Itinéraires polaires

16 janvier 2022

L'irruption volcanique

Avant toute chose, une bonne année 2022 aux éventuels lecteurs de ce blog un peu abandonné. Peut être qu'il le sera un peu moins cette année, car je commence à ressentir un peu plus le besoin d'écrire, pour partager quelques réflexions et témoigner de la marche de ce monde complexe et tourmenté.

Finalement, c'est un événement survenu hier samedi 15 janvier 2022, à 04h10TU (5h10 heure de France) à l'autre bout du monde, qui me donne l'occasion de reprendre ma plume numérique : la violente éruption du volcan Hunga Tonga Hunga Ha’apei dans l'archipel des Tonga, Pacifique Sud. Un événement aussi difficilement prévisible que spectaculaire, que j'ai d'abord découvert sur Twitter hier matin, lors d'une vacation à Météo-France. En effet, les images du satellite météo japonais Himawari qui couvre cette zone sont d'un genre que je n'ai pas souvenir d'avoir déjà vu. On passe en moins d'une heure d'un ciel assez dégagé et d'un temps calme, à un gros "champignon" de 400km de diamètre !

Lors de ma pause déjeuner, après en avoir vu d'autres, souvent moins zoomées, j'ai pris un peu de temps pour créer une petite animation satellite specifique pour garder en mémoire l'événement que j'ai tweetée en répondant à mon collègue et ami Etienne Kapikian :

Ce qui est incroyable, c'est à quel point on visualise bien l'onde de choc émise par la violence de l'éruption, et sa propagation rapide dans toutes les directions autour du site de l'éruption. Une alerte au tsunami a été émise sur tous les rivages du Pacifique, de l'Australie au Japon aux côtes américaines, et le tsunami a été significatif aux îles des Tonga voisines, comme on peut le voir dans le tweet ci-dessous :

A l'heure où j'écris ces lignes, 36h après l'événement, pas de dévastation comparable à des épisodes de tsunamis précédents, et l'éruption s'est produite sur une île inhabitée qui a d'ailleurs partiellement été engloutie depuis. Les communications sont cependant difficiles avec la zone, donc j'espère que les pluies de cendres, voire de cailloux (!) reportées n'ont pas fait trop de dégâts... En tout cas, un épisode vraiment spectaculaire sur nos images satellite si familières, comme je n'en ai pas souvenir.

Vient maintenant le moment de passer de l'éruption volcanique à l'irruption volcanique, pour justifier le titre. Tout d'abord, comme je ne l'avais pas anticipé, dans les heures qui ont suivi, l'onde de choc a traversé des centaines, puis des milliers de kilomètres, et a fait réagir les baromètres d'innombrables (toutes ?) stations météorologiques du monde, incluant les miennes (Penta di Casinca, Corse et Dawson City, Yukon, Canada) ou celles qui me sont chères (Dumont d'Urville, Terre Adélie), comme on peut le voir sur les graphes ci-dessous :

OndeChocHungaTonga

L'irruption soudaine de cet événement planétaire sur les baromètres du monde entier a suivi la vitesse de propagation du son, en gros, dans l'atmosphère, soit environ 1200km/h : sur les trois lieux/stations ci-dessus, elle a d'abord été enregistrée à DDU, en Antarctique, dans le même hémisphère, vers 19h30 locales, soit 9h30TU, donc environ 5h30 après l'éruption.Quelques heures plus tard, c'est sur le baromètre de la station de Dawson City, au Yukon, où elle est passée vers 5h locales, 13hTU, soit près de 9h après l'éruption. Enfin, dans la soirée d'hier, vers 21h locales, soit 20hTU, près de 16h après l'événement, sur mon baromètre de Penta di Casinca, où le saut de pression a été d'environ 1,5hPa, à peu près comme à Dawson ou DDU.

L'irruption barométrique étant très nette, et généralisée, on peut parler d'un (petit, en terme de conséquences) événement météorologique, mais quand on connaît un peu le climat de notre chère Terre, et l'histoire, on sait que l'impact d'éruptions volcaniques peut surtout être d'ordre climatique, en refroidissant, temporairement, la planète ! La question que je me suis ainsi, comme beaucoup, posée, fut donc la suivante : peut-on donc s'attendre à une irruption climatique du volcan des Tonga dans les prochains mois ?

Pour cela, il faut estimer la quantité de dioxyde de soufre (SO2) relâchée par le volcan dans l'atmosphère terrestre, qui peut effectivement avoir un vrai effet rafraîchissant. D'après les premières estimations, les quantités expulsées dans l'atmosphère seraient de l'ordre de 400 kilotonnes de SO2, soit environ 40 fois moins que ce qui avait été relâché dans l'atmosphère lors de l'éruption du Pinatubo, volcan philippin qui, lors de son éruption de 1991, avait provoqué un refroidissement planétaire d'environ 0,5°C durant les quelques années suivantes, avant que cet effet se dissipe totalement, quand toutes les particules étaient retombées au sol.

L'activité volcanique n'étant pas un sujet que je suis, j'ai un peu creusé le sujet, et l'événement d'hier matin n'est en réalité que la poursuite du réveil du volcan qui a eu lieu le 20 décembre 2021 et qui a duré jusqu'au 5 janvier, avant de reprendre le 13 janvier, débouchant sur cette explosion du 15 janvier, qui fut largement  l'événement le plus puissant depuis le réveil du volcan le mois dernier. Comme on le voit, l'éruption n'est peut être pas terminée, et du coup s'il y avait d'autres phases très actives à venir, la quantité de SO2 expulsée pourrait bien augmenter, ce qui pourrait alors, mais seulement alors, avoir un impact climatique global significatif. En attendant, l'île qu'avait formé l'émergence de ce volcan sous marin depuis une dizaine d'année semble maintenant quasiment engloutie, et le volcan est ainsi devenu (provisoirement ?) à nouveau sous marin :

EvolutionsHungaTonga

La réflexion de fond qui s'impose à moi est la suivante : ne peut on espérer que des éruptions volcaniques majeures, à partir de maintenant, pour freiner, stopper temporairement, le réchauffement climatique ? Faut il compter sur des irruptions volcaniques éruptives ? Si on en est là, comme je suis parfois tenté de l'être, ce qu'il n'y a pas grand chose à espérer d'autre, sur le fond... L'année 2021 a été à nouveau marquée d'événements spectaculaires, le pire étant ce record hallucinant au Canada, que j'ai évoqué précédemment sur ce blog, fin juin, avec près de 50°C. 

Il y a 3 jours, le 13 janvier 2022, le record de chaleur de l'hémisphère Sud a été égalé en Australie, avec 50,7°C relevés à Onslow, ce qui égale le record du pays, et de tout l'hémisphère austral, relevé en 1960. Le 14 janvier, lors d'une forte canicule en Amérique du Sud, on a relevé 44,0°C à Florida, ce qui égale le record de chaleur d'Uruguay de 1943. Tandis qu'on avait débuté l'année en fanfare, avec 45,6°C relevés à Sombrero Hovy le 1er janvier, établissant le nouveau record de chaleur du Paraguay. Le réchauffement climatique (et ses manifestations infernales) est donc en pleine forme dans l'été austral en ce début 2022, ce qui n'augure encore une fois rien de bon pour notre été boréal à venir, dans quelques mois... Sauf si l'éruption tongienne (ou une autre) se poursuit de plus belle, limitant la poussée de fièvre... ? Pour cette année, deux/trois dans le meilleur de cas...

La situation semble déjà relativement hors de contrôle, les débats autour de l'élection présidentielle à venir en avril ne parlent absolument pas du réchauffement climatique, l'irruption volcanique est peut être la meilleure option disponible, tout de suite, pour cette année. Pas brillant...

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29 novembre 2021

1 an après

Cela fait des mois que je n'ai pas pris le temps d'écrire sur ce blog. J'y ai cependant parfois pensé, principalement pour réagir à l'actualité météo tristement riche de cette année 2021. Mais ce blog, que j'associe à l'évasion, au voyage, cadre mal avec la reprise d'une vie "normale", plus banale. Il y a quelques dates qui restent après le voyage en Terre Adélie, les dates de départ, de retour, notamment. Pour mon premier hivernage, c'est notamment le 18 décembre 2008, quand j'ai découvert la Terre Adélie, mais aussi le départ de DDU, le 23 janvier 2010. Pour ce second hivernage, bien sûr le départ, le 28 novembre 2019, mais aussi le retour, avec la date du 19 novembre 2020 où j'ai quitté DDU, puis le retour en métropole il y a tout juste un an, le 29 novembre 2020.

L'écho est particulier car sitôt atterri à Roissy il y a un an, après un court passage par mon appartement de Vincennes, en plein confinement, je suis reparti à Orly pour filer... là où j'écris ces lignes, en Corse bien sûr, ce cher village de Penta di Casinca. Première impression : ça passe globamement vite, un an. Seconde impression : c'était évidemment une année assez différente d'avant, et l'hivernage n'y est cette fois pas pour grand chose. Je parle bien sûr du contexte sanitaire qui a été, sans trop surprise, très présent et parfois pesant toute cette année. On finit d'ailleurs l'année avec une cinquième vague de Covid, fort heureusement pas trop meurtrière, jusqu'ici, grâce à la vaccination massive, mais tout de même, on reste dans cette ambiance.

La Terre Adélie et Dumont d'Urville restent présents dans mon quotidien, je n'y pense pas forcément tous les jours, mais grâce à la station Infoclimat que je contrôle régulièrement, et à la webcam que j'y ai laissée, j'ai bien suivi l'actualité météo de la base. Avec en plus quelques échanges qui ont parsemé l'année avec les collègues de la TA71, et même une petite présentation d'une demi heure que j'ai donnée aux chefs de service de Météo-France, qui m'a permis de me replonger de façon assez exhaustive dans toutes mes archives photos et vidéos, on peut dire que je reste proche de DDU. Je suis encore en contact assez fréquent avec notre DISTA, Régis, et nous évoquons souvent les sujets polaires, la Terre Adélie...

J'ai formé en météorologie polaire les collègues météo de la TA72, qui terminent en ce moment leur quatorzaine stricte en hôtel à Hobart, avant d'embarquer dans quelques jours sur la rotation R1 de l'Astrolabe. Je suis particulièrement en contact avec le technicien exploitant, Emmanuel, qui prendra bien soin de la station Infoclimat. Je suis content de pouvoir conserver ce lien avec les collègues qui partent là bas, en attendant la formation de ceux de la TA73 dans quelques mois, ça me fait toujours rêver, vu d'ici. 

En tout cas, le mois de novembre 2021 a vu un sacré bouleversement du paysage autour de la base, là bas, avec le vêlage massif du glacier de l'Astrolabe, dont un gros bout, à l'extrémité s'est détaché, ce qui devrait permettre de retrouver la vue vers la mer à l'est de la base, que j'avais vue en 2009, mais pas l'an passé, la langue glaciaire s'étendant assez au large, vers le nord-est. Davantage d'informations sur cette page du blog toujours intéressant, tenu par le DISTA : http://terreadelie-antarctique.blogspot.com/2021/11/velage-massif-du-glacier-de-lastrolabe.html

Pour finir, une photo du jour prise depuis le jardin ici à Penta, où j'ai travaillé une partie de la journée avec la vue sur l'île d'Elbe et les côtes italiennes, entre ombre et lumière vers 16h30, avec une clarté remarquable, lors de cette froide journée d'hiver (3,2°C de minimale et 8,1°C de maximale) :

elbe29nov2021

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30 juin 2021

49,6°C au Canada !

