Itinéraires polaires

12 juillet 2016

Un passage... au sommet !

Je me rends compte que j'ai dû établir un record depuis mon dernier billet, qui date d'il y a 3 mois ! Il se trouve que je devrais reprendre beaucoup plus fréquemment ma plume électronique dans les prochains mois, avec l'approche du voyage sur le bateau de mon oncle, qui vient d'arriver à Bali. Il va y rester un moment (un bon mois dans les parages), avant d'effectuer la traversée de l'Océan Indien, au terme de laquelle, vraisemblablement à l'île Maurice, je devrais embarquer. Ce printemps a filé très vite, j'ai eu deux séjours corses dans l'intervalle, toujours aussi agréables mais sans grand événement. Puis, jeudi 7 juillet dernier, je me suis déplacé pour un événement météorologique important : l'inauguration de la toute nouvelle station météo au sommet du mont Ventoux.

P1250595

L'association Infoclimat de passionnés de météo, dont je suis membre et proche depuis longtemps, a ainsi installé une station au sommet de cette tour de télécommunications (Orange), très proche du véritable sommet, d'où j'ai pris la photo. La météorologie nationale avait installé une station de mesure au sommet pendant des décennies, mais elle a fermé en 1968, et depuis aucune mesure météo n'y avait été effectué. La motivation et la tenacité des amis administrateurs d'Infoclimat a permis, grâce à de nombreux partenaires, d'acheter puis d'installer du matériel approprié, afin que les mesures reprennent en ce lieu emblématique des tempêtes de vent (mistral, ou marin).

P12506377

La petite cérémonie d'inaguration a donc eu lieu vers 11h ce jeudi 7 juillet, la station ayant été testée tout l'hiver. On voit ci-dessus le moment du discours des différents intervenants, ici Laurent, président d'Infoclimat. Les relevés sont maintenant accessibles sur un site dédié http://www.meteo-ventoux.fr, ainsi que sur le site d'Infoclimat, avec les données archivées. Je suis à la fois heureux et fier en tant membre d'Infoclimat que l'association ait mené à bien ce projet qui va nous apporter des données assez rares, mais aussi un peu triste en ma qualité de météorologue de Météo-France que mon établissement n'ait plus les moyens d'assurer ce genre de mission. Ce genre de service qui n'apporte pas de rentabilité n'est pas vraiment dans l'air du temps...

P1250554

En tout cas j'ai pu découvrir à cette occasion le mont Ventoux, le géant de Provence, qu'on voit bien dominer les environs depuis la plaine, à l'Ouest (nous sommes montés depuis Bollène). C'est en roulant que la photo précédente a été prise.  Sur la route, un peu plus loin, court arrêt indispensable dans un lieu célèbre pour sa crue catastrophique : Vaison-la-Romaine.

P1250558

On voit sur la photo ci-dessus une photo prise depuis le pont romain, qui a été submergé lors de la crue impressionnante de l'Ouvèze du 22 septembre 1992. Le repère de crue est indiqué sur la plaque à droite, tandis que l'on voit l'Ouvèze, en contrebas, un petit ruisseau bien tranquille. En quelques heures, il était tombé 150 à 300mm de pluie sur les environs, ce qui a mené à une crue éclair de l'Ouvèze, typique des régions méditerranéennes.

P1250564

De l'autre côté du pont romain, c'est bien le mont Ventoux que l'on voit au fond ! La journée est belle, nous filons donc vers la montagne.

P1250566

Un peu plus loin sur la route, les premiers cyclistes, en effet, le Ventoux est mythique pour les cyclistes, très nombreux à tenter de le grimper à la belle saison, on en a effectivement doublé pas mal dans la montée.

P1250573

Un peu plus haut, après quelques kilomètres de montée, une jolie vue vers le Nord-Ouest, en gros de là où nous sommes venus, depuis les pentes du Ventoux.

P1250579

Un peu plus tard le sommet se rapproche, et on arrive à la limite de la végétation, pour entrer dans le paysage lunaire célèbre du sommet.

P1250592

Et voici le sommet, la tour est dans un domaine militaire non accesible au public. En revanche, la terrasse que l'on voit au premier plan est bien accessible, et c'est précisément sur cette terrasse que se trouvaient à l'époque les instruments météorologiques de mesure de mes anciens collègues. Ca m'a fait un petit quelque chose de marcher sur cette terrasse en pensant aux années d'observations, parfois dans des conditions dantesques, qui y avaient été effectuées.

P1250599000

Sur la photo ci dessus, on voit donc la tour télécommunications, avec un zoom sur l'anémomètre, un modèle à ultrasons qui ne fonctionne plus comme les anciens, qui tournaient avec des coupelles. La technologie employée jusqu'en 1968 avait tendance à surestimer les vents forts, comme on s'en est aperçu au fil du temps. On aurait ainsi relevé une rafale à 320km/h au sommet du Ventoux (comme en... Terre Adélie dans les années 1970 !), mais cette valeur me paraît surestimée, comme l'étaient bien trop souvent les valeurs élevées de l'époque. Une valeur voisine de 250-270km/h me semble plus probable. En tout cas, ce nouvel anémomètre va avoir la tâche de nous renseigner sur les valeurs parfois impressionnantes que l'on subit au sommet ! L'avantage de ce modèle à ultrasons est qu'aucune partie mécanique n'étant en mouvement, il n'y a pas de risque de casse/usure. Il est dégivré en hiver pour continuer à mesurer.

