Septembre, l'été météorologique est maintenant terminé. Pour moi, c'est le moment des vacances qui approche, j'aurai le temps de revenir dessus et de nettement augmenter l'activité de ce blog dans les prochaines semaines. Pour l'heure, je voudrais rester sur deux événements climatiques, qui ont été assez marquants ces derniers mois : la crue de la Seine à Paris début juin, et la canicule bien tardive de cette fin août. Chacun de ces deux événements, à sa manière, est hors norme. On pourra me rétorquer que l'histoire du climat est jalonnée d'événements hors normes, en effet, mais ceux là ont peut être quelques ingrédients de ce qui nous attend dans le futur.

La crue de la Seine de juin 2016

La crue de la Seine s'est produite à la suite d'un épisode pluvieux exceptionnel, qui s'est produit fin mai (détails sur un article Météo France), qui a conduit à de nombreux records de pluviométrie dans la région Centre. Au départ, ce sont des fleuves en amont de la Seine qui ont vu leurs cours d'eau déborder, comme le Loing, qui a connu une crue centennale à Nemours entre le 1er et le 2 juin, dépassant là bas les cotes atteintes lors de la crue de 1910. L'onde de crue s'est ensuite propagée et c'est deux jours plus tard, les 3 et 4 juin, qu'elle a atteint sa cote maximale à Paris.

niv3grph

Sur ces données issues du site vigicrues, on voit que le maximum a été atteint dans la nuit du 3 au 4 juin, et la valeur finale retenue fut de 6,10m au pont d'Austerlitz, une valeur proche de celle atteinte lors de la crue de 1982. On peut donc affirmer que c'est la plus forte crue de la Seine à Paris depuis 1982, donc 34 ans !

P1250339

Sur cette vue de chez moi le 3 juin, on peut voir le port de l'Arsenal bien inondé avec l'eau qui débordait largement sur les quais.

P1250340

La scène était assez surréaliste, de voir toute cette eau, là où on n'a pas l'habitude de la voir. Au fil des jours et de la montée de la Seine, régulièrement réévaluée à la hausse, j'ai commencé à avoir un peu peur pour ma cave, dans laquelle je suis descendu pour réhausser quelque éléments. A mon avis, à cette hauteur, il ne fallait pas que l'eau monte beaucoup plus pour inonder les caves de mon bâtiment situé si près...!

InsParis

J'ai produit cette petite image le 4 juin au boulot, représentant le nombre de minutes d'ensoleillement, chaque jour.  Et c'est ce qui était frappant lors de cette période de crue : le phénomène était déjà assez peu commun par son ampleur, mais cette ambiance étrange de longues journées grises où on regardait l'eau monter avec une certaine fébrilité était incroyable ! Au début il y a eu ces fortes pluies qui ne semblaient jamais cesser sur la région, Paris incluse, et ensuite, même quand la pluie a cessé (ou quasiment), le soleil est resté totalement absent plusieurs jours. Effectivement, une telle séquence de 6 jours consécutifs sans la moindre minute de soleil n'avait jamais été mesurée à Paris en mai-juin, où les journées durent en plus si longtemps, depuis le début des relevés !

Si je résume : des records de pluviométrie, mais aussi de faible ensoleillement. Il y a un autre élément qui ajoute au côté hors norme, mémorable, de cet épisode : il s'est produit en juin ! Il faut probablement remonter des siècles en arrière pour trouver trace d'une telle crue en juin. Les crues sont typiquement hivernales, quand les sols saturés n'absorbent plus l'eau de fréquentes perturbations, que la végétation en dormance n'absorbe rien, qu'un temps frais et peu ensoleillé de toutes façons n'évapore que très peu ce qui tombe. Parfois en fin d'hiver/début de printemps, la fonte des neiges vient également gonfler les cours d'eau. Mais là, rien de tout cela. Simplement un épisode météo exceptionnel par sa pluviométrie. On parle là d'un épisode centennal à l'échelle de la région Centre toute entière, ce qui n'est pas rien.

