A DDU, nous avons un stock de films, apportés par les différentes  générations d'adéliens, au fil du temps. Ce soir, j'ai regardé un  film, un film spécial, car je l'avais vu au cinéma le 12 Janvier 2008,  et que c'est le seul film que je n'ai pas réussi à voir jusqu'à la  fin. Quand je suis allé voir "Into the Wild", au début de l'année  2008, à Paris, j'ai failli avoir une crise d'angoisse pendant le film.  Quelques jours après la sortie du film, dans une salle bondée, un  samedi soir (quelle erreur !), au milieu de gens qui pour certains  n'en avaient visiblement pas grand chose à faire, je me suis demandé,  plus que jamais, ce que je faisais là. L'incroyable décalage entre  l'immense bouffée d'oxygène apportée par le film et la foule parfois  indifférente qui m'entourait m'a littéralement asphyxié,  graduellement, au fil du film. A un moment, non loin de la fin, c'est  devenu insoutenable, j'ai quitté la salle, pour aller respirer l'air  frais dehors.

Je connaissais déjà l'histoire vraie de ce film, celle de Christopher  McCandless, depuis mon passage en Alaska, où elle a laissé quelques  traces. Au début du film, on voit d'ailleurs le train qui relie  Anchorage à Fairbanks, que j'ai emprunté mi-mars 2007, et dont il doit  rester des traces sur ce blog. Dès le début de ce film, je me suis  senti concerné parce que, d'une certaine façon, cet environnement  m'était familier, et faisait un peu partie de moi. L'appel du Nord, je  l'avais aussi senti et, à ma façon, expérimenté. Vu depuis Paris, la  comparaison était difficilement soutenable. En Alaska, Chris  McCandless passe la plupart du temps pour un inconscient, un type qui,  techniquement, s'est suicidé en partant dans la Nature sans carte,  sans la moindre chance sérieuse de s'en sortir, surtout quand on sait  qu'il est à mort de faim à quelques kilomètres d'une cabane de  chasseurs qui aurait contenu suffisamment de nourriture pour le  maintenir en vie jusqu'à ce que la rivière qui le bloquait regèle à  nouveau...

Ce film est beau, c'est une sorte de drogue puissante, trop puissante  pour l'être fragilisé que j'étais il y a un an, maintenant bien mieux  portant dans un univers tout aussi magique, à sa façon, dans le Grand  Sud. J'ai réussi à voir la fin du film ce soir, scotché sur ma chaise,  à voir ce film en entier, deux bonnes heures hors du temps, hors de  tout, oublié l'Antarctique, juste l'Alaska, le Nord et la fascination  légitime que ça inspire, les grands espaces, la diversité et la beauté  incroyables du Sud-Ouest américain qu'il faudra bien que j'aille voir  un jour... Ce soir, j'ai pris ma revanche sur ce film qui m'avait  vaincu il y a un an. Merci à Céline qui a eu la brillante inspiration  d'amener ce film à DDU, et qui l'a partagé sur le réseau. Merci à Sean  Penn de nous avoir fait un si beau film, qui résonne avec autant de  force même depuis DDU, et à Eddie Vedder pour sa bande-son délicieuse.

Sur le fond, je ne prendrai pas position pour ou contre l'entreprise  un peu folle de McCandless, il y a dans cet élan de douce folie juste  ce qui manque peut être trop souvent pour aller voir un peu plus loin  que le bout de son nez, à la recherche de choses authentiques trop peu  souvent mises en évidence dans notre monde "civilisé" contemporain. Il  y a un hymne à la liberté auquel il est difficile de rester  insensible. Il y a la question à peine sous-jacente de la remise en  question de ce pour quoi on vit. Et si je partais aussi sur la route ?  Difficile de ne pas le désirer, à défaut de l'entreprendre. Est-ce que  DDU fait partie de cette route ? Ici, tout est si confortable, si  paisible... L'aventure nécessite-t-elle de se mettre en danger,  physiquement, comme l'a fait Chris McCandless ? Sommes nous, adéliens,  des aventuriers, ou simplement des gagnants du loto d'un certain type ?

Ce qui est certain, c'est que nous avons tous consenti parfaitement  librement à venir ici, probablement en ne sachant pas vraiment ce que  nous allions y trouver, c'est sans doute là que réside notre petite  aventure... La vraie question, c'est aussi celle de nos dépendances,  de nos aspirations. De mon côté, j'ai parcouru un peu de chemin ces  dernières années sur ces questions, sans en cerner encore précisément  le contour. D'une certaine façon, mon passage à DDU s'inscrit dans ce  cheminement. Ce blog s'inscrit aussi dans ce même cadre. J'ai eu peur  de revoir ce film pendant un long moment, à vrai dire, tant que je  n'avais pas quitté Paris et tout ce que ça pouvait représenter comme  antithèse du film. Peut être suis-je maintenant à nouveau dans une  partie de la thèse, et peut être, qui sait, arriverai-je à en faire  une bonne synthèse un jour...