P1250610

Une autre vue vers le Sud-Est cette fois, qui montre bien le côté lunaire du sommet, surtout sur le versant sud. Pour donner une idée des conditions météo, lors des tests hivernaux, lors de l'hiver passé qui ne fut vraiment pas caractérisé par sa rudesse, on a mesuré, le 16 janvier 2016, -11.0°C sous abri, avec un vent moyen à 129km/h, et une rafale à 178km/h ! Des conditions tout à fait dignes d'une des belles tempêtes que j'ai vécues en Terre Adélie en 2009... A l'héure où j'écris ces lignes, la rafale la plus forte enregistrée par la station est de 182km/h le 21 novembre 2015. Pour rappel, la plus forte rafale de mon séjour adélien en 2009 fut de 187km/h, valeur atteinte à 3 reprises dans l'année, si mes souvenirs sont bons... A suivre dans les prochains mois !

P1250643

En tout cas, bien loin de ces conditions dantesques, c'est avec un joli 18°C, un soleil de plomb et un vent très faible que nous avons pu effectuer cette petite cérémonie d'inaguration. L'ombre est rare au sommet, en plein soleil, à 1900m d'altitude, je n'avais pas oublié la crème solaire ! Les conditions devraient d'ailleurs changer dans les prochains jours, notamment pour l'arrivée au sommet de l'étape du Tour de France 2016 jeudi 14 juillet, on va voir... !

P1250658

Du monde vers l'heure du déjeuner en tout cas pour admirer la belle vue sur les Alpes, notamment la barre des Ecrins et le mont Pelvoux ici au centre de la photo, si je me rappelle bien. Nous avons fini par un déjeuner en contrebas sur la route du sud, au chalet Reynard, avec les administrateurs et quelques adhérents d'Infoclimat. Quand je suis redescendu dans les plaines, vers Avignon, on étouffait avec 34°C, bien loin des 18°C du sommet, un autre monde !

P1250676

Un banc comme je les aime : ouvert sur l'infini, la plaine provençale en l'occurrence. Au fond, la Méditerranée, invisible ce jour là.

P1250691

Une dernière vue du sommet en redescendant côté Sud, le côté lunaire est vraiment frappant.  On voit la tour télécom à droite, où se trouve "notre" nouvelle station. A l'heure où j'écris ces lignes, ce 12 juillet au soir, il fait 8.2°C, avec des rafales de mistral modestes pour le moment, à 55km/h, mais qui forcissent un peu. A suivre !

C'est tout pour ce soir, mais je reviendrai très prochainement sur les aléas climatiques récents, notamment la crue assez historique de la Seine du début juin, dont j'aurais dû parler depuis longtemps sur ce blog !

Posté par fgourand à 22:35 - Commentaires [1] - Permalien [#]


09 avril 2016

Mouvements

Voici le printemps, cette belle saison que je n'ai jamais cessé de célébrer, d'aimer, depuis mon plus jeune âge. En cette année 2016, on sent que ça bouge, il y a du mouvement : d'abord dans certaines rues de France, plus nombreuses ces derniers temps, où de nouvelles initiatives émergent. A côté de cela, à titre personnel, je vais avoir la chance de faire un voyage spécial après l'été. Tout ce mouvement fait du bien parce que j'ai besoin, nous avons tous besoin, de ces choses qui élargissent un peu nos horizons, qui libèrent potentiellement notre créativité.

ouchprin

D'abord, c'est donc à Paris que ça a débuté, avant d'essaimer un peu partout en France (et au delà) : le mouvement Nuit Debout. Fruit d'une profonde défiance et déception vis à vis de la classe politique actuelle, porté par l'énergie des jeunes à l'avenir barré dans un monde qui n'a pas encore réalisé sa mutation, je vois aussi cela comme une tentative de réponse collective à l'individualisme ambiant. Evidemment, tout cela me séduit sur le principe. Je ne me suis rendu qu'une seule fois sur la place de la République pour le moment, pour prendre en quelque sorte la température, et j'y ai trouvé à peu près ce que j'imaginais, sans grande surprise, mais sans déception. Les gens parlent beaucoup parce qu'ils ont des choses à dire, à traduire concrètement, et qu'ils sont très heureux de se regrouper, hors de tout cadre préexistant.

Je ne me sens pas pour autant ni l'énergie, ni la foi suffisantes pour prendre davantage part au mouvement en ce moment,mais je pense y retourner prochainement pour voir comment cela évolue, et je me garderais bien de fermer par principe tout porte. Cela fait déjà du bien de voir que ça existe, qu'il y a des gens qui souhaitent apporter d'autres réponses aux problèmes de notre temps, quitte à tout imaginer, parce que finalement, notre vraie richesse, elle est dans l'inventivité des gens, trop souvent bridée, voire découragée, dans le système actuel assez injuste, et à l'horizon rétréci. Le mouvement... c'est la vie, bien sûr. Aucun système n'est définitif, tout est perpétuellement mouvement, se le rappeler nous fait "juste" sentir plus vivants. Alors, merci pour ce mouvement, à suivre...

cartevoy

L'autre mouvement auquel je pense, c'est la très chouette opportunité que m'offre mon oncle Georges de m'embarquer quelques semaines à bord de son catamaran. En effet, il a fait l'acquisition d'un bateau qui se trouve à l'est de l'Australie actuellement, et qu'il compte ramener en France. Il m'a sollicité, parmi d'autres, pour l'accompagner sur une partie de ce long voyage. Pour des raisons de calendrier qui permettent une compatibilité avec mon boulot, je devrais le rejoindre sur le créneau qui ira de l'archipel des Mascareignes (à l'île Maurice, peut être Rodrigues, pointée sur la carte), jusqu'à Richards Bay, à l'est de l'Afrique du sud. Ne pas se fier au trajet d'avion matérialisé sur la carte ci-dessus, qui donne juste une indication du point de départ et du point d'arrivée.

