Cela fait plusieurs mois déjà que je songe à aborder cet sujet sur mon blog : la grande période de sécheresse qu'a connue une bonne partie du pays, et notamment ma chère Corse. Depuis un an, on a pu voir à l'oeuvre la fascinante variabilité du climat méditerranéen, avec ses extrêmes qui semblent toujours plus marqués. Je vais prendre l'exemple de Penta di Casinca, à partir des mesures que j'y mène depuis 2004 : l'hiver dernier y avait été, comme dans une grande partie de l'île, exceptionnellement pluvieux, avec un cumul de 653mm en 3 mois de mi-novembre 2016 à mi-février 2017, avec 3 gros épisodes pluvieux dans cet intervalle (19-20 décembre, 22-23 janvier, et 8-9 février) totalisant 446mm en 6 jours, soit plus de la moitié du cumul annuel normal. Mais à partir du 10 février....

 

Comme je l'ai tweeté début novembre, le total des pluies a atteint à Penta 164mm, sur près de 9 mois (du 10 février au 4 novembre). Facteur aggravant, la température a été douce, voire chaude, une ambiance printanière s'est installée très tôt, et les températures ont souvent été très élevées pour la saison : mars, juin et août 2017 enregistrent ainsi des records de chaleur en moyenne mensuelle au village (depuis 2004). Le printemps a été très doux et sec, l'été a été chaud et très sec. J'ai passé quelques jours début août au village, notamment le jour où un nouveau record absolu de chaleur y a été enregistré, avec 35,3°C le 3, lors de la canicule qui a affecté le sud-est de la France. Si les températures ont sensiblement fraîchi à l'automne, les pluies sont restées très modestes.

Sur l'illustration du tweet ci-dessus, on peut voir les très nombreux records de faibles précipitations enregistrés à gauche sur la période 10 février-3 novembre, et encore, si je n'ai pas cerclé de rouge davantage de cumuls, c'est que je n'ai pas testé toutes les stations, seulement les cumuls les plus faibles. Sur le graphique de droite, on voit l'indice d'humidité des sols de la Corse, qui évalue l'humidité du sol, proche de la surface (ça ne concerne pas les réserves en eau, les nappes, plus profondes). On voit ainsi que, sortant d'un hiver exceptionnellement pluvieux,  cet indice était le 10 février proche du record d'humidité des sols, saturés par les centaines de millimètres de pluie tombés pendant les semaines précédentes. Mais la combinaison douceur précoce + quasi absence de pluie l'a fait plonger pendant le mois de mars jusqu'à atteindre fin avril un record de sécheresse des sols pour la saison, niveau record qui s'est maintenu sans interruption jusqu'au début du mois de septembre, ou le retour de faibles pluies a à peine amélioré la situation.

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On voit sur ce graphique plus récent et centré sur cet automne, que le niveau record a été à nouveau atteint au tout début octobre, jusqu'au 4 novembre et le retour de quelques pluies sur l'île, pas assez durables cependant pour connaître à nouveau un niveau de sécheresse des sols record du 20 novembre au 1er décembre... Puis, début décembre, un épisode de fortes pluies a touché une bonne partie de la Haute-Corse : j'ai ainsi enregistré 153mm de précipitations sur deux jours à Penta, la situation est restée humide sur d'autres parties de l'île, et l'humidité des sols a ainsi retrouvé des valeurs moins exceptionnelles, tout en restant sèches.

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Voici une vue du jardin de Penta le 5 décembre, avec une végétation rase avec quelques touffes vertes, qu'on retrouve plus habituellement en fin d'été/début d'automne, après les premières pluies, très inhabituelle. Je garderai le souvenir de cette année 2017 comme une année où j'ai beaucoup espéré, en vain, la pluie, craint les incendies jusqu'en novembre... Hélas, avec le réchauffement climatique et ses probables séquences sèches à rallonge dans le domaine méditerranéen, il y a fort à parier que cela se reproduira, peut être de façon pire que ce que nous avons connu en 2017. Espérons qu'on prenne les dispositions nécessaires pour stocker davantage d'eau, car elle risque de continuer à tomber de façon de plus en plus intense, et ponctuelle.

Si on prend davantage de recul, l'année 2017 devrait être une des années les plus chaudes que la Terre ait connues (2ème ou 3ème), et ce en l'absence cette fois du phénomène El Niño, qui booste sensiblement les températures atmosphériques mondiales en relâchant beaucoup d'énergie des océans vers l'atmosphère, ce qui est remarquable. Le réchauffement climatique est bien là, et nous ne sommes toujours pas à la hauteur de ce qu'il faudrait faire pour en atténuer l'impact...

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En attendant, ce 5 décembre, la vue était belle sur les montagnes enneigées à assez basse altitude au sud de Penta, ici en versant nord certes, et en me promenant vers Corte le 6, je me suis arrêté près de la station météo Infoclimat de Piedigriggio, où il avait fait un joli -5,2°C le matin même, avec encore un peu de neige du week-end précédent qui n'avait pas fondu, à l'ombre :

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A droite, au fond, c'est ce cher mont San Petrone, mais vu de l'ouest cette fois, bien enneigé également :

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Notons qu'avec la séquence fraîche et humide de ce début décembre, la station de Piedigriggio a enregistré quatre journées de forte gelée (< -5°C) entre le 1er et le 10 décembre. Enfin, je terminerai ce billet en renouant avec une habitude ancienne de ce blog, et ses photos de levers de soleil depuis Penta, toujours aussi agréables, ici le 8 décembre :

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