Itinéraires polaires

D'un cercle polaire à l'autre...

14 avril 2008

Du sens de/dans sa vie

Puisqu'il est encore suffisamment tôt pour se désintéresser quelque peu des détails pratiques liés à la préparation du départ en Terre Adélie, je me permets de rebondir sur le commentaire de ma chère tante Alexandra de mon dernier billet, concernant le sens de la vie. Il était sans doute écrit que les quelques lecteurs de ce blog souhaitaient l'orienter dans une direction plus "philosophique". Soit, je m'y engage avec la fébrilité qui sied à cette grande ambition. Quoi qu'il en soit, je tiens à rassurer les inconditionnels de préparatifs d'expédition, de géographie, de politique, de la société française, de la Corse, de jeux de mots faciles (...), les prochains billets leur seront très probablement dédiés. A ces inconditionnels que la seule évocation du terme "philosophie" incommoderaient, je dis au revoir et à très bientôt.

C'est ça qui est fabuleux dans le blogging (?), on s'imagine parler à des gens en caressant des doigts un clavier plastico-métallique ! Après tout un blog doit servir, me semble-t-il, autant comme journal de bord que comme outil de partage d'idées. Si le seul côté journal de bord fonctionne bien, c'est déjà une belle réussite. Pour ma part, c'est toujours avec un plaisir immense que j'écris, plaisir de choisir les mots, composer les phrases, clarifier autant que possible la pensée maintes fois ressassée. C'est le petit témoignage d'une vie, expression d'un équilibre fragile entre des succès formateurs et des insuffisances aussi cruelles que, finalement, pleines d'enseignements. J'ai toujours pensé qu'il était, en quelque sorte, de mon devoir de communiquer tout cela, de provoquer des échanges, des confrontations de vues indispensables à un bon épanouissement.

Mais revenons à nos moutons, la citation du Dalaï-Lama (appelons le DL) était la suivante : "La question n'est pas de savoir si la vie a un sens mais comment donner un sens à la sienne". Si la vie n'a pas de sens, comment donner à la sienne quelque chose qui n'existe pas ? En le créant bien sûr. Mais est-ce que nos actes finalement ne font pas que traduire la révélation de quelque chose qui est en nous, ce fameux sens de la vie ? Voilà pourquoi je ne suis pas complètement d'accord avec cette citation de cette grande figure politico-spirituelle. Je pense que notre éducation, notre environnement au sens large conditionne assez largement ce qui va déterminer notre épanouissement futur, et donc dévoiler le sens de notre existence. De fait, celui-ci fait partie de notre identité, enfin c'est du moins la façon dont je le vois, et notre existence a bien souvent pour but de le réveler.

Cependant, il s'agit bien là d'une notion complexe, puisque parler du sens de sa vie, du sens dans sa vie, ce n'est pas parler de la même chose. Déjà, en accord avec ce que je viens de dire, il y a autant de sens que d'individus, et il serait pour le moins prétentieux de la part de quiconque de se prétendre "conseiller en sens de la vie". Par contre, c'est important de donner du sens dans sa vie, à travers des actes qui oeuvrent peut être, au final, à la révélation. Un éventuel lecteur avisé aura certainement remarqué à ce stade que, ce disant, je contredis ce que j'écrivais dans mon billet précédent, dans une grande tirade dalaï-lamesque qui a sans doute inspiré ma tante : "Créer des possibles, là réside peut être le fameux sens de la vie.".

Cela montre bien que cette vision de grand homme recouvre une réalité qui suffit à elle-seule à ne pas la disqualifier totalement. Effectivement, quand l'esprit est dans une brume que les moments de découragements savent générer, quand aucun horizon ne se dégage, il est toujours beaucoup plus sain et productif d'entreprendre quelque chose, que de se laisser aller à ne rien faire, ce qui nous maintient dans le brouillard. C'est, je pense, le sens que j'ai voulu donner à la phrase que j'ai citée. Même au fond du trou, il est toujours possible d'agir pour essayer de trouver des activités qui ont du sens, quitte à ne pas l'envisager de prime abord, une sorte de pari positif en quelque sorte.

Ce que je dis met surtout en exergue la période de doute assez profond qui m'a affecté en ce début d'année, l'incertitude de mon avenir polaire m'avait fait perdre toute envie d'agir. En réfléchissant à la citation du DL, je pense qu'il a peut être voulu adresser ce message aux personnes un peu plus égarées, ou alors ne pense-t-il réellement pas qu'il y a un sens propre à chacune de nos existences ??