P1250351

Et finalement, après 6 petites minutes de soleil qui sont quasiment passées inaperçues samedi 4 juin, et qui n'ont probablement pas concerné toute la ville, c'est véritablement le dimanche 5 que le soleil est plus nettement réapparu, alors que l'eau commençait à se retirer doucement, comme on le voit sur la photo ci-dessus. Une séquence exceptionnelle par son humidité ambiante donc, la grisaille hors norme en cette saison de longues journées, et cette eau... ! Pour l'anecdote, je retiendrai aussi que j'ai accompagné, avec un autre collègue, le PDG de Météo-France pour présenter à notre Ministre de tutelle (Ségolène Royal, Environnement) un point météo lors de la petite cellule de crise qu'elle avait réunie devant un parterre de journalistes le 31 mai en fin de journée, si je me rappelle bien. Une semaine un peu hors norme à tous points de vue, dont je me souviendrai longtemps !

 

La canicule exceptionnellement tardive d'août 2016

Après un été qui s'était jusque là déroulé sans véritable coup de chaleur généralisé, une masse d'air brûlant a envahi le pays le 23 août et s'est installée les jours suivants, ce qui a donné lieu à des séries de températures très élevées, dignes de l'Andalousie ! On a ainsi dépassé tous les jours, du 23 au 27, les 35°C à Chateauroux, dans la région Centre (encore une fois !), depuis que la station existe, soit 1893, une telle séquence de température ne s'était produite qu'une seule fois, pendant la grande canicule d'août 2003. Un très grand nombre de stations, essentiellement de la moitié nord, ont battu des records de température pour une fin août (point plus complet sur l'article sur le site de Météo-France).

Moi qui pensais un peu naïvement, arrivé au 15 août, que la partie la plus chaude de l'été était derrière nous, je me trompais lourdement : nous avons clairement connu la vague de chaleur de cet été 2016 du 23 au 28 août, avec des nuits assez pénibles en ville, comme à chaque fois dans pareil cas.  Ce qui est remarquable, c'est qu'il fait encore chaud en ce début septembre, des records de chaleur ont encore été battus, cette fois près de la Méditerranée, aujourd'hui. D'autres records pourraient suivre dans les prochains jours, la chaleur semble encore vouloir rester un bon moment sur le pays ! 

Ainsi, cet été (juin-juillet-août, en météorologie) qui avait débuté dans cette humidité record début juin, s'est achevé dans la chaleur marquée, la sécheresse et sous beaucoup de soleil fin août, et semble vouloir jouer les prolongations au moins pour ce début de mois de septembre. Ah ! les charmes des variations des cycles météo, ça me passionne toujours autant, j'avoue ! Ces variations particulièrement marquées cette année ont fait passer l'humidité des sols sur le pays d'un niveau record juste après les déluges de fin mai à un niveau inférieur à la médiane en cette fin août :

france_2016

 

Des marqueurs du changement/réchauffement climatique ?

Peut-on relier ces événements extrêmes au changement climatique ? Concernant la vague de chaleur tardive, c'est assez clairement oui. Il y a toujours eu des vagues de chaleur par le passé, parfois bien tardives comme en septembre 1911, mais celle que nous avons connue cette année est exceptionnelle par les niveaux de température atteints sur une durée aussi longue, aussi tard dans le mois d'août. Ca correspond bien à ce qu'on attend comme conséquence du réchauffement climatique, on peut donc considérer cet événement hors norme comme un précurseur des séquences analogues du futur, peut être encore un peu plus chaudes, et plus tardives ?

Concernant la crue de la Seine, on ne voit pas de lien avec le réchauffement climatique. En revanche, l'épisode pluvieux d'une intensité exceptionnelle qui en fut à l'origine, pourrait être à sa façon aussi un précurseur, même si le lien est moins clair que pour la température. Il semble y avoir des études qui montrent que dans un climat plus chaud, évaporant davantage de vapeur d'eau, les précipitations intenses comme cela pourraient être encore un peu plus intenses. En ce sens, sans pouvoir relier l'épisode pluvieux record au changement climatique, il y a des éléments qui laissent à penser qu'un tel événement aurait plus de probabilités de se produire dans le futur.

A bientôt pour une transition vers le voyage en bateau qui se rapproche maintenant à trois petites semaines !