Une canicule historique, d'une intensité hallucinante, vient de se produire sur le nord-ouest des Etats-Unis et le sud-ouest du Canada. Jusqu'au week-end dernier, le record de chaleur du Canada était de 45,0°C, relevés dans la province de la Saskatchewan le 5 juillet 1937.

La semaine dernière, les modèles de prévision météo indiquaient qu'une forte canicule concernerait dès le week-end ces régions de l'ouest de l'Amérique du Nord, à cause de la présence d'un dôme de chaleur particulièrement massif et bouillant. Ces prévisions très pessimistes, émises presqu'une semaine en avance, se sont malheureusement traduites dans la réalité.

Dimanche 27 juin, le village de Lytton, en Colombie-Britannique, situé à une centaine de km au nord-ouest de Vancouver dans une vallée encaissée, à environ 200m d'altitude, a enregistré 46,6°C, dépassant déjà très nettement l'ancien record du Canada. Lundi 28 juin, la canicule s'est amplifiée et on a enregistré au même endroit 47,9°C, soit une amélioration de près de 3°C de l'ancien record du Canada ! 

C'était déjà hallucinant, à Météo-France nous avons commencé dès lundi à répondre à des demandes d'interviews sur ce sujet brûlant, si je puis dire. Les prévisions indiquaient une possibilite d'améliorer encore ce terrible record dans la journée de mardi. 

Mardi 29 juin 2021, date d'ores et déjà historique, la station météorologique de Lytton, une station de mesure de référence pour la météo canadienne, a mesuré une température maximale de 49,6°C !!

Lytton29juin21

Carte issue de l'excellent site Infoclimat.fr, cliquez pour agrandir

Cela signifie que l'ancien record de tout le Canada, qui datait de juillet 1937, a été battu de 4,6°C ! C'est à proprement parler hallucinant, irréel. 

Bien évidemment, on se focalise sur cette valeur extrême et emblématique, mais toutes les villes du coin ont également battu leur propre record de température, tous mois confondus, également du côté américain, avec par exemple un extraordinaire 46,7°C à Portland, Oregon (ancien record 41,7°C), ou encore une valeur de 43,3°C à Quillayute, dans l'état de Washington, au bord de l'océan Pacifique, où l'ancien record était de 37,2°C en août 1999. Un record battu de 6°C, c'est tout simplement sensationnel.

En réalité, les mots manquent face à l'ampleur d'une catastrophe climatique pareille, car il faut bien nommer les choses, et j'ai osé utiliser dans une interview à bfmtv.com l'adjectif de "biblique" face à la démesure d'un tel phénomène. Un événement qui, dans un climat stable non modifié par nos activités depuis 150 ans, se produirait tous les 5000 ans ou quelque chose comme ça, tellement c'est improbable, qui remonterait ainsi à des temps quasi immémoriaux. 

 

Je n'aime pas trop réagir au jour le jour à l'actualité météorologique sur mon compte Twitter, sur lequel je préfère partager de jolis timelapses de mes webcams, ou des choses plus apaisantes en général, en lien avec la nature ou la météo. Mais difficile, voire coupable, de ne pas réagir à cet événement littéralement incroyable, que je n'aurais pas imaginé connaître de mon vivant. Le record de chaleur de Lytton est ainsi maintenant quasiment au niveau de celui de Phoenix (50,0°C), dans le désert de l'Arizona, 2500km plus au sud...

Sur mon compte Twitter, difficile de résister à une projection un peu égoïste pour notre douce France : jusqu'à présent, j'avais quand même du mal à croire  aux quelques études parues ces dernières années, qui indiquaient qu'on pourrait relever 50°C en France durant ce 21ème siècle. Fin juin 2019, quasiment 2 ans jour pour jour auparavant, la France avait établi son nouveau record de chaleur, avec dans le réseau Météo-France secondaire officiel, une valeur de 46,0°C relevée à Vérargues, dans l'Hérault, qui battait d'environ 2°C l'ancien record de 44,1°C d'août 2003. Déjà, à l'époque, j'avais été marqué par ce saut de quasiment 2 degrés, en réalité bien modeste comparé à ce que l'ouest nord-américain vient de vivre !

Des choses qui paraissaient impossibles deviennent ainsi climatiquement possibles, et je crois maintenant à la possibilité de connaître, peut être 50°C en France de mon vivant. Il est donc urgent d'agir et de changer profondément nos pratiques, bousculer le politique, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas... Comme je le faisais remarquer à ma mère tout à l'heure, il est trop tard pour tout sauver, il y aura des dégâts, importants, des drames. Mais il est toujours temps d'en éviter davantage !

Ajout le 1er juillet 2021 : depuis la rédaction de ce billet il y a 24 heures à peine, un violent incendie s'est déclenché juste à côté du village de Lytton, et le vent a propagé les flammes très rapidement, le village a été évacué, et ce jeudi 1er juillet, une photo prise par les pompiers dans la rue principale permet de constater avant/après : selon le député local, 90% des habitations de cette localité certes modeste (250 habitants) ont été détruits.

