Itinéraires polaires

01 novembre 2018

L'appel des manchots

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Comme je l'évoquais sans trop l'espérer dans mon dernier message de l'été, j'ai donc postulé fin septembre pour retourner passer un an en Terre Adélie, et j'ai été sélectionné par Météo-France en cette fin octobre ! Sous réserve que je valide les tests, médical et psychologique, je vais sans doute avoir la chance de revivre cette expérience formidable, 11 ans plus tard !

J'avoue que je n'y croyais pas trop, mais en réalité, il semble que le fait que j'ai été l'an passé le suppléant de mon collègue Gaétan qui y part dans un mois  a joué pour moi : si le candidat est toujours volontaire un an plus tard, bien sûr, il est assez naturel que du poste de suppléant, on passe au poste de titulaire ! J'ignorais ce qui est devenu évident cette année, c'est pourquoi j'ai été sonné, véritablement, quand j'ai appris la nouvelle la semaine dernière. Je crois que je ne réalise toujours pas trop.

C'est assez amusant de lire le récit d'il y a 10ans sur ce même blog, fait 6 mois plus tard, après validation des fameux tests, dont je me méfiais tant. Un bon enseignement à rester prudent cette fois aussi, car tant que ce n'est pas formellement validé, il n'est pas encore certain que je parte. D'ailleurs, on m'a désigné une suppléante. Bref, je me réjouis, mais avec modération, cela dit mon horizon change déjà significativement. Sauf si cela a beaucoup changé, j'ai une idée assez précise du programme des prochains mois. Effectivement, la partie sympa se trouve bel et bien après la validation des tests...

Je ne crains pas vraiment les tests psychologiques, la motivation est forte et intacte, et j'ai déjà bien vécu une année sur place. En revanche, côté médical, quand on regarde tout, on ne sait jamais ce qu'on peut trouver, même si je suis normalement dans un état de forme raisonnable... Je vais donc faire en sorte de ne pas trop penser à tout cela en attendant les tests, peut être en mars comme il y a 10 ans... ? Affaire à suivre, mais peut être que ce blog resurgira de plus belle dans les lieux qui lui ont donné tout son éclat ! A bientôt.

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18 août 2018

Déménagement

Ce sont donc près de 5 mois qui sont passés depuis le dernier article. C'est passé objectivement vite, même si j'ai attendu (un peu) trop longtemps que les choses se concrétisent, mais l'essentiel est fait : je vais déménager dans les prochaines semaines. Je l'avais annoncé dans l'article précédent, et je vais donc quitter Paris. Pas pour aller bien loin certes, mais symboliquement ce n'est pas dans la capitale où j'ai acheté, mais juste à côté, à Vincennes, tout près de Météo-France d'ailleurs. Je vais donc quitter cette vue qui m'a enchanté, souvent hypnotisé, pendant 6 ans, déjà :

Animation réalisée à partir de la webcam sur ma vue ce 18 Août 2018 du lever au coucher (voir en plein écran)

J'ai choisi Vincennes parce que je connais plutôt bien la ville, Météo-France se trouvant à Saint-Mandé voisin, ce qui me permettra ainsi d'aller travailler, en 5 minutes à pied. Mais aussi parce que mon frère, sa femme, ainsi que ma soeur, y habitent., tout comme mon cher ami Nico. Une autre raison, au moins aussi importante, c'est que c'est une ville calme, qu'il y a le bois juste à côté pour s'aérer. Je n'étais pas focalisé sur Vincennes dès le début de ma recherche, mais ce choix s'est imposé assez rapidement lors de mes prospections/réflexions.

J'ai choisi d'acheter le second appartement que j'ai visité, à vrai dire j'avais une petite contrainte avec la fin de mon bail actuel en septembre d'une part, et surtout semaine après semaine je ne voyais pas beaucoup de nouvelles offres qui pouvaient m'intéresser : un vrai 2 pièces, pas plus de 300 000 euros, et si possible en étage élevé pour la lumière, si possible proche des transports et mon travail. L'appartement que j'ai acheté remplit ces conditions. Cela a été bien laborieux de finaliser l'achat, je n'ai toujours pas compris pourquoi cela avait pris autant de temps sachant que mon dossier était clair, a priori favorablement accueilli par la banque, bref j'étais prêt à signer en mai, et cela s'est fait.. .le 3 août ! 

