Itinéraires polaires

21 janvier 2020

Rotation anniversaire de l'Astrolabe

On se doutait que ce serait dense, riche : nous n’avons pas été déçu. En 48h, un peu à l’image de l’Aurora Australis qui nous a amené ici le 6 décembre, l'Astrolabe est arrivé dimanche 19, a chargé et déchargé passagers et fret, puis est reparti, ce mardi 21. Les dates coïncident bien avec les 180 ans de la découverte de la Terre Adélie par Jules Dumont d’Urville en 1840, qui a aperçu la terre tout près d’ici le 20 janvier sur son Astrolabe de l'époque, avant d’accoster le 21 sur le rocher du Débarquement, un îlot de notre archipel, situé à 7km de DDU, où je compte bien me rendre dans les prochains mois, quand la banquise aura repris ses droits. J’avais malheureusement loupé l’opportunité lors de mon hivernage de 2009, et je ne compte pas reproduire cette erreur cette année. Un cocktail et dîner avait été organisé pour l’anniversaire ce lundi soir dans le séjour de DDU, où une douzaine de marins de l’Astrolabe ont également été invités, dont le second, futur commandant lors de l’été prochain.

Peitt événement, toujours, que l’arrivée du bateau à DDU. Peut être un peu plus encore cette année, puisque c’est seulement la première fois qu’il vient à DDU depuis le début de la campagne d’été, un 19 janvier, en raison de l’avarie à l’arbre de transmission du mois de novembre. Dimanche 19 au matin, l’Astrolabe est visible vers 8h au milieu des glaces proches de la base. Une heure après, environ, il est à l’entrée du chenal du Lion, où il va rester quelques heures. Le temps est parfait pour manoeuvrer et rentrer dans le chenal avec un vent quasi nul, un soleil bien présent. La manoeuvre est exécutée en début d’après-midi, spectacle auquel une majorité des adéliens assiste, un dimanche de repos, avec un temps idéal. Je le regarde rentrer dans le chenal depuis le toit de la centrale, puis je descends voir la fin de la manoeuvre sur les rochers à côté de l’abri côtier, en bas, tout près.

Il a fière allure, cet Astrolabe, davantage que son prédécesseur, que j’avais connu en 2009. Ca fait drôle de le voir enfin ici. Encore plus pour Luc, Charlène, Valentin, Loïc, et dans une moindre mesure Aurore, qui ont dormi plusieurs semaines sur l’Astrolabe, à quai, à Hobart, en novembre, quand ils étaient programmés sur la première rotation R0, qui a été annulée. Nous les avons retrouvés plus de deux semaines plus tard fin novembre, pour embarquer sur l’Aurora Australis. Ils ont eu le temps de nouer des contacts avec l’équipage, qui avait vraiment envie de voir DDU, avant un changement d’équipage pour les deux rotations suivantes R3 et R4.

Pas mal de monde donc, ce beau dimanche après-midi de janvier, pour assister à la manoeuvre du bateau, qui a cassé un peu de banquise pour pouvoir se caler confortablement sur son quai de la piste du Lion. Ca a bien occupé mon temps libre pendant ma journée de service base. Dans la foulée, de nouvelles têtes sont apparues sur la base, d’autant plus qu’un autre avion est arrivé également dimanche en fin de journée de Concordia, redescendant des hivernants de 2019 des hauts plateaux, là haut, pour les transférer sur l’Astrolabe.  Dans le même temps, 4 des 6 derniers hivernants de la TA69 se préparaient à partir après un long séjour de plus d’un an à DDU, ainsi que quelques campagnards d’été, dont le fameux Paul, maintes fois récemment cité, ainsi que 3 ornithos Karine, Christophe et Michael, de très bonne compagnie, et qui nous manquent forcément un peu, dès ce mardi soir.

Ce lundi et ce mardi, j’étais de service à la météo, et c’est donc moi qui ai eu la charge d’établir les prévisions locales, cruciales pour réaliser au mieux les opérations logistiques et planifier le départ. L’enjeu était de prévoir de rester durablement sous les 15 noeuds de vent moyen/établi, afin de sortir en sécurité du chenal du Lion, qui propose une route plus étroite qu’il n’y paraît, car le bateau a un tirant d’eau de 7m, et qu’il y a à peine quelques mètres de plus sur un trajet bien défini dans le chenal. Finalement, conformément aux prévisions, on n’est que très temporairement passé au dessus de ce seuil de vent, ce qui a permis d’une part de réaliser toutes les opérations de chargement/déchargement du bateau dans les meilleures conditions possibles d’une part, mais surtout de faire une manoeuvre de départ du bateau dans d’excellentes conditions ce mardi 21 en début d’après-midi. On m’a plusieurs fois félicité pour la justesse des prévisions, ce qui fait toujours plaisir, bien sûr.

Que dire d’autres dans ce grand tourbillon de 48 heures, rappelant celui du 6-8 décembre ? Les hivernants qui descendent de Concordia sont vraiment des gens à part, qui ont vécu quelque chose d’encore plus spécial que l’hivernage à DDU. Je le savais déjà depuis 2009, naturellement. Mais en discutant avec Thibault, qui sort de l’hivernage là haut, on voit bien qu’il y a presque le même monde d’écart entre la métropole et DDU qu’entre DDU et Concordia. Pas tout à fait certes, mais quand même. Le froid extrême, là haut (-30 l’été -70 l’hiver) qui complique, voire rend carrément dangereux toute activité extérieure bien souvent. L’isolement et le confinement à un niveau bien supérieur à DDU, où il y a toujours un coin tranquille dans la base où on peut être tranquille. Le sommeil jamais réparateur, à cause du manque d’oxygène lié à l’altitude (3200m équivalent 3800m en métropole), même en dormant 20h de suite. La cohabitation pas toujours simple entre deux cultures, française et italienne, présents en nombre égal sur la base. Un autre monde, proche du spatial, sûrement, très justement.

Certains ressortent de cette expérience usés, d’autres comme Thibault qui ont cet appétit de l’extrême veulent y retourner, bon vent à lui, on y croit ! Des hivernants de Concordia, mais aussi simplement des campagnards d’été de là haut, quelques hivernants de la TA69, des campagnards d’été de DDU, un groupe d’une bonne vingtaine de passagers a donc embarqué en fin de matinée sur le bateau ce mardi 21. Rendez vous au séjour à 10h pour les partants, on y était, bien sûr, assez nombreux. Une moitié est ensuite descendue en file indienne par la passerelle à l’abri côtier. Ca m’a rappelé cette même descente à la rotation de R2 le 23 janvier 2010, il y quasiment exactement 10 ans, quand j’ai quitté DDU à la fin de mon hivernage. Pas dans la file indienne, un peu en retrait, savourant une dernière fois, par un temps encore plus extraordinaire (plus de 7°C et pas de vent).

Arrivés à l’abri côtier, l’au-revoir, le vrai, entre ceux qui partent et ceux qui restent. Un moment spécial pour les survivants de la TA69, après 13 mois, voire davantage, de cohabitation. Il nous reste ce soir entre DDU et la base de Cap Prudhomme Claire, médecin, et Bastien, plombier de la TA69. Les 4 qui sont partis, Douglas et Virgil, ornithos, Guillaume, Lidar, Maëlle, second centrale, vont retrouver à Hobart des camarades partis avec l’Aurora, ça me rappelle des souvenirs, aussi. La fin du voyage est le début d’un autre. Envie de partir, mais pas envie, les souvenirs attachés au lieu, trop forts, évidemment, on ne s’en sépare pas comme ça. Moment émouvant, qu’on observe respectueusement, un peu en retrait. On dit au revoir à ces camarades de 6 semaines : les 4 de la 69 et nos campagnards d’été, et puis ils traversent à pied par la banquise restante pour rejoindre la piste du Lion, puis le bateau.

