Itinéraires polaires

31 octobre 2019

La TA70 sur le départ !

Octobre a filé à toute allure, avec pour ma part un peu de Bretagne, pas mal de Corse, et mon dernier des stages de préparation avant le départ, avec la formation au radiosondage Ozone en Haute-Provence, à Saint-Michel l'Observatoire, du 22 au 23 octobre. J'ai connu une petite période de prise de conscience, de réel, assez intense en début de mois, quand je suis revenu dans l'agglomération parisienne. Après la semaine intense de séminaire, et la parenthèse familiale à Quiberon qui l'a suivie, le retour à mon petit et sympathique appartement vincennois a été un peu rude. Avec ce séminaire de l'IPEV, je me suis retrouvé projeté dans l'aventure adélienne et ça m'a rappelé beaucoup de souvenirs d'il y a 10-11 ans, avec une différence notable : ces 10-11 années de plus. A 40 ans, je me rends compte que je suis assez différent de celui que j'étais à la fin 2008.

J'ai réalisé que je ferai un peu partie des anciens de la mission, avec mon hivernage d'expérience, et un âge sensiblement supérieur à la moyenne de ma TA70. Bref, cette confrontation au réel m'a fait énormément de bien, et m'a donné une énorme envie de voir la suite, mais ça m'a aussi rappelé que je suis moins insouciant qu'à l'époque, et j'ai connu quelques jours avec un petit fond d'angoisse : il va bien falloir vivre cet hivernage différemment du premier, alors que je m'étais naïvement imaginé jusque là qu'il suffirait de reprendre la formule qui a bien marché en 2009. C'est un défi excitant et intéressant, d'une certaine façon plus exigeant que ce que j'ai vécu avec ma TA59. J'ai toute confiance dans ce groupe que j'ai croisé au séminaire pour qu'on vive une belle aventure, mais je me pose davantage la question de mon rôle en son sein. J'ai retrouvé, notamment grâce à un sympathique séjour corse, une belle sérénité, et j'envisage tout ceci avec optimisme.

D'une certaine façon, l'aspect "vie sociale" de ce groupe m'intéresse et me préoccupe dans le bon sens du terme bien plus maintenant qu'en 2008, où je voulais surtout voir, ressentir l'Antarctique, le voyage, le continent blanc, son climat. Comme ce point ne constitue pas une inconnue pour moi aujourd'hui, et que j'ai pas mal évolué depuis le temps, je dois dire que l'aspect humain m'intéresse plus maintenant, avec son lot d'inconnues. Tout cela devient en tout cas terriblement concret avec les préparatifs en Terre Adélie actuellement :

 

 

En effet, quelques uns de ma TA70 vont décoller de Paris demain 1er novembre, pour atterrir dans quelques jours seulement à une dizaine de kilomètres de DDU, sur la piste qui était en cours de préparation ces derniers jours sur le continent blanc. Ce sont donc eux, et non l'Astrolabe, attendu deux semaines plus tard, qui vont rompre l'hivernage de la TA69, un moment très particulier, qui reste fort, bien qu'un cran en dessous du début de l'hivernage, toujours associé au dernier départ de l'Astrolabe. Comme j'ai l'impression, depuis le séminaire, de les connaître un peu, je dois dire que ce moment me touche assez, et que c'est donc une étape de plus franchie. De même qu'octobre a filé, je m'attends à ce qu'il en aille de même de novembre, les derniers préparatifs sont déjà en cours.

Je voudrais ajouter quelques mots sur la formation au sondage Ozone en Haute-Provence, qui a été raccourcie pour des raisons de fermeture administrative du site le 21, ce qui a empêché des dizaines d'étudiants, des formateurs, de rejoindre le site, et a entraîné un ajustement de notre programme, qui s'est finalement étiré du 22 14h au 23 à midi. Le procédé de sondage Ozone me semble très similaire à celui que nous utilisions en 2009, ça m'a donc rappelé pas mal de souvenirs, mais l'humeur budgétaire n'est plus la même : de 37 sondes pour l'année 2009, on passera à une quinzaine seulement pour 2020, ce qui rendra ces lâchers de ballon encore plus spéciaux, et précieux ! Pour l'anecdote, on aura eu de la pluie et même des orages en Provence cette année, contrairement à 2008, de même qu'au séminaire de l'IPEV de cette année, on aura connu vent et pluies, contrairement au beau soleil de 2008. De là à en déduire, bêtement, que l'année 2020 à DDU sera venteuse et humide, contrairement à l'année 2009 qui a effectivement été bien ensoleillée et calme, il n'y a qu'un pas... qui m'amuse assez, mais que je ne franchirai pas. A bientôt et bon départ à mes premiers co-hivernants de la TA70 !

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30 septembre 2019

Prologue, le retour

Le titre de cet article vient en écho à celui que j'ai écrit sur ce même blog le 20 septembre 2008. Aujourd'hui aussi, je pourrais marquer le début d'un nouveau blog, d'une nouvelle histoire qui débute : il est effectivement temps pour moi de revenir sur cette superbe semaine du séminaire de l’IPEV. Ce fut, comme attendu, une semaine particulièrement riche et intense. Je suis en quelque sorte entré dans un tunnel quand je suis arrivé à la gare de Brest le dimanche 22 septembre après-midi, dont je ne suis sorti que cinq jours plus tard, sans avoir vu le temps passer le moins du monde. En arrivant à Brest dimanche, j'ai retrouvé mes deux premiers camarades adéliens : François le cuisinier, et Aurore notre boulangère pâtissière. L'équipe de cuisine est évidemment un des piliers fondamentaux de tout hivernage qui se respecte, beau symbole de tomber sur eux en premier. Ensuite, j'ai rapidement retrouvé le reste du groupe à la gare. 

