture est beaucoup plus lisible sur papier éléctronique, de plus !

Difficile de conclure sur le sujet sans aborder ce point important : le départ en Antarctique me permet d'aborder un sujet qui me sort objectivement du lot et qui pourrait suffire à accroître mon audience quand je témoignerai de là bas. Mais à la limite, peu importe si, là bas, il y a les autant de lecteurs, voire moins, je témoignerai avec la même sincérité pour ceux qui suivront le fil de ces lignes. Et cela n'aura d'autre valeur que celle d'un jeune homme d'une trentaine d'années comme tant d'autres, qui voulait juste dire ce qu'il pensait et ressentait dans ces circonstances si particulières...

P.S : j'en profite pour donner l'adresse de deux amis/cousins/oncles (?) qui ont leur propre blog, Jean Vincent, et Jean-Hugues Robert, ce dernier hébergeant une de mes stations météo chez lui à Corte (tiens d'ailleurs Jean, faudra que j'étudie ton cas prochainement... ;-) )

Posté par fgourand à 22:27 - Pensées - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 juillet 2008

Idées de lecture ?

Pour une fois, je vais faire un billet explicitement à destination des quelques lecteurs de ce blog. Les commentaires sont un peu rares, sans doute parce que je ne sais pas créer les conditions d'un dialogue sur cet espace virtuel qui se veut avant tout, admettons le, un témoignage de ma petite expérience. Une des premières choses qu'on vous demande, avant de partir pour un hivernage en Terre Adélie, c'est comment vous allez vous occuper là bas ?

Une des premières choses, parmi les plus évidentes, qui me soient venues à l'esprit : la lecture. C'est une activité que je ne prends pas assez le temps de pratiquer dans ma vie quotidienne depuis des années. Ce n'est évidemment pas le goût pour cela qui me fait défaut, mais tout simplement une envie de faire de multiples autres choses, notamment sur Internet. Mais, à Dumont d'Urville, où Internet sera sérieusement limité (seulement le mail, à priori), l'opportunité sera réelle, d'autant que les espaces de temps libre seront, apparemment, légion.

Ainsi, je lance un appel solennel aux lecteurs de ces lignes afin qu'ils me suggèrent un ou plusieurs livres qui leur semblent incontournables et/ou bien adaptés à un environnement reculé et désertique. Je serai ravi de les amener avec moi pour passer, sans aucun doute, de bonnes heures de lecture là bas, notamment quand le blizzard et l'obscurité rendront quasiment impossible une sortie des bâtiments pour se dégourdir les pattes et l'esprit. Merci d'avance pour votre participation. Normalement il y a une bibliothèque bien fournie sur place (des milliers de livres), mais faute d'avoir la liste des ouvrages disponibles là bas, je préférerais partir avec un petit tas de bouquin me sont propres.

Une petite information que j'ai glânée grâce à un ami en voie d'expatriation pour le Yukon (encore un ! eh oui !) : si ces informations sont correctes (à prendre avec quelques pincettes tout de même), le prochain chef de district de la base Dumont d'Urville (la plus haute autorité sur la base, représentant l'Etat), pourrait être la célèbre Laurence de La Ferrière, alpiniste et aventurière. Ce serait assurément un grand honneur d'être sous l'autorité d'une telle championne ! Affaire à suivre...

Posté par fgourand à 22:48 - Découverte - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juillet 2008

Ô/Oh!/Au Temps qui passe...

Ô Temps qui passe, qui permet de donner du relief à toute chose, de qui naît le plaisir de l'attente et la satisfaction du travail bien fait, composante la plus mystérieuse et insaisissable de notre espace quadri-dimensionnel, tu ne cesseras jamais de me fasciner comme tu fascines probablement tout être doté d'une conscience de soi-même. Bientôt 30 ans d'existence grâce à toi, un petit paquet de choses accomplies grâce à toi, beaucoup de choses encore à faire en toi. Temps de l'existence dont la mort semble vouloir nous séparer un jour, tu es un peu de l'essence de chaque composante de ce monde si riche qui nous entoure...

Oh ! Temps qui passe, tu files, tu galopes, en accélération constante depuis que je te connais, ta célérité stupéfiante est un moteur d'action car tu entraînes toute volonté dans ton sillage. Déjà un an que les études sont finies, hier; 3 ans que je suis rentré à la météo, avant-hier; 5 ans que j'ai décidé de mettre la météorologie au centre de ma vie, la semaine dernière; 8 ans que j'ai quitté les classes prépas, le mois dernier; 11 ans que j'ai passé mon bac, le trimestre dernier. Décidément, tu distords ma perception de la réalité, tu es toujours plus loin que là où je te crois, si proche dans ma mémoire, parfois. Où nous emmènes tu comme cela, à toute vapeur ? Est-ce bien raisonnable d'y aller si hardiment ?

Au Temps qui passe, que je vénère et respecte par les deux paragraphes précédents, je mesure mon évolution et celle du monde qui nous entoure un peu mieux chaque jour. On me dit qu'un an en Antarctique c'est beaucoup, mais quand le Temps s'allie à un environnement magique, l'harmonie se crée naturellement. Parce que j'aime le Temps, que je le crains et l'admire, je sais que l'année antarctique sera un moment formidable, un cadeau de l'existence. Le Temps s'offrira avec générosité à moi pour faire de ces mois qui peuvent paraître longs de l'extérieur des instants uniques. Puissions nous tous profiter au maximum de ses largesses, tant que nous sommes encore en mesure de le faire.

Et bon mois de juillet à toutes et à tous ! Au temps qu'il fasse : ensoleillé parce que c'est de saison !

Posté par fgourand à 21:48 - Pensées - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »