1er janvier 2020 : bonne année à tous ! Beaucoup d’agitation dans plusieurs sens du terme pour ce passage à l’année 2020 à DDU. D’abord, pas mal de préparatifs pour le réveillon hier soir, avec la participation de tous à divers niveaux, pour une soirée à nouveau très réussie. Nous nous sommes à nouveau régalés depuis le cocktail jusqu’à la fin du dîner, dans une ambiance joyeuse. Ensuite, nous avions préparé essentiellement sous l’impulsion de l’excellent maitre de cérémonie Nico Pabois (ancien hivernant TA66 et menuisier en campagne d’été), avec François (planétologue/climatologue en campagne d’été) à la guitare, finalement rejoints par mon technicien météo Alain, quelques morceaux de folk pour faire danser un peu pour le bal de la nouvelle année. Pabois connaît les danses et joue bien de sa cornemuse médiévale, François puis Alain accompagnent à la guitare, et de mon côté, j’ai rejoint le groupe avec un accompagnement batterie/tam tam, selon les 5-6 morceaux que nous avons travaillé depuis une semaine.

Sans avoir quasiment touché à une batterie depuis mon hivernage il y a 10 ans, je dois dire que j’ai retrouvé ma chère batterie en plutôt bon état, et avec des sensations qui ne m’avaient guère quitté. J’ai donc eu beaucoup de plaisir à jouer avec eux et à accompagner comme je pouvais le folk proposé. Pas mal d’adéliens se sont retrouvés sur la piste, sitôt le repas terminé, et la soirée était ainsi bien lancée ! A minuit, nous avons sorti les traditionnelles bouteilles et coupes de champagne, et on s’est souhaité les traditionnels voeux. Ça faisait quelque chose de se faire souhaiter par tous ceux qui vont nous quitter avec le retour du bateau dans quelques semaines, un « bon hivernage ». En basculant vers 2020, chacun se projette naturellement dans ce qui l’attend.

Même si ça n’occupe pas toutes nos discussions quotidiennes, on est forcément tourné vers cela, comme je l’ai déjà écrit récemment. Je nous ai souhaités à tous, camarades de la TA70, un bel hivernage et de beaux moments ensemble, dans les prochains mois. C’est un drole de sentiment de se diriger vers cet état très spécial de l’hivernage, tout en sachant déjà, en gros, ce que « ça fait ». Mais en fait, pas vraiment : avec un autre groupe, ce sera forcément différent, et peut être, probablement pour ce qui me concerne même, oserai-je, mieux ! Quelques minutes après avoir entamé 2020, j’ai tout de suite pris conscience que ça y est, notre tour venait. 2019 était évidemment l’année de la TA69 à DDU, 2020 sera la nôtre… Je suis très confiant à titre personnel, mais aussi collectif, car nous avons la chance de compter dans notre groupe, je crois, des cadres de grande qualité, pour passer une superbe année et surmonter les inévitables péripéties d’une telle mission. Bonne année et vive la TA70 !

L’agitation s’est aussi trouvée autour de nous, avec le passage de la tempête « Alain » à DDU, car nous baptisons également les tempêtes, et que nous avons préparé une liste de noms pour nommer les tempêtes, comme en métropole, en alternant prénoms masculins et féminins de personnes présentes sur la base, autant que faire se peut, car le ratio est hélas très déséquilibré. Cette première tempête a sévi particulièrement pour la Saint Sylvestre, avec un vent qui a culminé dans la matinée de mardi à 112km/h en moyenne, avec une rafale maximale mesurée à 175km/h à 10h40 locales (0h40 UTC). Il s’agit tout de même de la 4ème rafale la plus forte relevée en décembre à DDU depuis 1981 ! Le lâcher de ballon ce mardi matin a été mouvementé avec un crash du ballon au décollage par 53 noeuds de vent moyen (98km/h) avec des rafales à 140-150km/h, qui a provoqué un nouveau lâcher, réussi cette fois, avec un départ à l’horizontale. Une puissante tempête pour la période décembre-janvier traditionnellement un peu plus calme, qui a eu un effet attendu, spectaculaire : DDU est à nouveau quasiment une île, l’île des Pétrels ! 

En effet, nous avons assisté tout au long de ce 31 décembre à la quasi disparition de la banquise qui reliait encore, plus ou moins solidement certes, les différentes îles de l’archipel Pointe Géologie jusque là.  Il semblerait que les premières violentes rafales > 160km/h vers 4h du matin aient lancé le mouvement. A partir de là, régulièrement, on voyait la banquise se fissurer, puis des morceaux se détacher, et filer en mer. On peut en avoir une idée sur les photos proposées. D’un coup, on s’est retrouvé dans cet environnement maritime très particulier ici, car évidemment très minoritaire pendant l’année. Les violentes rafales à 140-160km/h qui se sont succédé toute la journée arrachaient des gerbes d’eau sur la surface océanique, dans un mouvement toujours très esthétique ! Un beau spectacle auquel je suis un peu sorti assister, derrière les bâtiments relativement abrités du vent violent, car une telle transformation de notre paysage immédiat, en si peu de temps, restera peut être un événement unique d’ici notre départ en décembre prochain…

J’ai essayé d’immortaliser un peu ce jour spécial à travers les différentes photos suivantes, notez la différence sur les deux panomariques distantes seulement d’1h30 (15h et 16h30), les plaques se glaces se détachaient alors vraiment à l’oeil nu, et dérivaient rapidement ensuite, poussées par le vent violent, emportant quelques manchots surpris, qui se précipitaient ensuite rapidement dans l’eau. Une Saint Sylvestre mémorable en tout cas, de grand spectacle de la Nature, avec l’effet du vent sur la mer, la débâcle, célébrée ensuite par notre belle soirée !

Avec ce passage à 2020, la mer à ma fenêtre, là où on la regardait encore « de loin », avec cette persistante trace de l’Aurora Australis, il y a à peine 24h, les choses ont nettement changé, on ouvre une page blanche, et on remet à dans quelques semaines, une douzaine si tout se passe assez vite et bien, les sorties sur la banquise. Je retrouve avec plaisir une sensation d’insularité qui a un charme tout particulier ici, même si elle est un peu abusive, car de la glace nous relie encore au continent antarctique par le sud, mais pour combien de temps ? Cette absence de possibilité de sorties banquise tombe bien, parce que dans les prochains jours, je vais être bien occupé avec les tâches de début de mois et d’année à effectuer, pour la première fois, ce qui va exiger une charge de travail particulière.

Je termine avec un petit coup d’oeil dans le rétro il y a exactement 10 ans, quand j’entamais 2010 sur cette même base, dans un état d’esprit différent, de fin de mission, ce qui me redonne une occasion de saluer ceux de la TA59 et de la TA60 qui étaient là avec moi, et dont on retrouve facilement trace en remontant les archives de ce blog. Jour après jour, je pense de moins en moins à vous, mais ces moments là aussi ont été, à leur façon, mémorable, et je ne les oublierai pas.

Encore une bonne année à tous, meilleurs voeux, et à bientôt depuis la Terre Adélie !