Le bateau, une autre façon de se déplacer, d'explorer notre planète. C'est une belle aventure pour moi, car mon expérience en voile est assez limitée déjà, mais il va s'agir d'une période de quelques semaines, là où j'en ai simplement fait à la journée jusqu'ici. Ce sera aussi mon premier séjour sous les Tropiques. L'île Maurice, la Réunion, peut être la moins connue Rodrigues, puis certainement une partie le long de Madagascar, avant d'arriver en Afrique du sud. Tant de lieux nouveaux, au rythme du bateau. Un beau mouvement en perspective en tout cas, je réalise cette chance. Normalement, cela devrait se faire après l'été, donc à cheval entre septembre et octobre prochains, les dates restant à préciser.

On déduira aisément de tout ce que je viens d'écrire que je vais particulièrement bien en cette année 2016, tout ce contexte me donne beaucoup d'énergie positive, et je reconnais que cela commence à faire longtemps que je n'ai pas connu de vraie petite baisse de moral ou de régime, dont j'ai souvent été coutumier.  On peut aussi déduire de l'annonce de mon futur voyage que ce blog devrait non seulement reprendre de l'activité, mais même de façon plus soutenue dans quelques mois. Quitte à m'écarter un peu, pour une fois, de mon thème polaire de prédilection. J'aime toujours et suis toujours autant fasciné par les pôles, mais je reconnais qu'il y a tant de choses à voir ailleurs je vais avoir la chance d'en avoir un petit aperçu.

lenticor

Difficile pour moi de ne pas afficher un petit bout de Corse pour parfaire à ce discours plein de bonne énergie, avec cette photo prise lors de mon dernier séjour de mars, le traditionnel lenticulaire du Cap Corse, pris vers le lever du jour, toujours aussi agréable. La tentation, l'attraction de la Corse est toujours aussi puissante, les séjours toujours aussi bienfaisants. Je conclus en remerciant ceux qui me lisent encore, depuis tout ce temps, et laissent des commentaires sympas : j'aime garder cette petite dose de partage. A bientôt et vive le printemps en cette année de mouvement !

Posté par fgourand à 22:31 - Commentaires [1] - Permalien [#]

02 février 2016

Et janvier fila...

J'ai donc réussi à laisser filer le mois de janvier sans laisser le moindre message sur ce blog. J'ai eu le bonheur de débuter cette année par un séjour d'une grosse dizaine de jours en Corse. C'est devenu une habitude au fil des ans, et je me ressource autant que prends un bon élan pour débuter la nouvelle année. J'ai eu la joie de pouvoir photographier un superbe arc-en-ciel au cours de ce séjour, le 12 janvier au matin :

7773521212016835

Un séjour solitaire très réussi au calme, au coin de mon feu de cheminée, beaucoup de contemplation, et l'installation d'une nouvelle webcam qui est venue remplacer celle qui avait été foudroyée en décembre 2014 sur le toit. Je suis en train de remettre la vue des 3 webcam sur mon site http://penta.meteomac.com. Toujours de belles ambiances au lever du soleil :

P1240326

Egalement de petits lenticulaires à l'aspect toujours sympathiques :

P1240344

Plus inhabituel en cette saison : une mer de nuages très bas, beaucoup plus typique du printemps :

P1240452

 En effet, ce phénomène se produit quand une masse d'air très douce survole une mer relativement froide, typiquement lors des premières douceurs printanières. Mais comme cet hiver est exceptionnellement doux, et que la mer s'est tout de même légèrement refroidie... !

Comme souvent, avec l'élévation du soleil au début de la journée, la couche de nuages bas est agitée et elle s'élève elle-aussi un peu, avant dissipation, voilà ce qu'on pouvait apercevoir une heure après environ :

P1240472

Ca, c'est la photo quelques minutes avant le bel arc-en-ciel du début, ce matin là un libecciu assez fort soufflait au village depuis la montagne, on voyait bien, éclairée par les premiers rayons du jour, la masse nuageuse et pluvieuse qui tentait de déborder depuis la montagne. J'étais assez confiant sur la possibilité d'un arc-en-ciel, avec le soleil dans le dos...

P1240614

Il est officiellement un peu tard pour souhaiter bonne année maintenant, mais le coeur y est quand même. De mon côté, elle démarre très bien avec un projet de voyage très intéressant après l'été, que je détaillerai prochainement, et qui devrait m'entraîner assez loin de mes sentiers battus, aussi sympathiques soient-ils.  En tout cas, cela offre de bien belles perspectives pour cette année, que j'espère la plus sereine et apaisée à toutes et tous.

Posté par fgourand à 21:22 - Commentaires [3] - Permalien [#]

14 décembre 2015

COP ou pas COP ?

logo-cop21-hp

Le chapitre très médiatique de la COP21 s'est rapidement refermé, probablement à cause des éléctions régionales. Je tenais tout de même à revenir un peu sur cet épisode diplomatiquement historique, dont j'attends, comme beaucoup, avec une certaine impatience, les traductions effectives. Je ne dirais pas que j'attendais avec impatience cet événement, mais tout de même, j'étais bien curieux de voir ce qui allait se passer. En réalité, j'ai l'impression qu'on a assisté à peu près exactement, sans surprise, à ce à quoi on pouvait s'attendre avant de commencer : un accord de principe, peu contraignant, porteur d'un espoir qui a, hélas, beaucoup de chances d'être déçu.

Je crois qu'il ne faut cependant pas totalement bouder notre plaisir : sans accord, le signal envoyé aurait été catastrophique et, sans trop exagérer la chose, je pense que cela aurait contribué à alimenter une vision vraiment apocalyptique du futur de notre humanité. Disons qu'on est loin d'être tiré d'affaire, mais au moins au niveau symbolique, au vu et au su des peuples du monde entier, le problème climatique est reconnu comme légitime et d'importance majeure. Ce qu'il faut réellement en espérer, c'est que cela entraîne un mouvement massif dans les sociétes, au niveau des individus et des entreprises, qui nous fasse passer aussi rapidement que possible à un environnement sans énergie fossile.