Quelques imprévus de dernière minute bien sûr, et un retard de 15 jours environ pour le début des petits travaux qui sont donc en cours, et qui devraient me permettre de prendre réellement possession de mon nouveau lieu d'habitation avant la mi-septembre. Depuis la signature, et le début des travaux quelques jours plus tard, enfin, je prends du plaisir à construire tout cela, mais ce fut surtout pénible jusque là, avec ces délais peu compréhensibles d'attente inutile, et les inévitables imprévus qui ont repoussé deux fois la date de signature.

C'est donc un nouveau départ, un nouveau chapitre qui se profile. Je crois que le fait de quitter le quartier bruyant et (trop) animé de Bastille me convient bien, et contribue déjà à rendre ce départ assez facile. Mais cette vue incroyable va me manquer, ces tableaux panoramiques quotidiens, ces couchers de soleil... Il va me falloir trouver d'autres sujets de contemplation, voire d'occupation parfois, quotidiens. Par ailleurs, je mesure le luxe d'habiter tout près de son travail : bien qu'assez imperméable à l'ambiance des transports en commun, je mesure la liberté que représente le fait de ne pas en dépendre, pas plus que du moindre moyen de transport, au quotidien.

Sur un autre plan, un autre déménagement, plus temporaire, reviendra, de façon très hypothétique cette fois : je suis décidé à postuler à nouveau pour repartir en Terre Adélie fin 2019. L'attraction polaire est toujours forte, ce voyage, cette aventure si particulière. Pour la même raison que l'an passé, je me vois des chances assez limitées d'être pris : si un autre candidat jamais parti se présente, on devrait logiquement le privilégier à mes dépens à nouveau.

D'abord, ce premier déménagement, sûr celui ci, dans le mois qui vient. Privé de ma vue, de mon niz d'aigle, d'autres envies naîtront peut être. Je ne serai pourtant pas dans un espace beaucoup plus grand : je passe ainsi d'un studio de 28 m2 avec 5m2 de balcon, à un appartement de 34m2 sans balcon. De fait, je n'aurai pas non plus à acheter énormément de mobilier, car le nouvel espace sera vite rempli. De toutes façons, pour combler mon désir d'espace, ce sera au moins la Corse, au mieux la Terre Adélie !

Je reviendrai probablement parler dans une échéance assez courte du bilan climatique de cet étonnant été 2018, le second plus chaud jamais mesuré en France après le mémorable 2003. L'histoire retiendra qu'après avoir été longtemps réticent, j'ai fini par acheter une petite climatisation mobile, épuisé par la chaleur sans fin de cet été, dès le début du mois de juillet. Elle m'a permis de dormir quasiment normalement pendant la canicule, d'aller travailler dans de bonnes conditions, tout en l'utilisant de façon aussi limitée que possible, c'est-à-dire essentiellement la nuit. A bientôt !

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24 mars 2018

Un joli début d'année

La fin du mois de mars approche déjà, et comme bien souvent, je pense à ce blog et je me dis que pour moi, pour les quelques lecteurs restants, c'est probablement une bonne idée d'y laisser une petite trace. J'ai eu la chance d'avoir un beau début d'année 2018, avec deux temps privilégiés : un voyage d'un peu de plus de 2 semaines au Yukon entre la fin janvier et le début février, et une belle pause d'une dizaine de jours en Corse entre la fin février et le début mars. C'est au cours de cette dernière que j'ai eu le privilège de vivre un coup d'hiver assez marqué, qui a apporté une dizaine de centimètres au village de Penta :

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Deux jolis séjours que j'ai un peu partagé à travers les réseaux sociaux, principalement mon compte Twitter @FGourand. Je ressens moins le besoin, ou j'ai tout simplement moins le courage, d'écrire sur ce blog et de partager ça en quasi direct. Le temps qui passe m'écrase peut être davantage qu'auparavant. Je le laisse davantage filer librement, d'une certaine façon, l'accumulation des expériences les banalise quelque peu. Je sais parfaitement la chance qui est la mienne de vivre ces belles choses, ça n'a pas changé. J'ai l'impression d'avoir déjà tout dit sur le Yukon ou la Corse, en tout cas. Et ça reste pourtant toujours aussi différemment beau, à chaque fois.