 J'ai alors fait connaissance de Régis, notre futur chef de district. Il a déjà exercé en 2016-2017 cette fonction sur l'archipel de Crozet, qui fait également partie des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Il a donc aussi une certaine expérience de l'hivernage. Il m'a confié que la lecture de mon blog en 2009 lui avait donné envie de partir dans ces belles contrées lointaines. Le dialogue s’est ainsi naturellement établi entre nous, sur des bases très sympathiques. Il se trouve que nous nous sommes même retrouvés à partager le même bungalow durant la semaine, avec Alain, mon technicien météo instruments, Corentin, notre mécanicien véhicule, et l’autre François de l’équipe, notre cuisinier. Je connaissais déjà Alain, avec qui nous avons déjà fait quelques formations. J'ai beaucoup apprécié les autres, avec lesquels le contact s’est établi très facilement. C'est prometteur pour l'année qui vient.

 Une fois arrivés dans le village de vacances au Conquet, j'ai tout de suite retrouvé l'esprit de groupe que j'avais quitté il y a une dizaine d'années. Cela m'a à la fois rappelé beaucoup de souvenirs, mais aussi immédiatement projeté dans l'avenir de ce groupe. Dès le premier soir et le premier repas, les conversations ont démarré de manière très naturelle et riche. J'ai eu envie de découvrir toutes ces nouvelles personnes, mais aussi de leur faire partager une partie de mon expérience. Avec une drôle de sensation de se retrouver 11 ans en arrière, quand j'étais moi-même un petit nouveau dans ce contexte là.

Lundi, première journée du séminaire a été consacrée à une présentation générale de l’IPEV, durant laquelle je n'ai pas beaucoup appris, puis à une présentation des stratégies de communication à adopter. Cette partie sur la communication m'a semblé sensiblement plus fournie qu'il y a 11 ans, ce qui semble logique, vu l'évolution de la société depuis 2008. Ce fut une nouvelle occasion de constater à quel point nous sommes passés dans une civilisation de l’immédiateté et des réactions à chaud, trop souvent à tort. Il me semble qu'on a bien insisté sur les sollicitations médiatiques, et la prudence à laquelle elles doivent nous conduire avant toute réponse. Nous avons terminé la journée avec quelques formalités administratives. Ce qui fut très sympathique et même assez touchant, c'est de me rendre compte que les gens de l’IPEV se rappelaient bien de moi 10 ans après, et venaient tous me saluer très gentiment, ce qui a ravivé le sentiment d’appartenance à cette « famille polaire ».

Mardi, nous avons eu droit à un exposé sur la glaciologie en Antarctique, très complet et intéressant, présenté par un passionné et un habitué de ces contrées, que j'avais croisé déjà il y a une dizaine d'années sur place : Emmanuel Le Meur. Ensuite, on nous a présenté le traité sur l'Antarctique avec ses spécificités, puis nous avons assisté à la présentation des TAAF et des aspects environnementaux qui y sont associés. On sent que la question de notre présence sur ces territoires est clairement posée, même si le choix a été fait jusqu'à présent d'y rester présent en minimisant notre impact environnemental, afin de récolter un maximum de données scientifiques. Les anglo-saxons ont parfois fait le choix de quasiment quitter leurs îles sub-antarctiques, pour des raisons budgétaires et environnementales. Nous avons terminé en beauté cette journée par une visite d'Océanopolis avec ses merveilleux aquariums, puis par un (très bon) cocktail dans ces lieux qui nous avaient été réservés, sous un bel aquarium !

Mercredi, après un exposé scientifique sur les différentes espèces que l'on retrouve en Antarctique, nous avons eu un topo sur la médecine et la sécurité associée sur les bases, par le médecin général des TAAF. À cette occasion, on nous a rappelé l'importance de l’isolement qui sera le nôtre sur les bases, particulièrement en Antarctique, où l’on se trouve de fait plus isolé que sur la station spatiale internationale, dont il ne faut que 24 à 48h pour rentrer en urgence sur Terre et être pris en charge par un hôpital. Dans notre cas, il faut compter 5 à 10 jours, si tout se passe bien. On nous a également parlé de la variation d'humeur qui survient quasi inévitablement lors d'un hivernage, ce qui m'a rappelé évidemment pas mal de souvenirs. Je ne me suis cependant pas totalement reconnu dans tous les symptômes décrits, mais après tout nous sommes tous différents, même si on retrouve des caractéristiques communes. On nous a également présenté l'informatique sur les bases et il se trouve que le débit dans nous disposerons sera de 256 kb/s en hivernage (32Ko/s), multiplié par quatre cependant sur la campagne d'été. On comprend donc pourquoi il est compliqué de compter sur le Net quand on partage ce débit pour toute la base... Nous avons passé l'après-midi à effectuer une formation incendie d'abord pour la partie théorique, puis l'aspect pratique, avec manipulation d'un ou deux extincteurs. L’incendie reste la menace numéro un sur base, notamment en Antarctique.