Dans le contexte certes particulier d'une année où un fort phénomène El Niño sévit dans l'océan Pacifique, il se pourrait qu'on atteigne, pour la première fois en 2015, le seuil des 1°C au dessus de la température de l'ère pré-industrielle. Autant dire que, par rapport à l'objectif de se limiter à 2°C, la moitié du chemin est déjà réalisée. Etant donnée la quantité d'émissions mondiales actuelle, il me semble très probable que les 2°C seront atteints au cours de ce siècle, à moins d'un spectaculaire coup de frein coordonné et mondial, qui ne semble pas correspondre aux engagements des états présents à la COP, en dépit d'efforts réellement consentis. Je parle d'un coup de frein assez violent car une baisse lente et progressive du rythme actuel d'émissions, bien que souhaitable, ne permettrait vraisemblablement pas de rester sous ce seuil, qui bouleversera déjà de nombreux écosystèmes.

Je vais donc rester à l'affût de ces différents signaux tangibles de l'avénement d'une nouvelle économie sans énergie fossile. En attendant, il me semble important de réfléchir à ce que nous pouvons faire à titre individuel, pour être plus sobres énergétiquement, voire en encourageant le développement des énergies fossiles, j'y réfléchis. Le changement doit commencer par nous-mêmes, je crois qu'on ne peut pas beaucoup attendre des politiques qui sont trop souvent des suiveurs d'opinion publique. Alors, COP ou pas COP ? COP, j'espère, parce que l'optimisme doit permettre d'ouvrir de nouveaux chemins : on n'a pas trop le choix, il me semble.

Posté par fgourand à 22:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 novembre 2015

Le triste chant des sirènes

Vendredi 13 au soir, j'étais tranquillement chez moi, à quelques centaines de mètres de la place de la Bastille, en train de regarder un film. Soudain, j'entends des pétards dehors, comme il y en a assez souvent dans ce quartier festif, sans y prêter davantage attention. Un peu plus tard, des sirènes, comme il en passe également souvent dans l'artère très passante où j'habite. Beaucoup de sirènes, même, je commence à tiquer. Peu de temps après, toujours dans mon film, un SMS de ma soeur "T'as vu les infos ?". Et là je comprends, c'est ce soir. Je me branche immédiatement sur BFM et je découvre la situation chaotique de la soirée. Evidemment sonné par l'ampleur de l'attaque, des attaques. Je reçois et envoie quelques messages à mon tour,  je me branche sur les réseaux sociaux pour suivre l'actualité de ceux que je connais. Beaucoup d'informations rassurantes, assez rapidement, sur mes proches. 

Je passe ainsi plusieures heures à assimiler toutes ces informations, pendant que le chant des sirènes, quasi ininterrompu, se poursuit sous mes fenêtres. En réalité, il s'atténue un peu après 2h du matin, et d'épuisement je parviens tout de même à m'endormir environ une heure plus tard. Une nuit assez courte plus tard, je me réveille dans un Paris sonné et anormalement calme samedi matin. Je reprends un large complément d'informations via les mêmes canaux que la veille au soir, avant d'atteindre l'indigestion, une seule solution : tout couper, Internet, la télé. Continuer à vivre. Je n'avais pas grand chose de prévu ce samedi, je ne suis finalement pas sorti de chez moi, plus par épuisement que par prudence. J'ai surtout ressenti une immense tristesse devant cette folie.

C'était donc ce soir là. Le soir que je craignais, mais que j'attendais, d'une certaine façon. Pas forcément aussi spectaculaire, sur autant de fronts, mais j'étais à peu près certain que Paris serait à nouveau largement ensanglantée. Depuis le mois de janvier, depuis une série d'attentats ratés ou avortés proches de nous cette année, depuis l'attentat massif d'Ankara du 10 octobre, l'attentat spectaculaire contre l'avion russe dans le Sinaï le 31 octobre,  depuis le double attentat suicide de Beyrouth le 12 novembre, on sentait que les barbares islamistes étaient dans une phase très active, et je me demandais, presque consciemment, quand reviendrait notre tour. C'était donc ce soir là. Ca ne m'a pas vraiment étonné, pas vraiment sidéré, comme je l'ai souvent lu ou entendu. C'était tellement dramatiquement logique, et prévisible, selon tous les experts sur le sujet, qui m'avaient largement convaincu ces derniers mois.

Plus que la peur, dès le soir même, c'est surtout une immense tristesse, et beaucoup d'interrogations sur ce qu'il conviendrait de faire, à court, moyen et long terme, qui m'animent. J'ai l'impression que beaucoup de gens ont découvert depuis vendredi soir la réalité, la dangerosité du monde qui est le nôtre et, par là-même, la fragilité de la vie. J'ai le sentiment qu'il y avait une sorte de déni dans la société, par rapport à l'existence de ces menaces. Déni contre lequel la classe politique ne s'est jamais réellement élevée, peut être par idéologie, peut être par lâcheté, parce que ce n'est pas forcément très "vendeur" électoralement d'annoncer au peuple une réalité potentiellement anxiogène. On a ainsi abandonné ce terrain au Front National, et c'est bien dommage, tant il était urgent que la prise de conscience puisse toucher tous les modérés, les inconscients justement, que le discours du FN ne peut pas atteindre par ses outrances, par son irréalisme économique, par sa xénophobie plus ou moins assumée.

