Ce troisième week-end de notre séjour adélien a été particulièrement riche, et marqué météorologiquement par notre première vraie perturbation. Hier samedi, j’étais de service à la météo, en plus du travail habituel et quotidien, il a fallu gérer un petit problème sur le fameux mât de la piste de D10, sur le continent, qui penchait légèrement, peut être dangereusement. Mes deux collègues météo Alain et Michel ont pu bénéficier de l’hélicoptère qui est présent durant toute la campagne d’été sur la base pour se faire déposer dans la matinée au niveau de la piste, et intervenir pour le consolider, tandis que je vérifiais à distance que les mesures étaient toujours bonnes, depuis le bureau à DDU.

Samedi après-midi, nous avons eu une double formation cruciale pour la vie locale : Régis notre DISTA (chef de base) nous a fait un topo assez détaillé sur la sécurité lors des sorties sur la banquise, au cours duquel j’ai pu, ainsi que Virgil, un ornithologue de la TA69 encore présent sur la base, rapporter quelques expériences de nos hivernages respectifs sur ce milieu a priori peu familier. Tout cela sera redeveloppé et revu en profondeur vers le mois de mars-avril, lorsque « notre » banquise se formera et que les sorties hivernales deviendront d’actualité. Pour l’heure, il était tout de même utile et intéressant de le faire, car l’île étant encore entourée de banquise, certaines sorties peuvent encore se pratiquer, parfois en sécurité sur certains secteurs, mais pas tous. On nous recommande ainsi de faire un sac banquise assez détaillé, mais j’aurai certainement l’occasion d’y revenir quand la saison s’y prêtera. Il est vrai que, pour moi qui ai la chance de déjà pas mal connaître la banquise, je n’ai pas de plaisir particulier à parcourir cette banquise globalement de qualité très moyenne de saison estivale, qui peut débâcler d’un jour à l’autre, ou presque.

La seconde formation, au moins aussi importante, a été dispensée par Sarah, notre médecin, concernant les premiers secours. Nous avons ainsi eu droit après la traditionnelle « manip vivres » du samedi 13h30 à une présentation d’une grosse heure sur les principaux risques médicaux encourus sur la base, et sur les bons gestes à connaître pour y remédier. J’avais déjà eu droit à ce type de présentation il y a 11 ans en arrivant à DDU, mais il me semble que c’était plus complet cette fois, et présenté avec une petite touche humoristique qui a bien aidé à faire passer la densité des informations transmises. D’une façon générale, et c’est peut être une évolution plus large de notre société, j’ai l’impression que la sécurité est plus développée aujourd’hui qu’elle ne l’était par le passé, et tant mieux, dans un milieu où le danger peut être bien présent, ne serait-ce qu’à cause de notre isolement et la difficulté de prise en charge d’une blessure sérieuse. Cette formation, théorique dans un premier temps, a été complétée par une séance pratique de massage cardiaque, défibrillateur avec Sarah, puis avec Valérian, camarade de la TA70 pompier volontaire expérimenté, par la pratique de la mise en PLS, et diverses façons de contenir les hémorragies. Je n’ai pas tout découvert, mais j’ai appris plein de petites choses, et rafraîchi des souvenirs trop lointains, c’était très bien et fort utile à connaître, de façon générale, pas qu’à DDU !

Quant à ce dimanche, j’étais « de service base » : 2 à 3 fois par mois, on ne travaille pas à son poste habituel, mais on consacre sa journée au service de la base, avec principalement le nettoyage complet du séjour, le service des repas de midi et du soir avec vaisselle bien sûr, nettoyage des parties communes du dortoir, et parfois des tâches spécifiques qui varient chaque jour. Au final, ça occupe bien la journée, laissant juste une grosse pause dans l’après-midi. Ça m’a rappelé des souvenirs d’il y a une dizaine d’années où j’avais également ces journées de service, et ça m’a semblé toujours aussi utile, notamment à la cohésion du groupe d’habitants de DDU, un lieu d’égalité où tous sont à tour de rôle au service de tous. Avec une cinquantaine de personnes à table, c’est un boulot non négligeable de gérer entièrement le service des repas, même à 3 (nous ne seront plus que 2, mais deux fois moins nombreux, en hivernage). J’ai essayé d’effectuer cette journée de service avec le plus de sérieux possible, et d’efficacité, ce qui fut plus complexe, car je n’ai pas retrouvé tout de suite les réflexes, notamment où sont rangées toutes les affaires… On fera encore mieux la prochaine fois !

Côté météo, le week-end fut marqué par la première véritable dégradation depuis notre arrivée le 6, avec le passage d’une profonde dépression au large au nord de DDU, le vent a accéléré ce samedi, avec la barre des 100km/h en pointe franchie pour la première fois, avant un nouveau renforcement ce dimanche, et une rafale maximale à 116km/h en début de matinée (graphique de vent joint). Ça reste très modeste pour le lieu, et très loin de la tempête qui a touché le sud de la France, notamment ma chère Corse, où j’ai vu une rafale inédite de 170km/h à l’aéroport de Bastia-Poretta ! Enfin, ça nous a rappelé qu’il y a bien du vent en Terre Adélie, que c’est même très commun, bien plus que le calme ensoleillé qui nous avait globalement accompagné depuis notre arrivée (surtout les 10 premiers jours). Aujourd’hui, en plus du vent fort, il faisait vraiment doux, car cela a à peine gelé la nuit dernière (-0,1°C au plus bas) et on a atteint sous la grisaille 3,3°C cet après-midi, avec de petits flocons de neige fondants…

Avec le vent et la douceur, on pouvait s’attendre à une débâcle de la banquise au nord de DDU, mais il n’en a, apparemment, quasiment rien été, quelques petits morceaux de banquise se sont bien détachés, mais ce dimanche soir, comme on le voit sur la photo jointe, la trace de l’Aurora Australis est toujours visible depuis ma chambre, par contre il y a cette zone très sombre sur la banquise, plus près de nous, qui indique une flaque d’eau massive, à peine gelée, autant dire que ce secteur est fort logiquement maintenant interdit à la promenade par Régis. Même les manchots qui circulent inlassablement en chassé-croisé sur la banquise de et vers la mer, évitent cette zone (petits points noirs à droite sur la photo).

Enfin je termine ce billet en évoquant mon blog d’il y a 11 ans, que j’ai apporté ici sous forme de PDF (pour ne pas avoir à me connecter, difficilement, à Internet), mais que vous pouvez relire en allant dans les archives, de janvier 2009 par exemple, que j’ai partiellement relu, notamment les premières semaines, pour comparer un peu avec ce que je vis maintenant. Ce qui me frappe le plus, sans que ce soit une grosse surprise, c’est que j’écrivais clairement que j’avais eu besoin d’un temps d’adaptation au lieu, à l’époque, temps que je n’ai pas du tout vécu cette fois, avec cette impression de « rentrer à la maison ».Je suis ainsi, de fait, en décalage potentiel avec la plupart de mes camarades de la TA70 qui passent probablement par cette même étape, et c’est vraisemblablement une meilleure expérience pour moi cette fois qu’il y a 11 ans, à la même époque. Pourvu que ça dure !