Lyttonfeu1erjuillet

Difficile de ne pas y voir une sorte de version de l'apocalypse, l'enfer sur Terre en quelque sorte, avec quelques heures après quasiment 50°C à l'ombre, les flammes qui détruisent un village. "Biblique", je disais un peu plus haut... Une pensée pour ceux qui ont beaucoup perdu dans cette nouvelle catastrophe climatique, clairement aggravée par le réchauffement climatique.

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Midwinter TA70, an 2

Comme je l'avais également organisé en juin 2010, au retour de mon premier hivernage à DDU avec la TA59, j'ai invité mes camarades de la TA70 à des retrouvailles proches du solstice, durant le week-end du 19-20 juin dans mon beau village corse de Penta di Casinca.

TA70penta

 

L'invitation a encore mieux marché qu'il y a 11 ans, puisque nous étions cette fois plus de la majorité de la mission, soit 14 sur 24 ! Certains auraient voulu mais n'ont pas pu se déplacer, et je salue encore ceux qui, ne pouvant pas prendre de jours au delà du week-end, sont arrivés vendredi soir, pour repartir dès dimanche après le déjeuner. Nous avons envoyé cette photo et un petit mail aux successeurs de la TA71 actuellement sur base pour leur souhaiter une joyeuse Midwinter et une belle seconde partie d'hivernage. 

La forte présence de la mission démontre une fois de plus, s'il en était besoin, que nous avons eu une cohésion assez exceptionnelle, qui nous a permis de passer cette année 2020 dans des conditions aussi bonnes que possible. Les liens sont encore forts entre la plupart d'entre nous, et je pense que, comme avec ma TA59, dont je revois les membres les plus proches certes un peu moins souvent, ils demeureront longtemps. Elle est là, la grande richesse de cette expérience.

Les premiers étaient arrivés le jeudi après-midi, les derniers sont repartis le lundi soir, il m'a bien fallu quelques jours au calme, au village, pour me remettre de l'intensité de nos retrouvailles, qui nous ont, bien évidemment, totalement replongés dans la vie adélienne... J'étais ensuite d'attaque pour reprendre le boulot cette semaine, mais pas vraiment prêt pour l'événement climatique incroyable que nous venons de vivre... que je vais détailler dans le billet suivant !

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31 mars 2021

Reprise dans la chaleur... de mars !

Deux mois plus tard, me revoici sur le blog, auquel je pense encore assez souvent. J'ai achevé ma période de congés en Corse, où j'ai passé un excellent mois de février, avec de superbes spectacles de sable saharien dans le ciel, que l'on peut retrouver sur mon compte Twitter, et dont voici un exemple, avec une belle mer de nuages, le 7 février :

SabcorJe me suis donc régalé de cette belle vue pendant 2 gros mois pour débuter l'année 2021. Mi-mars, il a bien fallu mettre un terme à cette belle période de retour, parfaite pour se rédapter à un monde non-adélien. Le poids du Covid étant heureusement très limite en ce début d'année en Corse, c'était bien détendu de ce côté là.

Néanmoins, rentré à la mi-mars dans mon appartement de Vincennes, j'ai tout de suite repris pied dans la réalité Covid, avec port du masque quotidien et partout, beaucoup plus d'interactions sociales, ne serait-ce qu'au boulot, en dépit du télétravail tout de même largement déployé à Météo-France. C'est cependant moins le cas dans mon service, avec des tâches qui s'y prêtent moins.

J'ai cependant retrouvé avec un grand plaisir mes collègues après quasiment un an et demi, puisque j'avais arrêté de travailler dans cette unité Médias en septembre 2019. L'ambiance y est toujours très sympathique et agréable. Ma seule incertitude concernait le tâches elles-mêmes : aurais-je oublié certaines choses ? Pour l'essentiel, je n'étais certes pas inquiet. Après 8 ans dans ce service, les automatismes sont évidemment bien là, et profonds.

Tout est revenu très vite, et après à peine deux semaines de reprise, j'ai l'impression d'être revenu à mon poste de l'unité Médias depuis des mois ! Ce qui renforce nettement l'impression de parenthèse enchantée, de "long rêve" que constitue l'expérience adélienne. Je me réveille, comme avant, quasiment exactement. Mais je ressens encore les immenses bénéfices de cette belle respiration dont j'ai pu bénéficier en 2020 : je reviens sur mon poste d'avant avec un certain appétit, une envie, qui m'avaient quitté.

En tout cas, niveau météo, il n'a pas fallu attendre longtemps après mon retour pour vivre quelque chose d'exceptionnel : la chaleur précoce de ces derniers jours de mars est inédite, au nord de la France ! Ce mercredi 31 mars 2021, la station de référence de Paris-Montsouris a enregistré une température maximale de 26,0°C ! A l'image d'innombrables autres stations du nord du pays, c'est du jamais vu. Il a également fait localement jusqu'à 27°C en Allemagne, jamais arrivé en mars.

Tx31mars2021

 

Carte des températures maximales du 31 mars 2021. Source : infoclimat.fr

De nombreux records avaient déjà été battus hier, et ont été améliorés aujourd'hui.  L'été en mars... Un rêve ? Non : le cauchemar climatique qui prend petit à petit forme. Je n'oublie pas que peu de temps avant mon départ pour DDU, en juillet 2019, Paris-Montsouris avait relevé la température hallucinante, totalement inédite, de 42,6°C, autre facette du cauchemar climatique. Comme le rappelle mon collègue et ami François Jobard, la dernière fois qu'on a battu un record mensuel de froid, à Paris, c'était en... 1956 (février) !

Ce contexte général peu rejouissant, évidemment agrémenté par la flambée Covid de ce début de printemps, donnent à ce retour un goût très mitigé, à des années-lumière de la sérénité adélienne... Mais je ne suis vraiment pas à plaindre, globalement, je prends les jours les uns après les autres, je pense surtout à tous ceux qui sont moins chanceux que moi.