Le déni n'apporte jamais rien de bon, il me semble important pour vivre sereinement d'être lucide sur soi-même individuellement, mais aussi sur le monde qui nous entoure. Sinon, les réalités enfouies sous le tapis finissent par ressortir inévitablement, et le choc peut être violent. J'ai la chance d'être conscient de la fragilité de la vie, peut être parce que je suis miraculeusement sorti indemne d'un accident de voiture en février 2003. Mon esprit analytique peut s'avérer parfois pesant, manquer de légèreté, mais je raisonne quotidiennement en terme de probabilités, pour essayer de le faire de façon aussi juste que possible, il faut s'intéresser aux sujets, vraiment, regarder la réalité, les chiffres qui la décrivent. Ce travail de lucidité est difficile car il faut essayer de se débarrasser des idées préconçues, des rumeurs, des fausses informations, et se forger une opinion de façon aussi honnête que possible, à partir de faits aussi exacts que possible.

fluctua

Devise de Paris, affichée place de la Bastille, mardi 17 novembre au matin (noter l'extrême douceur de la température !)

Je me souviens de septembre 1986, de l'année 1995, du 3 décembre 1996 : j'ai grandi à Paris et enfant, puis adolescent, j'ai été marqué par ces attentats qui se sont produits non loin de là où j'habitais. En 1986 j'étais un enfant de 7 ans, j'avais compris qu'une bombe avait explosé dans une rue proche de chez moi (rue de Rennes), que je connaissais, que c'était grave, que des gens étaient morts, et depuis cette rue a gardé à mes yeux cette image d'un endroit (un peu) dangereux. Je me rappelle l'époque du lycée, la vague d'attentats de 1995, notamment celui du RER Saint Michel, à partir duquel les transports en commun se sont ajoutés à la rue de Rennes dans ma liste des endroits (un peu) dangereux, le niveau d'insécurité était alors monté d'un bon cran, car il y en avait eu à divers endroits. Et je me rappelle de l'explosion, que j'ai entendue, lors de l'attentat au RER Port Royal, à quelques centaines de mètres de chez mes parents. Depuis, j'y pense chaque fois que je passe en RER, parfois juste devant, à pied.

C'est peut être tout cet ensemble qui fait que j'associe, depuis longtemps maintenant, la ville à un espace potentiellement dangereux, infiniment plus que la campagne, ou la Nature, en tout cas. Et donc, que je ne m'y sens pas forcément complètement à mon aise, si l'on y ajoute la pollution, le bruit ambiant, souvent la foule anonyme dans laquelle je me sens noyé... Et qu'à l'inverse j'ai été attiré par tout ce qui n'était pas ça.

Je n'ai pas plus peur aujourd'hui que le 12 novembre, je ne ressens pas vraiment un avant et un après, si ce n'est dans la tension que je perçois autour de moi, l'inquiétude au moins. Pour ma part, je suis toujours un peu sur mes gardes dans le métro ou le bus, depuis 20 ans. Je me dis que c'est un des prix à payer pour habiter ici, si on l'ajoute à celui du loyer, de la taxe d'habitation, des restos, etc.. c'est sûr que l'addition est élevée ! Je n'ai jamais caché que je ne me vois pas, a priori, habiter durablement à Paris, en dépit de mes nombreuses attaches, familiales, amicales, et d'un travail qui me passionne.

Je pense bien sûr à ces victimes innocentes, peut être inconscientes de ce danger là, qui me semblent avant tout victimes d'un manque de chance inouï, il y avait une probabilité très faible qu'ils décèdent du terrorisme, qui tue infiniment moins que les accidents de la route dans notre pays, par exemple, et pourtant ils sont morts. Pour me rassurer en rationnalisant un peu, en ne regardant que les chiffres, j'aime me rappeler qu'il y a eu 3384 tués sur les routes de France en 2014.  Donc les tragiques 129 morts du 13 novembre, c'est autant de drames familiaux/personnels que l'on connaît, dans une relative indifférence générale, tous les 15 jours à peu près sur les routes de notre beau pays. Cette fois là, habitant non loin, oui, j'aurais pu en être, bien que mon côté légèrement asocial me fasse relativement peu fréquenter les terrasses (selon les standards des célibataires parisiens de mon âge, je pense), et encore moins les concerts ou stades, plus par inconfort lié à une certaine agoraphobie. 

Pour la suite et pour un peu mieux vivre, je crois, prendre conscience de ce risque, éventuellement s'y adapter sans s'empêcher de vivre, me semblent salutaires. Il y a des choses qu'on ne peut maîtriser, mais la vie est une expérience mortelle, même dans le cocon apparemment vide de l'idée de mort qu'est Paris, où l'on se divertit fort justement beaucoup (et peut être pour éviter d'y penser, rester dans le déni ?). D'une façon générale, je pense que si l'on souhaite mieux vivre, réfléchir à quitter Paris, à s'éloigner d'une grande ville d'une façon générale, me semble un bon début. Mon idéal de vie s'accorde difficilement avec une présence accrue et massive, sur la durée, de forces de l'ordre en armes sur la voie publique.

Et ce chant de sirènes... qui a repris ce mercredi matin, finissant par me réveiller, sans avoir besoin d'allumer les infos, j'ai compris que quelque chose d'autre, heureusement beaucoup moins tragique, se produisait. Ce chant de sirènes, il ne faudrait pas qu'il devienne trop permanent non plus, pour ce qu'il symbolise, le drame, en plus de l'aggression sonore qu'il constitue. Sur ce point et sur le fond, je rends cependant et évidemment un immense hommage à tous ceux qui oeuvrent pour protéger, intervenir et soigner. Mais je veux continuer à croire qu'il n'y a pas de fatalité et que rien n'oblige à vivre dans cette gigantesque concentration d'individus qu'est Paris.