Je suis ensuite retourné au bureau météo m’occuper d’un ballon fort étrange, qui n’a cessé de ralentir pendant son vol, pour plafonner finalement après 2h40 de vol, sans éclater, à 29190m d’altitude, avant de redescendre mètre par mètre, toujours sans éclater. J’ai interrompu le suivi car il ne montait plus, mais il est tout à fait possible qu’il n’ait pas éclaté du tout et se soit dégonflé progressivement en retournant au sol, quelque part à 100km au sud-est de DDU, donc sur le continent. Déjeuner relativement calme, puis en début d’après-midi, retour du spectacle avec la manoeuvre de départ, que je suis descendu suivre à nouveau sur ces mêmes rochers idéalement placés à côté de l’abri côtier.

Cette fois, ceux à qui nous avions dit au revoir étaient tous sur le pont du bateau, à nous saluer, et réciproquement. Pabois, menuisier en campagne d’été avec qui j’avais joué de la musique au jour de l’an, a ressorti sa cornemuse médiévale et joué quelques airs pour les voyageurs, tandis que le bateau manoeuvrait et s’éloignait lentement, avec prudence, de nous. Belle ambiance, là aussi, conditions  ensoleillées, pas froides, léger vent, mais plutôt 10 noeuds que 15. En une demi heure, l’Astrolabe sortait en marche arrière du chenal, évitant une belle plaque de banquise qui s’était approchée la nuit précédente de lui, créant une hésitation à bord quant à la conduite à suivre : sortir pour éviter d’être coincé, ou pas ?

En regardant le bateau s’éloigner avec quelques hivernants, on s’est dit que, ça y est, R2 était passé. L’Astrolabe est attendu dans 2 grosses semaines à nouveau à DDU pour R3, qui sera une grosse rotation, qui emportera beaucoup de campagnards d’été et annoncera R4 et l’hivernage à venir. J’en ai parlé assez souvent ces derniers jours, avec les uns et les autres, de cette fameuse R4, dans pas si longtemps… Enfin, c’est un ressenti peut être très personnel mais j’ai l’impression que depuis quelques jours, pas beaucoup plus, la cohésion entre nous, de la TA70, est vraiment montée d’un cran, les choses deviennent plus claires. Il est certain que ce ressenti est lié au fait que je sens que j’ai trouvé ma place dans ce groupe, après pas mal de semaines un peu plus en retrait, en observation, mais je pense que c’est également vrai collectivement. On commence à se connaître vraiment bien, et je crois pouvoir dire qu’on s’apprécie globalement toujours autant, avec une belle ambiance, souvent joyeuse : que ça dure, longtemps ! Bonne mer à l’Astrolabe, et à bientôt !






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18 janvier 2020

Fin du premier acte

Ce samedi, nous sommes dans l’attente de l’arrivée de l’Astrolabe, qui est dans le pack voisin, à quelques heures seulement de DDU, où il est annoncé en fin de nuit prochaine. En me réveillant demain matin, je devrais donc le voir. Voir un bateau arriver ici est toujours un moment spécial. C’est le passeur entre les deux mondes : le monde « normal » , où vivent  plus de 7 milliards de gens, et nous, une grosse cinquantaine en ce moment. Cela signifie aussi courrier, ravitaillement en produits frais, mais aussi des arrivées et des départs. Cette longue période d’arrivée à DDU touche ainsi à sa fin, après 6 semaines de présence ici. Une fois cette rotation R2 passée, nous allons inéluctablement basculer vers la fin de la campagne d’été, et il nous restera également 6 semaines avant le début de l’hivernage, la fameuse rotation R4, qui occupe déjà pas mal de conversations.

En attendant, l’avion attendu ce vendredi a bien pu se poser vers 17h, et c’était juste puisque la fenêtre météo était bien courte, ce qui m’a valu une journée intéressante au bureau, avec un véritable enjeu : j’avais indiqué dans mes prévisions matinales que le temps serait beau jusqu’à 16h environ, et se couvrirait vraisemblablement ensuite, avec probablement de la neige en fin de journée. Cette fois, tout s’est passé quasi exactement comme dans la prévision, le temps superbe à l’heure du déjeuner a commence à se gâter en milieu d’après-midi, et l’avion a atterri vraiment à la fin de la période favorable. Le temps de nous apporter quelques personnes venues de Concordia, et d’y envoyer enfin, en retour, Jean-Louis et François, qui attendaient cela depuis deux semaines. Le brouillard craint un peu plus tôt dans la journée est fort heureusement resté au large, comme on le voit sur une des photos proposées.

J’ai pris l’avion en photo depuis l’abri de gonflage météo, au zoom, on le devine proche de l’atterrissage sur une des photos proposées, sur un ciel qui s’est nettement couvert. L’avion est reparti moins d’une heure après s’être posé, pour Concordia. Et la neige a repris de plus belle dans la demi heure qui a suivi, ce qui aurait empêché tout trafic aérien. Dans la nuit de vendredi à samedi, il est tombé une dizaine de centimètres supplémentaires, ce qui nous fait un cumul de près de 50cm de neige, hors congères, pour la semaine ! Alors bien sûr avec les éclaircies de ce vendredi la neige s’était bien tassée, avait pas mal fondu, mais tout de même, c’est une semaine très neigeuse que nous avons connue, qui me semble un peu inhabituelle. Nouvelle séance d’une petite heure de déneigement ce samedi matin, en tout cas, pour se maintenir en forme. Normalement, on devrait être tranquille jusqu’à mardi, côté neige. Normalement…

Enfin je termine ce billet sur un sujet différent : j’ai participé comme cobaye photographique à l’expérience menée par Paul Robach, qui est sur la base depuis un mois pour cela, en plus de proposer des ateliers escalade le week-end, et d’encadrer les formations Rescue de l’équipe de la TA70 à ses heures perdues. Paul s’occupe d’un programme (ANTARCV) de recherche biomédicale de mesures du volume sanguin à Dumont d’Urville (avec l’aide de Sarah, notre médecin, qui sera son relai pendant l'hivernage) et Concordia (où un autre médecin accomplit le même travail). Cette étude, réalisée en simultané sur deux groupes d’hivernants dans deux stations, à Dumont d’Urville au niveau de la mer et à Concordia en haute altitude, a pour objectif de mieux comprendre l’effet combiné du manque d’oxygène (hypoxie) et du confinement/isolement sur la régulation des volumes sanguins et la santé vasculaire, en vue des futures mission spatiales lointaines. Dans cette étude, les volumes sanguins sont déterminés de façon répétée au cours d’un l’hivernage, au moyen de la technique de rebreathing au monoxyde de carbone. La viscosité sanguine, l’activité physique, ainsi que les marqueurs biologiques de la synthèse des globules rouge et de la régulation du fer sont également évalués dans le programme.

La photo proposée est une illustration pour le programme, où l’on me voit donc allongé, prétendument piqué par Sarah, dans la véritable salle de soins de notre dortoir, à l’angle nord-ouest du bâtiment, avec les véritables appareils utilisés par Paul et Sarah, pour effectuer les mesures sur les véritables cobayes durant toute l’année. Notez la vue assez exceptionnelle depuis les fenêtres de la salle de soins. Paul va monter sur l’Astrolabe tout proche dans les 48h à venir et nous quitter ensuite, laissant un certain vide, avec les quelques uns qui vont repartir avec cette rotation R2 et qui nous accompagnent depuis notre arrivée sur la base. Fin du premier acte.