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Ci dessus, mon départ de Dawson City, en avion, le 6 février, avec une belle vue sur la vallée du Klondike, avec l'aéroport à droite, et la belle chaîne de montagnes de Tombstone au fond. Privilège et bonheur de connaître une belle moitié de séjour au grand froid, avec des températures qui sont souvent descendues sous les -40°C, ce qui m'a permis de connaître, sur Twitter, une petite célébrité en rééditant le tour bien connu de l'eau bouillante qui se transforme en neige quasi instantanément (en réalité, il y a deux étapes : une évaporation, suivie quasi instantanément d'une congélation solide, en neige) :

 

Dans un monde qui promeut l'hyperconsommation, je sais qu'il est "normal" de vouloir toujours plus, plus de voyages, plus d'expériences, etc... Mais cela suffit amplement à mon bonheur. Quand je suis au Yukon, surtout en hiver, ou en Corse, surtout hors saison, ces expériences maintenant familières se suffisent à elles-mêmes, et à me combler pour les nombreux mois parisiens qui suivent. Le sentiment d'une connexion à des choses essentielles.

Ainsi, cette année 2018 a vraiment bien commencé, elle s'annonce année de mouvement car je vais devoir quitter ma chère vue parisienne, pour en trouver une autre, un peu plus loin du centre, d'où je suis de fait écarté par l'augmentation démentielle de l'immobilier. Sachant mes dernières semaines arrivées dans mon appartement actuel, je prends le temps d'en profiter davantage, de me poser devant la vue, dont la perspective de départ révèle toute sa saveur. La recherche d'un nouvel appartement ne me fait pas plus vibrer que cela, j'ai décidé d'acheter parce que c'est économiquement plus rentable, sur le long terme, mais sans réel enthousiasme. Enfin du coup, il faut quand même faire ça un peu sérieusement, ça engage pour quelque temps quand même, j'y travaille... A bientôt !

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14 décembre 2017

Une année climatiquement difficile

Cela fait plusieurs mois déjà que je songe à aborder cet sujet sur mon blog : la grande période de sécheresse qu'a connue une bonne partie du pays, et notamment ma chère Corse. Depuis un an, on a pu voir à l'oeuvre la fascinante variabilité du climat méditerranéen, avec ses extrêmes qui semblent toujours plus marqués. Je vais prendre l'exemple de Penta di Casinca, à partir des mesures que j'y mène depuis 2004 : l'hiver dernier y avait été, comme dans une grande partie de l'île, exceptionnellement pluvieux, avec un cumul de 653mm en 3 mois de mi-novembre 2016 à mi-février 2017, avec 3 gros épisodes pluvieux dans cet intervalle (19-20 décembre, 22-23 janvier, et 8-9 février) totalisant 446mm en 6 jours, soit plus de la moitié du cumul annuel normal. Mais à partir du 10 février....

 

Comme je l'ai tweeté début novembre, le total des pluies a atteint à Penta 164mm, sur près de 9 mois (du 10 février au 4 novembre). Facteur aggravant, la température a été douce, voire chaude, une ambiance printanière s'est installée très tôt, et les températures ont souvent été très élevées pour la saison : mars, juin et août 2017 enregistrent ainsi des records de chaleur en moyenne mensuelle au village (depuis 2004). Le printemps a été très doux et sec, l'été a été chaud et très sec. J'ai passé quelques jours début août au village, notamment le jour où un nouveau record absolu de chaleur y a été enregistré, avec 35,3°C le 3, lors de la canicule qui a affecté le sud-est de la France. Si les températures ont sensiblement fraîchi à l'automne, les pluies sont restées très modestes.

Sur l'illustration du tweet ci-dessus, on peut voir les très nombreux records de faibles précipitations enregistrés à gauche sur la période 10 février-3 novembre, et encore, si je n'ai pas cerclé de rouge davantage de cumuls, c'est que je n'ai pas testé toutes les stations, seulement les cumuls les plus faibles. Sur le graphique de droite, on voit l'indice d'humidité des sols de la Corse, qui évalue l'humidité du sol, proche de la surface (ça ne concerne pas les réserves en eau, les nappes, plus profondes). On voit ainsi que, sortant d'un hiver exceptionnellement pluvieux,  cet indice était le 10 février proche du record d'humidité des sols, saturés par les centaines de millimètres de pluie tombés pendant les semaines précédentes. Mais la combinaison douceur précoce + quasi absence de pluie l'a fait plonger pendant le mois de mars jusqu'à atteindre fin avril un record de sécheresse des sols pour la saison, niveau record qui s'est maintenu sans interruption jusqu'au début du mois de septembre, ou le retour de faibles pluies a à peine amélioré la situation.