"Fluctuat Nec Mergitur" : battu par les flots de la terreur, le bateau parisien ne sombre pas. Il faut raison garder, ce monde n'est pas devenu subitement plus dangereux aujourd'hui qu'il l'était le 12 novembre : il est globalement aussi dangereux, la probabilité de mourir d'un attentat n'a pas beaucoup bougé sur cette courte période et reste très faible. Pour essayer de mieux vivre, il faut s'informer, être lucide sur notre situation, échanger des idées, des connaissances, pour toute la partie sur laquelle nous avons une maîtrise, et pour le reste, espérer (en agissant politiquement à notre niveau, si c'est possible) que les barbares obscurantistes soient rapidement vaincus sur le terrain militaire, et sur le long terme, proposer un avenir à tous ces compatriotes qui se retournent dramatiquement contre nous. La vie continue !

Posté par fgourand à 21:28 - Commentaires [2] - Permalien [#]


02 novembre 2015

Photos du Yukon (3)

Après une petite pause pour cause d'intermède corse, je poursuis l'album photo du Yukon. Comme on me l'a indiqué dans un sympathique commentaire, c'est effectivement un immense bol d'air que de se promener là bas, d'y rester, tout simplement, sans nécessairement multiplier les activités.

confmat

Le matin du 8, un joli éclairage sur la confluence des deux fleuves

batcasyuk

Le même jour, sur le bord du Yukon, des bateaux à vapeur abandonnés depuis plus d'un demi siècle, vestiges du passé

boryuk

Au même endroit que précédemment, mais en regardant vers le sud cette fois, on voit le centre-ville de Dawson

ecu

Un peu de vie animale, pour une fois, pendant ma promenade, on en voit beaucoup et facilement

boryuk2

Les bords du Yukon côté West Dawson, il y a le ferry pour naviguer/traverser bien sûr, mais d'autres ont leurs propres moyens

mizalo

Ca tombe bien, toujours le 8, Seb met à l'eau le bateau pour aller faire un petit tour...

kspimoose

Descendant le Yukon vers le nord, on croise le Klondike Spirit devant le village indien de Moosehide

yukbas

Une vingtaine de kilomètres en aval, à l'endroit où le Yukon fait un coude pour partir plus franchement vers l'Alaska, à l'Ouest...

yukbas2

Une barre rocheuse parfois impressionnante, agrémentée de charmantes couleurs...

yukmoy

En remontant vers Dawson, la colline dominante est le Midnight Dome, qui surplombe la ville

yukmoy2

L'approche de Dawson se précise...

yuko

On est repassé devant la ville, pour avoir cette vue du Dome, cette fois prise depuis le sud, le centre-ville sur la gauche.

auro2

Merveilleuse journée du 8, qui s'est donc achevée en soirée par quelques aurores toujours magiques

pano

Une photo panomarique prise le 9 depuis la point de vue, où je venais admirer, une fois de plus, la lumière du soir...

boryuk3

Sur la droite de la photo précédente, encore de belles couleurs en bord de fleuve...

dudome

L'après-midi du 10, je remonte sur le Dome pour admirer l'aval du Yukon, vers l'Alaska, et constater que les feuilles commencent à tomber des arbres : c'est le début du déclin des couleurs, visible sur les collines à gauche et à droite

medit

Ce Dome reste un bel endroit pour méditer, comme j'aime, devant la vue, comme le fait ce visiteur, regardant l'amont du fleuve

bonan

La piste dans la vallée aurifère du Bonanza, avec des couleurs encore spectaculaires le 10.

Ce 10 septembre 2015 est la journée la plus douce de mon séjour, avec un thermomètre qui a atteint les 19°C sous abri dans la vallée, sensation très agréable. La température la plus froide a eu lieu durant la matinée du 7, avec une température de -4°C. Le 10, je suis à la moitié de mon séjour, en réalité la moitié la plus colorée, la plus intense, car le pic des couleurs est passé, il en reste encore de belles, mais la tendance est en train de s'inverser et les feuilles tombent des arbres.... Il y a encore quelques belles choses à montrer pour le prochain épisode !

Posté par fgourand à 18:52 - Commentaires [3] - Permalien [#]

14 octobre 2015

Photos du Yukon (2)

Je continue donc l'album photo, avec les premières aurores, dans la nuit du 5 au 6, en veillant assez tard  :

auro1

J'ai dû retrouver les réglages pour faire les photos d'aurore, en tout cas là c'était vers 1h30 du matin

brou1

Le 6 au matin, un brouillard bien froid envahit les environs, je commence donc à prendre de la hauteur

brou2

Un peu plus haut, vue vers le sud-ouest depuis les premiers km de la Top of the World Highway

brou3

En redescendant vers la ville de Dawson, on voit bien le brouillard piégé dans la vallée

vuyuk

Passage au Midnight Dome, qui domine Dawson, vue sur la vallée du Yukon au nord-ouest

vuyuk2

La vue sur le centre-ville de Dawson, côté sud/sud-ouest

vutomb

De l'autre côté, vue sur les monts Tombstone encore enneigés en altitude

vueklo

Vue de la vallée du Klondike côté sud-est

vuewest

Vue vers l'ouest, sur la colline de West Dawson, où se trouve la cabane de Seb

vueklo2

En redescendant vers la vallée, vue sur le Klondike, dont le cours a été nettement modifié par l'Homme à la recherche de l'or, d'où ces tas...