 

 

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30 janvier 2021

La TA70 est morte, vive la TA70 !

Le mois de janvier a vite filé, et il signe la fin de notre TA70, du moins de sa présence effective sur la base, puisqu'on achève le mois avec le départ de la quatrième rotation, R3, qui emporte le dernier de mes co-hivernants. Etrangement, ça a plutôt résonné en moi, ça a accéléré le bouclage de mon rapport de mission, qui avait (trop) traîné jusque là, et je me sens depuis ces derniers jours plus distant de DDU. La page est donc tournée, et je souhaite aux collègues de la TA71 une superbe année, un bel hivernage, qui débutera dans quelques petites semaines maintenant.

Notre TA70 a disparu de son lieu de mission, mais elle est, en revanche, bel et bien vivante, à travers le groupe WhatsApp qui réunit une large majorité de notre groupe, et qui est actif, avec plusieurs messages échangés chaque jour. La TA70 est morte, vive la TA70 ! C'est un beau symbole de voir ce groupe d'échanges bien vivant quelques semaines après notre retour dans "le monde réel".  Je pense que cela continue de traduire la belle cohésion de notre groupe. Bien que nous soyons physiquement séparés (même si certains se sont apparemment déjà vus en petis groupes !), le lien perdure. On n'évacue pas facilement une année aussi riche, difficile de passer rapidement à autre chose.

Chose amusante, en ce début d'année 2021, j'ai aussi un certain nombre d'échanges, par mail cette fois, avec un certain nombre de mes camarades et amis de la TA59, une autre petite communauté encore bien vivante elle aussi, onze ans plus tard ! Comme je l'espérais, avec un peu de recul maintenant, les deux expériences ne se comparent pas : elles s'ajoutent. Je crois déjà avoir eu l'occasion de l'écrire sur ce blog quand j'étais là bas, l'an passé, mais je suis plus riche de ces deux expériences.

Personnellement, ce début d'année est assez paisible : après une dizaine de jours à Quiberon pour Noël, que nous avons pu passer en famille là bas pour la première fois tous ensemble, et un jour de l'an où j'ai pu voir quelques amis historiques à Paris, je suis revenu à Penta, au village, où ces périodes de crise sanitaire sont tout de même beaucoup plus faciles à supporter. Je me régale des beaux paysages, notamment au lever de soleil, dont je donne quelques exemples joints à ce billet, je fais de l'entretien de mon matériel météo, que j'ai en partie rénové, et je travaille souvent au jardin, où je m'emploie à nettoyer des recoins peu entretenus ces dernières années, tout au fond, en bas.

A ce stade, deux mois exactement après être rentré en métropole, j'ai pleinement digéré l'expérience adélienne, je crois, et je ne serai pas mécontent, dans quelques semaines, de retrouver le chemin du travail, même si cela signifie aussi le fait de devoir rentrer vers Paris... Mais vraiment, je n'ai pas à me plaindre, comparé aux difficultés que traversent certains dans cette période difficile...

D'un point de vue météorologique, notons que la journée de ce vendredi 29 janvier 2021 fut particulière, puisque j'ai relevé une température maximale de 20,3°C à ma station météorologique du village. C'est un nouveau record de douceur pour un mois de janvier, depuis que j'ai installé la station en 2004, battant les 20,1°C relevés le 11 janvier 2015. La sensation de douceur était vraiment particulière, j'ai pu couper le chauffage et j'ai gagné quelques degrés dans la maison en aérant simplement au maximum !

C'est une ambiance bien différente de celle de DDU. Je garde quand même un oeil sur les conditions là bas, grâce à la station que j'y ai installée pour Infoclilmat, et aussi la webcam qui envoie quelques images par jour, le tout étant accessible par ce lien : https://www.infoclimat.fr/observations-meteo/temps-reel/dumont-d-urville-terre-adelie/00DDU.html  La douceur a atteint un niveau remarquable, sans être record, en ce mois de janvier adélien, avec 7,0°C le 19 janvier, valeur pas atteinte tous les ans, nous qui avions plafonné à 5,0°C l'été dernier... 

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06 décembre 2020

Atterrissage

Nous voici le dimanche 6 décembre 2020. Cela fait exactement une semaine que je suis rentré en France. Et c'était il y a exactement un an que nous arrivions à Dumont d'Urville pour cette belle aventure. Le 6 décembre rejoint ainsi le 18 décembre au panthéon des dates de mon histoire personnelle : une arrivée pour un hivernage en Antarctique reste un événement rare. Le décalage est naturellement immense avec ce que nous avons vécu il y a 1 an. Encore plus, pour ceux qui, comme moi, sont déjà rentrés en métropole.

C'est une drôle de semaine que je viens de vivre. Dimanche soir dernier, 29 novembre, j'ai finalement atterri à l'aéroport de Bastia-Poretta, ce qui a mis fin à un bien long voyage, qui a duré près de 48 heures, après le départ de l'Astrolabe samedi matin, heure d'Hobart. Une première fin du voyage a eu lieu à Roissy, dimanche 29 vers 13h, quand notre groupe d'hivernants voyageurs s'est séparé, avec beaucoup moins d'émotions que lors de notre véritable séparation au séjour de DDU, le jeudi 19 après déjeuner, entre les partants et les restants. La lassitude du long voyage était sans doute passée par là, la fatigue aussi, bien sûr.

