Profitant d’une belle fenêtre météo, j’ai eu la chance de pouvoir m’échapper un peu de la base pour faire une belle sortie ce vendredi 1er mai, et bien attaquer ce mois du coeur de l’hiver austral. Je me suis au joint au groupe de Susie, Sarah, Pol et Valérian, qui avaient décidé d’aller marcher vers l’île du Gouverneur, puis jusqu’au continent, à la base Robert Guillard, de Cap Prudhomme, départ des Raids estivaux. Nous avons soigneusement préparé nos affaires vendredi matin, avec un sac banquise complet contenant affaires sèches de rechange, un casse-croûte, radios, et tout ce qu’il faut pour sortir en sécurité.

A 10h15, nous avons quitté la base, pris la route qui descend vers le Pré, et quitté l’île des Pétrels en face du hangar bleu, et nous nous sommes ainsi engagés sur la banquise en face de l’île Rostand. Nous avons tranquillement marché vers l’île du Gouverneur, qui se trouve environ à mi-chemin de la base de Cap Prudhomme. J’étais déjà venu sur cette même île en 2009, et je me rappelais assez bien la configuration des lieux. Cela a cependant conservé un côté découverte, très plaisant. L’île du Gouverneur est la seconde île la plus grande de l’archipel. Après avoir grimpé au sommet de l’île et pris quelques minutes de pause contemplative du joli panorama qui s’offrait à nous, nous avons repris la marche vers le continent.

Peu après midi, nous avons mis le pied sur le continent, et grimpé la pente assez verglacée qui mène à la base Robert Guillard. Cette base annexe de DDU n’est occupée que durant la campagne d’été, par une dizaine de personnes environ, dont la tâche principale est de préparer les différents raids vers Concordia, à plus de 1000km sur le continent. Il y a en permanence un cuisinier et un médecin, qui ne sont donc pas ceux de DDU. Le médecin qui s’y trouve une bonne partie de l’été est le médecin de l’hivernage sortant, qui termine ainsi son séjour antarctique, après la plupart des hivernants. C’est une toute petite base à l’ambiance familiale, avec une très jolie vue sur la baie Lejay, avec l’île des Pétrels au fond.

La jolie terrasse accessible en été était complètement enneigée, et nous n’avons pas pu y prendre notre casse-croûte, comme espéré, nous nous sommes installés sur une congère voisine, avec une vue également imprenable. Les conditions étaient parfaites, comme depuis notre départ matinal de la base, avec -5°C/-6°C, et un vent très faible, plein soleil, nous sentions à peine le froid, inespéré pour déjeuner dehors ! Après déjeuner, nous avons laissé nos sacs à la base, et nous sommes partis marcher sur les premières pentes de la route du Raid.

De nombreux engins sont entreposés sur le long de la route, notamment la fameuse caravane du Raid, qui sert de lieu de vie pour les occupants de cet étrange attelage sur cette route unique. Il y a un bon dénivelé sur les premières centaines de mètres, ce qui permet de s’élever et d’avoir une vue encore plus intéressante sur les environs. Nous avons marché jusqu’à un point appelé D5, où nous avons commencé à ressentir les effets du vent qui descendait du glacier. Ceci, additionné à l’heure qui tournait, nous a conduit à décider de faire demi tour à cet endroit, pour débuter notre marche de retour.

De là haut, on voyait bien la polynie située au nord-ouest de la zone, mais on devinait également celle, bien plus lointaine, qui se trouve au delà de la langue glaciaire de l’Astrolabe, à peut être une quinzaine de kilomètres de là, mais vers l’est, cette fois. Une vision magique, que j’avais déjà eue cet été quand je suis monté à la piste de D10, un peu loin et haut sur cette même route, mais que nous n’avions pas le temps de rejoindre cette fois.

Nous sommes redescendus vers la base Robert Guillard, où nous avons repris nos affaires, nous avons alors chaussé nos crampons pour passer la pente verglacée qui nous a permis de rejoindre la banquise, quittant ainsi le continent. Ensuite, ce fut une longue marche en ligne droite vers l’île des Pétrels, bien visible à 5km de là, et qui se rapproche bien doucement, il nous a fallu en effet une bonne heure de marche pour la rejoindre. A peu près à mi-parcours, le léger catabatique que je redoutais un peu s’est mis à bien souffler, d’un coup, latéralement.

Il a ainsi fallu lutter un peu contre ce vent qui nous déportait franchement de notre trajectoire directe pendant de longues minutes, il a fini par s’assagir alors que nous arrivions véritablement à proximité de l’île des Pétrels. C’est peu avant 16h que nous avons remis le pied sur l’île des Pétrels, alors que le soleil s’apprêtait à se coucher, le timing annoncé était ainsi parfaitement respecté. En effet, quand on sort loin de la base, il faut donner un créneau horaire de sortie, et en particulier veiller à rentrer avant la nuit, ce qui restreint en cette saison sensiblement l’horizon des balades, il faut bien calculer son itinéraire et son temps !

J’ai mis dans les photos jointes une carte de l’archipel avec notre itinéraire en rouge à l’aller, jaune pour le retour. Le retour fut, comme bien souvent, plus pénible que l’aller, car la fatigue a commencé à s’inviter, en plus du côté très monotone de la ligne droite de 5km à effectuer.La surface de la banquise était pourtant excellente, bien dure, sans trop d’accumulation de neige, on y circulait donc dans l’ensemble très facilement. J’ai eu un peu mal aux jambes sur la fin, et ce samedi je sens de petites courbatures qui indiquent que les jambes ont effectivement bien travaillé. En tout cas, c’était de la bonne fatigue, et un joli souvenir partagé avec mes 4 amis hivernants. Pour bien finir la journée, hier soir, Antoine, Valentin et Luc, soit l’équipe de Géophy, nous avaient préparé de belles pizzas, que nous avions commandé deux jours plus tôt, une grande réussite, merci à eux ! Mai débute bien !