vuyuk3

En remontant vers chez Seb, toujours lors de cette merveilleuse journée du 6, vue vers le hameau de Moosehide

vuedaw

La vue sur le centre-ville depuis le point de vue de West Dawson, juste après

vueconfl

Vue de la confluence du Klondike et du Yukon, on note la différence de couleur des eaux (boueuse pour le Yukon, de fonte pour le Klondike)

vuedaw2

Un peu plus tard, après quelques dizaines de minutes contemplatives, l'ombre gagne le centre-ville

vuedaw3

Le 7 au matin, lever de soleil, un peu de brouillard de vallée se dissipe. (Oui, j'ai passé du temps à ce point de vue...)

ptvue

Le voici, ce fameux point de vue, ce matin là, on voit le quad que j'utilisais souvent pour me déplacer

vuesud

Un tout petit peu plus loin, sur la route de Sunnydale, le brouillard de vallée encore compact

vuesud2

En regardant un peu plus à droite, vers l'amont du Yukon

vuesud3

Toujours au même endroit, le brouillard commençait à se dissiper

bobo

J'aime beaucoup cette photo, le ciel rejoint les couleurs d'automne, toujours le 7

contraste

Le 8 au matin, les nuages sont de retour, mais un rayon de soleil illumine le paysage de manière un peu irréelle

Voilà pour la petite fournée du jour, il y en a encore pas mal en stock, mais c'est vrai que je me suis principalement régalé de toutes ces belles couleurs lors de mon début de séjour, où le soleil a globalement été bien présent. Mon penchant contemplatif a été comblé.

Posté par fgourand à 21:54 - Commentaires [1] - Permalien [#]

07 octobre 2015

Photos du Yukon (1)

Il est bien passé, ce séjour de 3 semaines, on a envie de dire, par habitude, que c'est passé très vite. Eh bien, oui en un sens c'est passé assez vite, mais j'ai eu le sentiment de sentir le temps passer, sans subir la moindre journée, mais en les goûtant toutes. Je trouve que le temps s'enchaîne absurdement rapidement ici, à Paris, davantage que là bas. Peut être est-ce l'effet trop entraînant de l'environnement... ? Enfin c'était superbe, reposant, exotique, une pause parfaite comme grandes vacances. Comme promis, voici quelques photos :

demp

Sur la Dempster Highway boueuse, le 2 septembre, vers 1200m d'altitude

demp2

Une autre vue vers l'Ouest, panorama toujours grandiose...

demp3

La vue depuis l'incontournable point de vue

demp4

Toujours sur la Dempster, sur le retour vers Dawson

demp5

Couleurs du soir, toujours le 2 septembre...

moido

Le 3 septembre, dans les rues de Dawson

coulto

Le 4 septembre, belles couleurs sur la Top of the world Highway, la route qui part vers l'Ouest au dessus de Dawson, vers l'Alaska

vuetop

Une autre vue de la Top, toujours le 4

buches

Atelier fendage de buches le 5 septembre dans le jardin chez Seb

kspi

Le Klondike Spirit dans une de ses croisières touristiques sur le Yukon, avec la ville de Dawson au fond

kspi2

Toujours le Klondike Spirit, un peu plus tard le même jour, vu de la ville

confbas

Le long du Klondike, non loin de la confluence avec le Yukon, le 5

vuville

Vue du centre-ville depuis le nord de la piste Ninth Avenue Trail qui a été agrandie depuis mon dernier passage, sur ce tronçon qui m'était inconnu

vutrail

Toujours le 5, vers la fin de la piste, belle perspective vers le nord-ouest, sur le Yukon

Voici pour une première fournée, j'essaierai de poursuivre le mouvement dans un délai plus bref. J'ai été happé par le rythme parisien très différent à mon retour, j'ai été rapidement malade, comme un symbole, en rencontrant un environnement 10°C plus chaud que celui que j'avais quitté au Yukon ! A très vite.

Posté par fgourand à 22:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 septembre 2015

Retrouvailles avec le Yukon

Comme prévu, je me trouve au Yukon depuis le tout début du mois de septembre. Je surveillais naturellement les prévisions météo depuis un bon moment avant mon arrivée, et je me réjouissais d'avance de ressentir à nouveau la sensation de fraîcheur, après avoir un peu souffert de cet été 2015 chaud en France. Je n'ai pas été déçu ! A mon arrivée à Whitehorse le lundi 31 août au soir, il faisait 3°C, et il pleuvait légèrement. J'avais ressorti le manteau d'hiver parisien, que j'ai été content de pouvoir utiliser dès mon arrivée. Peu de temps avant l'arrivée, vue d'avion :

firstyuk2

J'ai retrouvé mon ami Seb qui m'attendait à l'arrivée, à l'issue d'un voyage sans surprise assez long (22h de chez moi à Whitehorse, 3 avions), et c'est vrai que cette fraîcheur m'a fait un bien fou à l'arrivée, étant parti en sueur de Paris après un dernier chaud week end d'août. Le Yukon a connu un coup de frais précoce en cette fin aoûtn ce n'est quand même pas normal de trouver de telles conditions en cette saison ! On a passé la nuit à l'hôtel à Whitehorse, avant de prendre la route pour Dawson après quelques courses lundi 1er, j'ai retrouvé ces longues lignes droites dans un paysage complètement sauvage, et ces beaux paysages où les couleurs d'automne avaient bel et bien démarré :

yuk22

Une fois arrivé à Dawson City sous de belles éclaircies qui contrastaient avec la grisaille humide de Whitehorse (où on a même observé de la pluie congelée le mardi vers l'heure du déjeuner), repos dans la cabane de Seb, avant une sortie le mercredi 2 dans le parc des monts Tombstone, pour y observer les couleurs, contrastant avec les chutes de neige qui s'étaient produites les jours précédents :

coulto0

Toujours de beaux paysages là haut :

coultoto

J'aurai plaisir à poursuivre cet album photo prochainement, mais j'avoue que je partage plus rapidement, avec un récit certes moins construit que sur ce blog, quelques photos sur Facebook, voire mon compte Twitter, mais je dois aussi avouer ma surprise quant au fait que j'ai trouvé jusqu'ici un Internet plutôt plus lent que ce dont je me rappelais à Dawson. Par ailleurs, les connexions Internet sont ici limitées en volume de données, chose que l'on ne connaît (heureusement) pas en France, tout cela ne facilite pas trop la mise à jour régulière de ce blog. En ce vendredi 11, j'ai passé la moitié de mon séjour yukonnais, il me reste encore toute la semaine prochaine avant de rentrer en France. J'apprécie la coupure en tout cas, qui me fait grand bien, et la sensation de liberté, associée à l'émerveillement devant la beauté des paysages si joliment colorés en cette saison, me comble quotidiennement. A bientôt.

