Le titre de ce billet peut sembler un peu paradoxal, mais c’est ainsi. Nous sortons d’une période de 9 jours météorologiquement très calme, un événement même assez rare au coeur de l’hiver (hors mois d’été de décembre à février, disons), puisque du 15 au 23 avril, le vent a soufflé en moyenne à 14km/h et encore, c’est une mesure au sommet de notre mât anémométrique, donc à 10m de hauteur, le ressenti étant souvent encore plus faible à hauteur d’homme. C’est seulement la 4ème fois depuis 20 ans qu’on observe une période si longue et si calme entre mars et novembre inclus, autant dire que c’est loin de se produire tous les ans. Nous en avons globalement bien profité pour faire des activités extérieures, sorties loisirs ou travail, car tout est évidemment incomparablement plus simple dans ces conditions, où le froid est beaucoup moins mordant.

C’est dans ce contexte que, ce jeudi 23 avril, dernier jour de la série, j’ai décidé de descendre voir les manchots, rejoignant pour cela Susie et Pascal chef centrale, qui étaient déjà sur place. J’ai quitté notre île à un endroit connu et pratiqué, mais bien que dans cette atmosphère calme, la visibilité du terrain n’était pas idéale en conditions légèrement « jour blanc » (ciel couvert qui rend tout uniformément blanc), ce qui gomme beaucoup de détails habituellement visibles à la surface où nous marchons. Hélas, et bien qu’assez prudent, j’ai passé un pied et demi dans une petit trou qui se trouve à l’interface entre la banquise ancienne, qui surplombe une banquise neuve, plus basse. La chute n’a pas été très important, jusqu’au dessus du genou tout de même, et sans gravité aucune pour moi, mais je n’ai pas eu de chance concernant mon matériel.

En effet, l’écran de mon téléphone qui était dans ma poche a pris un choc et se trouve bien fissuré, même si le téléphone semble encore marcher normalement, et notamment encore prendre des photos et des films de qualité très satisfaisante. Je vais devoir y faire encore plus attention dans les prochains mois, mais il est encore utilisable. Plus embêtant, mon bel appareil photo, avec lequel j’ai pris la grande majorité des photos que je publie sur ce blog depuis décembre dernier, a pris un léger choc également, quasi invisible en apparence, mais qui bloque la fermeture du diaphragme, ouvert au maximum. Du coup, absolument toutes les photos que je prends en extérieur, à la lumière naturelle, sont totalement surexposées, blanches : comme appareil photo d’extérieur, il est devenu inutilisable !

Petite chute, grosses conséquences matérielles; tout cela à 100m à peine de l’île des Pétrels, sur un itinéraire pourtant fréquenté, et sachant qu’il y avait ce trou quelque part, je pensais cependant l’avoir passé prudemment juste avant…Mais on est en Antarctique et le moindre incident peut avoir des conséquences fâcheuses, en l’occurrence je ne risquais rien de grave pour moi même à cet endroit précis, mais le matériel que je portais sur moi était lui bien plus vulnérable… Et ici, pas question de faire réparer quoi que ce soit pendant les 6 prochains mois….

Alors forcément j’ai un peu accusé le coup hier jeudi, constatant les dégâts, et mon impuissance à corriger quoi que ce soit, simplement accepter les conséquences désagréables de cette petite mésaventure. Relativiser, me dire que je suis en bonne santé, toujours ravi d’être ici, que c’est une chance inouïe, particulièrement en cette drôle d’année 2020, et que si je profite dans le futur un peu moins de belles photos, ce sera au moins pour mes yeux. Bien sûr que je regrette ce zoom qui me permettait de faire de superbes photos de détails du paysage. On va me prêter un plus petit appareil, qui fera de belles photos, mais sans ce zoom. Je suis désolé de me retrouver vraisemblablement dans l’impossibilité de partager autant de belles images que je le faisais jusqu’ici, j’essaierai de continuer à faire de mon mieux.

Il faut que je m’habitue à l’impression désagréable de voir l’écran de mon téléphone fissuré, qui me rappelle à chaque fois cette mésaventure, et en prendre encore plus soin, il marche toujours après, tout, et je pourrai sans doute encore prendre quelques jolis panoramiques comme je le fais grâce à lui (comme ceux que je propose avec ce billet), depuis le début : l’objectif photo principal est intact. Mais pour moi qui suis assez perfectionniste, c’est quand même un petit coup au moral. Ce vendredi, la journée a cependant été meilleure, en sortant et en regardant les timides éclaircies, malgré le vent qui se levait, j’ai ressenti à nouveau la joie d’être ici, dans ce groupe. Ça ne va donc pas si mal, déjà mieux en tout cas. Ce ne sont finalement que des petites pertes matérielles, j’ai toujours envie d’écrire et de partager des impressions, quelques photos, et cela restera heureusement possible dans le futur.

Ce vendredi soir, le vent s’est levé, et nous attendons l’arrivée de la tempête Sarah dans les prochaines heures, qui devrait nous occuper jusqu’à dimanche en fin de journée, au moins : la période de calme est bien terminée, on se réhabitue au bruit du vent, qui va nous bercer plus ou moins dans les prochaines heures, même s’il sera peut être un peu difficile de dormir dans la nuit de samedi à dimanche, sous les coups de boutoir de la tempête sur le dortoir, qui vibre quand les rafales dépassent 130-140km/h. Je vais tout de même partager quelques photos de ces derniers jours. A bientôt pour des nouvelles fraîches !