Itinéraires polaires

D'un cercle polaire à l'autre...

16 avril 2008

Terre Adélie

Je me suis demandé si j'allais faire une petite présentation, aussi exhaustive que possible, de la Terre Adélie sur mon blog. Finalement, comme Wikipédia existe et que, bien souvent, c'est une source d'information riche et fiable, j'ai pensé que ça ne rimait pas à grand chose de faire un copier-coller de ce qu'on peut y lire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Terre_Adélie

Ce qu'il faut retenir de significatif, c'est la superficie de ce territoire revendiqué par la France : 432 000 kilomètres carrés, c'est-à-dire 78% environ de la superficie de la France métropolitaine, ce qui n'est pas rien. Comme on le voit sur la carte ci-dessus, cette "tranche du camembert antarctique" est située plein Sud par rapport à l'Australie. Ce qui explique qu'il faut se rendre sur la belle île de Tasmanie, au Sud de l'île-continent, pour prendre le bateau qui permet de relier la base de Dumont d'Urville par le chemin le plus court.

Particularité amusante : le pôle Sud magnétique (celui des boussoles, pas l'axe de rotation de la Terre) se trouve à proximité des côtes adéliennes (?). Ce point se déplace avec le temps en fonction de l'activité interne du noyau de la Terre. Rien qu'en disant cela, on est déjà en plein dans la Science, et cela suffit à expliquer pourquoi des géophysiciens viennent séjourner chaque année à Dumont d'Urville pour observer l'activité magnétique de près. Cela explique aussi pourquoi, quand le ciel est clair, lors des longues nuits polaires, on peut observer de belles aurores australes (l'équivalent austral des aurores boréales déjà évoquées en Alaska). Celle qui suit vient d'Alaska, elle n'est hélas pas de moi, n'ayant aucun cliché de cette qualité, mais de Dick Hutchinson, qui habite au Nord Est de Fairbanks...

Parlons maintenant d'un sujet qui me tient particulièrement à coeur : le climat de la Terre Adélie. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer en période de propagande intense sur le réchauffement climatique, l'Antarctique se refroidit dans son ensemble. Il est certes parfaitement exact que, de temps en temps, des blocs de glace de taille spectaculaire se détachent du grand continent blanc et que cela est dû à un réchauffement. La clé de ce paradoxe apparent est que ce réchauffement est local. La péninsule antarctique, proche du Cap Horn, extrémité Sud du continent américain, se réchauffe. Mais quand on fait un bilan global, c'est le refroidissement qui domine.

Et d'ailleurs, pendant qu'on parle, tout à fait à juste titre, du recul très inquiétant de la banquise arctique (pôle Nord), avec des records de faible extension battus au cours de l'année 2007, la banquise antarctique semble légèrement progresser, suffisamment en tout cas pour avoir établi là aussi au cours de l'hiver austral 2007 un nouveau record d'extension, mais élevée ici ! Une évolution symétrique des deux banquises qui semble avoir déjà été observée par le passé.

La base française de Dumont d'Urville, située à des milliers de kilomètres de la péninsule antarctique, se refroidit elle aussi comme l'ensemble du continent. Concrètement, il y faisait plutôt plus "doux" (tout est certes bien relatif là bas) dans les années 70-80 que maintenant, en moyenne. La température moyenne annuelle est de -11.0°C. C'est un climat appelé polaire maritime, car la base se situe sur une île, la mer jouant son rôle habituel de modérateur de température. Quand ce n'est pas la mer, c'est le vent qui a le même effet, empêchant la température de baisser.

Ainsi, on peut dire qu'au coeur de l'été, il fait très rarement au dessus de +5°C à l'ombre, mais en hiver polaire il fait très rarement en dessous de -30°C, avec une moyenne de -20°C environ. Bien évidemment, on parle là de température sous abri météo. Le facteur dominant de ce lieu, ce qui le rend fondamentalement inhospitalier, c'est le vent qui souffle régulièrement, et fort. Avec environ 300 jours de vent fort par an (journée au cours de laquelle le vent dépasse 60km/h), lîle des Pétrels sur laquelle se situe la base est quasiment constamment battue par les vents. Il n'est pas rare que ceux ci atteignent 150 km/h, parfois plus de 200km/h !

Ainsi la température ressentie est bien plus basse que ce qu'affiche le thermomètre, et le risque de gelure est considérablement accru par la persistance de ces vents. Pour fixer les idées, on considère qu'une température mesurée à -20°C avec 60km/h de vent est équivalente à une température de -36°C sans vent, on appelle cela le facteur de refroidissement éolien ou encore windchill en anglais. Très souvent, nos cousins nord-américains n'évoquent l'hiver que ce facteur éolien et non la véritable température qui n'apporte pas beaucoup d'information car ce n'est pas réellement ce que ressent le corps.

Ces vents violents sont ce qu'on appelle des vents catabatiques liés à l'écoulement de l'air qui provient du coeur du continent antarctique où l'altitude moyenne est très élevée (souvent supérieure à 2000m) et qui s'écoule entraîné par son poids vers la côte, en accélérant petit à petit. Il y a donc, arrivé au niveau de la mer, près des côtes, des zones où le vent est extrêmement fort et fréquent. Pour l'anecdote, les premiers hivernants en Terre Adélie sont arrivés à quelques dizaines de kilomètres de Dumont d'Urville à peine, et s'y sont installés. Sans le savoir, leur survie a été constamment menacée par ces vents violents, souvent supérieurs à 140km/h. Finalement, quand la première base fut détruite, on décida d'en reconstruire une autre à un endroit bien mieux protégé : l'île des Pétrels où se trouve Dumont d'Urville.

En dépit de l'absence de végétation, on trouve quelques animaux en Terre Adélie : les emblématiques manchots qui deviendront certainement rapidement de grands amis, quelques phoques, orques, léopards des mers, et quelques oiseaux comme les pétrels géants, skuas, damiers du Cap, et fulmars antarctiques. Il y aura donc, avec le vent, quelques éléments qui briseront régulièrement l'harmonie silencieuse du monde de glace. Il paraît qu'on s'habitue à tout cela assez simplement. Sans nul doute, ça doit tout de même être assez exotique et dérangeant dans une première approche !

En attendant de pouvoir voir, entendre, sentir, toucher tout cela, il faudra passer par l'épreuve du bateau, les 6 jours de mer entre Hobart en Tasmanie, et Dumont d'Urville, à travers les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants, et les soixantièmes (..?) ! Le genre de voyage qui permet d'apprendre ce que le terme "mal de mer" signifie. Même si je ne suis a priori pas véritablement sujet au mal de mer, là c'est d'un autre calibre. J'aurai largement le temps de reparler de cette petite croisière qui m'attendra début décembre...


Posté par fgourand à 22:28 - Geographie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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