Jeudi, on nous a séparé en plusieurs groupes, afin de suivre des présentations plus spécifiques sur les bases auxquelles nous sommes affectés. Nous avons ainsi pu parcourir divers aspects de la vie sur la base Dumont d’Urville, ce qui a à nouveau réveillé de nombreux souvenirs, même s’il semble y avoir quelques différences, que je remarquerai certainement sur place, car cette semaine m'a aidé à remonter beaucoup de souvenirs précis de cette année 2009. Nous avons terminé par une présentation de l’association amicale des expéditions polaires (AMAEPF), puis un topo d’une psychologue sur la vie sur base, avant la clôture du séminaire. On nous a également présenté quelques expériences médicales qui se dérouleront ponctuellement pendant l'hivernage. Je participerai à l'une d'entre elles, peu impactante sur le déroulement de la mission. Certains de mes camarades participant aux autres expériences ont été appareillés durant la nuit mais également durant la journée du vendredi, ce qui leur aura imposé de rester quelques heures supplémentaires à l’IPEV.

Les premiers du groupe ont ainsi quitté les lieux dès jeudi soir, tandis que nous nous sommes généralement dispersés le vendredi matin, après un dernier petit déjeuner commun. Au final, du dimanche après-midi jusqu'au vendredi matin, nous avons véritablement vécu comme un grand groupe mêlant les Antarctique et les sub-Antarctique et nous n'avons quasiment pas eu une seconde pour nous, avec toutes les activités organisées durant la journée, et les temps de repas en commun en dehors de celles-ci, notamment tous les dîners, sauf mardi, sur cet bon restaurant du vieux port du Conquet. Après plusieurs semaines de beau temps, la semaine a été perturbée avec souvent de la pluie et du vent, des conditions qui diffèrent nettement de celles que j'avais connues lors du séminaire de 2008, ainsi que de l'an passé, d'après les dires de Gaétan chef météo TA69.

Concernant notre TA70, nous serons a priori 25 contre 26 lors de la TA59. Un 25ème hivernant (volontaire électricien) est en cours de recrutement, mais pour les 24 autres nous serons 20 hommes et 4 femmes, tous présents lors du séminaire, et avec qui j’ai pu généralement parler. Je peux déjà nommer tout le monde sur la photo ci-dessous, en sachant qui fait quoi. Mon impression générale est très bonne, avec une équipe motivée, qui me semble un peu plus jeune que celle de ma TA59. Certes, j'ai pris 11 ans, mais je me retrouve plus âgé que Régis, notre chef de district et Sarah, notre médecin, les deux personnages clés de la base (avec le cuisinier, bien sûr !). Si je ne m'abuse, nos deux benjamins ont 20 ans (Aurore, boulangère-pâtissière) et 21 ans (Julien, mécanicien de précision/outilleur), un peu plus jeunes que notre Guigui de la TA59 (22 ans).

PhotoSeminaire2019

La TA70 quasiment au complet, ainsi que deux personnes qui feront la campagne d'été avec nous © Facebook IPEV

Comme en 2009, je vais à nouveau passer l'hiver antarctique en compagnie d’Alain Mathieu qui sera notre chef technique, et qui passera ainsi son septième hivernage en Antarctique ! Il m'a dit que le nouvel Astrolabe était bien plus confortable que l'ancien, avec notamment les sanitaires dans les chambres. Tous les autres hivernants n’ont jamais connu l'hivernage à DDU. Cependant, certains d'entre eux ont déjà hiverné dans les autres districts (Kerguelen, principalement). Classiquement, ce sera une grande première pour la majorité du groupe.

En partageant une chambre du bungalow du village de vacances j'ai eu l'occasion de discuter déjà pas mal avec Régis, et on s'est fait la réflexion tous les deux que faire l'expérience d’un hivernage, c'est avoir une expérience de vie d'une saveur très particulière. C'est cette saveur que j'avais quelque peu oublié depuis tout ce temps qui est revenu pour mon plus grand plaisir et en force durant ces cinq jours. Ça donne vraiment envie de voir la suite ! Et merci à l’IPEV pour cette belle organisation et cette possibilité de nous acheminer puis de nous faire vivre ces expériences si spéciales… Je me remets de ces journées fortes pendnat quelques jours dans l'appartement familial de Quiberon, avant le retour à Vincennes pour poursuivre les préparatifs, dans quelques heures, c'est le mois d'octobre, le voyage est presque là, à bientôt !

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06 septembre 2019

Septembre : premiers départs

Les choses s'accélèrent nettement en ce début de mois de septembre. En effet, l'étape des malles est franchie ! J'ai un peu laissé traîner l'affaire cet été, en me disant que ce n'était pas grand chose, que j'aurai largement le temps de m'en occuper fin août, et je me suis quand même retrouvé un peu dans l'urgence, maîtrisée certes, mais dedans. L'immense avantage d'avoir déjà effectué ce beau voyage est que je sais à quoi m'attendre, et de quoi sont faites les différentes étapes. Cela a nettement dédramatisé l'enjeu de cette étape du remplissage des malles. Je me rappelle en effet nettement que j'avais apporté peu de choses réellement utiles dedans, et que j'avais surtout regretté de ne pas avoir mis quelques produits locaux dedans. J'ai essayé de me rattraper cette fois ci avec 6 kg de charcuterie corse, et une douzaine de bouteilles de vin/liqueur, qui devraient, si elles arrivent dans un bon état de conservation, bien égayer nos semaines sur place.

malles2019

 

J'ai ainsi rempli deux malles (comme il y a 10 ans), une de 32,5kg et une de 35kg, et là, pour le coup, c'est sensiblement plus lourd, avec bouteilles et charcuterie, forcément ! Enfin c'est parti et surtout arrivé dans les temps à l'Institut Polaire, à Plouzané, à côté de Brest. Un de mes futurs co-hivernants, Pol, a récupéré une liste de nos mails, et nous a proposé d'intégrer un groupe de discussion sur l'application WhatsApp. Je me retrouve donc à discuter avec des inconnus, qui deviendront rapidement des personnages bien familiers, c'est amusant. Ca, on ne pouvait pas le faire il y a 11 ans, avant mon départ, car c'était beaucoup moins développé.