J'ai choisi de rentrer directement en Corse pour y trouver l'espace, le calme, les plus adaptés à une réacclimatation efficace. Je suis arrivé au bout de la fatigue dimanche vers 22h dans cette chère maison du village de Penta. Depuis je m'y repose, et je digère l'année si riche qui vient de passer. Cela amortit grandement le choc du retour aussi rapide, dans ce monde masqué, qu est assez brutal, sans surprise. Les 48 premières heures ont été un peu confuses à cause de cela, et du décalage horaire bien sûr, dont il a bien fallu 3-4 jours pour me remettre véritablement.

J'ai la chance d'être ici devant cette vue qui m'émerveille depuis toujours, et j'ai passé cette semaine un temps certain à contempler les cieux qui n'ont pas été avares de beaux tableaux, dont je propose un petit échantillon joint à ce billet. Je me suis doucement remis à faire quelques travaux d'entretien du jardin, qui en a bien besoin, et je me reconnecte petit à petit à l'actualité, brûlante, de la France de cette fin 2020, parce que j'ai besoin de comprendre ce qui se passe dans ce monde tourmenté.

Quant à DDU, eh bien, cela s'est imposé comme une évidence ces derniers jours : j'ai besoin de couper, de m'en détacher, de ne plus trop y penser. Cela se fait assez naturellement, mais tant qu'un certain nombre d'entre nous, de notre TA70, se trouve encore sur place, j'y pense un peu chaque jour, à ce qu'ils vivent, de certainement bien différent du reste de l'année. Je pense à la petite dizaine qui se prépare à son tour à quitter DDU, et à monter sur l'Astrolabe qui fait à nouveau route vers la base en ce moment, dans quelques jours.

De façon plus pratique, il faut que je rédige mon rapport de fin de mission, une synthèse de mon activité professionnelle de cette année 2020, en tant que chef de station météo : c'est mon objectif prioritaire de la semaine qui démarre. Cela va m'obliger à me replonger dans tous ces souvenirs, sous un angle certes professionnel, mais professionnel et personnel sont tellement liés lors d'un hivernage, ce n'est pas pour rien qu'on considère que l'on ne prend pas de congés pendant un an, et que tout est rattrapé au retour, pendant environ 3 mois.

J'ai eu le plaisir de reparler au téléphone à la plupart de mes amis durant cette semaine, on espère se revoir prochainement, mais dans ce contexte Covid un peu incertain, il est difficile de faire des prévisions. J'espère aussi passer la période de Noël en famille, à Quiberon. A suivre... 

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26 novembre 2020

Fin de la traversée et arrivée à Hobart

 

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Nous voici donc arrivés à Hobart depuis hier mercredi en fin de journée, sous un soleil radieux et par une température estivale de 25°C, un air incroyablement chaud quand on revient d'hivernage en Antarctique.

Je souhaiterais commencer par remercier tous ceux qui ont envoyé des messages ou commenté les billets précédents, cela a été un plaisir de partager cette seconde expérience adélienne avec l'extérieur, toujours aussi riche, et dense. J'aime autant écrire pour pouvoir me replonger moi-même dans cette ambiance dans le futur, que partager cela avec le plus grand nombre. 

Nécessairement, la fréquence des billets, et probablement leur intérêt, comparativement à la période adélienne, vont décroiître maintenant. Comme en 2010, lors de mon premier retour. Mais comme en 2010, je ne suis pas à l'abri d'une prochaine aventure probablement digne d'intérêt et donc, de partage, même si cela doit prendre encore quelques années.

Je termine par un récit de ces derniers jours. Suite à mon message de blog forcément envoyé un peu dans l'urgence après l'annonce de notre départ légèrement anticipé, je suis allé terminer de ranger et nettoyer ma chambre, puis j'ai rejoint tout le monde au séjour. Tous les hivernants de notre TA70 y étaient rassemblés, et les au-revoir entre nous, les 11 partants, et les 13 restants, ont été émouvants, chaleureux. Avec la perspective joyeuse de nous revoir sous d'autres latitudes, chose sur laquelle j'ai tenté d'insister auprès de ceux que nous avons quitté.

J'ai pris le dernier hélicoptère de passagers avec Régis, Malik et Pascal (chef centrale) pour un très court vol jusqu'à l'Astrolabe à 2km environ au nord-est de la base, puis à bord nous avons regardé depuis le bateau le petit groupe d'une dizaine d'hivernants qui était venu nous voir depuis la piste du Lion, au plus proche du navire.

Ensuite, j'ai dîné à bord jeudi puis suis vite remonté sur le pont en haut pour voir DDU lentement mais sûrement s'éloigner de nous par une belle soirée et de superbes lumières. Emotion particulière, bien sûr, probablement moins forte que la première fois il y a 11 ans, mais bien présente.


Première journée bien tranquille et esthétique dans le pack vendredi avec beaucoup de glace et quelques animaux, pack dont nous sommes sortis samedi matin, et le bateau a nettement accéléré ensuite, et récupéré la houle du large. Les premières heures ont été compliquées pour nombre d'entre nous avec le bateau qui s'est assez brusquement mis à bouger.

Pour ma part j'avais accumulé pas mal de fatigue pendant la période intense de passation et entre hier après-midi et ce matin, excepté les repas, et quelques courts passages dehors pour m'aérer, je n'ai fait que dormir. Le dimanche, je me sentais plus reposé, avec un bateau qui bougeait très raisonnablement.

La traversée se déroulait dans des conditions agréables, dès que je me sentais assez bien et en forme, je montais sur la passerelle, pour voir les infos météo justement, discuter avec l'équipage très sympathique de l'Astrolabe. Il y a notamment un jeune marin "compatriote" corse, Thomas, avec qui j'ai pas mal discuté, et qui envie mon retour dans l'île dans quelques jours, tandis qu'il reste en mission encore pour de longs mois.

