Voici le symbole d'un système qui a manifestement été secoué par une forte onde de choc ces derniers temps. New York : la vue que j'ai prise le 15 Mai de cette année du haut de l'Empire State Building reflète tant l'audace folle de notre monde que les travers dans lesquels cette folie l'a jeté. J'assume parfaitement mon admiration, ma fascination pour ce système, pour cette ville épatante de New York qui, par ailleurs, se remettra certainement de ce choc boursier, même s'il doit y régner en ce moment une certaine pagaille. Mais jusqu'où, bien loin de Manhattan, se feront sentir les conséquences de ces faillites en cascade ? On peut considérer, avec de bons arguments en effet, que le système est en train de se réguler par l'élimination de ses organes malades. Mais la vraie question est de savoir si on était obligé d'en arriver là, de laisser une telle démesure se développer ?

Tant que cela rapportait de l'argent, et que tout filait à la hausse, peu de gens se posaient la question, apparemment. Et maintenant ? Le système va muter, et probablement se trouver plus strictement encadré, il était temps... Quelle place avait l'Homme dans l'économie virtuelle ? Quelle place aura-t-il dans celle de demain ? Je mentirais si je disais que ces réflexions me bouleversent au quotidien, mais le contexte actuel est trop présent pour étouffer ces interrogations. J'ai toujours été, d'instinct, frappé par la démesure de ce monde financier, à la puissance bien supérieure à celle des Etats. Comment croire que toute cette puissance pouvait être utilisée dans l'intérêt du plus grand nombre ? Ces derniers jours, le système financier mondial a toussé, fort, et tenté de recracher ce qu'il avait de moins sain. Je ne suis pas un spécialiste de la question, loin de là, mais il est difficile d'ignorer une telle puissance qui influe de façon si forte sur notre destin collectif, dans un monde d'interdépendances.

La guerre est financière, la mondialisation sauvage, etc... Tant de termes souvent entendus depuis des années, qui ne font pas référence aux penchants les plus sympathiques de l'Humain. Je n'ai jamais compris ça. Une fois passée mon époque informatique, il m'a semblé que le domaine de l'environnement en général, et de la météo en particulier, mettait de façon tout à fait naturelle l'Homme au coeur de ses préoccupations. Point de démesure là dedans, si ce n'est dans les dégâts parfois infligés à la Terre, sa faune et sa flore par l'inconscience de certains, hélas parfois les mêmes qu'on retrouve dans le monde financier. Mais ne généralisons pas. Le système financier fou, en stimulant l'appât du gain dans des proportions indécentes, en développant les outils financiers permettant de le faire, a eu des conséquences dommageables sur notre planète. L'heure de la prise de conscience a sonné là aussi. On n'a peut être pas assez mesuré à quel point le train de la mondialisation nous entraînait à grande vitesse sur un chemin indésirable. Je reste optimiste (utopiste ?), ce que la mondialisation a fait, elle peut le défaire, en grande partie, car il y a des changements hélas irréversibles.

Au delà de mon attrait pour la Science qui n'est que la résultante d'une curiosité profonde, l'étude de ce drôle d'animal qu'est l'Homme me semble bel et bien la chose la plus complexe et la plus fascinante qui soit. La dimension humaine est essentielle à mes yeux, mais l'exemple de cette crise montre bien vers quels extrêmes elle peut entraîner quand elle part à la dérive. J'ai du mal à situer ma place dans une grande capitale (Paris) d'un grand pays (la France, bon ok grand on peut discuter) membre d'un grand ensemble économique (l'Union Européenne), acteur majeur d'une économie mondialisée. Je ne comprends pas parce qu'à chacun des niveaux de cet empilement, on ne tire pas toujours dans le même sens, tous ces sauts d'échelle éloignent à chaque strate un peu plus de l'individu. Déjà, je ne comprends pas Paris, à laquelle je suis naturellement très attaché. Je ne comprends pas bien ce qui rassemble les gens, ce qui les anime, le destin commun qu'ils se dessinent. Alors au dessus... ?

C'est la raison pour laquelle, après ce long préambule qui rebondit un peu sur l'actualité brûlante, je suis particulièrement content de partir un an loin de cette forme de chaos organisé, que j'appelais dans mon billet précédent le monde d'avant, pour trouver une petite communauté à taille humaine, dans laquelle il est possible de connaître chacun, au moins un peu, quelque chose que je puisse réellement comprendre. Et le pire, c'est qu'il se pourrait même (les anciens, les actuels hivernants nous le murmurent sans cesse !), qu'on y vive très bien ! Alors bien sûr, ce n'est pas le monde réel. Enfin, il aura tout de même une réalité concrète à nos yeux, et les éléments nous relieront toujours, même à très longue distance, à l'autre monde. Simplement, on nous aura fait ce formidable cadeau de nous envoyer dans un environnement où la dimension humaine pourra s'exprimer vraiment, sans le poids immense de ce contexte globalisé que l'on supporte plus ou moins directement au quotidien dans le monde réel.

C'est là que je situe le coeur de l'aventure à venir. La pollution n'est pas que physico-chimique, elle est aussi médiatique, sociale. Nous allons avoir le cadeau de vivre quelques mois, un certain nombre c'est vrai, dans un environnement quasiment dépollué, qui n'a pas changé depuis des millénaires et des millénaires, sur le fond. J'ai toujours été fasciné par les grands espaces et les déserts car ce sont des lieux, par définition, que l'Homme n'a pas colonisé, où tout reste à faire, où une histoire reste à écrire. Cette histoire, c'est celle des petits et grands aventuriers (nous rentrerons évidemment très modestement dans la première catégorie) qui ont eu la chance de vivre des aventures avant tout humaines. La base n'est pas très vaste, le confort y est, apparemment, juste suffisant pour passer l'hiver dans de bonnes conditions. Tout a une dimension humaine, il est possible de s'intéresser à tout ce qui se passe autour de nous, chose ô combien impossible dans le monde réel. Enfin, ne faisons pas une généralité, certains y arrivent peut être, moi pas. Le fait d'être submergé par toutes les informations, les sollicitations x ou y auraient tendance à me paralyser.

Ce n'est sans doute pas un hasard si je garde un souvenir ému de mon quasi ermitage en Corse il y a maintenant 5 ans, dans notre beau village de Penta. Cette année a marqué ma vie, une autre forme d'extrême, mais il s'agissait une rupture réelle avec le monde d'alors. Ca ne m'a nullement empêche d'y revenir après avec plaisir, en me sentant un peu plus fort. Dans mon existence d'alors, je maîtrisais toutes les données, je définissais seul le périmètre de mes actions quotidiennes, je progressais lentement mais sûrement dans la connaissance de moi-même, quasiment sans interférence. La nature collective de notre vie à venir sur la base tranche certes singulièrement avec ce modèle, mais j'espère en retirer un complément indispensable à mon expérience corse. L'avenir le dira. De la Corse à DDU, je vois bien ce trait d'union qui se détache, un peu plus nettement chaque jour. Puisse cette nouvelle aventure nous apporter encore plus que ce que nous en attendons ! La réalité, en la matière, dépasse sans doute l'imagination. J'observe juste que, dès maintenant, je pressens dans mon esprit l'ouverture de nouvelles portes, et j'espère que je saurai partager cela autant que possible avec mes amis hivernants.

Après un sombre début d'année, j'ai l'impression d'avancer inexorablement vers la lumière de l'été polaire à venir, puisse cet élan perdurer autant que possible.

(Vue sur l'île de Montecristo prise en Corse le 25/3/08, un matin clair de vent fort).