Eh oui, même à DDU, il peut faire trop chaud, comme ce lundi 10 février, où nous avons enregistré une température maximale de 4,9°C, une valeur rarement atteinte en février à DDU. En effet, c’est la troisième plus forte valeur jamais mesurée en février, assez loin du record de 6,5°C, mais qui avait été relevé un 1er février, en 1993. Et en février, la température chute assez rapidement ici. Cette valeur de 4,9°C égale celle relevée de façon encore plus remarquable, près d’une semaine plus tard, le 16 février, l’an passé, en 2019. C’est bien sûr peut être un « hasard » météorologique qui fait qu’on a relevé deux années de suite, assez nettement après le début du mois de février, une valeur proche de 5°C, hasard lié aux circulations des masses d’air. Difficile de ne pas relier ça, cependant, à la facilité globale avec laquelle on empile des collections indécentes de records de chaleur un peu partout dans le monde, ces dernières années.

J’aurai certainement l’occasion d’y revenir dans un prochain billet consacré plus spécifiquement au climat de Dumont d’Urville, mais en gros, sur les moyennes de température, depuis le début des relevés météo continus sur la base, en 1956, on n’observe pas de réchauffement du climat local. A ma connaissance, la Terre Adélie fait partie des rares régions du monde qui peuvent en dire autant sur cette même période. D’autres parties de l’Antarctique se réchauffent, et même rapidement, dans l’Ouest, vers la péninsule, par exemple, là où on a probablement enregistré ces derniers jours un nouveau record de chaleur avec 18,4°C. Mais en Terre Adélie, si les températures ont semblé se réchauffer de 1956 au milieu des années 1980, elles ont ensuite sensiblement baissé les 30 années suivantes, annulant la hausse précédente. 

L’Antarctique, gigantesque frigo qui produit du froid en permanence, isolé des autres continents par le grand Océan Austral, a une réponse particulière au réchauffement climatique mondial. On sait que la fonte des glaciers du continent accélère, et que cette accélération s’est même accrue ces dernières années, y compris, me semble-t-il, dans l’Antarctique de l’Est, où se trouve DDU, et qui a longtemps semblé protégé du réchauffement. La température finira très probablement par monter en moyenne, quand l’effet des masses d’air globalement plus chaudes venues d’ailleurs réchauffera inexorablement le grand frigo polaire austral.

Comme ailleurs, assez souvent, cette augmentation de température n’a pas eu que des effets désagréables : près de 5°C à l’ombre, quasiment sans vent, au plein soleil, pour saluer nos partants de l’Astrolabe sur la rotation R3, c’était un cadre assez idyllique. Une bien belle journée pour quitter DDU et nous faire basculer en pré-hivernage, maintenant que nous sommes 24 hivernants sur 46 personnes à DDU, en majorité. Dès le soir, au séjour, l’ambiance était beaucoup plus calme que ces derniers jours, surtout avec le monde qui était monté du bateau pour les repas du week-end. La base nous « appartient » un peu plus chaque jour : on s’y sent de mieux en mieux je crois, et notre vie de groupe autonome est proche, si proche.

Chaud, trop chaud, c’est aussi ce que ma chère Corse a connu ce mardi, avec des températures incroyables au coeur de ce qu’on appelait, dans un autre climat qui semble en fin de vie, l’hiver : près de 28°C relevés sous abri à Alistro, sur la côte orientale corse, à peu de choses près la température moyenne d’un mois de juillet. Certes, en partie grâce à l’effet de Foehn, bien connu des montagnards, la température est restée pendant 24h supérieure ou égale à 22°C à l’aéroport de Bastia, en plein mois de février, incroyable ! Ma station météo de Penta (http://penta.meteomac.com) n’a pas été en reste, bien sûr, avec 22.2°C relevés au plus chaud au village, battant nettement le record établi… la veille ! La station voisine de Bastia (aéroport de Poretta) a également battu à 3 reprises durant ce mois de février son ancien record de douceur, culminant à 25,6°C ce mémorable 11 février. A l’échelle nationale, la France est en train de vivre un de ses 2 hivers les plus chauds jamais mesurés, depuis 1900, verdict en fin de mois...

Chaud, trop chaud, l’avalanche de records de chaleur de l’été austral, en Australie, que j’ai suivi, au frais, ici, quasiment jour après jour, depuis notre arrivée, près de 49°C à côté de Sydney, plus de 42°C à Hobart, les records historiques sont tombés, comme à Paris en juillet denier, lors de ces bouillants et irréels 42,6°C ! C’était mon métier, il y a quelques semaines encore, de commenter et de communiquer ces chiffres aux médias de notre beau pays. Ici, je me sens également bien loin, protégé, sur une « autre planète », de fait encore relativement peu affectée par le réchauffement, pour le moment. Mais ailleurs, pas de doute, la Terre a une poussée de fièvre inquiétante, prévisible, prévue, dont on déroule chaque année les conséquences attendues, en réagissant si peu. Je me sens, je nous sens à l’abri, ici, pour les 10 prochains mois, toujours ça de pris… Ensuite, il faudra bien retourner dans l’arène/l’étuve.

Chaud, mais heureusement pas trop chaud : la formation de l’équipe pompier de la base, à laquelle je participe en appui, donnée par Valérian, qui a une belle expérience en la matière, hier mercredi. Beaucoup de rappels utiles sur le feu, essai des tenues, notamment pour l’équipe d’intervention lourde, présentation des procédures, l’entraînement un peu plus opérationnel suivra bientôt. On espère bien n’avoir jamais trop chaud cause de cela. En parallèle, Sarah a assuré la formation de l’équipe d’assistance médicale à l’hôpital ce jeudi. Toutes ces formations se poursuivront dans les prochaines semaines, afin d’être aussi prêts que possible en cas de besoin… Moins critique, mais fort sympathique : cette petite session musicale à la batterie, dans notre salle musique, avec Valentin et Alain aux deux guitares, à refaire sans modération dans les prochaines semaines !

Quelques photos du départ du bateau en photos jointes, lors de ce bien doux lundi 10 février, mais aussi des photos de ce superbe jeudi 13, moins doux (0,6°C) mais avec une belle mer d’huile, un tour à la croix Prudhomme, mais aussi près des manchots qui longent la côte Ouest de l’île des Pétrels, et qui se sont creusés une véritable petite route dans la neige, qu’ils empruntent inlassablement, à la recherche d’un plongeoir adéquat, spectacle toujours aussi irréel… et rafraîchissant, à bientôt !