Ce dimanche, j’ai eu la chance de descendre de notre île des Pétrels pour aller voir une des attractions voisines : la barrière («  de péage ») qui a été installée par Susie pour identifier certains manchots Empereurs, sur leur chemin saisonnier de retour vers la manchotière. Avec l’aide de Valentin, il me semble, ils ont mis en place cette barrière sur un axe de passage privilégié des manchots à la fin du mois de mars, qui permet de détecter le passage de certains manchots d’intérêt particulier. En effet, certains des manchots sont transpondés, et donc portent sur eux un émetteur qui est détecté au passage de la barrière, ce qui permet à Susie de savoir qu’elle tient là un manchot intéressant pour ses études. Du coup, la manip consiste à peinturlurer le torse du manchot transpondé une fois la barrière franchie.

Pour cela, on dispose d’un long pinceau qu’il faut enduire d’une peinture sombre juste avant l’arrivée des manchots, et qu’il faut savoir promptement projeter en avant sur le torse d’un manchot tranpondé. Susie est quant à elle à son poste au niveau de la barrière avec son mini ordinateur, qui lui dit si le manchot qui franchit la limite est un manchot intéressant ou non. Quand elle en repère un, elle le désigne à la personne chargée du pinceau, et ensuite il s’agit de s’approcher doucement du manchot pour pouvoir lui porter le coup de pinceau décisif et rapide, au bon moment. Un exercice qui ne marche pas à tous les coups, mais que j’ai quand même réussi à deux reprises, lors du passage d’une petite colonne d’une quinzaine d’individus.

Cela permet ensuite à Susie de repérer ces manchots intéressants dans la manchotière, avec si possible de belles marques de peinture sur leur torse clair. Ce dimanche après midi, il faisait autour de -14°C, avec un petit vent en rafales à 50km/h bien fraîches, mais je m’étais correctement équipé pour cela. Susie travaille souvent dans des conditions de froid pires que celles-ci, mais elle est naturellement équipée en conséquence, avec les affaires les plus chaudes disponibles. Les 3 heures que j’ai passées sur la banquise, principalement autour de la barrière, sont passées très vite, malgré le froid, et parfois l’attente du passage d’une colonne. Car, même s’il y a eu ce fameux 2 avril au matin où c’est a priori la plus grosse colonne de la saison de 360 individus qui est arrivée à ce moment là, en général il n’y a personne et on guette l’arrivée des manchots, au loin, sur la banquise.

Ce qui est particulier, et qui ne va pas forcément de soi, c’est que le gros des troupes de la manchotière s’est installée pour le moment juste après le passage de la barrière, entre l’extrémité sud de la piste du Lion et l’île Bernard. Du coup, cela permet aussi d’approcher la manchotière, en compagnie de notre experte, Susie, dans les meilleures conditions, pour les manchots, comme pour nous. Nous sommes aussi allés faire un petit tour sur la banquise vers le nord, pour voir si les manchots arrivaient. Sur la fin, Julien notre mécanicien de précision, nous a rejoints, et a également marqué un manchot. Un après midi ornithologique très intéressant, dont je propose quelques photos dans ce qui suit.

Par la suite, on n’est pas passé très loin d’une nouvelle tempête dans la nuit de lundi 13 à mardi 14, avec une pointe à 127km/h vers 4h du matin (et une moyenne de 44 noeuds de vent au plus fort), et surtout beaucoup de neige dans la matinée de mardi. Je pensais qu’on ne serait pas loin de la tempête (seuil à 50 noeuds en moyenne sur 10min), et le prénom de notre prochaine tempête avait été ainsi tiré au sort : Sarah ! Comme le vent n’a pas tout à fait soufflé assez fort cette fois, la tempête Sarah sera le prénom de la prochaine véritable tempête, qu’on ne voit pas s’annoncer dans les prochains jours, dans nos prévisions météo. En tout cas, l’examen détaillé des différents cas de figure de ces coups de vent nous aide bien à progresser dans la qualité de nos prévisions locales, on en apprend à chaque fois, ce qui rajoute un grand intérêt à notre travail.