Le fait que mes malles soient parties m'engage maintenant clairement vers le voyage. Puisqu'elles sont parties, et que je ne les retrouverai qu'à DDU, il me faut les rejoindre ! L'excitation du voyage est très sensiblement montée, car ça devient terriblement concret, en tout cas à un niveau que je n'ai pas connu depuis fort longtemps. Et le fait de savoir à quoi m'attendre ne diminue pas ce sentiment. Au contraire, y aller en connaissance de cause, fait résonner tous les bons souvenirs d'il y a 10-11 ans, et donne furieusement envie d'y goûter à nouveau. Par ailleurs, j'ai changé, clairement, l'âge et mon expérience ne sont plus les mêmes, je souris souvent en relisant avec quelle emphase je m'exprimais sur ce même blog, avant de partir, en 2008. Je me reconnais, de loin.

Septembre, premiers départs : celui de mes malles, bien sûr, qui m'engage, mais aussi celui de mon boulot actuel, celui que j'exerce depuis quasiment 8 ans, prévisionniste pour les Medias, en collaboration avec la DIRCOM de Météo-France. J'ai effectué mes dernières vacations cette semaine, avec le sentiment du devoir accompli, d'avoir eu la chance de travailler sur des sujets qui me passionnent, avec des montées en pression lors de grands événements météo, qui ont fort sympathiquement rythmé toutes ces années, entouré de collègues particulièrement sympas, avec qui je suis allé prendre un verre ces derniers jours, en hommage à toutes ces dizaines, ces centaines d'heures agréablement partagées.

Il me reste quelques stages de préparation à effectuer, le principal et le plus attendu étant le fameux séminaire de Plouzané, du 23 au 26 septembre, l'occasion de rencontrer enfin ces inconnus qui s'expriment plus ou moins sur notre groupe WhatsApp, laissant parfois deviner quelques traits de caractère. Le plus facilement partagé : l'enthousiasme ! Il se développe d'autant plus facilement à l'approche du grand départ, bien sûr. Le mien, bien réel mais modéré jusqu'alors, a nettement bondi ces derniers temps, les malles obligent quand même tellement à se projeter, on se laisse aisément emporter !

Je ne peux raisonnablement pas terminer cette note sans mentionner le fait que notre été 2019 a finalement été le 3ème été le plus chaud en France depuis 1900, après 2003 et 2018, avec une fin d'août encore bien chaude, sans battre beaucoup de records pour autant. Les étés de notre enfance semblent bel et bien révolus, comme le montre de façon très parlante ce climatologue :

 

A bientôt pour la suite du début de l'aventure adélienne !

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11 août 2019

Bienvenue (?) dans un monde plus chaud

En dépit de ce titre évocateur, je reviens un peu à froid sur les événements climatiques de ces dernières semaines. La France a connu une seconde canicule de grande ampleur en cette fin juillet, que j'ai suivie avec passion et inquiétude, dont j'ai été un modeste acteur toujours dans ma mission actuelle à Météo-France, voici les températures qui ont été relevées entre le 22 et le 26 juillet :

 


Ce qui m'a frappé, comme beaucoup de collègues, et bien au delà, c'est le niveau extrême des températures qui ont été atteintes sur le nord du pays, des valeurs que je n'imaginais pas voir avant 10-20 ans au moins. En effet, les records ont fait un véritable bond en avant, à l'image de ce qui avait été observé dans le sud du pays cette fois, durant la fin juin. A Paris, on a battu l'ancien record qui datait du mémorable été 1947 de plus de 2°C en passant de 40,4°C à 42,6°C ! A Lille, on est passé de 37,6°C atteints l'an passé à 41,5°C. On a ainsi dépassé, à de très nombreuses reprises, la valeur jamais atteinte de 40°C au Benelux durant ces jours de fin juillet 2019.

Je crois que ce phénomène, dont on a pu évaluer scientifiquement l'aggravation due au changement climatique (en lien ici), illustre à nouveau que le nouveau climat que nous découvrons année après année part dans des extrêmes qui nous sont inconnus de façon brutale, ce qui risque d'engendrer des conséquences elles-aussi brutales, réduisant la capacité d'adaptation de notre environnement. D'une certaine façon ce serait plus simple à gérer si c'était linéaire, mais bien trop simple en réalité.

 

 

Je suis ainsi passé au parc Montsouris, à notre station de référence parisienne, en ce jour historique du 25 juillet 2019. Comme je l'indique dans le tweet ci-dessus, il faisait déjà très chaud vers 11h, le ciel était bien dégagé, ce qui était une légère source d'incertitude les jours précédents pour le record, tout indiquait bien qu'on vivait une journée historique, et le record de 1947 est tombé à 13h36 précisément, avant d'être amélioré jusque vers 16h30. La nuit suivante a été terrible, très chaude, fatigante, rendue supportable dans mon appart surchauffé (> 31°C) par la mise en route d'une petite clim portative. Vendredi, j'ai quand même accusé le coup physiquement, sonné par les jours précédents, sachant qu'il avait déjà fait 39.5°C mercredi 24...

