Vendredi 23 Septembre 2016

Nous sommes arrivée dans le port du Port, au nord-ouest de l'île, vers 10h du matin, à l'issue d'une traversée assez éprouvante pour moi. Je suis arrivé avec un niveau de fatigue élevé, et moins de 12h après avoir posé le pied sur Maurice, il fallait déjà repartir, en mer cette fois. Les deux premières heures après avior quitté Port Louis se sont déroulées normalement, mais arrivés au large, juste après avoir mangé quelque chose d'un peu écoeurant, je me suis senti assez mal, alors que nous filions vers le large dans la nuit. Je suis allé m'allonger, ce qui a fait passer le mal de mer, mais quand je suis revenu pour tenir mon premier quart, je sentais bien que ça n'allait pas trop. J'ai tenu tant bien que mal pendant une bonne heure jusqu'au moment où le vent s'est renforcé, ce qui était une consigne pour réveiller le capitaine. Une fois la chose faite, je suis retourné m'allonger... et dormir quelques heures, car de toutes façons j'étais vraiment crevé et peu capable de tenir le quart. Finalement, j'ai émergé vers 4h du matin, et je suis directement allé relever Georges qui avait bien du tenir le coup, en dépit de son manque de sommeil ! 

reufirst

J'ai tenu le dernier quart oscillant encore entre fatigue résiduelle et léger mal de mer, m'allongeant un moment entre les différents contrôles de cap du bateau, de vitesse du vent, direction du vent, détection de navire (visuelle et radar), de 4 à 6h, lever du jour, où les côtes réunionnaises dont je ne voyais que les lueurs se rapprochaient nettement. En dépit de mon état un peu hésitant, j'ai quand même savouré ce moment particulier d'approche de la Réunion par bateau, à l'image de nos ancêtres qui ne l'ont ainsi abordée pendant des siècles. Il me semble que ce parallèle vient assez naturellement entre cette façon de voyager et les visions qu'ont probablement eues nos lointains ancêtres, à commencer par les grands explorateurs.  Je suis allé me recoucher un peu pourb profiter au mieux des derniers instants de cette première traversée.

reuavio

Alors que nous passions au large de Saint-Denis peu après 8h, la proximité de l'aéroport de Gillot se signala avec la vision d'un avion sur le point d'atterrir, que j'ai suivi jusqu'au terme de la manoeuvre, réalisant que la piste était vraiment au bord de l'eau ! J'ai pensé alors que des gens avaient probablement aperçu Bluenote par le hublot, réalisant comme moi et au même instant qu'il y avait donc toujours plusieurs façons d'aller à la Réunion, bien que la voie maritime soit naturellement beaucoup moins utilisée de nos jours.

reuavio2

Quant à ce premier aperçu de la Réunion, c'était comme je l'imaginais, tout en restant assez impressionnant vu de mer : une montagne tombant dans l'eau, avec de grandes pentes, et des maisons parfois bien perchées sur les flancs du relief

reupente

La route du littoral semblait improbable et minuscule au pied de ces falaises. En longeant cette côte nord, nous avancions bien, poussés par un alizé encore bien établi, tandis que l'état de la mer s'améliorait un peu, et que je me sentais presque bien, en observation permanente. Notre objectif se rapprchait, juste après la pointe des Galets, que nous apercevions au loin :

ptegalets2

Et comme parfaitement prévu par les modèles météo, le vent tomba brutalement à l'approche de la pointe, zone souvent déventée. Du coup, pour continuer à avancer un peu et arriver au Port, on a remis le moteur pour la dernière heure. Au moment de doubler la pointe des Galets, jolet panorama à l'arrière vers les hauts :

ptegalets3

.Puis vint l'entrée au port :

entreeport

Une autre vue de l'entrée :

entreeport2Nous avons retrouvé la place réservée par Paul, le cousin de ma mère et futur équipier, sans problème.  Une fois le bateau amarré, nous avons attendu la visite du service des douanes. Il faut que j'explique ici l'importance de ce point : la raison pour laquelle j'ai passé si peu de temps à Maurice, c'était qu'il y sévit actuellement une épidémie de fièvre aphteuse, qui touche le bétail. La Réunion a nettement élevé son niveau de contrôle de tout ce qui vient de Maurice, les formalités douanières y sont plus dracnoniennes, et nécessitaient que nous nous présentions au plus tard le vendredi 23 après-midi pour les passer avant le week-end, sinon il aurait fallu attendre lundi matin pour poser le pied à terre à la Réunion.  L'option d'attendre un peu à Maurice restait possible, cependant, notamment pour des raisons de vent plus favorable, il a donc été décidé de partir dès le jeudi pour arriver vendredi à la Réunion.

Nous avons donc attendu l'arrivée des 3 douaniers, plutôt sympathiques d'ailleurs, qui nous ont bien expliqué le contexte et qui nous ont justifié le fait de saisir une grande partie de notre nourriture, même les quelques kilos de fruits et légumes très appétissants qui venaient de Maurice. Ils sont donc repartis du bateau avec de grands sacs poubelle bien remplis de nos vivres, notamment la salade de riz qui devait encore nous faire un repas ou deux. En partant, vers midi, on leur a demandé de nous indiquer et conseiller un petit resto au Port, pour nous dépanner. Nous avons ensuite fait le tour du port à pied pour rejoindre le "Lou Landais", déguster un magret de canard au poivre pas très couleur locale, mais très apprécié !

vueduport

Ci-dessus, une vue du port de plaisance. En dessous, une vue d'une des rues débouchant sur le port :

rueduport

En rentrant, nous sommes passer récupérer un accès Internet via le wifi du port, que j'utilise actuellement, puis nous reposer un peu de cette traversée courte mais fatigante. Ce que j'ai trouvé désagréable sur cette partie de l'Indien, entre Maurice et Réunion, c'est le mouvement assez irrégulier du bateau. J'admets bien que ça bouge, c'est naturel, attendu, mais ça me semble quand même beaucoup plus supportable quand ce mouvement est régulier, ce qui n'était pas vraiment le cas. L'Indien est réputé pour être pénible à naviguer, pour ces multiples houles qui se superposent de façon un peu chaotique, j'en ai déjà eu un petit aperçu !

Un peu plus reposé, à quai, j'ai fait un petit bilan de cette première traversée avec Georges, qui pense que les conditions de fatigue avancée liées au voyage, couplées à un enchaînement rapide sur le bateau pour la première traversée, expliquent l'inconfort de ce premier contact avec le large. Je mentirais en disant que je suis complètement rassuré pour la vraie traversée à venir, mais l'hypothèse me semble raisonnable. En tout cas, cela n'entame pas mon optimisme concernant les conditions de la future grande traversée, je pense que bien reposé, et amariné au bout de quelques jours, ça devrait aller.

Vendredi soir, le cousin Paul avait organisé au Club Nautique Portois voisin un apéro dinatoire avec les passionnés de voile du Club, dont il fait partie, pour nous souhaiter la bienvenue. Pas de doute : ce fut un bel accueil, chaleureux. Après quelques punch, nous sommes allés trouver un sommeil bien réparateur à bord du bateau.