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16 janvier 2020

L'hiver vient...

C’est le titre qui me vient spontanément à l’esprit ces derniers jours. Le paysage estival qui était l’objet de mon précédent billet, essentiellement centré sur la journée de dimanche dernier, n’est plus. C’est aussi un clin d’œil à Game of Thrones, bien sûr #winteriscoming, parce qu’ici, comme dans la série, c’est quelque chose de sérieux, l’hiver, on n’est pas (plus…) en France métropolitaine ! Une première tempête de neige a tout reblanchi et relancé les traditionnelles congères entre lundi et mardi matin, apportant une quinzaine de centimètres de neige fraîche, qui s’est cependant rapidement tassée et a un peu fondu. Le premier coup de semonce était cependant donné. Les prévisions étaient claires : le second coup serait plus rude encore, et ça n’a pas failli : le vent a culminé à 135km/h en pointe ce mercredi, fait relativement banal pour le lieu, mais une vraie tempête de neige s’est abattu sur l’archipel Pointe Géologie, puisqu’en 24h, on a relevé ce jeudi matin dans un pluviomètre expérimental que nous avons à la station 22mm de précipitations, et qu’on a ainsi pu mesurer une grosse vingtaine de centimètres de neige fraîche, lourde et collante, tombée à une valeur proche de 0°C, à peine négative. Cette neige a partiellement fondu et s’est tassée pendant cette journée de jeudi, mais il reneige encore (un peu) ce soir, au delà de ce qui était prévu...

Les congères ont repris des dimensions que je n’avais jamais vues ici au coeur de mes deux campagnes d’été 2008-2009 et 2009-2010, et je me suis bien réchauffé à déneiger l’entrée de notre dortoir dans la matinée. Un déneigement beaucoup plus confortable que la neige fondue, puis regelée, puis refondue, puis regelée, etc… que j’avais essentiellement traitée depuis notre arrivée ici. En une grosse heure, les deux chemins (vers le séjour et vers Géophy) étaient à peu près nettoyés. Comme je n’ai connu ce genre d’enneigement ici que lors de mon hivernage, ça m’a évidemment fait penser à l’hiver qui vient, et aux dizaines, peut être centaines, d’heures de déneigement qui nous attendent sur la base, pour maintenir des accès pratiques, et se maintenir en forme, aussi. A l’époque, j’avais attaqué moins motivé que cette année, et pourtant j’en ai passé, du temps, à pelleter sur ces passerelles !

Par contre, clairement, le compte hivernal n’y est pas pour les températures, puisqu’on oscille autour de 0°C depuis lundi, ce qui est bien estival ici, et d’ailleurs on peut pratiquer le déneigement en polaire dehors, l’activité physique réchauffant suffisamment. Ce jeudi matin, le vent avait en plus heureusement bien faibli, pour ne souffler qu’à 30-40km/h en pointe.Avec toute cette neige de retour sur la base, il n’est pas impossible, maintenant que le pic de température de l’été a statistiquement été dépassé, que la nuit va bientôt revenir, que nous ne revoyions plus les rochers au coeur de la base, tels que nous les avions il y a tout juste 4 jours. En ce sens, la bascule vers l’hiver est peut être en train de se faire, un peu précoce, car il n’y a pas de beau temps durable en vue dans les prévisions pour les prochains jours, mais encore un peu de neige, pas mal de nuages… et peut être une petite fenêtre météo plus clémente pour accueillir l’Astrolabe ce week-end. Ce mauvais temps persistant a compromis les chances d’atterrissage d’un avion demain, avion attendu par nos camarades Jean-Louis et François, qui devaient déjà partir vers Concordia le 5 janvier… « En Antarctique, pas de pronostic »… Les modèles météo indiquent qu’on pourrait bénéficier de quelques heures de soleil ce vendredi, on attend de voir, car beaucoup d’humidité dans l’air, un vent qui tombe, la mer autour de l’île, et une impression de déjà vu avec un risque de brouillard qui a déjà ruiné ma prévision la dernière fois…

L’hiver vient, tant mieux, c’est une belle saison, l’hiver, le véritable hiver, en tout cas il vaut mieux aimer quand on se prépare à hiverner ici. J’espère qu’on aura tout de même, aussi bien réparties que possible durant l’année, notre lot de belles journées ensoleillées, qui offrent ces merveilleuses lumières polaires qui laissent un si forte impression et font de si beaux souvenirs. Après quelques semaines de réflexion et de retour ici, je dirais que c’est encore plus savoureux de savoir, sur ce plan, à peu près exactement à quoi s’attendre. C’est la partie prévisible, qui justifie quasiment à elle seule le voyage, et qui m’avait tant motivée il y a une dizaine d’années. L’autre volet, humain, est naturellement moins prévisible, plus excitant et plus riche, sans doute, pour moi cette année. L’hivernage vient, sous les meilleurs auspices, je dirais. Les réapprovisionnements en fruits et légumes frais, lait en brique, par exemple, ne feront pas de mal, car de tout ceci, nous n’avons plus : profitons des trois rotations à venir !

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13 janvier 2020

Un dimanche estival

Après un début d’année très nuageux, nous avons eu droit à une belle séquence globalement bien ensoleillée de 4 jours, de jeudi à dimanche inclus. Jeudi a permis au soleil de revenir, avec une douceur marquée, tandis que le soleil a brillé de mille feux vendredi, mais dans une atmosphère sensiblement plus froide (il a à peine dégelé, avec un vent piquant toute la journée), nous rappelant qu’on est en Antarctique. Samedi a été plus partagé entre une matinée globalement bien ensoleillée, et un temps qui s’est couvert dans l’après-midi, juste au moment où avait été organisé « DDU plage », activité très encadrée de baignade dans la mer locale. Cette annulation de dernière minute a déçu les plus motivés d’entre nous, mais ce sera sûrement reproposé prochainement quand les conditions météo seront réunies. Samedi a également eu lieu la première session de formation de l’équipe « Rescue », l’équipe qui devrait intervenir pour aller secourir quelqu’un qui serait blessé dehors, autour de la base. Les hivernants encadrés par Sarah et Régis ont pu bénéficier de l’expertise de Paul, campagnard d’été qui forme les sauveteurs en haute montagne dans les Alpes, et qui vient mettre en place un programme d’étude scientifique de l’adaptation du sang aux conditions en Antarctique, en comparant la population de la base Concordia à celle de DDU, dont j’aurai peut être l’occasion de reparler sur ce blog. Paul a donné une initiation au sauvetage en milieu rocheux à l’équipe, à laquelle j’ai également assisté. C’était intéressant et m’a rappelé ma formation à l’habilitation au travail en hauteur, effectuée en septembre.