C'était la raison de notre départ légèrement anticipé : nous sommes effectivement passés à l'île australienne de Macquarie sous un temps écossais, plafond bas et crachin tôt lundi matin, vers 5h, mais on a assez bien vu la toute petite base australienne. Nous nous sommes arrêtés à 500m de la côte et les australiens sont venus avec 2 zodiacs nous déposer leur malade. Ce dernier n'avait pas l'air en si mauvaise forme,  il est monté saluer le commandant sur la passerelle où je me trouvais juste après. Par la suite du voyage, j'ai pu discuter un peu avec lui, il était notamment observateur météo sur l'île, avec des lâchers de ballons réguliers comme à DDU. En ce moment, ils sont 19 sur la petite base.

Même si nous n'avons pas très bien vu l'île à cause de la couche de nuages bas, nous avons eu un aperçu en longeant la côte orientale, et surtout en stationnant moins d'une heure au large de la base, située sur un isthme au nord de l'île, nous avons plutôt bien vu leurs installations. Ceux qui connaissent bien les îles australes (Crozet, Kerguelen surtout) y ont reconnu un paysage et une ambiance brumeuse caractéristiques, ce fut le cas de Régis.

Après 3 jours de mer, retrouver une terre fait tout de même un drôle d'effet, revoir du vert aussi, à défaut d'arbres, qui ne poussent pas sous ce climat rude et venteux. Nous ne nous sommes pas attardés sur place, car la fin de notre traversée était intimement liée à l'arrivée d'une grosse dépression sur notre trajet, avec des creux de 10m envisagés pour la journée de jeudi, soit aujourd-hui, au large de Hobart. Il nous fallait donc à tout prix arriver avant ces conditions qui eurent été fort désagréables.

L'Astrolabe a donc rapidement quitté Macquarie, qui disparaissait au sud dès 6h du matin lundi, cap nord-ouest vers Hobart en ligne droite et à 14-15 noeuds, soit à pleine vitesse. Sans incident, il y avait de bonnes chances d'arriver avant la tempête. C'est exactement ce qui s'est passé, avec des conditions un peu houleuses, mais pas plus de 4-5m au plus haut surtout mardi et mercredi matin, une houle de travers qui a fait rouler le bateau, renversant parfois quelques affaires mal arrimées, mais sans excès.

Et cette journée de mercredi, forcément spéciale avec la terre que l'on guette au nord, puis dont on aperçoit un trait fin sur l'horizon, avant de voir lentement se dévoiler le relief côtier heure après heure tout l'après-midi. L'odeur qui change, avec quelques parfums terrestres,  l'air qui se réchauffe nettement : déjà doux avec 17°C au petit matin, on a dépassé les 20°C l'après-midi, pour atteindre 25°C en remontant le chenal vers Hobart, un vent chaud des plus surprenants pour nos corps habitués au froid.

Les premiers arbres, les premières maisons, un "nouveau" monde dont l'irruption garde un côté étonnant au premier abord, bien que si prévisible. On se réhabitue vite, ce jeudi, tout cela me paraît un retour à la normale. On se sent bien avec le bateau à quai, sans houle, avec un léger mal de terre qui se dissipe heureusement. Techniquement, nous sommes descendus ce matin une seule minute à quai pour voir la police maritime tasmanienne, montrer nos passeports, masqués, bien sûr, sauf pendant la vérification d'identité.

Les masques sont obligatoires sur le bateau depuis ce jeudi, ça change peu et beaucoup de chose. Sans surprise, ce n'est pas très agréable, mais on s'y fera, évidemment. Nous voici dans ce fameux "monde masqué" que je redoutais un peu. Nous avons deux jours de récupération sur le bateau, où l'équipage va également pouvoir un peu souffler, grâce à notre arrivée un peu en avance sur le calendrier, d'environ 2 jours. Samedi matin, ce sera le convoi vers l'aéroport pour le retour en métropole dimanche, un an et un jour après avoir quitté ce même aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Nous n'aurons ainsi vu Hobart que depuis le bateau, ce qui reste un peu frustrant, même si on s'y attendait.

Je pense aux 13 hivernants de notre TA70 encore dans cet environnement unique, j'espère qu'ils vivent encore de beaux moments, même si je ne les envie pas de nous avoir vus partir et de rester, largement minoritaires, dans l'environnement chamboulé de la campagne d'été. La longue parenthèse enchantée de cet hivernage se referme donc pour moi, et DDU me semble déjà assez loin dans le temps, mais tellement rempli de bons souvenirs... A bientôt et encore merci de m'avoir lu cette année !

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19 novembre 2020

Au revoir DDU !

« En Antarctique, pas de pronostic » nous rappelle-t-on depuis le début de l’aventure. Cela s’est encore vérifié cette fois puisqu’on nous assurait encore hier soir que nous n’embarquerions que vendredi sur le bateau, mais suite à une potentielle demande d’assistance sanitaire à l’île australienne de Macquarie, l’Astrolabe doit avancer son départ, et nous embarquons donc dès ce jeudi après-midi.

Je ne suis donc plus en mesure de lire mes mails pour les 7-8 prochains jours, car le voyage en mer sera forcément un peu plus long si nous passons par l’île australienne, où nous devions également passer avec l’Aurora en venant l’an passé. Néanmoins, la marge devrait nous permettre de prendre notre avion à Hobart le 29, pour une arrivée en France le 30.

J’ai bien terminé la passation avec les collègues météo de la TA71, avec le sentiment du travail accompli. Un dernier lâcher de ballon hier matin (avec un peu de vent, typique du lieu !) pour dire au revoir à tous, pour remercier également tous les lecteurs de mon blog.  Cela fut à nouveau un plaisir de partager quelques tranches de vie avec le plus grand nombre. Les sentiments sont partagés, forcément, mais je suis prêt à partir, dans ma tête, je crois. On verra comment tout cela se présentera pendant et après le voyage retour, où je vais commencer à digérer tout cela.