C'est une nouvelle fois un mélange d'excitation de passionné de météo que je suis, face à un événement climatique inédit, et de fatigue liée à la chaleur que je supporte plutôt mal, qui m'a épuisé, heureusement que ça n'a pas duré quelques jours de plus, à un moment ça devient juste compliqué de continuer à travailler, sans compter que la catastrophe sanitaire aurait pris d'autres proportions... En sortant de tout cela, une inquiétude bien sûr face à un futur menaçant pour nos civilisations, il est temps, largement, de préparer l'après...! L'été que nous vivons va faire partie des 5 plus chauds que la France ait connu depuis 1900, sachant que les autres plus chauds sont 2003, 2018, 2017 et 2015. 4 des 5 étés les plus chauds sur les 5 dernières années ? Bien sûr, on connaîtra à nouveau un été "frais" dans les prochaines années, mais le réchauffement, on est en plein dedans...

Sinon août signifie que je rentre en détail dans le préparatif de mes malles à expédier à Dumont d'Urville début septembre. A priori, je vais miser sur ce qui m'avait le plus manqué il y a 10 ans : un stock de bonnes bouteilles qui viendront égayer l'hivernage à intervalle régulier. Avec une douzaine de bouteilles, ça ferait un rendez-vous sympa par mois ! Sinon il y aura un peu de matériel, notamment une station météo Davis que je vais installer pour l'association Infoclimat, mais j'aurai le temps d'en reparler. A bientôt.

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09 juillet 2019

On passe la seconde !

J'ai vraiment le sentiment depuis les 10 jours de stage à Toulouse, et plus encore depuis hier, que les choses s'accélèrent et que la Terre Adélie se rapproche nettement. En effet, j'ai reçu hier 8 juillet 2019 au courrier le dossier capital que voici :

DossIPEV

Ce dossier contient plein d'informations sur l'Antarctique, la Terre Adélie, l'hivernage, des conseils pour se préparer, préparer les malles, oui, la nouvelle étape prioritaire maintenant, à réaliser d'ici début septembre ! J'ai aussi reçu dès la fin juin un mail me demandant mes mensurations pour préparer le paquetage de vêtements fournis par l'IPEV pour l'hivernage, mail auquel j'ai fini par répondre également hier.

Si on ajoute à cela que je suis en train d'écouter l'excellent podcast "Un été en Antarctique" du journaliste de France Culture Nicolas Martin, podcast enregistré lors de la dernière campagne d'été, je suis donc maintenant quasiment sur le départ, dans ma tête en tout cas, alors que tout était encore bien calme de ce côté là à la mi-juin, si proche pourtant. Je sens l'excitation monter, avec un drôle de sentiment, forcément différent de celui qui m'habitait il y a 11 ans juste avant le départ, car toutes ces étapes, le podcast, me rappellent plein de souvenirs encore précis qui remontent naturellement rapidement à la surface.

En ce sens, l'expérience que je vis actuellement est déjà nouvelle, car se préparer à tout cela en connaissance de cause change énormément, ça rassure forcément un peu. La curiosité est bien là, surtout celle de connaître mon équipe de co-hivernants, lors du séminaire à l'IPEV fin septembre, donc j'ai maintenant les dates : ce sera dans la semaine du 23 au 27 septembre : j'ai hâte, bien sûr ! Et cette étape sera forcément bien différente elle aussi du séminaire de septembre 2008, elle y ressemblera peut être par un certain nombre d'aspect (les lieux, les thèmes abordés bien sûr), mais le fait de le vivre avec un groupe totalement différent, et encore largement inconnu à ce jour,en fera l'unicité. A bientôt !

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30 juin 2019

Une "belle" canicule, avant le froid

Comme j'ai le sentiment qu'aller à DDU se mérite, de plusieurs façons, l'une d'entre elles est peut être d'endurer de fortes chaleurs estivales, avant de pouvoir se reposer dans un beau pays où elles n'existent pas, et ne sont même pas prêt de l'être dans les projections les plus alarmantes. Je me suis d'autant plus dit "Vivement DDU" ces derniers jours que j'étais et suis toujours d'ailleurs, à Toulouse en formation pour le départ de décembre en Terre Adélie. Formé pour être apte dans les glaces, par +40°C, ça, c'est maintenant fait ! Juillet commence... et le départ est donc maintenant prévu dans 5 mois, soit la durée qui me sépare du mois du début février, pas si lointain que cela.

 

Nous avons vécu ces derniers jours en France un phénomène climatique d'une ampleur inconnue dans l'époque moderne au moins. Le record natonal de chaleur a été battu par plus d'une dizaine de stations météo différentes, la valeur un peu douteuse de 44,1°C de la canicule d'août 2003 dans le Gard a été remplacée par une autre beaucoup plus fiable : on a ainsi relevé 45,9°C à Gallargues-le-Montueux, dans le Gard, vendredi 28 juin 2019. Une station amateur voisine du réseau de qualité Infoclimat a mesuré 46,1°C au Triadou, dans l'Hérault. Je retiendrai donc de cet épisode météorologiquement exceptionnel qu'on a battu d'environ 2°C l'ancien record national de chaleur.

Cela a d'ailleurs eu des conséquences dramatiques sur la végétation de cette région, un gros pourcentage des vignes du coin a littéralement grillé sur place, car le vent brûlant était également de la partie ce vendredi 28. Comme si on avait soufflé avec un puissant sèche cheveux à plus de 45°C sur ces vignes pourtant habituées aux chaleurs d'été, mais pas > 40°C non plus, a fortiori encore moins à 45°C et davantage ! 46°C, c'est la température normale en août dans un endroit les plus chauds du monde, la bien nommée "Vallée de la Mort" en Californie...