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On voit sur ce graphique plus récent et centré sur cet automne, que le niveau record a été à nouveau atteint au tout début octobre, jusqu'au 4 novembre et le retour de quelques pluies sur l'île, pas assez durables cependant pour connaître à nouveau un niveau de sécheresse des sols record du 20 novembre au 1er décembre... Puis, début décembre, un épisode de fortes pluies a touché une bonne partie de la Haute-Corse : j'ai ainsi enregistré 153mm de précipitations sur deux jours à Penta, la situation est restée humide sur d'autres parties de l'île, et l'humidité des sols a ainsi retrouvé des valeurs moins exceptionnelles, tout en restant sèches.

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Voici une vue du jardin de Penta le 5 décembre, avec une végétation rase avec quelques touffes vertes, qu'on retrouve plus habituellement en fin d'été/début d'automne, après les premières pluies, très inhabituelle. Je garderai le souvenir de cette année 2017 comme une année où j'ai beaucoup espéré, en vain, la pluie, craint les incendies jusqu'en novembre... Hélas, avec le réchauffement climatique et ses probables séquences sèches à rallonge dans le domaine méditerranéen, il y a fort à parier que cela se reproduira, peut être de façon pire que ce que nous avons connu en 2017. Espérons qu'on prenne les dispositions nécessaires pour stocker davantage d'eau, car elle risque de continuer à tomber de façon de plus en plus intense, et ponctuelle.

Si on prend davantage de recul, l'année 2017 devrait être une des années les plus chaudes que la Terre ait connues (2ème ou 3ème), et ce en l'absence cette fois du phénomène El Niño, qui booste sensiblement les températures atmosphériques mondiales en relâchant beaucoup d'énergie des océans vers l'atmosphère, ce qui est remarquable. Le réchauffement climatique est bien là, et nous ne sommes toujours pas à la hauteur de ce qu'il faudrait faire pour en atténuer l'impact...

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En attendant, ce 5 décembre, la vue était belle sur les montagnes enneigées à assez basse altitude au sud de Penta, ici en versant nord certes, et en me promenant vers Corte le 6, je me suis arrêté près de la station météo Infoclimat de Piedigriggio, où il avait fait un joli -5,2°C le matin même, avec encore un peu de neige du week-end précédent qui n'avait pas fondu, à l'ombre :

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A droite, au fond, c'est ce cher mont San Petrone, mais vu de l'ouest cette fois, bien enneigé également :

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Notons qu'avec la séquence fraîche et humide de ce début décembre, la station de Piedigriggio a enregistré quatre journées de forte gelée (< -5°C) entre le 1er et le 10 décembre. Enfin, je terminerai ce billet en renouant avec une habitude ancienne de ce blog, et ses photos de levers de soleil depuis Penta, toujours aussi agréables, ici le 8 décembre :

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25 novembre 2017

Si près, si loin...

L'année 2017 a défilé à toute vitesse, et ma volonté de retourner en Terre Adélie a véritablement pris corps. 10 ans après, j'ai donc repostulé lors de la commission d'affectation d'automne pour le poste de chef de station météo à Dumont d'Urville. Les résultats sont tombés il y a une dizaine de jours : je n'ai pas été choisi. C'est un de mes jeunes et brillants collègues qui aura la chance de découvrir, à son tour, la vie de chef de station météo sur le continent blanc. En la matière, le fait d'y avoir déjà été m'a desservi, afin de laisser leur chance à d'autres candidats. Ce qui rend donc assez peu probable le fait que je puisse y retourner un jour, une idée à laquelle je commence un peu à me faire.

Dans un contexte professionnel particulièrement mouvant à Météo-France, plus que jamais, j'ignore de quoi mon avenir sera fait, même dans les tous prochains mois, là où la Terre Adélie m'aurait apporté une réponse aussi heureuse que rassurante. En tout cas, j'ai répondu favorablement à une sollicitation pour préparer et donner un petit cours sur la météorologie polaire, qui a eu lieu cette semaine. Joie de renouer avec l'enseignement, une autre forme de communication qui a longtemps eu ma préférence. Une expérience appelée à se renouveller l'année prochaine, peut être à deux reprises même. D'une certaine façon, tout en restant à distance de la Terre Adélie, j'en reste proche par la problématique polaire et l'enseignement. Pire : j'ai également aggravé mon cas en donnant une conférence sur mon année à Dumont d'Urville à l'Ecole Nationale de la Météorologie cette semaine, essayant de transmettre l'enthousiasme de cette belle aventure à, principalement, une assemblée de jeunes collègues qui pourront bientôt postuler.