J'avoue que l'envie et la force me manquent d'approfondir cette position du DL. Cela me permet juste d'insister une fois encore sur le rôle absolument fondamental à mes yeux de cette notion de sens de la vie. Dans une très large mesure, il me semble que le temps consacré à la méditation sur ce thème n'est jamais perdu. Bien évidemment, comme pour tout, il faut tâcher d'éviter les excès, chose qu'une mécanique déréglée comme mon esprit peine parfois grandement à réaliser. Mais sur le principe ça me paraît sain. C'était déjà le sens de mon "ermitage" à Penta di Casinca en 2003-2004, année fondamentale pendant laquelle j'ai éclairci énormément de choses, j'avais un objectif clair : entrer à Météo-France. S'appuyer sur un objectif clair est un support merveilleux pour l'existence quotidienne. Un tas de détails anodins du quotidien s'unissent alors pour former un tout parfaitement cohérent. C'est ce qui explique l'immense sérénité, vraiment profonde, que j'ai ressenti lors de mon séjour là bas presque hors du temps, dans un état qui aurait pu durer, me semble-t-il, des mois et des mois de plus...

C'est aussi ce que j'apprécie dans le calme qui accompagne le froid, le côté pur du désert, la vie endormie, le moindre petit détail sonore ou visuel qui frappe l'esprit et a tout de suite une importance que l'environnement lui concède. Dans le brouhaha d'une ville, surtout grande, ou celui d'une jungle, le repos n'existe pas. Même au niveau moléculaire, à une échelle réellement différente pour le coup de la nôtre, l'air froid se traduit concrètement et physiquement par une moindre agitation de ces petites briques de matière, comme si leur repos invitait là aussi notre esprit à se mettre au diapason, harmonie...

Alors bien sûr, je ne retrouverai pas ce calme complet que les grandes plaines glacées de l'Alaska m'ont offert en Terre Adélie, parce que la Nature y est sensiblement plus hostile, par le biais des vents violents qui y soufflent régulièrement (au contraire de l'intérieur de l'Alaska, glacial mais très calme). Je me soumettrai naturellement à la volonté des éléments qui gouvernent ce lieu, sachant goûter, je l'espère, les périodes de calme qui se produiront parfois.

Incontestablement, ces expériences m'ont permis de révéler une partie du sens de mon existence, s'imposant petit à petit comme des évidences, au delà des moments de doute, de déprime passagère. On m'a donné énormément d'outils matériels, intellectuels pour arriver à cette étape, je mesure ainsi le chemin parcouru, sans savoir où celui que j'emprunte me mènera. Mais, pour tout ceux qui ont contribué de près ou de loin à ce cheminement, et ils sont nombreux, j'ai déjà envie de dire un grand merci. La grande confiance en moi que je ressens depuis toujours, je la leur dois. Cette force créatrice (morale, physique), j'en suis leur héritier. Je ne citerai personne par crainte obsessionnelle d'oublier quelqu'un, mais il y a fort à parier que cela concerne quelques lecteurs potentiels de ces lignes...

Promis, la prochaine fois, ce sera moins austère, plus léger, plus illustré, plus coloré, même un amoureux de pavés de lecture comme moi se lasse de voir ces paragraphes s'enchaîner à l'infini... Salutations d'un futur surgelé.

Posté par fgourand à 22:46 - Pensées - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Anecdote

Moi je serai beaucoup plus terre à terre pour vous faire part d'une triste anecdote sur ce fameux Jules Sébastien César Dumont d’Urville : après son périple AR en Antarctique (vous imaginez le voyage en bateau de plusieurs mois au 19e siècle...), voici comment s'acheva sa vie :

Il s’occupait de publier son "Voyage au pôle Sud et dans l’Océanie" lorsqu’il périt avec toute sa famille (sa femme et son fils) dans le premier accident de chemin de fer français, qui eut lieu près de Meudon (chemin de fer de Versailles), le 8 mai 1842 lorsqu’un convoi parti de Versailles pour Paris, par le chemin de fer de la rive gauche de la Seine éprouva, à la hauteur de Meudon, un accident épouvantable. (...) Il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris.

C'est quand même pas de bol, après tout ce qu'il avait accompli, de terminer comme ça nan ?! Impitoyable vie !

Sur cette anecdote morbide, je vous laisse,
Bien à vous tous,

Maude

Posté par the sister, 15 avril 2008 à 13:34

Bien vu

Une bien triste fin en effet pour un si grand homme... Il a quand même trouvé un moyen supplémentaire de passer à la postérité en tant que victime d'un accident relativement peu fréquent dans la première moitié du XIXème siècle, même si par la suite ce fut un véritable carnage...

Posté par Gou, 16 avril 2008 à 22:32

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