Certes, l’hivernage vient d’achever son 4ème jour pour nous à DDU, et c’est donc avant tout une situation nouvelle, un début par excellence de cette expérience si spéciale, mais c’est plutôt la fin de saison que l’on ressent bien, me semble-t-il, sur la base. Le phénomène le plus marquant est la raréfaction très nette des manchots Adélie, nos compagnons de l’été, qui ont quasiment disparu, en tout cas en de très nombreux endroits de l’île, où nous avions l’habitude de les voir, les entendre, les sentir, depuis notre arrivée en décembre. Cela marque le passage à la saison hivernale, alors que nous allons entrer dans le mois de mars sous peu.

On a beau le savoir, ou l’avoir déjà vécu même, dans mon cas, ça reste un phénomène surprenant car ça se fait sur une petite semaine. Tous les jours de cette semaine, les populations chutaient nettement dans les colonies de manchots de l’île des Pétrels, et ce vendredi après-midi, en descendant à l’abri côtier, j’ai croisé quelques manchots sur le chemin. Il y en restait cependant un assez grand nombre regroupé à l’abri du vent sur la face nord du mont Cervin, ce que l’on voit sur plusieurs des photos suivantes.

Ceci ajouté à la lumière qui change très vite, au fait que le soleil se couche maintenant tout juste quand nous sortons de dîner, peu après 20h, avec de vraies soirées dans l’obscurité, l’été est bien fini, place à l’hiver et au premier spectacle au programme : la reprise de l’englacement de la mer autour de la base. Ces derniers jours, il y a généralement trop de vent pour que ça se reforme à la surface de l’eau, trop agitée, mais dès que ça va se calmer un peu, avec des températures qui étaient remontées ces derniers jours assez proches de 0°C et qui pourraient repasser sous les -10°C, on devrait assister à ce beau spectacle.

L’hivernage a bel et bien débuté avec ce vendredi après déjeuner la première réunion menée par Régis (dont je propose une photo de groupe, au séjour, juste avant le début), notre chef de district, pour présenter et discuter de pas mal d’aspects concrets comme l’organisation du séjour, les repas, les règles de vie en communauté. Il nous a relaté pas mal d’expériences qu’il a vécues comme chef de district à Crozet il y a 3 ans, mais aussi d’autres dont il a connaissance par la lecture des rapports d’hivernage des différents chefs de district. C’est un subtil équilibre à trouver par chacun entre le besoin de s’isoler un peu parfois, parce que c’est forcément un peu pesant et usant de prendre tous ses repas avec les mêmes personnes au même endroit pendant des mois et des mois, et une coupure qui peut parfois se produire si on prend trop l’habitude d’être seul, ce qui révèle parfois que l’on ne va pas si bien que cela.

Evidemment, ayant déjà connu cet étrange expérience d’hivernage à DDU, je n’ai pas vraiment appris grand chose du discours de Régis, mais il a eu le mérite de mettre les sujets et les écueils éventuels sur la table, pour que tout le monde soit conscient de l’effort, de sociabilité notamment, qu’il faut fournir sur la durée, probablement l’effort le plus exigeant. Je retrouve vraiment cette sensation de grande liberté sur la base, d’espace, que j’avais tant appréciée en 2009, et je suis heureux de la partager avec un nouveau groupe d'adéliens, différents de ma TA59. Je savoure le confort de savoir qu’on a ces 8 mois à nous ici, au calme, dans ce lieu privilégié, ce refuge éloigné, à l’abri de la folie du monde. L’ambiance a radicalement changé depuis lundi, et c’est beaucoup plus familial, on se connaît déjà bien, ça fait 3 mois exactement que la majorité d’entre nous s’est retrouvé à Roissy pour le grand départ !

Dans cette époque troublée où l’on doute fort légitimement du modèle de notre société, hyper consommateur et productiviste, c’est assez pertinent et intéressant, je crois, de vivre cette expérience de micro-société, de petite communauté, avec évidemment un isolement difficilement reproductible et applicable ailleurs sur Terre, mais qui doit gérer ses stocks au mieux (on est très loin du rationnement, rassurez vous), et tirer le meilleur parti de la coopération de tous avec tous. Ca fait vivre un lien que je ne ressens pas du tout dans « l’autre monde » , d’où nous venons tous, et vous qui me lisez, ce monde de compétition et du « toujours plus ». A part peut être dans des petites structures ou communautés qui développent précisément ces qualités, mais qui sont encore marginales, alors qu’elle représentent peut être l’avenir…

Le météo est venteuse depuis mardi, avec des pointes souvent voisines de 80-100km/h, et même jusqu’à 132km/h ces derniers jours , ce vendredi soir, c’est un petit vent catabatique qui a atteint 117km/h en pointe et une température qui a chuté à -6/-7, donnant un ressenti de -17/-20 bien frisquet au vent, vive « l'automne », même si ça n’a pas trop de sens ici, en l’absence de feuilles qui tombent, on peut considérer que c’est le mois de mars, celui du retour progressif de la banquise, à suivre…. !