Puis vint dimanche… Qui était prévu beau, et qui ne nous a pas déçu. Un dimanche lumineux, au coeur de l’été, un coeur de l’été qui commence tout de même à pencher un peu vers la fin, même si elle n’est pas encore là. J’étais de service à la météo, et je me suis arrangé pour faire l’essentiel de mes tâches le matin, et dégager du temps pour me promener un peu l’après-midi. Le léger vent catabatique qui rafraichissait l’air en matinée a fini par tomber complètement après déjeuner, permettant à la température d’atteindre 2,2°C sous abri. Une activité avait été très gentiment proposée pour la journée, avec deux sessions, une le matin, et l’autre l’après-midi, d’initiation à l’escalade, par Paul, encore lui, un acteur important de cette campagne d’été, et mon collègue météo Alain, lui aussi assez expérimenté en haute montagne. Paul et Alain sont allés se promener sur l’île des Pétrels les jours précédents, pour repérer l’endroit le plus approprié pour proposer cette activité, et c’est finalement un lieu situé à la pointe Sud-Ouest de l’île, non loin du « mat iono », qui a été retenu. Il y était proposé de grimper soit en paroi rocheuse classique, soit une paroi de glace bien dure, juste à côté, avec crampons et piolets. De nombreux adéliens se sont laissés tenter, surtout l’après-midi, dans des conditions météo parfaites, pour passer un bon moment dehors, dans ce cadre exceptionnel.
Je suis resté une bonne heure sur les lieux à profiter de ce beau moment sur un coin de l’île habituellement peu fréquenté. Une plaque de banquise se détachait pratiquement en direct, sous nos yeux, juste à côté de nous, renforçant un peu plus notre insularité. En remontant pour travailler, je me suis arrêté un peu au coeur de la base, et j’ai immortalisé sur plusieurs photos les rochers, les cailloux, partout ou presque, autour de nous, à l’exception de quelques congères restantes. Je sais que nous sommes presque au maximum de fonte, que dans quelques petites semaines la neige qui tombe ne fondra plus vraiment, puis plus du tout dans un gros mois, lançant l’hiver. Je l’ai aussi fait en prévision de la tempête de neige prévue en ce début de semaine, qui est bien présente ce lundi soir sur la base, avec de petites congères et 122km/h en rafale, mais on s’éloigne du sujet de ce billet. Bref, je savais qu’il fallait faire les photos de la base en mode été ce dimanche, et j’en présente donc quelques unes ci-dessous.
Après un passage au bureau météo pour avancer quelques tâches, je suis ressorti pas loin, à 400m environ du bureau, pour retrouver, pour la première fois durant ce séjour, un lieu auquel je suis attaché depuis mon séjour de 2009, pour plusieurs raisons : la croix Prudhomme. André Prudhomme était météorologue, chef météorologue, comme moi, d’un des premiers hivernages en Terre Adélie, à Port Martin, puis à DDU en 1958. Par ailleurs, c’était un proche parent d’un de mes plus proches amis, Luc. Il a tragiquement disparu le 7 janvier 1959, juste avant son retour programmé en France, on ne l’a jamais retrouvé. La croix Prudhomme célèbre la mémoire de cet homme dont je me sens un peu plus proche que d’autres. Sur ce même blog, on peut consulter le petit article que je lui avais consacré, pour commémorer les 50 ans de sa disparition, le 7 janvier 2009. J’y posais justement à la croix Prudhomme, érigée au sommet d’un petit éperon rocheux. Lors de mon premier été adélien, à cette époque, j’aimais bien venir profiter de la quiétude du lieu, écouter le bruit de l’eau, et des manchots, ou parfois de la musique, en profitant de la vue.
J’ai retrouvé cette année une configuration très différente, peut être elle aussi liée au changement de la direction du vent, et des congères associées, sur la base ? En effet, la croix Prudhomme, à l’issue d’une année 2019 reconnue peu neigeuse sur DDU, émerge seule du manteau neigeux ! Pour s’y rendre, on doit marcher sur la congère fondante, en s’enfonçant dans une neige molle parfois jusqu’au genou. Rien à voir avec les conditions d’accès de cette même croix en janvier 2009, où l’on accédait facilement au lieu, dominant les rochers. Heureusement que je connais bien le coin et que je sais qu’il y a les rochers en dessous, sinon je ne m’y serais peut être pas aventuré. En tout cas, c’est la raison pour laquelle j’ai attendu si longtemps après mon arrivée pour y aller. J’y suis tout de même retourné en fin d’après-midi ce dimanche, retrouvant cette ambiance paisible, propice à la méditation, que j’avais tant aimée. Je désespère de revoir les rochers cette année, mais quand la neige aura regelé, que de la fraîche recouvrira cette neige ancienne, j’y retournerai sûrement avec plaisir. Le lieu est toujours aussi beau, un peu isolé dans son coin à la pointe Nord-Ouest de l’île, un belvédère sur l’eau, on se sent un peu loin du coeur de la base, si proche pourtant. J’ai essayé de rendre cette impression dans une des photos proposées, la vue vers le bâtiment météo depuis la croix, coupé en deux par la congère qui a été aplanie au début de la campagne d’été. Un bien beau dimanche d’été, en tout cas, à Dumont d’Urville !
Dernière précision concernant le courrier postal : même s’il ne faut pas traîner pour les envois qui peuvent arriver ici fin février, juste avant l’hivernage, Malik nous a annoncé que la date butoir du 24 janvier que j’évoquais dans mon billet précédent était en réalité le 31 janvier. Après cela, ça arrivera en novembre, ici ! Enfin des nouvelles de l’Astrolabe : actuellement à Hobart, il est en train de charger et devrait quitter le port demain mardi, pour une arrivée vers dimanche soir à DDU, à suivre, ça va créer pas mal d’agitation ici : la rotation R2 est annoncée !

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10 janvier 2020

Courrier postal

En discutant avec Malik, notre gérant postal, j’ai pris conscience que nous approchions déjà d’une première date butoir : le 24 janvier. Que se passe-t-il le 24 janvier ? Eh bien c’est la dernière date à laquelle il faut avoir reçu, à Roissy, le courrier destiné à la dernière rotation R4, le dernier ravitaillement avant l’hivernage, dernière date pour le courrier dans le sens Reste du monde -> DDU.. Donc, si vous souhaitez envoyer une lettre, un colis… à un(e) hivernant(e) de la TA70, et surtout avec une chance de livraison fin février et non en novembre prochain, il reste exactement 2 semaines, en réalité un peu moins même (puisque c’est le 24 Janvier, à Roissy), pour le faire. L’adresse est celle qui apparaît sur une des photos proposées avec ce billet, prise à la gérance postale. Malik travaille tranquillement et prend des forces en attendant le surcroît brutal de travail que va constituer l’arrivée du bateau avec ses sacs postaux, traditionnellement déchargés en premier !

Dans l’autre sens, DDU -> Reste du monde, c’est beaucoup plus détendu puisque nous pourrons encore envoyer lettres, colis, cartes… jusqu’à R4 justement donc, soit fin février. Je compte bien réaliser quelques envois postaux, mais ce n’est donc pas encore urgent de notre côté. Je n’attends rien de particulier, rien d’essentiel en tout cas, dans le courrier à venir avant l’hivernage, je pense que pour l’essentiel j’ai pris tout ce qu’il me fallait, et peut être même un peu trop, mais c’est toujours comme ça ! La rotation du courrier postal est indissociablement liée aux rotations du bateau. A voir déjà avec l’arrivée de l’Astrolabe d’ici une dizaine de jours, a priori.