Excepté en août 2003, il n'avait jamais fait aussi chaud en France que le 27 juin 2019, ce qui replace le caractère exceptionnel des températures, même à l'échelle du pays, d'autant plus si on considère que cet événement s'est produit au tout début de l'été, en juin ! On mène en ce moment une étude d'attribution, qui devrait permettre de savoir à quel point le réchauffement climatique est responsable de cette canicule historique de juin 2019, je suis curieux d'en connaître le résultat, sans trop douter a priori de la part importante du réchauffement dans l'apparition d'un phénomène si puissant, si précocément dans l'été...

A Toulouse où je me trouvais ces jours-ci, l'ancien record pour un mois de juin (39,8°C) a été battu deux fois, jeudi 27 et samedi 29, et ce dimanche le rafraîchissement a été relatif avec 34°C. Ca devrait aller un peu mieux pour les 3 prochains jours, où je vais retrouver les bases du radiosondage, également appelé "lâcher de ballon" en langage non scientifique. Eh oui, avec un nouveau logiciel notamment, il faut se refaire la main, avant de partir le refaire là bas, dans des conditions parfois musclées...!

Pour terminer sur la canicule, j'ai animé un point presse pour Météo-France vendredi 21, auquel étaient présents une vingtaine de journalistes, afin d'annoncer nos premières prévisions pour la canicule de la semaine suivante. J'ai donc parlé d'un événement qui devrait débuter 3 jours plus tard, en annonçant une fin possible 9 jours après. Je suis encore positivement bluffé que la réalité ait si bien suivi la prévision de l'événement, surtout pour des prévisions à plus de 7 jours ! C'est à ce genre d'événement que je mesure la progression impressionnante des prévisions météo à moyenne échéance (> 4 jours) depuis mon arrivée à Météo-France il y a 14 ans...

J'ai également reçu cette semaine un mail de l'IPEV, qui me demande d'envouyer mes mensurations pour préparer les vêtements de missions qui m'accompagneront toute l'année prochaine, il va donc falloir que je me mesure et que je renvoie ça, avec a priori une séance d'essayage au cours du séminaire de septembre, celui que j'attends avec impatience, pour découvrir les gens qui vont composer ma TA70. A bientôt, plus fraîchement j'espère !

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25 mai 2019

TA59 : 10 ans après !

Du 9 au 12 mai, nous avons réussi à réunir une dizaine d'adéliens de ma TA59, la 59ème mission à laquelle j'ai eu la joie de participer il y a exactement 10 ans. Nous en parlions depuis des mois, et en janvier tout s'est accéléré à l'initiative de quelques uns, ce qui nous a permis de réserver un gite dans le Cantal, au Claux, pas très loin du Puy Mary. La photo qui suit a été prise lors du grand repas tous ensemble du 11 mai au soir :

DDU10ans

 Sur la photo, en partant de gauche au fond puis à droite: votre serviteur, Frédérique (femme de Richard), Elodie, Eugénie, Jean-Phil, copain de Marion, Marion, Guillaume alias Guigui (et sa fille), compagnon d'Emeline (masqué, avec une de leurs filles), Emeline (et leur autre fille), Richard, Yann. Emilie, copine de Guigui, prenait la photo

Je m'attendais à trois jours sympas, je n'ai vraiment pas été déçu, les retrouvailles nous ont vraiment replongé dans l'ambiance d'il y a 10 ans, déjà... J'ai le sentiment que nous avons plutôt peu changé en 10 ans, beaucoup ont évolué bien sûr, certains étaient accompagnés pour ce week-end de conjoints et enfants, mais entre nous on s'est vraiment bien retrouvés. On a évidemment beaucoup parlé de Terre Adélie, retrouvé certains réflexes, et tout cela est revenu naturellement des années plus tard. Pour un certain nombre, je ne les avais pas revus depuis 7-8 ans, lors de retrouvailles post-DDU.

D'autres auraient également voulu se joindre à nous, mais trouver une date commune même des mois avant n'était pas simple, je pense notamment à Céline et Caro. Enfin ça faisait quand même un beau groupe, et nous avons vraiment passé la plupart de ce temps ensemble, beaucoup dans le gîte, notamment en raison du temps très moyen, voire pluvieux par moments. Nous avons tout de même pu avoir un aperçu de la région immédiate lors de petites promenades les vendredi 10 et samedi 11 après-midi, en passant généralement entre les gouttes. Un certain nombre d'entre nous est monté au sommet du Puy Mary, en partant du col du pas de Peyrol, une montée assez raide avec un vent soutenu et plutôt froid, dans le brouillard, mais heureusement sans pluie.

J'ai profité de cette belle ambiance qui nous a complètement sorti du temps, et même du lieu parfois, tant la Terre Adélie m'a semblée proche, et j'ai pu mesurer, sans parvenir encore à totalement y croire,  la chance qui est la mienne d'avoir l'opportunité d'y retourner à la fin de l'année ! Mes amis adéliens ont bien insisté, à juste titre, sur ce point, et m'ont promis de demander plein de nouvelles/photos de divers points dans la base, que j'aurai naturellement le temps de leur fournir dans quelques mois !