Au moment de la déception, je préfère rebondir sur le positif, et cette chance qui m'a été donnée il y a 10 ans, ces souvenirs et cette proximité que je ressens encore près de 9 ans après mon départ, si près, si loin déjà... A bientôt : je vais essayer de reprendre une activité plus régulière sur ce blog, en parlant de la dureté climatique de cette année 2017, notamment en Corse.

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21 mars 2017

L'appel polaire

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J'ai eu depuis le début de l'année plusieurs occasions de revoir des images, filmées ou en photo, de la Terre Adélie, et, contrairement aux années précédentes, cela a évoqué des souvenirs puissants. D'une certaine façon, on peut dire que j'ai entendu à nouveau l'appel polaire, qui était tellement présent dans ma vie dans les années 2004-2009. Bien sûr, ça ne se manifeste pas tout à fait de la même manière, avec le même impératif, mais il est certain que je sens renaître ce désir d'aller vivre quelque temps dans ces contrées en marge de notre monde si compliqué, et un peu désespérant. Comment résister à l'envie de revoir de si belles oeuvres de la Nature comme ce magnifique "berg cathédrale" qui nous avait réjoui à la fin de l'année 2009 ? Peut être qu'au délà de la contemplation si puissante, mais égoïste, je saurais trouver de nouvelles façons de partager cette expérience d'un autre monde. Je réfléchis donc à postuler à nouveau pour un séjour d'un an à DDU, et j'ai l'impression que cela me redonne un peu d'élan, ça fait du bien. A suivre dans les prochains mois...

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10 janvier 2017

Meilleurs voeux !

Comme on l'aura probablement remarqué en parcourant les publications de ce cher blog, les voeux n'y font pas partie des traditions incontournables. Je profite cependant de ce message du début janvier 2017 pour souhaiter à toutes et tous la meilleure année possible. J'ai donc laissé l'année 2016 sur mon dernier récit de voyage, du dernier jour en mer lors de cette belle aventure maritime. Je n'ai pas eu l'envie de conclure en racontant les tous derniers jours du voyage, le retour à terre, fatigué, qui ne présentait plus de perspective très alléchante, comparé à ce qui était déjà passé.

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Je mets donc au bilan très positif de l'année 2016 ce beau voyage que je dois à mon oncle Georges, que je remercie encore. La fin d'année a filé très vite, avec peu de nouveauté, une sorte de retour à la normale. J'ai quand même pu passer en Corse prendre des photos toujours agréables de lever de soleil comme celle que l'on voit ci-dessus. 2017 débute donc tranquillement, avec au moins un nouveau projet, mais c'est en tout cas l'occasion d'écrire une nouvelle page encore quasiment blanche, après seulement 10 jours, de prendre quelques bonnes résolutions. Peut être que cette année sera différente des précédentes, bien que la tentation de rester dans la lignée de ses prédécesseurs, dont je suis globalement satisfait, persiste. Beaucoup d'actualité, au moins politique, est devant nous, et je ne fais pas partie des résignés/pessimistes, tout en constatant les blocages et les difficultés de notre temps. Une belle en enrichissante année à tous, et à bientôt sur ce blog, j'espère !

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18 octobre 2016

Arrivée à Richards Bay, Afrique du Sud

Mardi 11 Octobre

Après une nuit assez pénible car le bateau s'est mis à bouger dans tous les sens, j'ai émergé difficilement vers 5h pour voir les premières lueurs du jour, et parce que je ne me sentais vraiment pas très bien allongé. J'ai donc pu admirer toutes les phases de l'aube, assis dehors mais tout près de la porte, sur la zone qui restait la plus sèche, car des paquets de mer s'abattaient régulièrement ailleurs. En dépit de ma fatigue, j'ai quand même profité du spectacle pendant quasiment une heure. J'ai regardé la carte : nous étions tout près du but !