Une magnifique seconde expérience en tout cas, à bientôt sur le blog, mais probablement dans un peu plus longtemps, sous d’autres latitudes !

Posté par fgourand à 03:40 - Commentaires [7] - Permalien [#]

16 novembre 2020

Rush de la passation

Depuis l’arrivée de nos successeurs de la TA71 sur la base samedi après-midi, comme je m’y attendais, on a brutalement basculé dans un autre monde. Ce soir, je me suis assis à la même table que Pascal notre plombier, et on s’est fait la réflexion qu’on avait le sentiment de ne pas s’être vus depuis une dizaine de jours, tant les 48 dernières heures ont été riches, et pour chacun d’entre nous, quasi exclusivement occupées avec nos successeurs pour les passations de consignes. 

Au séjour, pour les repas à 65, il y a une agitation et un bruit qui nous paraissent encore réels, assez incroyables par rapport au calme, la quiétude de ces 8 derniers mois à 24. Pour être franc, ce n’est pas réellement agréable. Cela dit, les collègues météo que je vois du matin au soir sont évidemment enthousiastes, motivés, et c’est un plaisir de leur transmettre les consignes et l’expérience accumulée durant l’année. Les journées sont incroyablement denses et je les termine avec les cordes vocales bien fatiguées. 

Les opérations logistiques de déchargement de l’Astrolabe se poursuivent, et ce dernier utilise ses capacités de brise glace pour forcer progressivement le passage vers la base, plus précisément la piste du Lion qui est le quai naturel de chargement/déchargement de la base. Arrivé samedi à 7km de DDU, il était pointé hier dimanche soir à 4,5km, et lundi soir on le voit à environ 2km, brisant une glace de 75cm d’épaisseur environ, celle qui s’était reformée suite à notre spectaculaire débâcle du mois de septembre. On le voit donc de mieux en mieux sur mes photos zoomées jour après jour. Le but étant de l’amener jusqu’à la limite de notre ancienne banquise dans le chenal du Lion, qui est mesurée à 1m50 d’épaisseur environ, et qui permettrait du déchargement en véhicule, impossible sur une glace de 75cm considérée trop fragile.

En tout cas, c’est la première fois que j’ai l’occasion d’admirer les capacités de brise glace de l’Astrolabe, qui tente non seulement d’approcher la base, mais en créant un chenal suffisamment large pour pouvoir manoeuvrer sans se retrouver coincé.  Ce soir, il poursuit donc sa progression, qui pourrait bien l’amener demain au point désiré.

Du côté de notre départ, après encore 2 jours de déchargement puis chargement, le bateau sera prêt à repartir, et on envisage pour le moment de nous faire monter à bord jeudi après-midi, pour un départ le lendemain vendredi, voire samedi, cette décision dépendant des conditions météo et de glace envisagées pour le début de notre traversée. 

Je suis très confiant quant à la capacité de nos successeurs de gérer une station météo que nous leur laissons dans de bonnes conditions, et j’essaie donc, en priorité absolue, d’être aussi présent que possible pour les aider à prendre leur envol avec le moins de difficultés possibles. Laura, qui me succède en tant que cheffe météo, a 30 ans, et aucune expérience en prévision opérationnelle, mais elle apprend vite, nos échanges ont été particulièrement riches ce lundi, je vais continuer à lui prodiguer autant de conseils que possibles jusqu’à mon départ.

Je sens déjà que cette période est très spéciale, avec ce mouvement inexorable, et probablement bienvenu pour accepter le départ, de dépossession de notre lieu de travail qui se met nettement en place. Ca n’a vraiment plus rien à voir avec samedi matin, je sens que j’ai déjà moins ma place sur la base. C’est probablement, dans ces conditions, une bonne chose de partir assez rapidement, je n’envie pas ceux de notre TA70 qui vont connaître une passation qui va durer encore plusieurs semaines. D’ailleurs, la fin de mon dernier séjour adélien, durant lequel j’avais connu une passation beaucoup plus longue jusqu’en janvier 2010, fait partie de mes pires souvenirs de l’expérience TA59.

Nous avons formalisé la passation aujourd’hui à l’occasion de notre dernier lâcher de ballon Ozone, qui a été l’occasion de montrer à nos successeurs comment réaliser cette opération assez complexe, qui nécessite surtout d’être minutieux sur un grand nombre de détails. Nous avons repris l’idée de la photo de passation faite avec nos prédécesseurs de la TA69, que nous avions prise à l’occasion du ballon Ozone également. Je propose une photo de cette passation jointe à ce billet. Je propose aussi une photo d’un lâcher de ballon quelques jours plus tôt en noir et blanc, prise par Valentin, pour illustrer notre tableau de mission TA70, encore en cours d’élaboration. C’est l’image de moi de cette mission qui restera sur la base.

Je propose aussi la très belle photo de notre TA70 prise quelques jours plus tôt, le 11 novembre précisément, très belle parce que nous sommes présents les 24 de l’hivernage dessus, chose que nous n’avions pas réussi à faire durant l’hivernage, il manquait hélas toujours une personne sur les autres photos de groupe. Et c’est un très beau symbole de parvenir de le faire une fois l’hivernage achevé, qui traduit à sa façon bien, je crois, l’ambiance globalement bonne qui a demeuré jusqu’au terme de notre mission. Je crois que nous pouvons en être assez fiers.

Posté par fgourand à 13:55 - Commentaires [3] - Permalien [#]