En attendant, les semaines s'écoulent, ni lentement, ni très vite, à leur rythme. Je vais avoir 40 ans dans quelques jours, en écho aux 30 ans que j'ai fêté à Dumont d'Urville dans une drôle d'ambiance avec ces amis adéliens. Cet anniversaire se déroulera aussi dans un contexte spécial à titre personnel puisque je serai normalement en Bretagne, à Quiberon, où mes parents achètent un appartement, où ils comptent passer beaucoup de temps dans le futur, certainement au détriment de Paris, où ils garderont cependant un pied à terre. C'est un gros changement de vie pour eux, mais aussi pour ma soeur, mon frère et moi-même, puisque cela entraîne la vente du (grand) appartement où nous avons grandi, où mes parents habitent depuis 30 ans exactement. Une nouvelle étape de la vie familiale, à laquelle je m'associe joyeusement à Quiberon en début de semaine prochaine. 2019, et son lot de nouveautés, avec une fin alléchante en perspective, dans le Grand Sud ! A bientôt.

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11 avril 2019

Tourné vers le vent Antarctique

Les semaines filent à ma grande satisfaction, et les choses continuent à évoluer : mon départ pour la Terre Adélie a été définitivement confirmé, sans ambiguité, de façon officielle, vers le 20 mars (!), mais ça y est, je peux enfin me projeter vers cet improbable retour ! Pour m'y aider, je me suis rendu à Toulouse du 2 au 4 avril, afin de suivre et de donner une formation sur la Météorologie Polaire. Je suis en effet formateur en la matière pour l'Ecole Nationale de la Météorologie depuis 2017, et cela fait partie des stages que je dois suivre avant mon départ. J'ai donc assisté avec beaucoup d'attention aux différents modules que je n'enseigne pas, et donné mon cours et le TP correspondant avec un plaisir particulier.

Ce fut une véritable première immersion car j'ai retrouvé mes deux collègues météo qui vont séjourner avec moi l'an prochain en Terre Adélie, ainsi que deux collègues météo qui vont prochainement partir à Kerguelen, et un autre collègue formateur Yann qui a bien connu Kerguelen (2 missions). Nous avons pris plusieurs repas ensemble et longuement évoqués divers aspects des séjours dans les TAAF, ce qui remet clairement dans le bain ! En tant que seul ancien hivernant en Terre Adélie d'entre nous, j'ai pas mal parlé de mon expérience là bas, répondant avec plaisir à de nombreuses questions. Evidemment, le plaisir n'aurait pas été le même sans la perspective d'y retourner dans 8 mois à peine maintenant !

GaetanVent

Illustration venant de Dumont d'Urville ces derniers jours, source Twitter Gaétan Heymes @GaetanHeymes

L'immersion fut aussi facilitée par l'exercice que je proposais lors de la séance de Travaux Pratiques de prévision météo polaire, avec la simulation d'un trajet de l'Astrolabe entre Hobart et DDU, en conditions réelles c'est-à-dire entre le 3 et le 8 avril. Or, la période a été très venteuse ces derniers jours, comme l'illustre la photo de Gaétan ci-dessus, avec les différents records de vent qu'il évoque, un de plus ! J'ai regardé et effectivement la période allant du 1er février au 10 avril est la plus venteuse jamais relevée à Dumont d'Urville depuis le début des relevés avec une moyenne de 45km/h et un jour sur deux où les rafales ont dépassé les 100km/h ! Je me suis également fendu d'un petit tweet pour l'occasion, avec une animation satellite sur la zone :

 

Ce petit séjour toulousain, puis le suivi de la longue tempête de ces derniers jours en Terre Adélie, ont véritablement lancé l'étape 0 de cette nouvelle expérience antarctique à mes yeux. Je suis plus impatient que jamais, tout en sachant qu'il reste encore un peu moins de 8 mois d'attente, avec un départ traditionnellement dans les premiers jours du mois de décembre. Je commence à envisager quelques préparatifs, comment aménager mon temps de travail d'ici là, avec vraisemblablement une période de récupération dont je pourrai bénéficier après l'été.

Au boulot, on me parle très souvent de l'Antarctique, certes, il n'en faut pas beaucoup pour me lancer sur le sujet, mais j'ai l'impression que cela fait également pas mal réagir autour de moi, avec pas mal de collègues qui m'envient un peu, je crois, mais qui n'ont pas forcément la liberté dont je dispose pour partir ainsi un an, à l'autre bout du monde. Je suis bien conscient que ça ne restera qu'une (nouvelle) parenthèse, aussi enchantée j'espère que fut celle de 2009, mais dans l'époque troublée que nous vivons, cela me semble d'autant plus appréciable. En tout cas, cela dégage vraiment mon horizon à moyen terme de façon lumineuse, et il sera bien temps de me poser la question du retour dans un peu plus d'un an. Déjà, bien se préparer, et partir... A bientôt.

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22 février 2019

DDU : début de l'hivernage de la TA69

Evénement ce vendredi 22 février 2019 en Antarctique : la TA69 ou encore 69ème mission en Terre Adélie, a commencé son hivernage, avec le départ de l'Astrolabe qui a quitté la base en fin de journée. C'est parti pour un peu plus de 8 mois d'isolement complet pour les 23 membres de la mission. J'ai une pensée particulière pour Gaétan Heymes, le chef météo de la TA69, avec qui je suis en contact assez régulier ces dernières semaines, et qui partage ses impressions assez régulièrement dans son blog : https://heymespheresud.blogspot.com dont j'ai tiré la photo suivante du départ du bateau ce jour :

 

Le début de cette année 2019 a été assez spécial de mon côté car il est prévu que je l'achève à Dumont d'Urville, ce lieu magique et un peu mythique, mais il faut pour cela attendre la validation des tests d'aptitude médico-psychologiques. J'ai passé ces fameux tests le 24 janvier dernier, une journée plutôt éprouvante, assez similaire en cela à mes souvenirs de la journée de tests de mars 2008. Le matin, examen médical classique, examen visuel, radio des poumons, radio panoramique dentaire, prise de sang. Après déjeuner : test psy, avec les 2 questionnaires de personnalités, qui m'ont pris 1h15 de réflexion, puis l'entretien d'environ une heure avec le psy, qui peut être par moment, dans son rôle, assez désarçonnant.