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Et en effet, vers 7h30, dans une mer bien agitée, avec des paquets de mer qui s'écrasaient souvent à tribord, on a enfin aperçu la côte africaine ! Le bateau filait avec un vent portant (qui soufflait à 30-40 noeuds apparents) et surfait sur les vagues, régulièrement à plus de 15 noeuds, avec des pointes à 17-18 noeuds, sensation toujours agréable !

envueNotre trajectoire ce mardi matin, en approche de la côte sud-africaine, le terme du voyage tout proche !

afrique1Premier aperçu de la côte sud-africaine

Nous avons effectué le changement d'heure habituel qui marque l'arrivée dans un nouveau pays, comme nous l'avions fait en abordant Madagascar. Puis a débuté la lente phase d'approche du port, ralentie par le vent qui a faibli, pendant que nous longions déjà les côtes sud-africaines, à une quarantaine de milles au nord de Richards Bay. Il était cependant certain maintenant que nous toucherions au but à la mi-journée, ce qui constituait un soulagement certain pour nous tous : le contre-la-montre était couronné de succès !

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afrique4Une épave de cargo, semble-t-il, près de la côte

afrique5Un sémaphore, premier témoin du retour vers la civilisation

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Malgré une fatigue marquée mêlée à une certaine excitation liée à l'arrivée proche, nous avons pas mal profité de ces toutes dernières heures en mer en restant dehors à observer le spectacle marin. Arrivés vers midi à l'entrée du port, nous avons affalé la grand voile, mettant ainsi un terme à la traversée, avant de rentrer doucement au moteur dans le chenal du port, pour atteindre finalement le Zululand Yacht Club (ZYC) sous un soleil de plomb et une chaleur plus connue depuis des semaines (plus de 30°C, avec un bon taux d'humidité).

onrangeOn range, la traversée est finie ! Il est temps de rentrer au port...

portfinLe port se profile, visible au tout dernier moment en face du chenal, la présence humaine est très discrète côté Océan...

entrepfCa y est on passe une digue, c'est l'entrée officielle dans le port

Nous avons appelé les autorités pour engager les formalités d'immigration, et nous sommes allés nous amarrer un ponton qui nous a été assigné. Au bout de plusieurs heures et sans nouvelle des douanes, nous avons décidé de mettre le pied à terre et d'aller boire un verre au bar de la Marina, puis d'y dîner au petit restaurant, ce qui nous changeait du bord. C'était assez sympa de revoir un bar, d'autres gens, une autre ambiance.

arrivezycLa marina se profile au loin !

capecheOh ! Un pêcheur !

zycArrivée au Zululand Yacht Club, il n'y a plus qu'à trouver une place

Pendant que nous y étions, vers 19h, un bon coup de vent s'est levé, ce qui a apporté une réponse définitive à la question de la marge météo dont nous disposions réellement : nous étions arrivés à Richards Bay 6 à 7 heures plus tôt. Ce timing correspondait à la plus pessimiste des prévisions que nous avions consultées avant de partir avec une arrivée du coup de vent de sud que nous redoutions dès le mardi en soirée. Tous nos efforts pour maximiser notre vitesse durant toute la traversée se trouvaient ainsi justifiés, ces heures là, nous les avions arrachées durant ces 5 jours de mer, dès notre départ aussi rapide que possible le jeudi 6.

Tombant tous les trois de fatigue, nous sommes rentrés au bateau et, peu après 20h, avons commencé, enfin une longue nuit réparatrice…  Ce qui conclut ainsi le récit de cette grande traversée, où nous avons connu tant de conditions différentes, changeant régulièrement. Je raconterai dans un prochain billet les quelques jours à la marina de Richards Bay et le retour.

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17 octobre 2016

Contre-la-montre

Lundi 10 Octobre

J'ai peu dormi, avec le bruit des deux moteurs déjà, qui ont été progressivement coupés à mesure que le vent correspondant au passage du front s'est brutalement levé, entre 3 et 4 h. D'un coup, Bluenote s'est mis à beaucoup bouger et à taper parfois assez violemment sur l'eau, ce qui rendait le sommeil impossible, et même allongé, je ne me sentais pas très bien. J'entendais des pas au dessus de ma couchette, Georges et Paul qui devaient être en train de faire des réglages pour adapter le bateau au coup de vent que nous traversions.

matin10octLes lueurs du matin de ce 10 Octobre

 J'ai appris plus tard qu'un mousqueton de l'écoute de foc s'était inopinément détaché pendant que les éléments se déchaînaient (et dans le noir de la fin de nuit…), et que cela avait demandé une certaine lutte à Georges pour reprendre la situation en main.  J'ai réussi à trouver la force et motivation d'émerger peu après le lever de soleil (non visible semble-t-il) pour retrouver les deux équipiers qui finissaient de s'affairer sur les réglages du bateau. Avec un vent qui était bien revenu, les conditions étaient bonnes pour avancer sans les moteurs, autour de 10 noeuds, ce que nous avons fait toute la matinée. En revanche, la mer était bien formée et le bateau gitait pas mal, tapait parfois violemment sur certaines vagues, je me sentais un peu moins bien.