En bonus, deux autres photos d’une petite promenade du jour, sous un grand soleil, mais avec une différence de taille, le léger vent qui a soufflé toute la journée était vraiment froid, antarctique, contrairement à hier je n’ai pas tenu très longtemps en short… Au thermomètre il n’a pourtant fait que 2 degrés de moins qu’hier (0,9°C de maximale) mais le ressenti était vraiment plus froid, malgré le plein soleil et la lumière toujours magique. Une première photo du bâtiment 42, le fameux dortoir des hivernants, où nous avons tous notre chambre, pour cette année 2020. C’est le seul bâtiment de la base qui possède un étage. On voit sur cette photo la façade maritime, tournée vers le nord, avec à l’étage uniquement des chambres/salles de bain dont celle du chef de district (Régis, DISTA, vers le milieu), et au rez-de-chaussée, sur la droite, la partie médicale avec l’hôpital et la chambre du médecin à côté de celle du patient potentiel, au milieu le bureau du DISTA, sur la gauche d’autres chambres, dont la mienne, 2ème fenêtre en partant de la gauche. Il y a également deux salles de bain au rez-de-chaussée. Il y a évidemment des chambres de l’autre côté également. Ce n’est pas une vue si fréquente du bâtiment, car il faut imaginer qu’avec les tempêtes de neige hivernales, une congère grossira semaine après semaine, pour atteindre, sur cette même façade, quasiment le toit du bâtiment, condamnant quelques fenêtres ! Photo probable à suivre dans quelques mois...

La photo panoramique proposée a été prise derrière le « nouveau bâtiment »  le bâtiment 75, qui combine centre de recyclage des déchets, une belle salle de sport, la réserve d’alcool et la réserve médicale. Ce bâtiment n’existait pas lors de mon hivernage précédent, et c’est un bel ajout, très pratique. Le centre de recyclage est accessible à tous, complet, dirigé d’une main experte par Alain Mathieu, qui a hiverné avec moi en 2009, et qui connaît bien DDU puisqu’il va effectuer avec nous son 7ème hivernage adélien ! La salle de sport est spacieuse est bien équipée, propre et régulièrement fréquentée par la population locale. La réserve d’alcool et la réserve médicale sont fermées à clé et sont gérées par Malik et Loïc de la gérance postale/radio, et Sarah, respectivement. J’avoue ne pas trop me rappeler où on mettait l’équivalent de tout ce qu’on stocke dans ce grand bâtiment lors de mon hivernage. La salle de sport était petite et juste à côté de la météo, je crois que la réserve d’alcool et la réserve médicale se trouvaient dans des containers au coeur de la base, mais le recyclage de tous ces déchets…? Il est certain qu’on y apporte un soin toujours plus grand, et que ce vaste local dédié est bienvenu. Pour revenir à la photo prise à l’arrière du 75, elle regarde vers le sud de l’île des Pétrels, le bout de banquise qui nous relie encore au continent antarctique, résistera-t-il à cette fin d’été ? On voit notamment sur la gauche la langue du glacier de l’Astrolabe, et droit devant, au fond, l’île Rostand, et le Nunatak du Bon Docteur, derrière. A bientôt.



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09 janvier 2020

Et la lumière fut...

Ce jeudi, nous avons effectivement eu la joie de revoir l’astre solaire, qui nous boudait franchement depuis le début de l’année, et même un peu avant. On se souvient de l’épisode de l’avion qui devait venir, que j’évoquais précédemment, et qui n’est finalement pas venu, car le temps a trop tardé à s’améliorer sur la base, puisque le soleil attendu le dimanche est arrivé lundi après déjeuner, et a duré environ 2h, avant que le ciel se recouvre, et l’arrivée d’une nouvelle perturbation… « En Antarctique, pas de pronostic », une fois de plus. Ce soleil qui devient de plus en plus précieux car, ça y est, nous avons enclenché de façon sensible le mouvement : les jours raccourcissent officiellement à DDU. Lundi 6 était le dernier jour polaire, et on a donc retrouvé depuis 2 jours un coucher et un lever de soleil. Evidemment, ce n’est pas encore perceptible, car on est encore loin de la pénombre, mais à partir de maintenant ça va quand même évoluer rapidement durant la fin du mois de janvier.

Enfin, pas perceptible… Le fameux passage du soleil derrière le continent antarctique, que j’observais vers 23h30 au solstice d’été, le 21-22 décembre, se passe tout juste après 23h ce 9 janvier, le soleil brille donc déjà moins longtemps sur la base. Le paysage change donc déjà un peu. Ce qui l’a surtout transformé, c’est le vêlage important du glacier de l’Astrolabe qui s’est produit hier soir, un bruit qu’ont entendu certains Adéliens, qui a provoqué un afflux de glace flottante, assez chaotique, sur les eaux autour de la base. Le bout du glacier qui s’est brutalement détaché proviendrait de l’arrière de l’île Claude Bernard. Notre paysage maritime est donc un peu transformé. Il l’est, de toutes façons, un peu chaque jour avec le déplacement naturel des icebergs, plus ou moins mobiles, selon la force des courants, et leur ancrage dans le substrat rocheux.

En cette journée lumineuse, j’ai pu m’échapper un peu de mon bureau météo pour aller assister aux préparatifs de la plongée de Jéjé et Plouf, nos deux plongeurs, qui ont plongé entre la piste du Lion et l’île des Pétrels, afin de remonter le marégraphe, qui a été fortement endommagé en début d’hivernage 2019, sans doute par des mouvements importants de la banquise. Je suis retourné un peu sur les passerelles en début d’après-midi, au doux soleil du mois de janvier : conditions idéales de plein soleil, quasiment sans vent, avec une maximale de 3,2°C. De quoi profiter un peu du short estival, avant la fin de la saison, qui va arriver assez rapidement !

Une fin de saison qui va être rythmée par les rotations de l’Astrolabe, qui, après son passage en cale sèche, est réparé, en route pour Hobart, avec l’objectif d’assurer 3 rotations R2, R3 et R4. La rotation R2 pourrait donc l’amener à DDU vers le 20 janvier, R3 arriverait à DDU vers le 6 février, et enfin il reviendrait chercher les derniers campagnards d’été avec R4 le 25 février, pour une date de début d’hivernage autour du 28 février. Le nouveau calendrier est fixé, en souhaitant qu’il n’y ait pas d’accroc, on commence donc à y voir plus clair pour cette fin de campagne. Pour tous, les choses se précisent, après la logique incertitude qui a accompagné les circonstances particulières de cette campagne d’été. Même si j’ai hâte, comme d’autres, que l’hivernage commence, il faut malgré tout bien profiter des échanges souvent riches que l’on peut avoir avec les campagnards qui vont nous quitter dans quelques semaines, et profiter de ces journées lumineuses, si longues, qui nous manqueront indubitablement dans quelques mois…

Je suis assez impatient de le voir en vrai, ce nouvel Astrolabe, qui devait nous emmener ici ! En attendant de le prendre, si tout va bien, au mois de décembre, dans un tout autre contexte. On en parlait tout à l’heure à table, ce n’est pas notre heure, pas notre histoire, de parler de retour, évidemment. Le décalage commence naturellement à se faire avec ceux qui se projettent déjà un peu vers le retour à la fin de cet été austral, tandis que notre histoire de TA70 n’en est qu’à ses débuts. On s’installe bien dans les lieux, dans nos missions, et on prépare au mieux l’hivernage à venir. Sur une belle initiative de mon collègue météo Michel, bien soutenu par Alain, un grand rangement de nos cartons de ballons et de sondes météo a eu lieu ce matin, suivi d’un rangement de nos rayons dans le « magasin général », où l’on stocke toutes sortes de choses plus ou moins utiles, parfois très peu utiles et qui auraient pu/dû être jetées il y a longtemps, mais « on est en Antarctique, ça peut servir ». On retrouve ce même mouvement chez nombre de camarades de la TA70 dans leurs ateliers/bureaux respectifs, on se met ainsi dans les meilleures conditions pour cette année 2020.