Posté par fgourand à 01:54 - Commentaires [2] - Permalien [#]

16 août 2015

La Nature me joue des tours

En cette mi-août, fraîchement rentré d'un court séjour en Corse, très agréable car j'y ai partagé de bons moments familiaux, je me suis fait cette réflexion suite à deux événements indépendants, mais qui m'affectent également. Tout d'abord, le déchaînement des éléments a eu raison d'une partie de mon installation en Corse : un violent orage s'est abattu sur le village de Penta vendredi 14 août après-midi, et l'on peut avoir une idée de l'ambiance à l'aide de la dernière image qu'une de mes webcams a transmises avant son arrêt, hélas définitif :

Pentader

En effet, comble de malchance, j'ai pu analyser cela de retour au boulot ce week-end, l'éclair le plus puissant de l'orage s'est abattu sur le village, alors même que le coeur de l'orage se trouvait quelques kilomètres plus à l'Ouest, vers le Saint-Ange. Malgré les protections parafoudre, avec une telle intensité (mesurée à 72 400 Ampères !), la décharge a été trop puissante et a fait pas mal de dégâts au village d'ailleurs. Voici un schéma un peu technique mais les couleurs montrent l'intensité de la pluie, les formes géométriques les impacts de foudre :

ImpactFatalred

On voit bien le caractère assez isolé de cet impact de foudre fatal à une partie de mon installation. Il faut se méfier des orages, on le sait, même à quelques kilomètres la foudre peut être terrible, la preuve. Le coeur était là sur le village voisin de Loreto. La Nature m'a donc, une nouvelle fois (ce fut déjà le cas fin novembre/début décembre), joué un mauvais tour, les dégâts se chiffrant pour moi en centaines d'euros... Passionné par mon observatoire corse, je vais pourtant remettre la main au portefeuille et racheter du matériel, si possible en me protégeant davantage, car je crois avoir identifié certaines faiblesses.

D'ailleurs petite parenthèse : je parle là de "mauvais" tour, mais la Nature n'est ni bonne ni mauvaise intrinsèquement, elle est, tout simplement. C'est un travail constant de s'adapter, pour survivre. Et je suis loin d'être à plaindre naturellement, dans ce cadre là. J'ai le sentiment que tel Sisyphe, je dois recommencer une nouvelle fois la même tâche : racheter du matériel neuf, consolider les protections, etc... Mais c'est peut être juste ça, le sens de la vie. J'ai encore l'envie (et les moyens financiers !) pour continuer cette belle aventure qui me permet d'avoir un oeil sur la Corse depuis une dizaine d'années, je redonne l'adresse de mon site : http://penta.meteomac.com

 

L'autre tour que je souhaitais évoquer n'a rien à voir, il concerne mon futur voyage, qui s'approche maintenant : dans deux semaines, je retourne au Canada, plus précisément au Yukon, dans cette charmante bourgade de Dawson City, chez mon ami Seb. J'ai ciblé la période de septembre pour plusieurs raisons, la première étant que je souhaite y vivre, y voir, le bref mais esthétique automne local, avec ses couleurs parfois flamboyantes. La caractéristique de ce climat est de changer brutalement avec des intersaisons assez courtes (printemps et automne). Une fois que les arbres commencent à jaunir/rougir, l'affaire est pliée en 2 semaines environ, la 3 ou 4ème semaine les feuilles tombent. La webcam de ce dimanche 16 août sur Dawson ne laisse pas encore voir cela :

Dodo

Bien que j'ai tendance à vouloir déjà voir quelques teintes suspectes sur les arbres au premier plan, c'est vraiment juste le tout début. En général, ça commence tout juste fin août/début septembre sur Dawson, le maximum étant atteint vers le 10/15 septembre. Ce qui m'inquiète, c'est que Seb me signale déjà que les couleurs ont bien démarré dans les montagnes de Tombstone, avec au moins 10 jours d'avance, ce qui signifie que l'affaire pourrait être terminée lorsque j'arriverai début septembre, alors que je rêve de voir ces paysages magnifiques avec les couleurs rougeoyantes. Il m'assure même qu'il n'a jamais entendu parler de départ aussi précoce, d'autant que c'est aussi le cas depuis plus d'une semaine dans certaines parties plus au sud du Yukon...

Bref, encore une fois, il n'y a pas grand chose d'autre à faire que de se plier au bon vouloir de la Nature, j'espère au moins garder de belles images pour mon arrivée sur Dawson le 1er septembre. Normalement, il devrait quand même rester de belles choses à voir, je croise les doigts plus que jamais, et vais consulter régulièrement ma webcam de Dawson sur http://dawson.meteomac.com avec une certaine anxiété chaque jour.

La Nature me joue des tours, mais elle me fascine toujours autant, je m'y sens aussi bien, j'essaie de passer au dessus de ces petits désagréments ! A bientôt.

Posté par fgourand à 22:50 - Commentaires [1] - Permalien [#]