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traj10La trajectoire suivie se rapprochant nettement de la trajectoire théorique

tabloLe tableau de bord de Bluenote, qui filait bien à 10 noeuds ce matin là

Malgré cela, le moral était plutôt meilleur avec ce bateau qui filait bien, malgré les mouvements, et la perspective, à 240 milles de l'arrivée, d'une arrivée mardi. Par contre, il ne fallait pas être trop pressé mardi (le lendemain), parce que ces bonnes conditions de vent de sud suite au front allaient cesser, ce qui ne manqua pas de se produire juste après le déjeuner, et qui provoqua alors une relance d'un des deux moteurs, puis rapidement des deux, pour continuer à avancer. Nous avons ainsi fait tout l'après-midi et la soirée avec les deux moteurs.

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Je me suis pas mal reposé durant l'après-midi avec une grosse sieste qui était nécessaire, car la fatigue était bien là et avait tendance à s'accumuler. Le soir, j'étais plutôt d'attaque pour mon très probable dernier quart de nuit, dont j'ai bien profité avec ces conditions calmes, pour admirer la Lune, les étoiles, profiter d'être dans une de ces très belles périodes sur Bluenote. Vu l'allure maintenue par les 2 moteurs, autour de 7-8 noeuds, il devenait certain que l'arrivée se fasse mardi, et le moral était donc très bon. Je me demandais quand est ce que je referais mon prochain quart de nuit… 

couch10octg

 

Dernier coucher de soleil en mer sur l'Afrique, maintenant proche...

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En fin de quart, le vent a basculé au nord et s'est levé comme nous l'attendions. Je suis allé réveiller Georges qui me relevait et nous avons hissé la grand voile pour reprendre de l'allure, et les moteurs ont été rapidement coupés, je suis parti me coucher assez heureux de la perspective de l'arrivée et de cette dernière nuit en mer.

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16 octobre 2016

Journée bien contrastée

Dimanche 9 Octobre

Au réveil peu avant le lever du jour (j'étais bien réglé après quelques jours…), j'ai tout de suite depuis ma couchette senti la sensation de vitesse, le bateau glissait sur l'eau, pas de doute : les conditions espérées étaient bien là, le vent avait bien forci. En sortant je vois que nous avons bien incurvé notre trajectoire pour garder un bon angle au vent pendant la nuit, plongeant vers le sud, dans une mer assez agitée.

traj9octLa trajectoire de Bluenote le 9 octobre, prise un peu plus tard dans l'après-midi

 Bien évidemment, cette trajectoire qui plongeait vers le sud ne nous faisait pas vraiment faire une route directe, il fallait donc corriger ça et empanner. Georges s'est réveillé de lui-même vers 6h et nous avons effectué la manoeuvre tous les trois de bon matin, pour redresser le cap. Le soleil commençait à faire de timides apparitions, alors que, pour la première fois depuis un moment, il n'y avait pas eu de lever de soleil visible avec la grisaille.

pogeorgmaManoeuvre de bon matin, à 6h

solnu9oct

Un fois l'empannage effectué, le bateau filait à belle allure, surfant sur les vagues et atteignant souvent des pointes à 15-17 noeuds ! On sentait que c'était vraiment fait pour ce genre de conditions : vent portant, environ 15-20 noeuds apparent, le gennaker que nous avions laissé toute la nuit pour profiter du vent donnait sa pleine mesure. La matinée fut assez grisante avec une moyenne de 12-13 noeuds je dirais, avec ces pointes à 15-17, on glissait vraiment sur l'eau, avec une belle sensation de vitesse, et un sentiment très sympathique de rattraper le retard qui avait pu être pris plus tôt. Le vent s'est même un peu emballé, et nous avons ainsi du retirer le gennaker vers 11h.

genarouleLe gennaker est roulé

oizpecheUne nuée d'oiseaux qui pêchent, soudainement, notre allure élevée ne nous a pas permis de profiter du banc de poisson...