Je suis ressorti de là vidé, fatigué, et pas complètement rassuré. J'ai toujours considéré que ces tests constituent un véritable obstacle à franchir, dont on ne maîtrise pas tous les aspects, loin de là. A quoi bon être sélectionné par Météo-France si je suis déclaré inapte ? En plus, j'ai du repasser un examen plus complet avec un ophtalmo, et faire valider un certificat par mon dentiste, qui a demandé deux radios supplémentaires chez deux spécialistes différents suite au 24 janvier. Bref, une activité médicale bien remplie ces dernières semaines... Tout cela sur fond d'incertitude réelle quant au résultat. Il ressort de tout cela que j'ai reçu un mail de réponse du médecin des Terres Australes à Paris il y a seulement quelques jours, donc quasiment 4 semaines après la journée de tests, dans lequel il m'a sobrement déclaré : "je valide votre aptitude".

Ces 4 dernières semaines ont donc été relativement désagréables avec cette incertitude persistante, et l'impression un peu mitigée que m'avait laissée l'entretien avec le psy. Ce qui ne me rassure encore pas tout à fait aujourd'hui c'est que je n'ai pas eu de retour du psy, mais comme c'est le médecin des Terres Australes qui doit valider le tout (incluant l'avis psy), s'il le fait, je me dis que ça doit être le feu vert, le vrai !

Je commence tout doucement à réaliser et à me réjouir de la perspective d'un départ dans environ 9 mois (début décembre). Je vais enfin pouvoir commencer à me projeter dans la perspective d'un départ, avec pas mal de choses à ficeler d'ici là. Les formations vont commencer en avril avec une formation à la métréorologie polaire... que je connais bien puisque je suis pour la troisième année de suite formateur dans cette formation, je vais donc m'auto-former, ce qui m'amuse assez !

J'ai eu le plaisir de rencontrer lors du 24 janvier mes 2 collègues météo qui sont pressentis pour faire également partie de l'aventure, Alain et Michel, tous deux la soixantaine, et proches de la retraite. J'ai eu un très bon contact avec Alain, qui m'a informé cette semaine avoir reçu la validation de son aptitude, alors que Michel doit encore passer quelques examens je crois.

En tout cas ça fait déjà quelques semaines que je regarde quasiment quotidiennement le temps qu'il fait à DDU, les prévisions, avec envie, enthousiasme, en me rappelant aussi ce que j'ai vécu lors de ma TA59, il y a 10 ans.... A propos de la TA59, nous devons nous retrouver lors d'un week-end du mois de mai dans le Cantal, une douzaine d'entre nous, pour nous remémorer ces bons souvenirs. Quand je pense que je vais probablement y retourner.. ! Il y a 10 ans, j'avais ranimé ce blog né en Alaska pour les préparatifs du départ à DDU, j'ai soudain plus de motivation à remettre "Itinéraires polaires" sur pied, donc à bientôt !

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18 décembre 2018

Il y a 10 ans, DDU...

Petit message en cette date bien particulière, puisque c'est exactement il y a 10 ans que je suis arrivé à Dumont d'Urville, point de départ de 13 mois inoubliables. Je suis toujours bien placé pour repartir et espérer m'y retrouver dans exactement un an, il faut que je valide cependant les fameux tests, qui se dérouleront le 24 janvier, et dont j'aurai vraisemblablement les résultats en février. C'est donc environ deux mois plus tôt qu'il y a une dizaine d'années, pour ce qui est mon premier point de comparaison.

Bien que je ne me projette pas encore complètement dans cette nouvelle aventure, j'y pense souvent, quasiment tous les jours, en suivant notamment les aventures de mon jeune collègue Gaétan, chef météo de la TA69, qui est arrivé à DDU le 9 décembre dernier, et qui tient un blog qui me rappelle de bons souvenirs. Prouesse technologique qui était impossible il y a 10 ans, il peut, parfois, tweeter, comme il l'a fait aujourd'hui :

 

 

 

Grande douceur on le voit ce mardi 18 décembre à DDU, et cette vue depuis le bureau météo qui réveille là encore de jolis souvenirs, et j'ai encore bien du mal à réaliser qu'il y a quand même des chances que je la revoie bien souvent dans à peu près exactement un an ! En tout cas l'enthousiasme de Gaétan, que je connais par ailleurs un petit peu, fait plaisir à lire, je retrouve un peu du mien il y a 10 ans. On verra cette fois dans quel état d'esprit je serai pour ces prochains mois, si je valide bien les tests, pour l'instant ça reste assez virtuel tout cela, j'ai envie de me projeter, mais je me retiens quand même. 

Quelques mots supplémentaires sur l'extra-ordinaire journée du 18 décembre 2008 qui fut la mienne, la nôtre avec bon nombre de mes camarades de la TA59, puisque c'est la longue journée d'approche et d'arrivée à DDU sous un soleil éclatant, l'Antarctique qui se rapprochait heure après heure, peut être mon meilleur souvenir de toute l'aventure... A bientôt et bonnes fêtes de fin d'année !

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