L’essentiel des photos proposées ont été prises dans cette journée du 9 janvier, où je me suis, sur ce point, rattrapé de ma quasi inactivité des jours précédents bien gris, et plutôt studieux. Les tâches de début de mois ont bien avancé, pas encore terminées, mais l’essentiel a été fait. C’est satisfaisant et ça va permettre d’avancer plus sereinement dans la suite de janvier. J’ai aimé retrouver la vue sur les rochers sous marins dans l’anse du Lion, juste sous le dortoir/42. Sur les dernières photos de soir proposées, on voit ce jeudi 9, pour la première fois j’ai l’impression, depuis notre arrivée ici, une bande un peu plus sombre sur l’horizon nord, il s’agit peut être de la pénombre des latitudes plus basses qui va inexorablement nous gagner dans les prochaines semaines : la nuit s’annonce, au loin ! Impression qui sera probablement renforcée par le temps perturbé annoncé pour le début de semaine prochaine, le retour de l’obscurité est un petit événement en soi, à suivre.

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05 janvier 2020

Une journée pas comme les autres

Ce début d’année 2020 fut assez tranquille sur la base, rythmé par l’accalmie progressive de la tempête qui nous a affecté le 31 et le 1er. Dans la continuité de cette grosse perturbation, le ciel est resté généralement bien gris, avec un vent modéré le 2, puis un vent calme depuis vendredi 3. Chacun a vaqué à ses occupations, une petite routine s’installant fort logiquement. J’avais évoqué le 1er au soir lors de notre petit briefing météo la possibilité d’avoir du brouillard, un phénomène rare ici (ça n’arrive pas tous les ans), vendredi ou samedi, avant le retour probable du soleil pour dimanche 5. En effet, avec la tombée du vent, et des conditions restant très humides, avec de petites chutes de neige tous les jours, le brouillard semblait possible pour la fin de semaine. Le modèle ciblait vendredi après-midi ou samedi. Finalement, le brouillard est arrivé… ce dimanche !

Ce dimanche fut donc une journée météorologiquement compliquée. J’étais déjà de service hier samedi 4, où j’ai guetté le brouillard, qui ne s’est pas montré, contrairement à la neige, comme les jours précédents.  J’envisageais plutôt sereinement une amélioration pour ce dimanche. En raison du beau temps attendu, un avion venant de Dome C/Concordia, la base franco-italienne située en altitude sur le continent était attendu, pour faire un aller-retour dans la journée. Pour ce faire, et bien préparer le vol, il me fallait commencer à envoyer des observations météo de DDU et du vent à la piste voisine de D10 dès 6h ce matin. En effet, les pilotes ont besoin de connaître le temps à destination 2 heures avant le décollage, pour préparer leur vol, puis on leur envoie un rapport détaillé du temps sur notre site toutes les heures, jusqu’à l’arrivée de l’avion, et même jusqu’au redécollage (l’avion ne reste jamais posé plus d’une heure à D10, en pratique), voire 1 ou 2 heures après, en cas de nécessité de rebrousser chemin.

Ces « journées aéronautiques » apportent une variété très intéressante mais parfois fatigantes à nos journées classiques de travail, surtout quand il faut commencer les rapports météo horaires à 3h du matin, ce qui arrive parfois. Donc, je me lève un peu avant 6h, attendant plutôt du beau temps, je me rends compte par la fenêtre de ma chambre que le ciel est gris, et bas, mauvaise surprise. Je me dirige vers le bureau météo pour envoyer, comme prévu, mon premier mail d’observations de la journée. Vers 7h, pour le second rapport, j’aperçois que la couche de stratus (nuages bien bas et gris) se déchire depuis le continent, et que ce mouvement semble gagner DDU. Je suis alors confiant pour la suite et j’élabore assez sereinement ma prévision du jour, maintenant un soleil assez largement présent, malgré quelques passages nuageux. Et effectivement, entre 7h15 et 8h45, le soleil perce bien, dévoilant la couche de stratus avec de jolis contrastes de couleurs, comme on le voit sur les photos jointes à ce billet, et comme on en voit rarement par ici, ces nuages n’étant pas fréquents, en tout cas pas en nappe uniforme et très basse comme cela.

Je prépare tranquillement mon lâcher de ballon, dans des conditions idéales, plutôt douces (-0,8°C) et avec 7km/h de vent, donc bien calmes. Au moment du lâcher, je m’aperçois que le vent continental bien sec qui avait poussé cette couche de stratus vers le large est tombé, et qu’un vent maritime a repris le dessus, que le ciel se recouvre… Une demi heure après, le brouillard tombe sur DDU, avec une visibilité d’environ 400-500m au plus épais (on parle de brouillard quand la visibilité tombe en dessous du kilomètre). Autant mes mails d’observation météo de 7h puis 8h étaient encourageants pour l’avion, autant dès celui de 9h, puis encore plus à 10h, le vol est suspendu, repoussé, en attendant une amélioration des conditions, encore envisagées avec peut être un peu de brassage lié au vent, qui est attendu.

Ce brassage et ce renforcement du vent n’aura finalement jamais eu lieu, le ciel restant couvert, bas (plafond à 200m, parfois plus bas) toute la journée. L’avion a ainsi été retardé 3 fois, avant de décider un report à un éventuel vol nocturne, qui pourrait se produire dans les prochaines heures. Côté météo, après une légère amélioration de la visibilité horizontale dans l’après-midi, on a terminé en beauté avec, juste avant le dîner, le retour d’une brume épaisse, limite brouillard, et surtout une chute de gros flocons qui nous a accompagné pendant tout le repas, pour me narguer définitivement, alors que le soleil perçait timidement la couche, au loin (voir la photo jointe, là aussi !), comme il avait déjà tenté de le faire en fin début, puis en fin de matinée. Ce qu’on appelle dans notre jargon de météorologues « les phénomènes de basses couches », très dépendants de conditions très locales, souvent micro-climatiques, le plus difficile à prévoir, en France ou ailleurs, ici.à plus forte raison, où la prévision reste un art encore un peu expérimental, bien que souvent gratifiant.

A l’heure où j’écris ces lignes (22h30), le suspense reste entier quant à la venue, en fin de nuit, de ce fameux avion, qui doit emporter vers Concordia deux sympathiques camarades de voyage, François et Jean-Louis, qui ne nous ont quasiment pas quittés depuis Roissy le 28 novembre, et qui ont installé à DDU un cielomètre, qui mesure le plafond nuageux, un instrument très intéressant et utile pour nous à Météo-France, même si cet installation se fait dans le cadre de leur propre programme de recherche. Nous avons donc un peu travaillé ensemble pour pouvoir bénéficier dans notre travail d’observation quotidien des mesures de leur instrument, et le résultat semble, jusqu’à présent, très satisfaisant ! Une belle collaboration et des échanges très sympas, qui resteront, et avec leur départ, malgré tout probable, et surtout souhaitable pour que les programmes scientifiques se fassent dans les délais impartis, c’est un nouveau marqueur du temps qui passe, puisque ça fera demain 1 mois que nous sommes sur la base, cette fois. Mais je parlais de suspense car, en regardant à ma fenêtre, le ciel semble gris et bien brumeux, je ne vais pas tarder à sortir pour aller analyser ça de plus près…

Une journée pas comme les autres, une journée de brouillard et de neige sous nuages bas à DDU, mais pour la grande majorité des adéliens, il s’agissait d’un agréable dimanche de repos, certes moins ensoleillé que prévu, mais que cette particularité météorologique n’a pas dû beaucoup troubler ! En tant que prévisionniste en poste, il y aura des jours meilleurs, mais sans doute météorologiquement moins curieux ! J’ai tout de même pu m’échapper une petite heure de la météo cet après-midi pour aller faire un petit tour sur l’île, notamment vers le Sud-Ouest, secteur du "mât iono", où je n’étais pas encore retourné. Il faudra y revenir par beau temps, s’il revient, car nous totalisons à peine 1h d’ensoleillement sur les 5 premiers jours de janvier, et c’était ce matin, dans la trouée ! En attendant, tout cela m’a quelque peu distrait de mes tâches de début de mois qui n’ont pas beaucoup avancé ce week-end, il va falloir accélérer cette semaine…. A bientôt !