Juste après cela, après avoir identifié les horaires de passage de satellites au dessus de la zone, nous nous sommes connectés avec l'Iridium pour télécharger de précieux fichiers de modèle météo (l'américain GFS) pour avoir des prévisions plus actualisées. Il nous fallait notamment une bonne visibilité sur la fin de la traversée, puisque nous commencions à en approcher avec : 1) un passage de front pour la journée du lundi 10, puis 2) la menace du second front de la nuit du mardi 11 au mercredi 12.

Après plusieurs tentatives, nous avons enfin pu récupérer à l'heure du déjeuner le précieux fichier, qui a précisé le scénario attendu : 1) nous devions croiser le front avec une levée assez brutale du vent de sud à son passage (et certainement de la mer associée…) la nuit suivante ou peut être dans la matinée de lundi. 2) entre la nuit suivante et la journée de mardi, un vent de nord/nord-est se renforçant sur la zone devait nous permettre de rentrer à Richards Bay, avant l'arrivée d'un second front assez costaud, peut être en cours de nuit de mardi à mercredi.

ptmetGeorges et Paul font le point météo, analyse de l'évolution prévue et de la route envisagée

Ces informations étaient plutôt rassurantes quant à la fin de notre traversée, dont nous avions accompli à midi la moitié de distance. Les conditions s'annonçaient donc très changeantes pour les dernières 48h, avec déjà un net affaiblissement du vent en vue, qui n'a pas manqué de se produire.

 

En début d'après-midi, comme prévu par les fichiers météo du départ, le vent a terriblement molli, on a décidé de remettre le gennaker pour avoir un maximum de voile, mais entre le début et la fin de la manœuvre, le vent et l'état de la mer sont retombés de façon impressionnante, je ne pensais pas que ça pouvait se calmer aussi rapidement !! Nous avons donc abandonné le gennaker aussi vite que nous l'avions hissé à nouveau, retour au foc ! Et dès 14h30, le moteur ronronnait à nouveau pour nous assurer un train suffisant autour de 7 noeuds.  Heureusement que nous avions bien avancé jusqu'au déjeuner ! Georges a profité de cette nette accalmie pour faire preuve d'un autre de ses talents : il a préparé du pain, car nous avions épuisé nos stocks malgaches.

C'est vraiment un sacré changement d'ambiance à bord quand le moteur fonctionne, son ronronnement régulier berce d'une façon plus régulière que la houle capricieuse du coin. C'est rassurant de pouvoir compter dessus pour avancer dans des conditions météo aussi défavorables, mais c'est aussi une négation, en quelque sorte, de la nature même du voilier… En cours d'après-midi, nous avons croisé un cargo de 220m, baptisé Francesco Corredo je crois, à 2 milles environ, qui filait vers Colombo (Sri Lanka), toutes ces informations étant fournies par le radar AIS.

cargofrancesco

Une journée toute en contraste donc, qui s'est achevé bien tranquillement, alors que des nuages se présentaient à l'horizon ouest, annonçant le front du lendemain. Au coucher de soleil, invisible, une barre nuageuse traversait une large partie de l'horizon et nous a concerné.avec une accélération très temporaire du vent, qui est retombé aussitôt après. 

findjour9oct

georpaulman

barrenu

En soirée, la situation était un peu décourageante car les deux moteurs tournaient, en l'absence totale de vent, et probablement avec un peu de courant défavorable, tous les éléments étaient contre nous, et on nous avancions à peine à 6 noeuds… Il nous restait 325 milles en direct jusqu'à l'arrivée, soit 54 heures de navigation à cette allure, on consommait pas mal d'essence, ce qui nous mettait dangereusement à portée du coup de vent de la nuit de mardi à mercredi, c'était donc un peu la course contre la montre qui continuait avec cette avance reperdue. Nous espérions un vent plus favorable, au moins pour la journée de mardi, avec une importante incertitude météo pour lundi… Les conditions lors de mon quart de nuit furent incroyablement monotones avec une nuit quasiment sans vent, mer calme, ambiance très humide dehors (tout était mouillé, sans pluie), et les deux moteurs du bateau qui ne faisaient avancer qu'à 5-6 noeuds…

Posté par fgourand à 23:23 - Commentaires [1] - Permalien [#]