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01 janvier 2020

Bonne année, depuis notre île retrouvée !

1er janvier 2020 : bonne année à tous ! Beaucoup d’agitation dans plusieurs sens du terme pour ce passage à l’année 2020 à DDU. D’abord, pas mal de préparatifs pour le réveillon hier soir, avec la participation de tous à divers niveaux, pour une soirée à nouveau très réussie. Nous nous sommes à nouveau régalés depuis le cocktail jusqu’à la fin du dîner, dans une ambiance joyeuse. Ensuite, nous avions préparé essentiellement sous l’impulsion de l’excellent maitre de cérémonie Nico Pabois (ancien hivernant TA66 et menuisier en campagne d’été), avec François (planétologue/climatologue en campagne d’été) à la guitare, finalement rejoints par mon technicien météo Alain, quelques morceaux de folk pour faire danser un peu pour le bal de la nouvelle année. Pabois connaît les danses et joue bien de sa cornemuse médiévale, François puis Alain accompagnent à la guitare, et de mon côté, j’ai rejoint le groupe avec un accompagnement batterie/tam tam, selon les 5-6 morceaux que nous avons travaillé depuis une semaine.

Sans avoir quasiment touché à une batterie depuis mon hivernage il y a 10 ans, je dois dire que j’ai retrouvé ma chère batterie en plutôt bon état, et avec des sensations qui ne m’avaient guère quitté. J’ai donc eu beaucoup de plaisir à jouer avec eux et à accompagner comme je pouvais le folk proposé. Pas mal d’adéliens se sont retrouvés sur la piste, sitôt le repas terminé, et la soirée était ainsi bien lancée ! A minuit, nous avons sorti les traditionnelles bouteilles et coupes de champagne, et on s’est souhaité les traditionnels voeux. Ça faisait quelque chose de se faire souhaiter par tous ceux qui vont nous quitter avec le retour du bateau dans quelques semaines, un « bon hivernage ». En basculant vers 2020, chacun se projette naturellement dans ce qui l’attend.

Même si ça n’occupe pas toutes nos discussions quotidiennes, on est forcément tourné vers cela, comme je l’ai déjà écrit récemment. Je nous ai souhaités à tous, camarades de la TA70, un bel hivernage et de beaux moments ensemble, dans les prochains mois. C’est un drole de sentiment de se diriger vers cet état très spécial de l’hivernage, tout en sachant déjà, en gros, ce que « ça fait ». Mais en fait, pas vraiment : avec un autre groupe, ce sera forcément différent, et peut être, probablement pour ce qui me concerne même, oserai-je, mieux ! Quelques minutes après avoir entamé 2020, j’ai tout de suite pris conscience que ça y est, notre tour venait. 2019 était évidemment l’année de la TA69 à DDU, 2020 sera la nôtre… Je suis très confiant à titre personnel, mais aussi collectif, car nous avons la chance de compter dans notre groupe, je crois, des cadres de grande qualité, pour passer une superbe année et surmonter les inévitables péripéties d’une telle mission. Bonne année et vive la TA70 !

L’agitation s’est aussi trouvée autour de nous, avec le passage de la tempête « Alain » à DDU, car nous baptisons également les tempêtes, et que nous avons préparé une liste de noms pour nommer les tempêtes, comme en métropole, en alternant prénoms masculins et féminins de personnes présentes sur la base, autant que faire se peut, car le ratio est hélas très déséquilibré. Cette première tempête a sévi particulièrement pour la Saint Sylvestre, avec un vent qui a culminé dans la matinée de mardi à 112km/h en moyenne, avec une rafale maximale mesurée à 175km/h à 10h40 locales (0h40 UTC). Il s’agit tout de même de la 4ème rafale la plus forte relevée en décembre à DDU depuis 1981 ! Le lâcher de ballon ce mardi matin a été mouvementé avec un crash du ballon au décollage par 53 noeuds de vent moyen (98km/h) avec des rafales à 140-150km/h, qui a provoqué un nouveau lâcher, réussi cette fois, avec un départ à l’horizontale. Une puissante tempête pour la période décembre-janvier traditionnellement un peu plus calme, qui a eu un effet attendu, spectaculaire : DDU est à nouveau quasiment une île, l’île des Pétrels ! 

En effet, nous avons assisté tout au long de ce 31 décembre à la quasi disparition de la banquise qui reliait encore, plus ou moins solidement certes, les différentes îles de l’archipel Pointe Géologie jusque là.  Il semblerait que les premières violentes rafales > 160km/h vers 4h du matin aient lancé le mouvement. A partir de là, régulièrement, on voyait la banquise se fissurer, puis des morceaux se détacher, et filer en mer. On peut en avoir une idée sur les photos proposées. D’un coup, on s’est retrouvé dans cet environnement maritime très particulier ici, car évidemment très minoritaire pendant l’année. Les violentes rafales à 140-160km/h qui se sont succédé toute la journée arrachaient des gerbes d’eau sur la surface océanique, dans un mouvement toujours très esthétique ! Un beau spectacle auquel je suis un peu sorti assister, derrière les bâtiments relativement abrités du vent violent, car une telle transformation de notre paysage immédiat, en si peu de temps, restera peut être un événement unique d’ici notre départ en décembre prochain…

J’ai essayé d’immortaliser un peu ce jour spécial à travers les différentes photos suivantes, notez la différence sur les deux panomariques distantes seulement d’1h30 (15h et 16h30), les plaques se glaces se détachaient alors vraiment à l’oeil nu, et dérivaient rapidement ensuite, poussées par le vent violent, emportant quelques manchots surpris, qui se précipitaient ensuite rapidement dans l’eau. Une Saint Sylvestre mémorable en tout cas, de grand spectacle de la Nature, avec l’effet du vent sur la mer, la débâcle, célébrée ensuite par notre belle soirée !

Avec ce passage à 2020, la mer à ma fenêtre, là où on la regardait encore « de loin », avec cette persistante trace de l’Aurora Australis, il y a à peine 24h, les choses ont nettement changé, on ouvre une page blanche, et on remet à dans quelques semaines, une douzaine si tout se passe assez vite et bien, les sorties sur la banquise. Je retrouve avec plaisir une sensation d’insularité qui a un charme tout particulier ici, même si elle est un peu abusive, car de la glace nous relie encore au continent antarctique par le sud, mais pour combien de temps ? Cette absence de possibilité de sorties banquise tombe bien, parce que dans les prochains jours, je vais être bien occupé avec les tâches de début de mois et d’année à effectuer, pour la première fois, ce qui va exiger une charge de travail particulière.

Je termine avec un petit coup d’oeil dans le rétro il y a exactement 10 ans, quand j’entamais 2010 sur cette même base, dans un état d’esprit différent, de fin de mission, ce qui me redonne une occasion de saluer ceux de la TA59 et de la TA60 qui étaient là avec moi, et dont on retrouve facilement trace en remontant les archives de ce blog. Jour après jour, je pense de moins en moins à vous, mais ces moments là aussi ont été, à leur façon, mémorable, et je ne les oublierai pas.

Encore une bonne année à tous, meilleurs voeux, et à bientôt depuis la Terre Adélie !


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28 décembre 2019

Un mois

Ce samedi 28 Décembre 2019, ça fait exactement un mois que je suis parti, comme une majorité de mes camarades de la TA70. Je me rappelle évidemment bien de ce jour très particulier, de notre premier rassemblement à Roissy, où l’on se redécouvrait, après le séminaire, en sachant qu’on ne se quitterait pas de sitôt. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire récemment sur la perception du temps qui passe, forcément spécialement, ici à DDU. Le fait d’habiter, de travailler ensemble, une densité incroyable. En un mois, on a eu le temps de faire connaissance, vraiment, en se liant naturellement davantage avec certains. Pour autant, cette période de campagne d’été, avec son rythme soutenu, bien qu’un peu allégé cette année, et ses contraintes, ne reflète pas nécessairement ce qui se passera durant le long hiver à venir.

On y pense tous un peu, je crois, fréquemment à ce moment où on se retrouvera dans ce moment de vérité si spécial, en comité restreint, avec un quotidien qui se calmera évidemment par rapport à la cadence soutenue de l’été. J’en parle certes en connaissance de cause, contrairement à la majorité de mes camarades TA70, mais on a passé un mois ensemble, et pas juste entre nous, et on mesure en même temps qu’il nous reste à peu près 11à 12 fois cette durée, dans des circonstances bien différentes, à vivre ensemble. Au coeur de l’hiver, pendant les successions de tempête qui nous maintiendront dans les bâtiments, à la lumière artificielle, durant de longues périodes. Quelle sera la vérité de ce groupe, de nos rapports ?

Le sujet m’intéresse bien davantage qu’il y a une dizaine d’années. Il ne m’inquiète, pour autant, pas du tout, j’ai toute confiance, a priori, dans ce groupe, et je suis très curieux de vivre ce qui va venir. Une première rupture va se produire dans les prochains jours : la période de beau temps globalement calme que nous avons connue, très majoritairement, depuis notre arrivée le 6 décembre, devrait connaître une vraie pause dans les prochains jours, avec en ligne de mire une tempête locale qui devrait nous faire passer à l’an 2020 dans des conditions qui ont fait la réputation de ce lieu : si les modèles météo se confirment, on pourrait ainsi atteindre, voire dépasser, les 150km/h pour la première fois de notre TA70 entre le 31 et le 1er.

C’est donc un premier mois qui s’achève, comprenant 8 jours de voyage à nul autre pareil, et 3 semaines, déjà, sur la base. 3 semaines dans ce pays de lumière, globalement si paisible, si ensoleillé, si beau. Pas du tout représentatif de l’année à venir (excepté pour la beauté…), mais on prend volontiers ! C’est ainsi que je m’apprête à ranger mon bermuda pour quelque temps, en espérant bien le ressortir en janvier lors d’autres belles journées ! Bien conscient du changement à venir, j’ai bien profité de l’extérieur ce samedi, encore largement ensoleillé. Et jeudi, je suis sorti sur la banquise, en compagnie de Régis et Alain, pour me dégourdir les pattes, aller faire quelques sondages de banquise sous l’autorité de notre chef (Régis), et passer derrière l’île le Mauguen, et Rostand. Un autre monde que la base, à seulement quelques petits kilomètres de nous, le long du glacier, du continent antarctique, merveilleux concentré de richesses ! Nous avons vu un phoque, un manchot empereur esseulé, quelques poussins de l’année isolés, beaucoup de manchots Adélie (voir photos associées…)

Nous sommes également passés tous les trois par la cabane Marret, où les premiers hivernants, sous la direction de Mario Marret, se sont installés dans les années 50, avant la construction définitive de la base Dumont d’Urville. Cette petite cabane, habitée par l’Histoire de nos grands anciens, est un lieu important à DDU, qui est malheureusement menacé d’effondrement, depuis que la neige a décidé de la recouvrir ces derniers hivers. En effet, en 2009, elle n’était pas du tout menacée, et nous y avions même fait quelques repas d’hivernage, fondues mémorables sous les portraits des anciens, certains y dormaient même… Une autre époque, maintenant que l’accès y est généralement interdit, pour des raisons de sécurité. Heureusement, cet été, des premiers travaux de renforcement de la structure y sont entrepris, en espérant qu’on les poursuive le plus possible, ça paraît impensable de risquer de perdre un tel trésor historique.

J’aurai sans doute l’occasion d’y revenir dans les prochaines semaines, notamment lorsque la neige reviendra sur la base, et que les congères se reformeront (on est encore en pleine période de fonte, découvrant chaque jour davantage de rochers autour des bâtiments), mais un sujet qui m’intrigue vraiment depuis mon arrivée est la rotation des vents dominants à DDU. Ça se voit très clairement à l’orientation qu’ont prises les congères de l’hiver passé, dont les traces sont encore largement visibles, par rapport à « mon époque » (2009) : elles se sont légèrement décalées, tout comme les vents dominants, ce qu’attestent les relevés météo. Du coup, on retrouve de la neige là où il n’y en avait pas (beaucoup), et vice versa, et ce qui arrive à la cabane Marret est peut être le résultat de ce changement, dont j’aimerais bien pouvoir trouver une explication : décalage de la langue glaciaire, qui canaliserait ainsi le vent de très basses couches sur un axe différent ? A suivre, si je trouve une explication…

Ces réflexions m’ont pas mal occupé lors de ces premières semaines sur la base, mais je peux dire que j’en ai tout de même bien profité, et que nous avons surtout pris nos marques, ce qui est bien le principal ! En cette fin décembre, le solstice d’été est passé, et on sait qu’on a commencé à basculer de l’autre côté, que l’on va sortir du jour polaire dans quelques jours, puis que la nuit reviendra dans quelques semaines, nous conduisant à l’hiver… Tout nous y mène. Les nuages reviennent ce samedi soir sur DDU, annonçant le temps perturbé de ces prochains jours…



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En haut du mât...

Ce vendredi 27, encordé et assuré par mon collègue technicien météo Alain, j’ai pu monter au sommet de notre mât anémométrique, où se trouve donc l’instrument de mesure le plus emblématique de notre station météo ! Demi-seconde par demi-seconde, direction et force du vent sont mesurés en permanence, à 10m au dessus du sol, pour répondre aux normes de mesure de l’Organisation Mondiale de la Météorologie. On s’affranchit ainsi de l’effet un peu aléatoire des frottements du sol, et c’est cette mesure de vent qui peut être intégrée aux modèles météo, et comparée à nos prévisions. Chaque fois que je communique des valeurs de vent sur ce blog, il s’agit des relevés de l’anémomètre à ultrasons situé au sommet de ce mât. J’ai voulu y monter pour le voir de près, mais aussi pour avoir une vue un peu plus aérienne de la base, que ce qu’on voit du sol. Voici le résultat, grosso modo dans les 4 directions cardinales, même si j’ai focalisé côté base et vers l’Antarctique…

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